IX.— Note sur l'amputation des doigts surnuméraires
Les doigts surnuméraires sont complets et libres avec trois phalanges et un métacarpien distinct; ou incomplets, offrant seulement trois phalanges pour les doigts, deux pour le pouce, dont la première est unie par une articulation commune au métacarpien correspondant. Dans ce dernier cas, les doigts sont par conséquent doubles et réunis latéralement par les téguments. Cette dernière sorte de difformité est beaucoup plus fréquente que la première, et s'observe plus particulièrement au pouce, à l'indicateur et à l'auriculaire.
Le professeur Chélius a proposé de conserver les doigts surnuméraires libres et complets, et de n'enlever que les doigts doublés.
L'opération nous paraît applicable à ces deux espèces de difformités. Peu de personnes seraient flattées d'avoir six doigts distincts, et de devenir ainsi un objet du curiosité. La condition sociale des intéressés doit, au reste, être prise en grande considération à ce sujet. t
Quant aux doigts phalangiens surnuméraires, on parait jusqu a ce jour les avoir désarticulés, et je me suis conduit deux fois de la môme manière sur un enfant de trois ans et un autre de cinq mois, qui avaient un double pouce (phalanges) réuni par un tégument commun. Une seule incision longitudinale externe, partant de la tête du premier métacarpien, fut continuée jusqu au milieu de la dernière phalange et fut bifurquée en V pour circonscrire l'extrémité du doigt surnuméraire. La peau disséquée
(1) Gazette médicale de Paris, 1854, t. XXII, p. G2, et Société de biologie, séance du mois d'octobre 1853.
AMPUTATION DES DOIGTS SURNUMÉRAIRES. 215 et renversée de chaque côté, le doigt fut détaché du métacarpien, en ouvrant l'articulation commune à cet os et aux deux-premières phalanges correspondantes.
Il y eut un assez grand gonflement inflammatoire étendu à I'éminence thénar, et la réunion immédiate ne se fit pas; mais la plaie se cicatrisa par seconde intention, et les malades guérirent en présentant une assez grande tendance au renversement en dehors du pouce conservé. L'extrémité supérieure de la phalange conservée ne se trouvant pas au centre du métacarpien, et en occupant seulement la moitié interne, devait nécessairement se renverser en dehors. Un anneau métallique assujetti à la main remédia à cette abduction, et fut porté plusieurs années par le plus âgé des enfants.
Champion et Velpeau, etc., paraissent s'être conduits d'après les mêmes errements, et l'expérience et la réflexion m'ont convaincu des inconvénients de la méthode que nous avions suivie, à laquelle j'ai complètement renoncé.
La désarticulation met à nu et ouvre largement la jointure métacarpo-phalangienne du doigt conservé, et expose le malade au danger si grave des plaies pénétrantes articulaires : inflammations, suppurations diffuses, carie, ankylose, etc. La phalange métacarpienne, s'inclinant du côté où elle n'est plus soutenue, constitue une difformité, et les mouvements sont moins réguliers et moins puissants.
On prévient facilement ces inconvénients en laissant l'articulation métacarpo-phalangienne intacte, et en divisant obliquement de haut en bas la première phalange surnuméraire, à quelque doigt qu'elle appartienne, au delà de la jointure. On enlève le doigt surnuméraire le plus faible, le moins développé, celui dont l'extraction cause la plus petite plaie, et l'on reste à l'abri des accidents des plaies pénétrantes articulaires.
L'opération , réduite à l'amputation de la continuité d'une phalange, peut être entreprise dès l'âge le plus tendre et exécutée avec de simples pinces incisives, en ayant la précaution de conserver assez de peau pour obtenir une cicatrice régulière. L'os, divisé de dehors en dedans pour l'indicateur et le pouce, et de dedans en dehors pour l'auriculaire, se continuerait sans saillie apparente avec la phalange juxtaposée, dont la rectitude, la force et la mobilité seraient assurées par l'intégrité de l'articulation métacarpo-phalangienne.
RÉSECTIONS
L'étude des résections est poursuivie de nos jours avec une savante activité. La .tendance de la chirurgie a toujours été, sans doute, de préférer ce genre d'opérations aux amputations, mais la principale difficulté était d'en bien fixer les indications. Le livre de notre collègue, M. E. Bœckel (1), sur les résections, les discussions de la Société de chirurgie, les communications de plusieurs de ses membres les plus expérimentés, les statistiques de M. Léon Le Fort, etc., ont jeté de vives clartés sur cet important sujet.
Nous avions, en 1839, plaidé la cause des résections coxofémorales contre la désarticulation de la cuisse, dans les cas où le choix est possible, et nous avons pratiqué avec un égal succès ces deux opérations. Les exemples de résections de la clavicule, du coude, des os de la main, du pied, des maxillaires supérieur et inférieur et de la continuité du squelette, ont été assez nombreux dans nos cliniques, et nous en avons déjà cité quelquesuns dans le premier volume de cet ouvrage. V. pages 428 et A 37.
Les résections du genou sont restées plus contestées; les dernières guerres en ont montré le danger, sur le champ de batadle, et MM. Larrey, Legouest, etc., et, dernièrement, M. le docteur Spilmann, se sont déclarés les adversaires de cette opération en se basant sur les statistiques des résections traumatiques pratiquées dans les guerres de Crimée et dans celles de l'Allemagne et de l'Amérique. La discussion n'est pas encore épuisée, cependant, les résultats de la résection fémoro-tibiale, à la suite des
(1) Traduction du Traité des Résections de 0. Hcyfcldcr. Paris, 1863.
RÉSECTION COXO-FÉMORALE. 217 affections chroniques, sont assez favorables pour engager les chirurgiens à la pratiquer.
Nous nous bornons à rapporter ici quelques-uns des faits dont nous avons recueilli les observations et qui nous paraissent dignes d'intérêt.