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III. — Résection du coude

Observation. Résection du coude. — Amélie Muller, de Strasbourg, âgée de dix-neuf ans, couturière, entre à la clinique, le 21 mai 1851, pour une tumeur blanche du coude, datant de trois mois et attribuée à un refroidissement prolongé. Le diamètre de l'articulation était de 0m,04 plus volumineux que le congénère; les mouvements abolis dans l'articulation buméro-cubitale ; ceux du radius libres. L'état général a peu souffert.

Le 2 juin, on ouvre à la partie externe du coude un abcès ; écoulement abondant de pus mêlé de synovie et de sang.

Le 19 et jours suivants le gonflement augmente et les douleurs prennent un degré d'acuité tel que la malade accepte la résection qui est pratiquée le la août.

La malade cbloroformisée, une incision en T est pratiquée au niveau de la partie externe et postérieure du coude; le nerf cubital est isolé et écarté; l'olécràne enlevé d'un trait de scie; nous séparons également avec la scie la partie inférieure de l'humérus, la tête du radius et une portion du cubitus, application de quelques points de suture, avec conservation de deux plaies béantes, l'une à la face externe, l'autre à la face postérieure du membre, et on les remplit de boulettes de charpie ; linge cératé, plumasseau et compresses ; le membre est placé dans l'extension. ■ Le 17, on ôte les fils.

Le 18, on enlève les épingles à suture, la réunion est parfaite ; bon aspect des plaies.

Le 20 septembre, appareil inamovible, avec fenêtre; Tavant-bras dans l'extension.

Le 24 octobre, on enlève l'appareil ; un peu de mobilité dans le membre; des fleux plaies il ne reste plus que deux petites fistules, de l'une desquelles la malade a retiré, le 26 octobre, une ligature qui y était restée et qui avait entretenu la suppuration.

Le 27 novembre, la malade se trouve dans d'excellentes conditions, et sa pseudarthrose devient chaque jour plus mobile et s'est complétée.

(I) Recueillie par M. le docteur Lauth. (Gaz. de Strasbourg, 1851.)

230 RÉSECTIONS.

Nous avons eu l'occasion de faire plusieurs résections du coude et nous ne nous rappelons que des succès. Un de nos malades, garde-chasse à Sarrebourg, avait repris ses fonctions, et je l'ai revu pendant plusieurs années s'applaudissant beaucoup d'avoir conservé un membre capable des meilleurs services. Les veines étaient devenues très-variqueuses, sans qu'il en fût incommodé.

On sait la facilité avec laquelle les opérés dissimulent leur résection. On en a vu remplir les rudes travaux d'infirmier, porter les malades, retourner les lits ; et des confrères, auxquels nous en avons présenté dans de pareilles conditions, ne voulaient pas croire à la mutilation qu'ils avaient subie.

Tous les mouvements de flexion conservent une grande force, et l'extension active, seule abolie, est remplacée par l'extension passive. Il suffit, après avoir ployé l'avant-bras, de l'abandonner de haut en bas et d'avant en arrière à son propre poids, pour qu'il retombe et s'étende complètement, et avec un peu d'habitude, les malades répètent cet exercice si rapidement qu'on a de la peine à supposer l'extension réellement perdue.

La prétendue régénération des extrémités osseuses, réséquées avec conservation plus ou moins considérable de lambeaux periostés, est tombée dans un discrédit trop mérité et trop complet pour que nous nous en occupions de nouveau après tous les détails dans lesquels nous sommes entré à ce sujet dans notre Traité de l'évidement des os (2e édition. Paris, 1867).

On trouvera dans notre Médecine opératoire l'histoire d'un militaire auquel nous avons réséqué, en 1848, l'extrémité interne de la clavicule avec un succès complet.

VOIES GÉNÏTO-URINAIRES

RÉTRÉCISSEMENTS DE L'DRÈTHRE.

