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II. — Effets hémostatiques de l'eau de Pagliari

Dans une récente communication, M. Pagliari, n'écoutant que les nobles inspirations de l'humanité et de la science, m'a confié la formule de son eau hémostatique, en m'autorisant à la faire connaître; si des liquides analogues étaient découverts et justement appréciés, il ne faudrait pas oublier la juste part de priorité de ce savant.

La cessation spontanée des hémorrhagies dépend particulièrement de la coagulation du sang. Les vaisseaux blessés se rétractent dans leur gaîne celluleuse, diminuent de longueur et de diamètre, et le sang, en s'infiltrant entre leurs tuniques et les parties voisines, s'y arrête, s'y coagule, et finit par former un caillot oblitérateur. Les astringents, les réfrigérants, les styptiques, ont la propriété de resserrer les embouchures vasculaires et de faciliter la coagulation du sang; mais ces effets sont peu marqués, ou à. un plus haut degré d'énergie ils deviennent irritants et caustiques. On n'y a donc recours que dans quelques cas d'hémorrhagies très-légères, et la chirurgie en tire un faible parti.

Le problème consistait à trouver une substance susceptible de coaguler le sang et de le convertir en une masse solide et adhérente. Je ne sais si les termes de la question ont été jamais posés aussi nettement; mais il est certain qu'on ne s'était pas placé sur un terrain rationnel pour apprécier de pareilles recherches. On avait fait intervenir les différences de la coagulabilité

(1) Deuxième mémoire, Gaz. méd. de Strasbourg, 20 mai 1852.

EAUX HÉMOSTATIQUES. 45 du sang chez l'homme et les animaux; exagéré l'importance du rôle de la compression employée en même temps que les hémostatiques, et l'on n'était arrivé à aucun résultat satisfaisant. L'expérience était cependant facile, il suffisait d'étudier l'action dos hémostatiques sur le sang humain. Nous l'avons fait, et nous avons été témoin de phénomènes décisifs qui ont confirmé nos observations cliniques, et qui feront probablement passer nos convictions dans tous les esprits.

L'eau de Pagliari présente la remarquable propriété de solidifier complètement le sang. Chaque goutte du liquide hémostatique, versée dans des verres renfermant du sang, y produit un magma instantané, et si le mélange est opéré clans les rapports d'un cinquième de sang à quatre cinquièmes de la liqueur, on voit apparaître un coagulum assez résistant pour que l'on puisse agiter et renverser impunément le vase qui le contient. Les deux liquides sont convertis en une masse noirâtre, homogène et trop fortement adhérente aux parois du vase pour se détacher. Cette expérience réussit avec toute espèce de sang humain fibriné ou défibriné, et ne laisse aucun doute sur les propriétés de la liqueur. Sur plusieurs de nos malades, dont nous avons précédemment rapporté l'histoire, le sang s'était coagulé sous nos yeux, et les hémorrhagies s'étaient arrêtées par le contact de l'eau de Pagliari. C'était là un phénomène observé dans des conditions variables et soumis, comme tel, à des appréciations diverses; mais ici le résultat était constant, purement expérimental, et il constituait une véritable démonstration.

Il est si difficile de renoncer aux opinions auxquelles on est habitué et dont on n'a jamais douté, que nous nous attendons à l'objection toujours opposée aux hémostatiques. Pourquoi, dirat-on, vous servir d'épongés ou de charpie imbibée d'eau de Pagliari pour suspendre l'écoulement du sang ? Vous faites de la compression, dont personne ne conteste l'efficacité, et vous rendez le problème insoluble. Versez votre eau- hémostatique sur les vaisseaux ouverts, et si l'hémorrhagie s'arrête, nous nous déclarerons convaincus. Cette objection n'est pas acceptable et manque absolument de valeur, comme il est aisé de le prouver. Le sang s'échappe des vaisseaux avec vitesse et avec force,et se renouvelle au fur et à mesure de son écoulement, Pour qu'un caillot en suspende le cours, ce caillot doit adhérer au vaisseau ou aux parties environnâmes. Comment un pareil effet pourrait-il se produire, si le coagulum que l'on détermine avec l'eau hémo-

