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VII. — De l'hydrocèle spermatique

L'hydrocèle spermatique est peu connue en France, et il n'en est pas fait mention dans les ouvrages classiques les plus récents de pathologie externe et de médecine opératoire. Velpeau (2) parle d'une hydrocèle lactescente qu'il eut l'occasion de ponctionner. Aug. Vidal de (Cassis) a décrit, sous le nom de galactocèle, une tumeur de môme nature, dans laquelle il croit avoir rencontré du lait, et il en communiqua l'observation à l'Académie de médecine (3), en s'appuyant sur une double analyse chimique et microscopique de M. Grassi. Nous ne mettrions pas celte opinion en doute, si Vidal avait soupçonné la possibilité de l'hydrocèle spermatique et s'il en eût présenté les caractères différentiels ; mais, comme notre savant ami ne paraît pas avoir eu connaissance, à l'époque de sa publication, de l'existence dans les bourses de tumeurs zoospermiques, et que, dans ce cas, le liquide contenu ressemble complètement à du lait, nous sommes en droit de douter de la certitude de son interprétation et de lui demander d'autres preuves. Les analyses de M. Grassi, pharmacien en chef des hôpitaux de Paris, ne sont pas décisives. D'abord un simple examen microscopique peut aisément faire prendre pour des globules de lait des millions de zoospermes séparés de leurs corps altérés ou détruits, et, pour éviter l'erreur, il faudrait

(1) Communication à L' Académie des sciences, 31 janvier 1853.

(2) Velpeau, Dictionnaire de médecine et Nouveaux éléments de médecine opéruloire, 1839.

(3) Vidal, Traité de pathologie externe, t. V, 185 1 .

VOIES r.ÊNITO-URINAIUES.

l'avoir prévue et signalée. En second lieu, l'analyse chimique est restée incomplète, comme on s'en assurera en lisant la note (1) que M. Hepp, pharmacien en chef de notre hôpital, a eu la bonté de nous remettre.

Nous ne prétendons pas, néanmoins, que MM. Vidal et Grassi

(1) Sans vouloir contester l'exactitude du travail analytique fait par M. Grassi, et sans porter préjudice aux conclusions qui ont permis à ce chimiste distingué d'établir une analogie peu douteuse, pour lui, entre le liquide examiné et le lait, il nie reste quelques doutes qui se sont glissés dans mon esprit à la lecture du travail cité.

En résumé, le liquide, d'après M. Grassi, contient : De. l'eau;

Une matière différente de l'albumine, très-analogue, sinon identique avec la caséine ;

Un corps gras présentant les caractères physiques du beurre ; Du sucre;

Du chlorure de sodium ; Des traces de chaux.

Il est vrai, qu'à part les phosphates, tous les éléments du lait se trouvent représentés daus ce liquide, et il ne pourrait rester le moindre doute sur l'identité des deux liquides, si les différents corps qui entrent dans la composition du lait avaient été isolés, ou bien si leur existence avait été prouvée à l'aide de réactions assez tranchées pour ne laisser aucune prise à l'erreur.

M. Grassi a reconnu une matière différente de l'albumine, très-analogue, sinon identique avec la caséine. Tous les phénomènes de précipitation et de coagulation par les acides tendent à faire admettre la présence de l'albumine, et l'absence de coagulation par la chaleur seule se rapporte plutôt à la caséine, il. Grassi parait, en outre, accorder une certaine importance à la formation d'une pellicule, le liquide étant soumis à l'évaporation.

A mon avis, l'absence de coagulation par la chaleur, ainsi que la formation d'une pellicule à l'évaporation, ne me paraissent établir, d'une manière suffisante, la présence de la caséine. L'albumine, dans un liquide très-alcalin, comme celui qu'examinait M. Grassi, peut se présenter avec tous ces caractères, et c'est une erreur, du reste assez accréditée, d'attribuer ces particularités à la présence de la caséine seule. L'albumine, à l'état d'albuminate sodique ou potassique, se maintient en dissolution dans un liquide bouillant, et présente à l'évaporation le même phénomène de formation d'une pellicule comme le lait ou tel autre liquide contenant de la caséine.

Le liquide renfermait encore un corps gras présentant tous les caractères physiques du beurre. Il eût été certes très-intéressant d'en constater les caractères chimiques, lesquels seuls auraient établi les rapports que cette matière grasse avait avec le beurre.

La présence du sucre a été reconnue par la réduction de l'oxyde cuivrique et par le dégagement de l'acide carbonique, le liquide étant mis en présence de la jevûre de bière. Il n'y a pas de liquide animal qui ne donne de l'acide carbo-

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se soient trompés, mais nous disons que, dans les dispositions d'esprit où ils se trouvaient et en raison de l'insuffisance de leurs preuves, la question n'est pas résolue.

