RÉTENTION DES LIQUIDES
Les symptômes varient en conséquence, et ont été étudiés et signalés comme appartenant à telle ou telle affection, sans qu'on les ait habituellement considérés dans leur ensemble et rapportés à une même cause.
Cette lacune ne tardera probablement pas à être comblée. L'histoire médicale des affections infectieuses a déjà été faite, et elle est également à terminer pour la chirurgie.
Nous nous bornerons à indiquer quelques-uns des matériaux de cette étude, sans perdre de vue le point de vue clinique dont nous cherchons à ne pas nous éloigner.
Le type des intoxications auxquelles conduisent l'étranglement et la rétention des liquides est l'infection purulente ou pyohémie, comme nous l'avons nommée. Les globules de pus portés dans la circulation générale s'arrêtent dans les capillaires des poumons, du foie, de la rate, etc., selon des conditions que nous avons cherché à déterminer, et y produisent des embolies et des infarctus suivis d'abcès, appelés métastatiques, parce qu'on les supposait formés par le pus transporté d'une autre région. Leur noyau seul a cette origine, et ils se développent en réalité sur place.
La pyohémie est simple ou compliquée de putridité. Cette dernière forme est certainement la plus commune. Nos expériences ont montré que des globules de pus de bonne nature, récemment recueillis, sans odeur, et même lavés à l'eau distillée, provoquaient des abcès métastatiques, lorsqu'on les injectait dans les veines. Ces globules, n'étant plus vivants, doivent tendre à la décomposition.
Les symptômes diffèrent selon que la pyohémie est produite par du pus soustrait au contact de l'air (phlébites suppurées, suite de la saignée), ou exposé à ce contact (plaies d'amputation), et alors généralement altéré et fétide. La gravité augmente en raison,de cette combinaison, et plus l'affection devient putride, plus elle est dangereuse et rapidement mortelle.
On n'a pu établir jusqu'ici de symptomatologie tranchée entre les infections purulentes et septiques, auxquelles on pourrait même rattacher, par une transition insensible, la fièvre traumalique, celle qui accompagne la formation du pus et les phlébites, angioleucites, et érysipèles compliqués de symptômes généraux.
Les micrographes ne sont pas parvenus à signaler de différences entre les globules de pus et les globules blancs du sang (leucocytes). Les hislologistes soutiennent même que ces deux sortes de globules sont identiques.
Nous acceptons difficilement cette opinion; Gomment des produits normaux et pathologiques seraient-ils lés mômes? Comment se ressembleraient-ils, quoique nés dans des conditions si opposées? Comment, enfin, les leucocytes pourraient-ils se trouver en abondance dans le sang saris produire d'accidents, tandis que les globules de pus joueraient le rôle dé corps étrangers ét détermineraient des abcès. On a supposé (VirchnW) qu'ils s'aggloméraient entre eux, qu'ils formaient de petites masses trop volumineuses pour traverser les capillaires où ils cohstltuaiehl des embolies. Ils présenteraient donc des différences de composition, puisque les leucocytes n'offrent rien de comparable. C'est uhe question qui exige de nouvelles recherches. Il n'est donc pas irrationnel de chercher le rapport synthétique de ces affections, sans cesser de lenir comple de leurs différences et en maintenant les divisions pathologiques dont elles ont été l'objet.
A ce point de vue, les infections locales et générales, âigtiêa ou chroniques, passagères ou progressives, mortelles ou susceptibles de guérison, présenteraient Une explication facile et des indications ctiralives expérimentales et rationnelles.
m. — Intoxications infectieuses.
Oh connaît peu les différences de composition des matières infectieuses, et eh attendant des éludes plus complètes* nous devons signaler le rôle que l'on a fait jouer aux ferments, aux microphy tes, aux tnicrozoaires) et on" lira avec intérêt les recherches de MM. Pasteur, Béchamp de Montpellier, Lemaire, et d'autres nombreux auteurs.
La théorie des maladies infectieuses par des germes préexistants, doués d'Une incroyable résistance, et attendant, pour reprendre leur activité et se multiplier à l'infini, des conditions favorables, a été reprise et présentée dans ces derniers temps (De Ranse, Gaz. m*d.)avec talent et a soulevé de curieux problèmes. Quelques médecins ont déjà réuni dans une élude commune les contages de la morve* du farcin, des fièvres éruplives, de la syphilis, de la peste* du typhus, du scorbut, etc.
Les intoxications chirurgicales pourraient également être rangées dans une même catégorie, et comprendraient la pyohéune, les infections putrides, urineUses et gangreneuses, et dans une autre classe transitoire et à l'élude, lés phlébites, les ahgioleu-
INTOXICATIONS SËPTJCO-PYOHÉMIQUES. U cites, les érysipèles, la fiëVPë traumalique et celle dite de suppuration.
