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VI. — Lithrotitie

La discussion sur la lithotritie et la taille, pendante à l'Académie en 1847, a fourni l'occasion à ses membres les plus eminents d'exposer leurs opinions sur ce sujet, au grand avantage de la science et de la pratique chirurgicale.

Un parallèle absolu entre la lithotritie et la taille nous semble impossible, par la raison que ces méthodes ne sont pas destinées a se comballre ni à se remplacer complètement, mais à se sup-

(1) Communication à l'Académie de médecine, séance du 19 octobre 1847 (Bulletin, t. XIII, p. 126).

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pléer et à se prêter de mutuels secours, selon les indications opératoires. Ces dernières sont donc le point fondamental de la discussion, et Velpeau, Blandin et Roux, en traitant des applications de la taille aux enfants, ont aussi montré qu'ils partageaient

cet avis (1). f

L'observation suivante me semble démontrer que ce n est pas seulement sur des malades différents, mais aussi sur le même malade, que les deux méthodes peuvent être employées avec avantage.

Observation. — Je fus appelé, en 1842, à opérer d'un calcul un malade, atteint depuis longtemps d'une atonie générale de la vessie. Cet organe était le siège d'une rétention urinaire incomplète mais persistante, et un calcul, par dépôt de phosphate aiumoniaco-magnésien s'y était formé.

L'écartement des branches du percuteur de M. Heurteloup assignait à la pierre un diamètre de plus de trois travers de doigt, et l'on rencontrait constamment le corps étranger dans le même point de la vessie, où l'on n'en saisissait pas l'extrémité.

Ce malade présentant peu d'irritabilité, et les voies urinaires étant larges et parfaitement libres, je tentai l'écrasement du calcul, et en quelques jours nous recueillîmes plus de 30 grammes de détritus calcaire, entraîné par les urines.

La vessie devint alors douloureuse et s'enflamma ; il y eut des frissons et de la fièvre, et comme les mêmes accidents se renouvelèrent sous l'influence d'un nouvel essai de lithotritie, et que l'état du malade commençait à nous inspirer de l'inquiétude, l'opération de la taille fut proposée et acceptée.

Mon honorable collègue, le professeur Ehrmann, M. Villcmin et plusieurs autres confrères avaient eu la bonté de me prêter leur assistance, et après les incisions ordinaires de la taille latéralisée, nous trouvâmes un énorme calcul adhérent, et nous fumes obligé de le faire basculer au moyeu d'une des branches de l'instrument de M. Heurteloup, pour le détacher de la vessie et l'extraire.

Le doigt reporté dans la poche urinaire permit de constater que la membrane muqueuse était incrustée d'une couche calcaire, assez épaisse et complètement adhérente. Nous fûmes forcé de laisser dans cet état notre malade, avec l'espoir que la vessie revenant sur elle-même, et se contractant peu à peu, se débarrasserait spontanément de ces détritus et les expulserait par la plaie, avec lès urines. Nous pratiquâmes plusieurs injections dans ce but; une grande quantité de sédiment pulvérulent fut expulsée et la plaie se cicatrisa.

Cependant quelques semaines plus tard les urines devinrent un peu troubles, le jet en fut plusieurs fois interrompu, et le cathétérisme démontra l'existence d'un calcul libre et mobile de plus de 2 centimètres de diamètre.

Il nous parut certain que les incrustations calcaires s'étaient réunies et agglomérées pour donner lieu à cette nouvelle pierre, dont je crus pouvoir débarrasser le malade par la lithotritie. Le calcul s'écrasait avec la plus grande facilité ; mais les détritus n'en étaient pas chassés au dehors par les urines, en raison du

(1) Bulletin de l'Académie impériale de médecine, 1847, t. XIII.

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peu tic contractiïité de lu vessie; j'en opérai l'extraction avec un percuteur cuiller tic petite dimension, et j'en débarrassai définitivement le malade en quelques séances.

Aucun accident n'est survenu, et l'opéré continue à jouir d'une santé parfaite.

La taille seule ne pouvait suffire à moins d'être pratiquée deux fois, et Ton s'explique, par les adhérences du calcul, comment nos premières tentatives de lithotritie étaient restées infructueuses. Ne devons-nous pas en conclure que les deux méthodes se sont prêté ici un mutuel secours et ont également concouru à la guérison?