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statique est incessamment chassé et ne reste pas en contact avec la plaie? Autant vaudrait, pour combattre une hémorrhagie, vouloir solidifier le sang dans un vase où on l'aurait recueilli. Il faut de toute nécessité opérer la coagulation sur place, et donner le temps au caillot de contracter des adhérences assez solides pour résister à l'impulsion du sang. C'est en cela que la compression est indispensable. Si Ton se récriait contre cette proposition, et que l'on crût la condamner, en disant : dès que la compression est un auxiliaire indispensable à l'action des hémostatiques, pourquoi les employer, c'est une complication inutile, car la compression seule agit très-bien? nous répondrions que ceux qui tiennent ce langage commettent une profonde erreur. La compression est un moyen infidèle et dangereux, dont le chirurgien ne fait usage qu'en désespoir de cause, en attendant qu'il soit en mesure de recourir à un procédé moins défectueux. Le sang de l'homme est si peu plastique, qu'il faut, pour en suspendre l'écoulement, une compression très-énergique et longtemps soutenue. L'inflammation, l'engorgement, l'ulcération, la suppuration et la gangrène des parties comprimées en sont les conséquences habituelles, et n'offrent même pas pour compensation de mettre sûrement à l'abri de l'hémorrhagie. Nous remarquerons, en outre, que la compression pour assurer les effets des hémostatiques peut être de courte durée et ne pas dépasser vingt-quatre ou quarante -huit heures. La solidification et les adhérences du caillot la rendent de moins en moins indispensable, et nous avons ordinairement enlevé, dès le premier pansement, les bourdonnets de charpie qui avaient servi à la pratiquer sans que le sang ait reparu. Nous ne contestons pas la supériorité d'un liquide, dont les effets seraient tellement instantanés, qu'il suffirait de le verser sur une plaie pour arrêter le sang ; mais nous admettons sans peine des degrés inférieurs dans la puissance hémostatique, et lorsque nous voyons une liqueur coaguler et solidifier instantanément le sang, sans exercer sur les tissus en contact d'influence fâcheuse, nous n'hésitons pas à en proclamer l'efficacité contre les hémorrhagies.

Magendie a démontré le rôle de la coagulation dans la cessation des hémorrhagies. Les bœufs et les moutons, auxquels on incise les carotides et les jugulaires, ??inre judaico, avec le tranchant d'un damas, ne périraient pas si l'on n'avait le soin d'enlever le caillot qui se forme. Chez l'homme, le défaut de plasticité de ce liquide rend les hémorrhagies très-redoutables et très-

difficiles à suspendre, et l'emploi d'une eau propre à solidifier le sang et à produire un caillot oblitérateur est d'un avantage incontestable.

L'eau de Pagliari est peu astringente, elle ne ride pas la peau, et les morceaux d'artère que nous y avons plongés ne s'altéraient pas et conservaient leur diamètre sans constriction appréciable.

Les éponges, soumises à la même expérience, perdaient leur souplesse et leur élasticité. Cette eau est transparente, d'une odeur agréable et d'une coloration légèrement jaunâtre.

Nous avons jugé intéressant de soumettre aux mômes essais un assez grand nombre de liqueurs hémostatiques plus ou moins vantées, et nous sommes arrivé avec' l'assistance de M. Finck, l'un des élèves les plus distingués de l'hospice civil, à quelques résultats inattendus et curieux. Nous partageons ces divers liquides en deux classes, selon qu'ils coagulent le sang ou n'exercent pas sous ce rapport d'effets appréciables.

^ Nous rangeons dans la première catégorie et d'après leur ordre d'efficacité les préparations suivantes :

1° Le baume Gompingt; 2° l'eau de Rabel; 3° l'eau de M. Hepp (légère modification de l'eau de Pagliari); k° l'alcool absolu; 5° l'acide sulfurique; 6" l'acide citrique; 7° la solution concentrée d'alun.

1° Le baume Compingt, que l'on trouve débité à un prix élevé, dans de très-petits flacons, exerce sur le sang l'action la plus énergique. Cette liqueur produit immédiatement un caillot épais et n'est pas inférieure à l'eau de Pagliari sous ce rapport.

2° L'eau de Rabel semble mériter la réputation dont elle jouit Quoique ses propriétés coagulantes soient moins remarquables que celles des deux liquides précédents, elle offre cependant une action tres-manifeste, mais seulement plus lente.

3° L'eau de M. Hepp, dont nous donnerons plus loin la composition calquée sur celle de M. Pagliari, agit à peu près de la même manière. ,

*• L'alcool absolu ne devrait pas figurer parmi les liqueurs hémostatiques, en raison des altérations qu'il détermine sur les tissus en contact; mais il coagule très-bien le sang.

J°XUade S1fuHqUe d°me u» caillot, mais est trop caustique pour être employé.

6» L'acide acétique produit un caillot un peu mou et n'a pas les

1DC0~S ^ 1,addC SUlfliriqUe' a,,Ssi ï« '°"o„s de vinaigre

IIÉMOSTASIE

suffisent-elles souvent pour arrêter les légères iemorrhag.es. Tla solution concentrée d'alun possède la double propnete de favoriser la coagulation et d'exercer une astriclion assez forte 2 les tissus, mais le caillot est mou et se forme avec lenteur.

