RÉTRÉCISSEMENTS DE L'URÈTHRE
aux difficultés que leurs devanciers ont si souvent rencontrées et leur en tient peu de compte. On a accueilli l'instrument de M. Maisonneuve par cette exclamation si fréquente et si dédaigneuse : ce n'est que cela ! et il a fallu des années pour en faire reconnaître la valeur. Celui qui aurait proposé d'attribuer la totalité du prix d'Argenteuil à l'auteur d'une modification aussi minime que rallongement d'une bougie, serait, à cette époque, resté seul de son avis. La science, heureusement, n'attend pas pour accomplir ses plus beaux progrès les encouragements officiels.
Un autre perfectionnement, d'une immense utilité par la fréquence de ses applications, ne porte pas de nom bien connu : si je cite celui de M. Guillon, c'est un peu au hasard et par un sentiment de justice et de reconnaissance envers le médecin quelconque, auquel on doit les bougies-sondes. 11 y a eu un temps, encore peu éloigné, où les bougies n'étaient pas percées d'un canal pour le passage de l'urine et où les sondes, quoique de diamètres très-variables, offraient la même largeur dans toute leur étendue.
Il arrivait alors que dans les cas de rétrécissements compliqués de rétention d'urine, le chirurgien parvenait à introduire une bougie à pointe conique, effilée ou olivaire dans la vessie, mais sans changement avantageux dans la situation du malade. On se servait de bougies, parfois d'un volume beaucoup plus considérable que les sondes, et celles-ci cependant ne pouvaient être portées dans la vessie. La cause de cette impossibilité tenait à la forme et aux dimensions de l'extrémité libre ou vésicale de ces instruments. La bougie, plus ou moins conique, avait une pointe très-mince, qui une fois engagée dans la coarctation, la dilatait et frayait la route. La sonde, au contraire, ne pénétrait pas, creusait une sorte de cul-de-sac en avant de l'obstacle, le refoulait en l'augmentant et ne pouvait le franchir.
Aujourd'hui, tout le monde se sert de bougies-sondes, dont le bout vésical, plein et très-fin, traverse les rétrécissements avec facilité et se continue en une* véritable sonde creuse, percée d'une ouverture pour le passage de l'urine. On ne se figure pas les services que cette simple modification a rendus et rend encore tous les jours, et personne ne s'inquiète de savoir quel en est l'auteur.
Mais si l'on décrit en un gros volume quelque procédé trèscompliqué, très-obscur, laborieux et hérissé de détails d'érudition, on court la chance d'un beau succès académique, bientôt oublié sans doute, mais toujours plus ou moins flatteur.
La chirurgie se trouve donc aujourd'hui bien armée contre les rétrécissements franchissables, mais elle reste encore un peu incertaine pour le traitement de ceux que l'on ne parvient pas à traverser. Un certain nombre de spécialistes n'ont été nullement embarrassés de ces difficultés, et les ont tranchées de la manière la plus favorable pour leur amour-propre,' en les niant, Il ny a nas ont-ils dit, de rétrécissements infranchissables, et ceux qui en rencontrent sont des maladroits. Civiale, comme l'a rappelé M Ch. Sarazin, ne dédaignait pas cet argument. Nous ayons cite, comme Syme, V^rneuil et beaucoup d'autres, des exemples d oblitération complète du canal, constatés par l'autopsie, et 1 on voit ce que valent de pareilles assertions.
Le cathétérisme forcé ou les ponctions vésicales étaient les seuls procédés employés dans ce cas, avant que nous eussions fait revivre et adopter l'uréthrotomie externe. L'opération de la boutonnière n'appartenait pas au traitement des rétrécissements et avait été non-seulement abandonnée, mais repoussée comme barbare et irrationnelle par l'école française. Syme, auquel on l a attribuée, ne l'a jamais pratiquée. Ce célèbre chirurgien n en avait pas une meilleure opinion que Desault et la déclarait impossible Son procédé de section périnéale se pratiquait sur un cathétei introduit préalablement dans la vessie, au travers, par conséquent, de rétrécissements franchissables, et doit être absolument abandonné pour l'uréthrotomie interne, infiniment plus simple, plu, rapide et tout aussi efficace.
Si l'on ne découvre pas la portion du canal située en arrière de la coarctation dans l'opération de l'uréthrotomie périnéale que nous avons décrite en 185. et que ^*^à depuis dix ans, faut-il, comme l'avait proposé Vidal (de Cassis), ^herchei l'urèthre en avant de la prostate. M. Demarquay l'a fait six fois (1). M. Gaillard (de Poitiers) y a eu également lecouîs ; "n citerai plus loin un exemple tiré de ma clinique ; mais
(1) Thèse de M. le docteur Dudon. Paris, 1867.