Cette observation, dont nous avons seulement rapporté les principaux détails, montre que la lithotritie et la taille continueront à fournir a la chirurgie de précieuses ressources et que la véritable supériorité consistera, pour les hommes de l'art, à établir l'opportunité des indications de l'une et de l'autre de ces méthodes.

Observation. Calcul vésical dont le noyau était formé par un fragment de tuyau de pipe. Brisement, de la pierre par écrasement et percussion en deux séances. Guérison complète et immédiate sans accident (1). — S... (François), âgé de trente-trois ans, soldat au 62e régiment de ligne, fut envoyé à l'hôpital militaire le 20 mars 1853, et couché au lit 23 de la salle 5. Ce malade avait présente des symptômes de cystite, d'hématurie, de rétention d'urine, et avait paru assez gravement atteint pour être hospitalisé.

Voici quels étaient les antécédents :

S..., d'après son propre récit, avait une gonorrhée en 1852, et la combattait par des injections pratiquées au moyen d'un tuyau de pipe. Un mouvement brusque et involontaire détermina, le 30 octobre, la rupture du tuyau, dont un fragmenl de 3 centimètres environ de longueur resta engagé dans l'urèthre et ne put être retiré.

Bientôt survinrent de fréquents besoins d'uriner avec sentiment d'ardeur et de cuisson dans le canal; dysuric et urines sanguinolentes; le malade rendit à plusieurs reprises du sang pur, et fut dirigé sur l'hôpital le 13 novembre 1852.

A cette époque, S... raconta les faits que nous venons d'exposer, et il fut sondé par plusieurs personnes, qui ne constatèrent la présence d'aucun corps étranger ni dans l'urèthre, ni dans la vessie. Le traitement consista en quelques applications de sangsues au périnée, en bains, boissons rafraîchissantes, diète végétale, etc., et un mois plus tard S..., n'éprouvant plus aucun accident, quitta l'hôpital et rentra à son corps, où il reprit du service.

Ce temps de calme et d'apparente santé fut de courte durée. Les souffrances

(1) Observation recueillie par M. le docteur Jacquin, médecin aide-major de première classe à l'hôpital militaire de Strasbourg (Gaz. méd. de Strasbourg, juillet 1853).

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parurent dès lès prèmiers jotirs de 1853 ; miction de nouveau difficile et fréquente pendant la nuit; urines troubles légèrèmeût càtdrrhales, parfois teintes de sang; dépôl abondant de mucosités purulentes; douleurs lombaires et abdominales, hématuries et amaigrissement.

C'est dans ces conditions que S... fut envoyé, comme nous l'avons dit, à l'hôpital le 20 mars 1853.

Diverses tentatives de cathetérism'e, faites avec beaucoup de précaution' et de douceur, ayant été infructueuses, je fus appelé auprès du malade pour constater quelle pouvait être la nature île l'obstacle et quels moyens étaient les plus convenables pour en triompher.

Ayant très-distinctement reconnu un corps étranger engagé dans le canal de l'urèthre, un peu au devant du col vésical, je ne doutai pas de la sincérité du malade, qui renouvelait son premier récit et disait sentir le fragment de pipe pénétrer dans le canal ou retomber alternativement dans la vessie. Je ne parvins pas, ce jour-là, à faire nettement constater par les personnes présentes le contact de t'algalie d'argent sur le corps étranger, mais les mêmes essais ayant été répétés le lendemain, MM. les docteurs Antoine, Gourbassier, Tabouret, et plusieurs autres assistants ne doutèrent plus de la présence du fragment dans l'urèthre, et furent unanimes sur la cause des accidents.

Quel était le traitement à instituer? Fallait-il recourir à l'uréthrotomic ou repousser le corps étranger dans la vessie pour l'eu extraire par la lithotritie ou l'opération de la taille, ou pouvait-on aller le saisir dans l'urèthre avec une pince, l'amener au dehors ou le briser pour en faciliter l'expulsion ?

Je pensai qu'il y aurait de l'avantage à dilater graduellement l'urèthre, soit pour agir sur le calcul dans l'intérieur du canal, soit pour le pulvériser dans la vessie.