Les hémostatiques que nous rangeons dans la deu^ème catégorie ne déterminent pas les mêmes effets. C'est à pe,ne si quelques-uns d'entre eux produisent un cadlot mou et sans cou- ■ ' bout de vinst-qualre heures. Ce sont: " r U »l«on d ergoUne de M. Bonjean, de Chambéry ; 2- l'eau de Biocchieri; 3° l'eau de Chapelain; 4- la solution de créosote ; t l eau vulnéraire rouge; 6" la résine de benjom boudhe dans relu "°ïa résine blanche, bouillie dans l'eau; 8- la térébenthine, v •L ri^ns Wîtu< 9° l'infusion de matico. "T ra pos ib ë 'de répéter les mêmes recherches sur d'autres eau, M nostatiques, que" nous n'avoos pas eues entre les mains X, nue celles de Léchelle, de Monteras, , de Tisserand, de S hulz de Mialbin, etc. C'est un travail à poursuivre et a corno été Nous eussions pu nous montrer plus rigoureux daus l apidation comparative des diverses liqueurs e*pe™entées, Lmnber davantage nos essais; donner une analyse plus cornue des effets de la coagulation du sang; mars ce n'était pas Te bul. Nous voulions prouver et

mostatiques de l'eau de Pagliari, et nous croyons y et. parv enu Nous'ne prétendons pas avoir épuisé tous les élément de la question, et nous remarquerons que l'ergot ne de Bomean ne semblerait pas, dans la supposilion ou nous omme: 8 P'a«' ^u d'une grande efficacité hémostatique. Cependant de» distingués on, dit en avoir fait usage — e^ cours dans notre service contre une hémorriidg une amputation de jambe, et le sang a ^^' ™ ^"hvune ieune fille, a laquelle nous avions enlevé une tumeur u y Senne, l'hémorrhagie résista à l'ergofine et a l'eau d Habe. t ne fut 'suspendue qu'au moyen d'une dique et très-persistante. Mais ces exemples ne on pa somment probants et n'infirment en rien les résultats que

- Voici la formule de .a loti Pagliari telle qu'elle m'a été transmise par son auteur, le

'on prend buit onces de baume do benjoin, une livre de sulfate

d'ulumine et rie potasse, et dix livres d'eau commune. On fait bouillir le tout pendant, six heures dans un pot de lerre vernissé, en agitant sans cesse la masse résineuse et en remplaçant successivement l'eau évaporée par de l'eau chaude, pour ne pas interrompre l'ébullition. On filtre ensuite la liqueur et on la conserve dans des vases de cristal bien fermés. La portion non dissoute du benjoin forme résidu, et a perdu son odeur et la propriété de s'enflammer.

L'eau hémostatique obtenue par ce procédé est limpide, de la couleur du vin de Champagne, d'un goût légèrement styp'tique, et d'une odeur suave et aromatique. Si on la fait évaporer, elle laisse un dépôt transparent qui adhère aux parois du vase.

L'honorable M. Hepp, pharmacien en chef de l'hôpital civil a eu la bonté de nous préparer, d'après ces indications, une grande quantité d'eau de Pagliari, et il en a constaté analytiquement la parfaite identité avec celle qui nous était arrivée de Rome L'action hémostatique de la liqueur, faite à Strasbourg, ne nous avait pas d'abord paru très-efficace. Les éponges ne perdaient pas leur souplesse et leur élasticité, comme nous l'avions observé avec l'eau que nous avait rapportée en premier lieu M. le docteur Dussourt etles hemorrhagies ne paraissaient pas s'arrêter aussi facilement' Ces différences tenaient probablement à ce que la liqueur n'avait pas été conservée assez longtemps, ou n'avait pas été suffisamment agitée Peut-être les substances ou le mode de préparation avaient-ils laisse quelque chose à désirer. Aujourd'hui, M Henn nous a donné un liquide parfaitement identique avec l'eau de Pagliari comme caractères extérieurs et comme effets

On sera sans doute curieux de savoir comment M. Pagliari a ete conduit à sa découverte, et nous citerons l'explication qu'il l e, voulu nous donner à ce sujet. « Le célèbre professeur

1! ' § ' ;'(miprenant ] *mté ^ eau véritablement hémostatique, et n'en connaissant pas d'efficace, exprima l'idée

un liquide. Je me mis à l'œuvre et fixai mon attention sur les

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