Aucune partie de la chirurgie n'a réalisé, depuis trente aus, d'aussi grands progrès que les strictures uréthrales. Les malades atteints de ces affections étaient extrêmement nombreux, exposés aux plus graves accidents, toujours en quête de moyens de traitement efficaces, rarement soulagés, plus rarement encore guéris. Le marquis d'Argenteuil peut être cité comme un type de cette catégorie de malheureux, et il est mort en léguant un prix triannuel de 10 000 francs à l'Académie de médecine de Paris pour l'auteur d'un perfectionnement dans les moyens curatifs de cette cruelle affection.

Par une sorte de dérision des prévisions humaines, ce prix n'a pas été donné, ou l'a été pour des procédés que personne n'a adoptés ni appliqués, et qui n'ont pas même joui d'une vogue éphémère.

Si l'on demandait pourquoi les prix académiques sont habituellement si mal distribués? En voici une des raisons.

Tout ce qui est réellement bon et efficace est simple, facile, et réalise une sorte d'évolution régulière, en rapport avec la tradition et les faits de chaque jour.

Comment espérer qu'une Académie, nourrie dans la juste conviction de son importance, puisse récompenser une découverte conçue et produite sans efforts apparents, sans longues recherches, sans travaux considérables. C'est presque impossible. L'ancienne Académie de chirurgie, dont le dévouement à l'art, à la vérité et à la science est resté un exemple et un modèle, a trèsloyalement donné la plupart de ses prix à des mémoires assez

médiocres, qu'on lit peu aujourd'hui , tandis que les œuvres libres et n'ayant aspiré à aucune couronne, sont encore dans toutes les mains.

Reybard, MM. Gaillard (de Poitiers) (1), Bourguet (d'Aix) (2), chirurgiens très-distingués, très-ingénieux, ont eu l'honneur d'obtenir des prix à l'Académie de médecine pour des opérationsaussi peu applicables qu'appliquées, tandis que la bougie conductrice de M. Maisonneuve, avant d'avoir forcé l'assentiment général, a été discutée, critiquée, repoussée et niée dans son importance et ses succès.

Le perfectionnement dû à ce chirurgien avait simplement consisté à allonger la bougie des urélhrotomes, déjà fabriqués par M. Charrière, et à la visser à une sonde cannelée très-fine, au lieu de l'attacher par le même mécanisme à un instrument armé d'une lame tranchante. On avait déjà eu l'idée d'engager dans les rétrécissements une petite bougie, et allant plus loin, nous avions fait construire et mis en usage un uréthrotome dont la bougie de baleine était portée dans la vessie, pour servir de soutien et de guide à l'uréthrotome. L'indication avaif donc été comprise et heureusement mise en usage sur un malade dont j'ai publié l'histoire (1854), mais l'instrument était peu commode, et j'avais été le premier à en signaler les défauts et à faire appel au génie des inventeurs pour en découvrir un plus satisfaisant. Tels étaient les précédents. M. Maisonneuve, vissant, en 1855, la bougie uréthro-vésicale à une sonde cannelée, et faisant glisser sur cette sonde un sécateur destiné à atteindre et à diviser les parties rétrécies du canal, réalisait avec une admirable simplicité une indication déjà formulée. Mais ce seul perfectionnement, comme nous l'avons déclaré en 1858, allait produire une véritable révolution, féconde en résultats merveilleux. On ne rencontre presque plus aujourd'hui de ces rétrécissement incurables, dont tous les praticiens s'occupaient, et lajeune génération chirurgicale croit à peine

(1) Gaillard (Poitiers), Observations sur Vanaplastic de Purèthre (Mémoires de l'Académie impériale de médecine. Paris, 1859, t. XXIII, p. 175 etsuiv.).

(2) Bourguet (d'Aix), De l'urèthrotomic externe par section collatérale et par excision des ttssus pathologiques dans les cas de rétrécissements infranchissables (Mémoires de l'Académie impériale de médecine. Paris, 1865-1866, 1. XXMI, p. 1G7).

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