Des sondes dé caoutchouc, graduées et à courbure fixe, furent successivement introduites, d'abord avec un peu de douleur, plus tard sans obstacle; on donna ainsi au canal une assez grande ampleur pour recevoir des sondes de 10 millimètres de diamètre. On essaya de saisir le fragment avec des pinces de HunLer, pendant qu'il était engagé dans l'urèthre, mais ou ne put y parvenir, et l'on se demanda s'il fallait recourir à la section de l'urèthre ou à la lithotritie.

J'avais déjà obtenu trop de succès de l'uréthrotomie (1) pour redouter l'incision de l'urèthre, et cette opération est peu dangereuse lorsqu'elle est pratiquée dans des conditions favorables et par une main exercée; mais je craignais îe déplacement du calcul. Si ce dernier fût retombé dans la vessie, pendant les tentatives d'extraction, il eût fallu tailler le malade on le lithotritier sans tirer aucun avantage de l'uréthrotomie, qui n'eût plus été qu'une complication inutile cl regrettable. Il était manifestement préférable de saisir le moment où le calcul serait dans la vessie pour en opérer le broiement, et, dans le cas où l'on en eût rèconnu la présence dans l'urèthre, on pouvait le repousser, soit avec nue grosse sonde, soit au moyen d'une simple injection.

Le 5 mai 1853, le malade ayant été chloroformisé en présence de MM. Antoine, médecin principal; Martenet et BolU, médecins- majors; Tabouret et Tisserand, médecins aides-majors, et de MM. les sous-aides de l'hôpital, j'engageai dans la

(1) Voyez la thèse de M. le docteur Chasles, médecin aide-major. Strasbourg, 1853.

vessie le percuteur de M. Ileurteloup, modifié par M. Charrière, et je saisis facilement et à plusieurs reprises le calcul, dont Le plus grand diamètre ne donna pas aux branches de l'instrument plus de 3 centimètres d'écartement. Je cherchai, par La pression de la main ou au moyen du pignon à crémaillère, à écraser le corps étranger, mais sans y parvenir, et je dus recourir à la percussion pour faire éclater le fragment de pipe, dont la dureté et la consistance étaient très-considérables. Trois fois la percussion, avec un marteau de plomb, fit éclater le calcul, dont les débris furent ensuite repris et broyés. Les cuillers du percuteur furent ensuite rapprochées par quelques coups de marteau, et l'instrument retiré fut dégagé, dans un vase rempli d'eau, de tous les détritus qui étaient restés engagés entre ses deux branches. La même manœuvre fut répétée sept ou huit fois, en portant le percuteur dans la vessie, le chargeant de débris du calcul et le réintroduisant après l'en avoir débarrassé. Deux fois le malade, trop faiblement chloroformisc, eut des contractions de la vessie qui chassèrent toute l'urine, et deux fois on remplaça le liquide expulsé par des injections d'eau tiède.

Après une séance de trente minutes, le malade fut reporté à son lit; on lui prescrivit des boissons adoucissantes et une saignée conditionnelle s'il présentait quelque réaction.

Les débris du calcul se composaient de deux substances : l'une, grisâtre, friable, homogène, résultant d'un dépôt calcaire, opéré autour du noyau primitif; L'autre, dure et fragmentée, provenant du tuyau de pipe. On en reconnaissait aisément la forme cylindrique, et la cavité intérieure dont les parois avaient conservé la coloration rougeâtre qu'imprime le passage de la fumée du tabac.

Le malade, revenu à lui, n'accusa pas de douleur et rendit dans la journée une assez grande quantité de bouillie calcaire et quelques fragments irréguliers.

Deux jours plus tard (7 mai), nouvelle recherche et brisement des derniers débris du calcul, en présence des mêmes personnes, du docteur Aronssohn, ses fils, et de quelques élèves internes et externes de l'hôpital civil.

