‹ Contributions a la chirurgieChapitre 16 sur 198 · ir^Tt^^rtr^ ro*6m™> ct ics — » *° ce · texte numérisé non relu

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bout de quinze minutes é i, n ' ^ dc s^tci»(,rc- Au

«mutes, le malade se levé pour passer dans une autre salle:

48 ANESTHÉS1E.

mais il a de la peine à se soutenir, et on est obligé de lui donner le bras. 11 n'y a eu ni crachements, ni céphalalgie, ni malaise, et une demi-heure plus tard toute trace des effets du chloroforme avait disparu, et le malade dînait d'un excellent appétit.

Trois points sont particulièrement remarquables dans celte observation. Le peu de durée des inspirations du chloroforme, l'aggravation et la persistance de l'anesthésie, la complète et rapide disparition de tous les phénomènes produits.

Ods. IV. — M. X..., vingt-neuf- ans, constitution ordinaire. Exploration de la vessie et cautérisation uréthralc, le A décembre. Inspirations de chloroforme versé sur un mouchoir. Insensibilité, globes des yeux convulsés en haut et en dehors en quarante secondes, sans période marquée d'excitation, ronflement très-court. Résolution musculaire en deux minutes et demie. Je découvre le malade qui était couché, je le place sur le bord du lit, dans la position du cathétérisme; j'explore avec une sonde Mayor toute la cavité de la vessie, puis je cautérise le col de cet organe et la région membraneuse de l'urèthre avec un porte-caustique en gomme élastique. Ces divers temps opératoires ont dure une minute et demie. On cesse alors l'emploi du chloroforme que dirigeait M. le docteur Rutï. Le pouls est faible et à cent douze, la respiration régulière, la résolution musculaire complète. Cet état se prolonge six minutes; alors le malade ouvre les yeux, se met sur son séant, saute en bas de son lit et va en vacillant se plonger dans un bain de siège qui lui avait été préparé; il demande ce qu'il a éprouvé, n'a pas encore les idées très-nettes et ne veut pas croire qu'on l'ait opéré. Il vomit bientôt son déjeuner pris six heures auparavant. Tête lourde pendant deux jours avec une certaine réaction inflammatoire manifestée par la plénitude et la dureté du pouls; un peu de fatigue dont il ne reste bientôt plus de traces. Le chloroforme employé nous avait été remis par le malade dont le nez et les lèvres furent très-légèrement cautérisés.

Ce malade redoutait extrêmement l'action des sondes et la cautérisation. Avec le chloroforme, nous parvînmes a l'exempter de toute douleur, et notre opération fut beaucoup plus prompte et plus sûre. L'exploration de la vessie fut pratiquée avec une rapidité remarquable, et chez une personne conservant sa sensibilité nous eussions été à chaque instant arrêté dans la manœuvre des instruments par des plaintes, et la recherche d'un calcul ne nous eût pas donné la même certitude négative.

Les légers symptômes d'irritation broncho -gastrique dont nous avons fait mention dépendaient évidemment de la présence d'une petite quantité d'alcool ou peut-être d'acide formique dans la liqueur, et nous ne les avons plus observés en nous servant de chloroforme mieux préparé.

Ons. Y. — M. X...; vingt-quatre uns, constitution vigoureuse, est opéré le 13 décembre d'une fistule anale. Un premier orifice existe à deux travers de doigt, un second à cinq travers de doigt 'de l'extrémité du rectum. Gomme toutes les manœuvres chirurgicales sont extrêmement redoutées par- le malade, on lui propose d'essayer le chloroforme afin d'en juger les effets avant d'entreprendre l'opération.