La présence des zoospermes dans les hydrocèles semblait si peu admissible, que le rédacteur de la Gazette médicale de Pans, chargé des comptes rendus des journaux anglais, attribuait, en 1844, à la piqûre du canal déférent, par le trocart, les animalcules spermatiques que le microscope y avait fait découvrir. Cependant les observations se multipliaient, et MM. Lloyd et Childs, James Pajet, etc., constataient d'une manière incontestable l'existence des zoospermes dans les tumeurs des boursss. M. Gosselin, dans un remarquable mémoire lu à l'Académie de médecine (1), en a donné une description fort exacte.

Le peu de retentissement de ce travail s'explique par la mauvaise dénomination choisie par M. Gosselin pour les hydrocèles spermatiques. Cet auteur les a appelées grands kystes du testicule, et les a opposées à d'autres kystes moins développés (petits kystes du testicule), ne renfermant pas d'animalcules. Ces désignations élaient radicalement fausses, car il est clair que les grands kystes ont commencé par être petits; et si M. Gosselin les eût examinés par hasard à une phase moins avancée de leur développement, il

nique sous l'influence de la levûrc de bière, et le dégagement de ce gaz n'est jamais, dans ces circonstances, une preuve bien manifeste de la présence du sucre.

Pour obtenir la réduction de l'oxyde cuivrique, et comme preuve de la présence du sucre, M. Grassi coagula le liquide par de l'acide acétique; le mélange jeté sur un filtre donna un liquide clair et transparent qu'il mit en contact avec le réactif.

Il me semble que, dans un cas semblable, il est toujours prudent d'éliminer tous les corps, et surtout l'albumine qui peut se comporter d'une manière analogue au sucre. L'albumine, par sa solubilité dans l'acide acétique, n'est jamais suffisamment éloignée par cet agent, et peut, en présence de la liqueur d'épreuve devant déceler la présence du sucre, faire croire à l'existence de ce corps, tandis qu'il n'en existe pas trace. Je préfère, dans ces circonstances, avoir recours à un procédé plus long, mais infiniment plus sur, dont je me sers toutes les fois qu'il s'agit de découvrir le sucre dans une liqueur animale autre que l'urine d'un diabétique. La liqueur çvaporée à siccité est traitée par de l'alcool à 80 pour 100; cette solution est précipitée par une solution d'bydralc potassique dans l'alcool; le sacebarate dépotasse, recueilli sur un filtre, est dissous dans de l'eau distillée et traité par du sulfate cuivrique; des quantités inappréciables de sucre se trouvent ainsi reconnues sans qu'il puisse rester le moindre doute sur le résultat obtenu.

(1) Archives générales de médecine, 1848.

VOIES GÉNITO-UIUNAIRKS.

n'eût eu aucun motif de ne pas les nommer très-petits, moyens, assez grands, selon leur volume. Le mot à'hrjdrocèle ayant été étendu, en pathologie, à toutes les collections liquides des bourses et comprenant l'hydrocèle par infiltration, par épanchemenl, l'hydrocèle enkystée du cordon, l'hydrocèle dans un ancien sac herniaire, il n'y a pas de motif pour le refuser aux tumeurs présentant tous les caractères extérieurs des hydrocèles ordinaires et n'en différant que par la présence des zoospermes.

M. Gosselin a trouvé presque méritoire l'ignorance où l'on était resté, en France, au sujet de l'hydrocèle spermatique : « C'est » qu'en France», dit-il, « etil ne faut pas s'en plaindre, il nous faut » des connaissances positives. Une maladie nouvelle ou peu con- » nue n'est pas éclairée suffisamment par les faits cliniques ; iJ » faut que l'anatomie intervienne et nous fasse toucher du doigt » les difficultés et les réalités du sujet. » Cette doctrine de circonstance est absolument opposée aux vrais principes de la science médicale, et l'histoire proteste heureusement contre celte prétendue disposition de notre esprit national.

Le premier exemple d'hydrocèle spermatique que nous eûmes l'occasion d'observer nous fut offert en septembre 1847, par un homme de quarante ans environ, qui se croyait atteint d'une dégénérescence du testicule et qui demandait à en être débarrassé. La tumeur datait de plusieurs années, était piriforme, volumineuse, indolore et manifestement transparente. Je rassurai le malade, et en lui annonçant la nature bénigne de son affection, je lui proposai de la faire passagèrement disparaître par un simple coup de trocart. La ponction, faite sur-le-champ, donna issue à un liquide blanchâtre, homogène, parfaitement semblable à du lait, et dans lequel mon habile collègue, M. le professeur Kùss, reconnut au microscope des millions de zoospermes, dont quelques-uns étaient agités de mouvements distincts, tandis que le plus grand nombre n'en présentait pas. On voyait très-nettement des zoophytes entiers, mais on en trouvait beaucoup dont les têtes, isolées et sans corps, ressemblaient assez bien à des globules laiteux.

Quelques mois plus tard, l'hydrocèle avait reparu avec un moindre volume, et je l'opérai par l'injection de vin chaud, avec l'assistance de mon collègue et ami M. le docteur Colette, de Belforl, médecin en chef de l'hôpital militaire de cette ville. Le liquide de l'hydrocèle était, comme le premier, lactescent et rempli de zoospermes, sans que le malade eût senti aucun alfai-

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