Le malade chloroformisé, l'introduction du percuteur fut empêchée dès l'abord par la présence d'un fragment volumineux engagé dans l'urèthre et repoussé facilement dans la vessie au moyen d'une simple injection d'eau tiède. Les restes de la pierre furent alors saisis, rompus à coups de marteau ou écrasés sous les cuillers de l'instrument avec un bruit sec, et bientôt les explorations les plus attentives ne firent plus rencontrer aucune trace du calcul, qui avait été complètement réduit en détritus pulvérulent ou en parcelles d'un assez petit volume pour être expulsées sans peine par la miction. Le malade, revenu à lui, n'éprouva pas d'accident, n'eut même point de réaction fébrile, rendit beaucoup de bouillie calcaire et se sentit débarrassé de toute gêne et de toute douleur dans l'excrétion urinaire. Le jet du liquide était large et régulier, le besoin d'uriner fréquemment disparut, et la nuit fut parfaitement calme. Le lendemain, S... accuse de l'appétit, se lève et se promène une partie de la journée, rend des urines claires et limpides sans aucun dépôt, et se montre très-joyeux de sa guérison. Depuis ce moment, plusieurs cathétérismes explorateurs furent pratiqués, et donnèrent la certitude qu'il ne restait aucun débris du calcul dans la vessie.

Un régime alimentaire substantiel fut accordé au malade pour réparer ses forces, que ses "longues souffrances avaient affaiblies, et S... fut renvoyé à son corps le 21 mai, où il a repris son service et continue à se bien porter.

LITHOTIUTIE. 369

Cette observation est remarquable par la nature du calcul, le choix et les conditions de l'opération, et la rapidité de la guérison.

Les aberrations du sens génital offrent des exemples si communs, que les praticiens les acceptent sans étonnement et sans surprise, et s'occupent seulement d'en faire disparaître les tristes et déplorables conséquences. Que de fois on a trouvé, au centre d'un calcul, une paille, un cure-oreille, une épingle à cheveu, un étui, une épingle ou épinglette, servant à déboucher la lumière des fusils, une tige de bois, etc. Ce sont particulièrement les femmes, dont l'urèthre offre un plus grand diamètre, qui sont sujettes à ces accidents, et, lorsqu'on en reconnaît la nature, on évite d'adresser aux malades d'inutiles et indiscrètes questions sur lies causes de leur affection. On accepte leurs explications quelles qu'en soient les invraisemblances, et on leur épargne ainsi des laveux difficiles et compromettants. Ne sait-on pas que, dans la voie de la manie erotique, les faits les plus incroyables ontété maintes fois constatés. Les recueils périodiques relatent une foule d'opérations, nécessitées par la présence de corps étrangers de toute forme et de toute nature : pots h pommade, fioles de verre, calebasses, timballes, verres à boire, introduits et enclavés dans le rectum et le vagin. Chopart ne raconte-t-il pas qu'un berger, livré aux fureurs de l'onanisme, s'était peu à peu fendu en deux segments longitudinaux la totalité de la verge, à force de multiplier les petites entailles qu'il se faisait avec son couteau pour activer et exalter ses jouissances. Le môme fait n'a-t-il pas été présenté par un homme qui se faisait taillader le scrotum pendant ses rapports sexuels, et qui eut un jour les bourses presque entièrement coupées par une fille, sans s'en être aperçu et sans autre sensation que celle d'une suprême volupté.

On ne sera donc pas surpris de l'apparente conliance accordée f ^cit du malade. Il était de toute évidence qu'un tu va u de pipe [avait pu servir à des injections, et les accidents survenus et le danger étaient une punition assez sévère pour prévenir probablement toute rechute des mêmes écarts,

| On remarquera la nature des symptômes, tels que les muco-

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3?0 VOIES GÉMTO-UK1NAIKES.

lancer entre une opération aussi simple et les complications habi- • tuelles ou possibles de la cystotomie chez l'adulte.

Les chirurgiens ne semblent pas d'accord sur l'avantage de la chloroformisation dans la lithotritie, et celle dissidence tient évidemment à la manière dont on conduit l'anesthésie. Nous lisions dernièrement les objections d'un médecin qui repoussait le chloforme par la crainte des mouvements brusques et involontaires auxquels pouvait se livrer le malade pendant les manœuvres opératoires ; cette supposition n'est pas fondée. Il suffit d'arriver a la résolution musculaire pour obtenir l'immobilité la plus absolue, et telle est la pratique que l'on suit pour tous les malades chloroformisés à nos cliniques.

On pourrait croire que les sensations du malade sont utiles en prévenant des manœuvres trop brusques, le pincement de la vessie etc C'est une erreur. Les impressions, accusées par les malades sont confuses et sans importance, et leurs craintes et leur vive sensibilité nuisent à la liberté du chirurgien.