!i grammes du liquide anesthésique sont versés sur l'éponge sèche de l'appareil de M. Elser ; le malade en trouve la saveur et l'odeur agréables. Dixhuit inspirations régulières par minute ; insensibilité au bout de quatre minutes et demie. On sonde les trajets fistuleux, après avoir convenablement placé le malade ; on perd un temps assez long à rencontrer l'orifice interne de la fistule. Incision des trajets; excision de quelques callosités; division d'une bride interne formée par la muqueuse décollée. Ces divers temps opératoires ont duré vingt-six minules, y compris le pansement. Les inspirations de chloroforme, dirigées par M. le docteur Schneitcr, étaient suspendues chaque fois que la résolution musculaire était complète, et M. le docteur Jacobi dut verser dans l'appareil de nouveau chloroforme pour prolonger les effets d'insensibilité.

Le malade est convenablement replacé dans son lit, la tète appuyée sur les oreillers. Les membres et le tronc cèdent à la pesanteur comme des corps inertes. Le pouls est resté, comme avant l'opération, à soixante-huit pulsations par minute, mais il a beaucoup faibli. Le nombre des inspirations s'est élevé à vingt-huit; la figure est uu peu pâle. Cet état se prolonge quatorze minutes ; alors retour de la lucidité. Le malade n'a rien senti; il dit avoir fait un excellent somme; il est très-content et se trouve parfaitement. Quelques crachements sans nausées; pas de fièvre, pas de céphalalgie; aucun accident. Le pouls était le surlendemain mou, souple et à soixante-huit pulsations.

Nous appellerons l'attention sur l'état du pouls, qui resta mou, souple, peu fréquent et sans aucune trace de réaction inflammatoire. Le chloroforme avait cependant été inspiré vingt-six minutes, avec quelques intermittences.

Ons. VI. — Henri E.. , viUgt-quatre ans, constitution ordinaire; étrangement depms le 6 décembre, d'une hernie inguinale congénitale du côté gauche; opération le 8 décembre, à sept heures cinquante minutes du soir Les .nsmrauons de chloroforme parfaitement pur, faites au moyen d'un mouchoir contourne eu cornet, déterminent une parfaite insensibilité et une résolution "hure complète en deux minutes et demie avec un léger ronflement et tans aucune trace d'excitation. La division du sac herniaire °a donné Ts 2 1 , 1 d u verre de sérosité noirâtre, et on trouve une anse intestinale Z^Z Plus de 2 dedmetres de longueur en contact d.rect avec le testicule I n étranglement produit par le collet du sac herniaire, formant un t^dr" mre ort serrée, est débridé à l'anneau. L'intestin présente en ce noi un

ÏÏîSTiîf! tCintC in0i"S f0n- « -'surface Sse au Te Lu ie ren ^ ° ^ ™ ™n à re» 1'— intestinale dans l'abdomen, Je rencontre uiuî résistance due a un second collet tout aussi étroit et situé beaucoup plus haul. ,1e le débride sur la pulpe du doigt indicateur engage Ï

50 ANESTUfiSIE.

toute sa LOORUeur dans lu bus-ventre. Réduction facile : pansement à plat aîn és avoir enveloppé le testicule dans le sac herniaire, partie; intégrante de la vaginale. L'opération a duré dix-sept minutes, et pendant ce temps on a cessé plusieurs fois l'emploi du chloroforme pour ne pas porter trop loin lanesthésie. Le pouls, d'abord à cent vingt pulsations, est tombé à cent seize, et est trèsfaible • les inspirations sont restées à vingt-huit, mais sont à peine sensibles. Persistance de l'ancsthésie pendant dix-neuf minutes avec pâleur du visage ; la prostration, au lieu de diminuer après la cessation du chloroforme, a augmenté d'une manière inquiétante. A la dix-neuvième minute, mouvements presque imperceptibles des paupières, ensuite des membres, puis soupir ; les yeux s'entr'ouvrcnt, et le malade fait entendre quelques paroles incohérentes. Un quart d'heure après il commence seulement à reconnaître les personnes qui l'entourent, et s'endort sans avoir recouvré une parfaite lucidité. Trois heures plus tard il 'se réveille, et apprend seulement alors qu'il a été opéré. Le pouls est resté plein et fréquent les huit premiers jours. Quatre Baignées du bras ont été faites et le sang, non couenneux, formait un caillot épais sans sérosité. Aucune trace de péritonite; suppuration «le l'intérieur du sac berniahv, que l'on . carte pour faciliter l'issue du pus. Le 14 décembre, la fièvre est tombée; l'appebt très-vif. On accorde des aliments, et depuis ce jour la convalescence fait de rapides progrès.