Infection purulente ou pijohémie. — Nous nous bornons à signaler ici cette redoutable et fréquente complication, dont on trouvera l'histoire dans l'ouvrage que nous y avons consacré.
Infections putrides^ — Nous pourrions également renvoyer à notre Traité de la pyohémie l'étude des infections putrides, mais nous exposerons cependant sur ce sujet quelques remarques nouvelles.
Nous avons acquis la Conviction, déjà exprimée par nous, que dans le plus grand nombre des cas, les deux infections* purulente et putride, se combinent et se compliquent, sans possibilité d'en différencier d'une manière absolue les caractères symptomatologiques et les effets.
Dans la pyohémie> les frissons, la gêne respiratoire, la petitesse, puis la fréquence et la mollesse du pouls, la chaleur et la transpiration, marquent les stades des accès fébriles. Les intervalles en sont calmes et les malades semblent revenir à un état favorable; mais de nouveaux frissons et de nouveaux accès de fièvre les fatiguent et les épuisent. L'aggravation progresse, les inspirations montent jusqu'à cinquante par minute, et la mort arrive vers le dix-huitième jour et parfois plus tard, sans que la bouché soit devenue fuligineuse^ ni le délire ét la stupeur continus. Tels sont les traits principaux.
Les intoxications putrides marchent en général beaucotip plus vite. Les frissons sont plus violents, durent une heure et au delà, avec claquements de dents violents, refroidissement très-marqué, évacuations alvines, altération profonde de la face et aspect presque cholérique; pouls d'une extrême fréquence, à peine perceptible, et plus tard fuliginosilé des dents et de la bouche, accablement, stupeur, respiration gênée et très-multipliée; mort plus ou moins lapide, selon la quantité èt l'activité de l'empoisonnement. La mort peut survenir du cinquième au sixième jour, et les altérations cadavériques, au lieu de consister en abcès mélaslaliqnes renfermant un pus jaunâtre et assez bien lié, sont constituées par des taches grangréneuses, des dépôts de matières grisfitres et liquides. C'est alors qùe ces dépôts s'ouvrent dans les plèvres et y déterminent des épanchcmeHts proiiiptement mortels et également sanieux.
IiifMitm putrides UriMUsës. em Si les plaies Infectieuses sbnt'
baignées d'une urine altérée, ammoniacale et fétide, la mort survient du cinquième au septième jour. Telles sont sommairement les principales intoxications, ou complications infectieuses, qui forment le plus grand danger des plaies. Les mots : infections septiques, putrides, gangreneuses, en marquent plutôt les degrés que la nature. Mais il est d'autres genres d'altérations moins graves, et par conséquen t, plus faciles à guérir, dont il nous reste à parler.
Ces affections sont : la fièvre hectique, ou résorption putride chronique ; la fièvre purulente septique, par rétention passagère d'un liquide purulent plus ou moins altéré ; la fièvre gangreneuse, ou résorption putride aiguë; les angioleucites et les érysipèles infectieux; enfin, la fièvre traumatique, qui forme la transition entre les intoxications morbides accidentelles, et l'intoxication spéciale et constante qui précède la suppuration des plaies, et est une des phases de leur marche vers la guérison.
Fièvre hectique. — Dans tous les cas où un pus fétide manque d'un écoulement libre et est retenu, au moins en partie, dans une cavité ouverte : abcès par congestion, caries articulaires, vastes foyers de suppuration avec décollement, les malades sont atteints de fièvre continue, de sueurs excessives, de diarrhées colliquatives, d'émaciation progressive, et succombent à un véritable empoisonnement putride chronique. Les degrés en sont variables et la gravité proportionnelle à l'intensité de l'intoxication et à la faiblesse des malades.
Fièvre purulente simple ou septique par rétention passagère d'un liquide purulent plus au moins altéré. — La rétention du pus et des liquides plus ou moins décomposés est d'un effet immédiat et provoque constamment la fièvre. D'un pansement à l'autre, le chirurgien peut affirmer que l'écoulement du pus a été empêché et suspendu. L'inappétence, le malaise, l'accablement, un état fébrile continu, une peau sèche ou halitueuse, selon la période, sont des preuves de l'empoisonnement.
La scène change complètement si l'on ouvre au pus une libre issue ; la santé se rétablit presque immédiatement. La seule différence entre cet état et la fièvre hectique est dans la continuité de la rétention, chronique et persistante dans le premier cas, passagère et momentanée dans le second.
Fièvre gangréneuse ou de résorption putride aiguë. — Beaucoup