La raison sur laquelle nous insistons, pour recourir aux anesthésiques, est le relâchement produit dans le canal de 1 urethre et dans le col et le corps de la vessie. Les instruments pénétrer i avec infiniment plus de facilité, sont dirigés avec plus de surete, et l'homme de l'art, n'ayant à consulter que ses propres sensations, est moins sujet à se tromper. , Les cas d'innocuité des manœuvres lithotritiques sont tres-freauents Un de nos malades, venu chez moi se faire lithotriti s'en allait à pied. On citerait aisément beaucoup d'autres exemples- cependant on doit considérer comme exceptionnelle ah- Snce complète d'accidents à la suite du brisenjent c u calcu P nercussion énergique et répétée, comme on le fit sur S... Malgré Y n iXtion réitérée des instruments et l'extraction, à chaque séance d'une assez grande quantité de détritus calcaire entre 1 cuiUe du percuteur, reporté sept ou huit fois dans la vessie il „^ ut id douleur, ni mouvement fébrile, et les organes urinaire relent leur normalité organique et fonctionnelle, aussitôt que les derniers débris du calcul eurent été expulses

La m caution de maintenir toujours la vessie distendue par un r T Tdonné plus de liberté et d'innocuité aux manœuvres, X-étîs- Influence sur l'heureuse issue de l'opérano,

t Innissance que l'on avait de la nature et de la forme du La connaissance que ^ ^ ^ ^

:£S« les différences de résistance reuco,

LITHOTRITIK. 371

trées par l'opérateur, et permet également de comprendre comment le calcul d'un diamètre de plusieurs centimètres en longueur pouvait néanmoins pénétrer dans l'urèthre, en s'y engageant par une de ses extrémités.

Nous voudrions voir accomplir, dans la fabrication de l'instrument de M. Mcurleloup, un perfectionnement que l'on n'est pas encore parvenu à réaliser complètement. Les premières cuillers de l'inventeur étaient pleines, les détritus calcaires s'y accumulaient en s'y tassant, et il devenait quelquefois difficile de les retirer; l'opérateur était alors exposé aux plus grands embarras et pouvait se trouver dans la nécessité, après avoir rapproché par percussion les deux cuillers, de les extraire avec violence. M. Leroy a proposé une sorte de râteau pour débarrasser les cuillers, mais celte modification compliquait trop la manœuvre et n'a pas été adoptée. Sir Henry perça la branche femelle ou la cuiller évidée de trois trous, que M. Gbarrière convertit en une large fenêtre au travers de laquelle les débris du calcul semblaient devoir facilement passer. Malheureusement il n'en est pas toujours ainsi et l'accumulation des débris du calcul se fait entre les points de rencontre de l'instrument qui n'écrase plus que les gros fragments. Un jeune docteur polonais a imaginé une lame métallique, en forme de ressort, qui occupe le fond de la cuiller femelle et en est éloignée par traction, de manière à rejeter au dehors le détritus du calcaire; mais l'expérience n'a pas confirmé les avantages de ce moyen, et le problème reste à résoudre et doit appeler l'attention des hommes de l'art. En attendant que la solution en soit trouvée, nous croyons indispensable de surveiller attentivement le degré de rapprochement des deux cuillers et de retirer l'instrument aussitôt qu'on éprouve de la difficulté à en rapprocher complètement les branches. Agir autrement serait s'exposer à ne plus pouvoir retirer l'instrument sans contusions ou déchirures du col vésical et de l'urèthre, et l'on a vu ces accidents devenir mortels.

Cette observation donna lieu aux deux lettres que nous allons rapporter.

Lettre de M. le baron Heurteloup.

Paris, le 19 septembre 1853.

« Monsieur et très-honoré confrère, » Les différentes publications qui ont trait à la chirurgie con-

372 VOIES GÉNITO-UIUNAIRES.

tiennent souvent des allusions à mes travaux sur la lithotripsie. Bien souvent je pourrais relever des erreurs, et. je ne le fais pas, soit parce que j'ai confiance dans le jugement du public médical, soit aussi parce que ceux qui commettent ces erreurs sont jeunes en lithotripsie et n'ont pas assez de poids pour que leur opinion soit un danger pour la science.