Cette opération fut une des plus graves de celles que nous pratiquâmes en faisant usage du chloroforme. La fièvre Iraumatique fut intense et persista plus de huit jours, mais on peut l'attribuer a la suppuration du sac herniaire. La guérison était complète dans les premiers jours de janvier.

Ces *ix observations nous présentent une série d'effets anesthésiques fort remarquables. Nous y voyons des opérations dont la durée totale, depuis le premier moment des inspirattons du chloroforme jusqu'au retour de la lucidité et des mouvements volontaires, a 'été de 2, 3 1/2, 9, 10, M, 38 1/2 minutes, avec persistance d'un trouble intellectuel assez marqué dans le dernier cas. La période de retour a été chez ces malades de 1, 1 1/2, 6, 8, lu, 19 minutes, et il est important de faire observer que les effets anestbésiques produits ont été souvent en augmentant d une manière inquiétante après la cessation des inspirations de chloroforme

L'atieslhésic déterminée par l'éthei* nous avait paru aller en diminuant dès le moment où l'on suspendait les inspirations de cette substance ; le pouls et la respiration revenaient alors tirsvite à leur rhythme ordinaire et reprenaient graduellement de la force On pouvait donc, jusqu'à un certain point, être certain qu'en cessant l'emploi de l'élher à une époque où les fonctions

respiratoires et circulatoires se continuaient encore, les phénomènes de l'éthérisme disparaîtraient avec plus ou moins de lenteur, il est vrai, niais d'une manière continue. Il n'en fut pas de même des effets du chloroforme, dont l'aggravation était souvent manifeste. Le pouls et la respiration, qui étaient encore très-marcpiés h l'instant où l'usage de cette substance était suspendu, devenaient plus tard à peine sensibles. La motilité, qui n'était pas complètement abolie, disparaissait. Ces remarques feront comprendre la nécessité d'appliquer au chloroforme, avec plus de soin encore qu'à l'éther, la méthode de l'intermittence dans l'emploi de cette substance. Il est indispensable d'enlever l'appareil et de rendre à la poitrine un air pur, non-seulement dans le cas où la respiration devient moins régulière et moins complète, mais aussi dès le moment que les phénomènes d'anesthésie ont été portés au degré convenable pour la réussite de l'opération que l'on pratique.

La période d'excitation a manqué dans nos six premières observations. Le ronflement n'était pas toujours distinct, quoiqu'il y ait lieu de le signaler comme un des caractères habituels de l'action du chloroforme. Quelquefois cependant il suivait la période de l'insensibilité au lieu de la précéder ou de se manifester dans le même temps. L'odeur et la saveur du chloroforme ne parurent désagréables à aucun de nos malades, et si l'un d'eux (obs. IV) eut des nausées et des vomissements, nous devons attribuer ces légers accidents au défaut de pureté du liquide dans lequel existait de l'alcool.

Deux malades (obs. IV et VI) eurent une réaction inflammatoire assez prononcée. Les exemples suivants, également tirés de notre pratique, serviront à démontrer quels ont été les cas analogues ou ceux dans lesquels d'autres phénomènes ont été notés. L'étude chirurgicale de l'anesthésie causée par l'éther ou le chloroforme embrasse nécessairement tous les faits ; succès ou insuccès doivent être relatés, et de leur comparaison analytique peut seulement surgir la raison des différences observées.

