‹ Contributions a la chirurgieChapitre 143 sur 198 · PERFECTIONNEMENTS AUX OPÉRATIONS D'URÉTHROPLASTIE · texte numérisé non relu

PERFECTIONNEMENTS AUX OPÉRATIONS D'URÉTHROPLASTIE

rail deux lambeaux, en suivant les procédés précédemment décrits.

Telles sont les règles que nous avons adoptées, et l'observation suivante paraît en confirmer la valeur.

M... portait une large perte de substance, de 2 à 3 centimètres de hauteur, à la portion sus-scrotale de l'urèthrc, et le pourtour de cette ouverture était formé, à une assez grande distance en tout sens, par une cicatrice mince, sèche et non adhérente. Une idcération phagédénique avait été la cause de cette infirmité, dont la date remontait à un grand nombre d'années.

L'uréthroplastie fut pratiquée le 3 novembre 1858, en présence de MM. les docteurs Leuret, médecin principal, Herrgott et Bœckel, professeurs à la Faculté, et d'autres médecins militaires attachés à l'hôpital militaire.

Le malade ayant été couché en décubitus dorsal, et chloroformisé, une sonde conductrice fut portée dans la vessie; le périnée et l'urèthrc furent fendus à niveau du bulbe par une incision longitudinale; la sonde fut retirée, et une autre sonde du même calibre, dirigée entre deux stylets par la plaie, fut introduite dans la vessie (1). La membrane cicatricielle, séparée du pourtour de la fistule, forma deux lambeaux latéraux dont le renversement de dehors en dedans devait servir à fermer l'urèthre. Les bords excédants de ces lambeaux furent excisés, et lorsque les dimensions en furent convenablement réduites, on les réunit sur la ligne médiane par trois points de suture entrecoupés. La peau fut ensuite largement disséquée du côté du prépuce et ramenée de haut eu bas au devant des premiers lambeaux. Un des fils de chaque point de suture fut coupé, elles fils restant dirigés au dehors de la plaie.

Aucun accident grave ne survint, mais la cicatrisation ne fut pas complète. Un peu de suppuration parut à la suite d'un gonflement œdémateux assez marqué, et à la chute des fils, du quatrième au huitième jour, un pertuis de II à 5 millimètres persista et laissa passer les liquides injectés par le gland.

Nous essayâmes en vain, à plusieurs reprises, de fermer ce pertuis avec une épingle et la suture entortillée. Les pansements à plat et la cautérisation au nitrate d'argent échouèrent également, et le 5 décembre j'eus recours à un nouvel avivement avec deux points de suture, dont les fils profonds furent ramenés par l'urèthre, mais le moment opportun de ce procédé était passé, et nous ne réussîmes pas. La sonde périnéale était changée de temps à autre sans difflculté et donnait passage à l'urine.

Je fis quelques cautérisations au fer rouge, qui réduisirent le pertuis aux dimensions d'une tète d'épingle. Des applications de teinture d'iode concentrée le fermaient pendant deux ou trois jours, sans l'oblitérer définitivement.

Je divisai par quelques sections sous-cutanées des brides qui fixaient les téguments aux parties profondes et ne leur laissaient pas toute la laxité désirable. Le prépuce remonta après cette opération d'une manière assez notable, mais un second permis presque imperceptible s'ouvrit dans le trajet de la cicatrice, disparut, puis se reproduisit de, nouveau.

(1) Voy., pour plus de détails, notre Mémoire sur l'urélhrotomie externe ou périnéale, p. 236.

Le 1er mars 1859, je retirai la soude du périnée, dont la plaie était entièrement cicatrisée le vingtième jour. Pendant ce temps, le malade avait gardé une autre sonde, introduite par le gland dans la vessie. Le 5 avril, il retira définitivement cet instrument et continua à uriner librement et à gros jets sans éprouver aucun inconvénient de la persistance des permis, qui étaient à peine humides

pendant la miction.

Nous pensâmes que le changement de régime, l'exercice et le grand air amèneraient dans la constitution lymphatique du malade des modifications avantageuses, et nous l'engageâmes à quitter l'hôpital, et peu de temps après ce militaire était en effet guéri.

Nous ne pouvons nous dissimuler que le traitement a été long, et nous sommes convaincu qu'on l'eût abrégé en adoptant le procédé que nous avons proposé, et qui consiste, comme nous l'avons dit, à faire sortir par l'urèthre les fils des sutures des lambeaux profonds, et en dehors de la plaie tégumentaire ceux des lambeaux extérieurs.

Aucun corps étranger interposé entre les surfaces des lambeaux ne compromettrait la réunion, et l'on pourrait obtenir en quelques jours la guérison d'une infirmité dont la cure a exigé jusqu'ici plusieurs mois de traitement, surtout en ayant la précaution défaire les lambeaux profonds très-courts pour empêcher la formation de cavités ou poches secondaires, dans lesquelles quelques gouttes d'urine restent parfois accumulées et gênent la

miction. , . .

La guérison spontanée de la plupart des fistules urmaires après le libre rétablissement du cours des urines, autoriserait a tenter l'uréthroplastie par ce nouveau procédé sans recourir a l'incision périnéale; l'opération deviendrait plus simple, et Ion pourrait en espérer un succès plus prompt.

Page 1