» Vous n'êtes pas, monsieur et honore confrère, de ceux-la, et c'est la conscience de ce que vous valez qui me porte à vous adresser quelques observations sur le cas qui vient d'être publie.

» Dans l'observation relative à l'extraction que vous avez habilement faite d'un bout de tuyau de pipe de la vessie d'un malade,

on lit : , ;'. . ,

« M Sédillot voudrait voir accomplir dans la fabrication de » l'instrument de M. Heurteloup un perfectionnement que 1 on „ n'est pas encore parvenu à réaliser complètement. Les pre- » mières cuillers de l'inventeur étaient pleines (si ces cuillers „ étaient pleines, elles n'étaient pas des cuillers; peut-être M le » docteur Jacquin a-t-il voulu employer le mot branches), le » détritus calcaires s'y accumulaient en s'y tassant, et il devenait » quelquefois difficile de les retirer. L'opérateur était alors expose » aux plus grands embarras, et pouvait se trouver dans la neces- » sité, après avoir rapproché par percussion les deux cuillers, de » les extraire avec violence. (Si les cuillers sont rapprochées, » pourquoi de la violence?)»

» Pour porter un tel jugement sur mon percuteur courbe, il laut, monsieur et honoré confrère, que vous ayez expérimenté avec un autre instrument que celui dont je suis l'inventeur; car lorsque je le présentai à l'Académie des sciences, en 1833, je l'accompagnai, vu mon éloignement de Paris, des attestations du grand nombre de cliirurgiens anglais qui me virent faire, à Londres , la première application de cet instrument sur trente-deux ma-

la?Comme mon intention était de concourir, ces attestations avaient pour but de certifier la bonté de l'instrument sous tous • rPomts dc vue : solidité, facilité des manœuvres action prompte pour saisir les calculs, pour les broyer, innocuité ; etc;> ^ 1 „ Parmi ces attestations, il en est une qui répond au passage cité que je vous demande la permission de transcrire et que je Glande a votre attention. C'est ^J»^ moires sur la lithotripsie par percussion, 1833 . rsous dtteston . Hue toujours nous avons vu cet instrument (le percuteur) sortir

LITHOTRITIE. 373

avec autant de facilité qu'il était entré, ce qui prouvait qu'il conservait absolument le même calibre en sortant qu'en entrant et que conséquemment il se fermait exactement.

» Comment se fait-il donc, monsieur et honoré confrère, que M. le docteur Jacquin vous fasse dire le contraire de ce qui est? S'est-il trompé ou a-t-il publié une opinion que vous ayez exprimée? S'il a publié votre opinion, est-il indiscret de vous demander sur quels faits, sur quelles expériences vous vous êtes basé? Je n'entreprendrai pas de faire sentir à un chirurgien de votre mérite l'importance de répondre à l'observation que je prends la liberté de vous faire; car, en même temps que votre réponse servira à élucider la question de la lithotripsie, question bien simple et que l'on rend si obscure, vous ferez une bonne action; car vous comprenez qu'une opinion défavorable à mon percuteur si bienfaisant, exprimée par vous, éloignerait les praticiens de l'usage de cet instrument, et vous n'êtes pas de ceux qui trouvent leur profit à jeter la science dans l'obscurité ou dans une fausse voie.

» Depuis plus de vingt années que l'attestation émanée de chirurgiens anglais a été publiée, je me suis constamment servi pour briser les pierres et les gros fragments, du percuteur comme je l'ai construit, et jamais il n'est sorti engoué (ce que je fais toujours remarquer aux assistants), quoique je l'aie employé plusieurs centaines de fois. Ces faits demandent à être médités par un praticien comme vous l'êtes, car l'usage de cet instrument fait arriver le malade aune guérison prompte,qui n'est pas achetée, lorsqu'elle est obtenue, par ces complications que vous connaissez et que tout le monde connaît.

» Il vous paraîtra peut-être opportun de conclure que les prétendus perfectionnements énumérés n'étaient pas bien nécessaires, et si vous cherchez, un peu, même dans l'intéressante observation qui vient de vous, vous pourrez vous apercevoir que c'est à ces perfectionnements que l'on peut attribuer les lugubres résultats définis par M. le docteur Jacquin, et qu'il aurait pu définir plus lugubres encore, car les conséquences des perfectionnements susdits ne s'arrêtent pas à la violence qu'il faut employer pour retirer de la vessie un instrument engoué.