Ons. VII. — P, G..., cinquante-huit uns, constitution robuste, porte depuis longtemps un ulcère chancreux qui a rongé plus des deux tiers «le la lèvre Inférieure gauche, le tiers externe de la lèvre supérieure, la commissure labiale correspondante et une partie de la joue. Opéré le 30 novembre à la clinique de la ! acuité, il est soumis aux inspirations de chloroforme versé sur un mouchoir. Légère agitation ; mouvements brusques des membres supérieurs pendant quelques secondes; ronflement très-fort à la troisième minute; à trois minutes et

52 ANESTIIÉS1E.

demie résolution musculaire complète. On continue trente-trois minutes les inspirations de chloroforme d'après la méthode d'intermittence que j ai déjà sitmaléc Le pouls, de quatre-vingts pulsations au début, est monte a quatreviLt douze • il est plein et assez fort; la respiration est un peu ralentie, mais Irik L'opération a consisté à enlever les tissus altérés en les comprenant dans Lx 'incisions en V adossées par leur base ; on a détaché largement du maxillaire laioue et la portion conservée de la lèvre supérieure, et on a réuni les lies par deux lignes verticales de suture entortillée, l'une inférieure, 1 autre supérieure. Après la suspension de l'emploi du chloroforme, les phénomènes de

éïh ïïne augmentent au lieu de diminuer; le pouls faiblit et la figure est l?nâlè Cet état dure huit minutes, au bout desquelles le malade exécute

ulues mouvements, puis revient à lui. Aucune conscience de l'opération su- Te • mi peu de céphalalgie, pesanteur à la région épigastrique ; rejet de mu- Ï'Vté assez abondantes ; aucun accident consécutif ; sommeil calme dans la nuit - réunion immédiate de la plaie, et guérison complète le quinzième jour.

Dans ce cas, le temps de retour de la sensibilité ne fut pas proportionnel à la durée de l'emploi du chloroforme. Ce corps fut nTniré trente-trois minutes, et les effets aneslhéstques ava.ent d.spam huit minutes après qu'on en eut cessé l'usage. Cet exemple montre l'importance de la méthode d'interm.ttence En mamtenant e malade dans les limites d'un degré d'anesthesie peu profond é'S facile à obtenir, en cessant la chloroformisation quand

loTut n musculaire commence, et la reprenant dès la réappa- Hion de mouvements, on ne risque pas de produire une trop profonde Wallon, et le malade revient à lu, plus prompte-

guéri.

n vm M B chirurgien-élève à l'hôpital militaire, vingt-deux ans,

d— iïlÏÏZ^^ÏÏ^> contractions muscutaires un mouchou 1 .10 congeslionnée, puis perle de connaissance

brusques, mais de courte durée , o r Qn ^

et résolution des membres e» deux ^ tumeur. Retour de l'intel-

•Wo» du chlorose peu nt^u on ^

ligcnce en une mmu te, «ecq ne q ^ &[ ^

Lc malade dit .von e p. - consll,c,ion à la région épigas-

énergiques du cœur 11 JjJJ»^ (,c ^ . quclquC8 picotements à la

irrésistible de s'abandonner au sommeil : telle a été la série des sensations éprouvées par M. H..., qui n'a pas eu conscience de son opération. Un peu de pesanteur de tète dans la journée ; dort bien, va parfaitement le lendemain' et les jours suivants.

Nous noterons dans ce cas l'absence de toute réaction inflammatoire. L'opération pratiquée n'avait pas de gravité; le malade était jeune et sanguin. La guérison fut complète en peu de temps.