» Veuillez, je vous, prie, monsieur et honoré confrère, remercier de ma part M. le docteur Jacquin d'avoir bien voulu, dans ?a rédaction, accoler mon nom à l'usage que vous avez fait de mon instrument courbe; c'est une gracieuseté à laquelle je ne

37/J VOIES GÊNITO-UlliNAlKF.S.

suis pas accoutume. Je sais bien que lorsqu'un procédé est passé dans la pratique, on n'en nomme quelquefois plus l'auteur, niais c'est seulement, ou du moins ce devrait être seulement lorsqu'il n'est plus de ce monde; autrement, c'est un manque d'égards que beaucoup se permettent, mais dont certaines délicatesses se trouveraient offensées.

» Permettez-moi en Unissant, monsieur et honoré confrère, de vous remercier sincèrement d'avoir donné votre haute sanction, comme chirurgien, à mon procédé d 'extraction immédiate au moyen de mon percuteur à cuillers. La rédaction de votre observation donnerait bien lieu à quelques observations de ma part sur le modus faciendi qui me semble avoir retardé votre succès, mais je craindrais de dépasser là limite que m'imposent et votre nom justement honoré et votre grand talent (1). » Agréez, etc. »

Réponse (2).

« Monsieur et très-honoré confrère,

» Vous me sommez trop obligeamment de répondre à votre lettre pour que je ne saisisse pas avec plaisir celte occasion de puiser auprès de vous d'utiles enseignements. Vos instruments ont rendu la lithotritie simple, facile, moins dangereuse, et si nous n'en avons pas reconnu tous les avantages, et que nous en ayons fait, comme vous l'indiquez, une application peu régulière, nous vous saurons gré de* rectifier nos idées et notre pratique La perfection est le but de l'art, et lorsque nous cherchons à nous rendre dignes de notre mission d'humanité et de science, nous ne saurions regretter d'être avertis de nos erreurs et d'être mis en mesure de les éviter.

» Je donne le nom de percuteur courbe de M. Heurteloup à tous les instruments de lithotritie composés de deux branches à extrémités coudées ou mors, dont l'écartement permet de saisir les calculs et de les écraser par pression ou par percussion. Vous voyez déjà, monsieur et très-honoré confrère, que je vous rends, à cet égard, pleine justice, et que je subordonne les modifications d'un instrument, quelque importantes qu'elles soient, a la conception première de l'inventeur. Je repousse et condamne, en thèse générale, l'emploi des moyens mécaniques (tables et étaux)

(1) Extrait de la Gazette des hôpitaux du 24 septembre 1853.

(2) Gazette des hôpitaux du 15 octobre 1853.

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destinés à immobiliser le malade et la branche femelle de l'instrument, et j'adopte le pignon à crémaillère de M. Cbarrière, avec rondelle terminale pour la pression de la paume de la main, comme le moyen le plus commode et le plus énergique d'écrasement, réservant la percussion aux cas particuliers où le pignon est impuissant à vaincre la résistance de la pierre.

» Je tais usage, selon le volume et la dureté des calculs, de deux espèces de percuteurs : les uns à mors mâles . pleins et à arêtes, et à branche femelle complètement fenêtrée ; les autres h mors régulièrement allongés et excavés (cuillers), avec ou sans fenêtre à la base de la branche femelle de l'instrument.

» Les premiers me paraissent seuls susceptibles de saisir et de fragmenter, sans péril de rupture, des pierres d'une grande cohésion et d'un gros diamètre. Le mors plein, s'emboîtant par glissement dans la branche femelle, chasse les débris de calcul et en empêche le tassement et l'accumulation entre les branches du percuteur, que l'on peut ordinairement retirer sans accident, parce qu'il suffit dans le cas où quelque fragment serait arrêté et proéminent, d'en écarter et d'en rapprocher à plusieurs reprises les branches pour les dégager. Le mode d'action de ce percuteur est assez simple.

» Après avoir saisi lapierre, on cherche à l'écraser par la pression de la paume de la main sur la rondelle terminale de la branche maie. Si l'on ne réussit pas, on a recours au pignon, et enfin à la percussion si la nécessité en apparaît. On obtient ainsi des fragments qu'il devient de plus en plus difficile de saisir au fur et à mesure qu'on les réduit à des proportions plus petites. Ces fragments doivent être entraînés par les urines, et s'il en reste dans la vessie ou qu'ils s'arrêtent dans Furèthre, il peut en résulter des récidives et des dangers.

» On sait qu'un malade de M. le professeur Lallemand mourut des suites d'une incision uréthrale pratiquée pour l'extraction d'un fragment de calcul enclavé dans le canal; et ce fait, dont on pourrait citer d'autres exemples, est de nature à inspirer beaucoup de circonspection, et montre que de nouveaux perfectionnements dans le mécanisme instrumental devaient être réclamés et poursuivis.

» Les seconds percuteurs dont je fais usage sont ceux dits à cuillers. Us ont pour but de ramasser avec facilité, dans la vessie, les fragments déjà produits, et de les réduire en poudre, que l'on en extrait, si on le juge convenable, et ils complètent ainsi fao-

37f, VOIES GÉNITO-UH1NA1RES.

tion des premiers. Nous leur 1 eprochons, toutefois, UD grave défaut. De quelque manière qu'ils aient été fabriqués jusqu'à ce jour, qu'ils présentent ou non une fenêtre à la portion coudée de la branche femelle, les détritus calcaires se tassent entre les deux cuillers, qui peuvent rester écartées malgré tous les efforts des chirurgiens, font obstacle à l'extraction de l'instrument, et exposent à des violences et à des déchirures de l'urèthre. Vous remarquez, monsieur et très-honoré confrère, que ce danger n'existe pas si l'on a rapproché les cuillers par percussion. « Si les » cuillers sont rapprochées, pourquoi la violence? »

» Cela tient simplement à ce que la percussion ne suffit pas pour ramener les deux cuillers au contact, on parvient seulement à les rapprocher, et l'écartement qui persiste entre elles est encore trop considérable pour permettre l'extraction de l'instrument sans plus ou moins de violence. C'est afin d'éviter ce danger que nous conseillons de ne pas accumuler une trop grande masse de détritus calcaire entre les cuillers. Cette règle est d'une application aisée, puisqu'on sait à tous les moments de l'opération quel est le degré d'écartement du percuteur, et qu'après avoir chargé une première fois les cuillers, on peut, les retirer et les nettoyer, au lieu de continuer à les faire agir pour achever la pulvérisation de tous les fragments. Chacun dès lors peut comprendre pourquoi j'ai chargé et retiré si souvent l'instrument dans l'opération dont il est ici question.

» Je me suis servi, de prime abord, d'un percuteur à cuillers, parce que le calcul était peu volumineux, et que je ne craignais pas de briser l'instrument, quelle que fût la force nécessaire pour fragmenter la portion du tuyau de pipe formant le centre de la pierre.

» Dans mon opinion, le percuteur à cuillers est donc excellenl pour charger et pulvériser les calculs et les fragments d'un petit diamètre; mais il offre le danger de l'accumulation et du tassement des détritus entre les cuillers. On peut éviter cet inconvénient majeur en renouvelant l'extraction du percuteur chaque fois que les cuillers restent écartées de quelques millimètres; mais il serait fort à souhaiter que l'on inventât un iûstrumenl propre à achever sans interruption la pulvérisation totale des fragments.

» Mon malade a été complètement guéri en deux séances, sans le moindre accident, et il continue h jouir d'une santé parfaite. Cependant vous trouvez que mon modus faciendi a retardé le

Il YDROCKLE SPERMATIQUE. -]17

succès. Quoique ce jugement soil en apparente contradiction avec les résultats obtenus, je suis tout disposé à accepter les perfectionnements que l'expérience vous a révélés.

» Vous voyez, monsieur et très-honoré confrère, que j'ai répondu en toute franchise à votre demande d'explications. Vous me pardonnerez de ne pas être entré dans des détails étrangers à la question que vous avez soulevée.

» J'aurai bientôt l'occasion de m'occuper plus longuement du même sujet dans une nouvelle édition de ma Médecine opératoire, et j'espère qu'alors comme aujourd'hui vous me trouverez prêt à rendre hommage à votre talent et à l'heureuse influence que l'invention de votre percuteur courbe a exercée sur les progrès de la lithotritie.

» Agréez, etc. »

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