Obs. IX. — M. M..., élève à l'hôpital militaire, vingt et un ans, constitution très-forte, tempérament musculo-sanguin, opéré le 10 décembre d'un phimosis par ablation d'une partie du prépuce d'un seul coup de ciseaux, puis section de la muqueuse par une incision dorsale, et application de quatre épingles à suture. Le chloroforme est inspiré sur un mouchoir. Paroles incohérentes, et excitation assez vive au bout de quarante secondes ; résolution musculaire complète au bout de quatre minutes, retard dû au soin avec lequel nous avions cessé l'emploi du chloroforme chaque fois que la congestion de la face nous paraissait augmenter ; pâleur consécutive très-marquée. L'opération est pratiquée, et le malade revient à lui au moment où j'appliquais la dernière épingle, dont la piqûre a été douloureuse. Aucun souvenir des autres temps opératoires. Les sensations éprouvées ont été des battements de cœur très-forts ; des tintements d'oreilles, une sorte de frémissement dans tout le corps ; picotements semblables à ceux d'étincelles électriques ; constriction-à l'épigastre ; conscience de la perte de connaissance avec sentiment très-vif de bien-être. Journée excellente ; sommeil calme ; suites très-heureuses.

Cette observation mérite une attention particulière, en raison de la grande vigueur du malade et des symptômes d'excitation primitive auxquels l'emploi du chloroforme donna lien. Congestion de la face, battements violents du cœur, paroles prononcées à haute voix, mouvements désordonnés; cependant, après l'opération, l'intelligence reparaît avec calme : ni céphalalgie, ni nausées, ni perte d'appétit; guérison franche et rapide. Il serait difficile de rencontrer un exemple de plus apparente innocuité en faveur de l'anesthésie causée par le chloroforme.

Obs. X. M. E..., élève à l'hôpital militaire, a subi une opération toute semblable le 8 décembre. Inspiration du chloroforme sur un mouchoir. Agitation vive au bout de quelques secondes; le malade se met sur son séant et parle à haute voix, sans suite et avec exaltation ; visage turgescent, bleuâtre, puis pâle en même temps que la résolution musculaire apparaissait. On cesse l'emploi du chloroforme, qui a été inspiré pendant trois minutes et demie. Le malade revient à lui très-promptement en passant par une nouvelle période de divagation au moment où l'on appliquait la dernière épingle, dont la piqûre a été douloureuse. Aucune conscience de l'opération subie. M. E... nous raconte, ainsi qu'à MM. Gof-

1res, BoudiW, Pastnrot, etc., qui nous ont prêté leur concours, que les premières inspirations lui ont paru clnuulos et brûlantes, et lui ont cause des soubresauts dans l'abdomen ; puis, qu'il a ensuite respiré le chloroforme avec

délices et qu'il n'aurait pas voulu qu'on en discontinuât l'usage, Aucune nau ,

tête un peu lourde. Journée et nuit bonnes; suites très-heureuses.

Dans ce cas, comme dans le précédent, la période d'insensibilité et d'accablement fut accompagnée d'un sentiment de bienêtre marqué. M. E... respirait, dit-il, les vapeurs de chloroforme avec délices, et n'eût pas voulu qu'on en discontinuât l'usage. Nous avions remarqué plus fréquemment encore des impressions de ce genre causées par l'étber.

OflS XI — X..., jeune fille de vingt ans, forte, bien portante et colorée, vient se faire opérer à la clinique de la Faculté d'un strabisme interne, le 7 décembre. Inspiration de chloroforme sur un mouchoir. Perte de connaissance ru quarante secondes, résolution complète des membres à deux .montes et demie Cessation du chloroforme à trois minutes et quart. Pas d'agitation ; d abord rougeur vive de la face, puis pâleur. L'opération a consisté dans la section, sur un crochet et avec des ciseaux, du muscle droit interne des deux yeux, par une ouverture assez étroite de la conjonctive. La malade est restée onze mmutes dan, un état de résolution absolu. Elle reprend alors connaissance et ouvre les yeux, qui sont devenus parfaitement droits et réguliers. Le pouls est reste a axantehuit et la respiration à vingt-huit. Pas de vomissements, aucun mala.se, pas d'exaltation: c'est une véritable résurrection. La malade n'a pu se lever et partir qu'au bout d'une heure, ses jambes refusant de la soutenir. Tête lourde pendant huit jonr s ; réaction fébrile. Aucun autre accident ; guérison parfaite du strabisme.

Tous les témoins de cette opération, parmi lesquels se trouvaient MM. les docteurs Goffres, Robert, Boudier, Pastoret, Seha ler, etc., furent comme nous frappés de l'instantanéité et de la persistance de l'anesthésie; nous avions sous les yeux une jeune et belle fille plongée en quelques secondes dans une complète insensibilité. Un mouchoir mouillé de chloroforme et applique sur la bouche pourraitdonc, dans un lieu public et fréquente, détruire toute conscience et toute résistance sans que personne, pour ainsi dire, en fût averti. Quarante secondes, montre en main, paraissent s'écouler lentement, mais au milieu des préoccupations les plus ordinaires de la vie, quarante secondes passent inaperçues. C'est à peine le temps de dire un mot, d'entendre une réponse, de faire quelques pas, et il est probable qu'à aucune époque on n a observé des effets anesthésiques plus remarquables, car i fai t faire la part des exagérations habituelles, et les spectateurs d effets si prompts ont du très-souvent les supposer instantanés.

ÉTHER ET CHLOROFORME. r,r'

Ons. XII. — S. C..., einquanle ans, charpentier, constitution assez rnbusle, entre à la clinique pour une tumeur liematiipie développée dans la bourse muqueuse de l'olécrane, à la suite d'une chuta sur le coude gauche, La tumjW Ptt molle, fluctuante, du volume d'un œuf de pigeon, et ne présente pas le craquement libriueux caraelcrislique. des epanebenu nts sanguins. On suppose qu'en raison des pressions déjà subies ou du travail de l'absorption, il ne reste plus de caillots. Le malade s 'étant rerusé à loute opération, on a recours sans succès aux topiques résolutifs. Un de nos confrères essaye de rompre le kyste avec les doigts, et y étant parvenu, il en fait disparaître en grande partie la saillie. Le lendemain, la tumeur s'est reformée avec le même volume ; nouvelle rupture et nouvelle récidive. Le malade, convaincu de l'inutilité de ces tentatives, accepte l'opération, que je lui avais proposée, et nous pratiquons le !\ décembre l'incision sous-cutanée des parois du kyste.

Le malade, soumis à des inspirations de chloroforme versé sur un mouchoir, semble perdre connaissance en quarante secondes; on suspend un instant les inspirations, et aussitôt S. C... parle àhautc voix et s'agite. Les yeux sont fermés, la téle renversée en arrière; la face est vultucusc, puis pâlit, et la résolution musculaire devient complète en trois minutes, après avoir été précédée de ronflement. La petite plaie causée par le ténotome a donné issue à une sérosité brunâtre ; on la ferme avec un morceau de taffetas gommé, et on cesse l'emploi du chloroforme à la cinquième minute. Une minute plus tard le malade revient à lui : il est étourdi et se sent la tète un peu lourde ; pas de douleurs à l'épi— gastre, pas de conscience de l'opération subie. Quelques minutes après, les jambes sont encore faibles et tremblantes, et ne peuvent supporter le poids du corps. Au bout de deux heures, toute trace d'anesthésie a disparu. Légère compression des parois du kyste. Ouérison complète.

Nous avons obtenu beaucoup de succès des incisions souscutanées dans tous les cas où nous y avons eu recours, et jamais nous n'avons vu cette méthode suivie d'accidents sérieux. Nous avons ainsi extrait un corps étranger (noyau fibro-cartilagineux) de l'articulation du genou, traité des tumeurs ganglionnaires du poignet, divisé des kystes remplis de fragments fibrineux, multiplié les sections de tendons, de ligaments et d'aponévroses dans le traitement des difformités articulaires, et il doit être aujourd'hui parfaitement reconnu par tous les chirurgiens que la méthode des incisions sous-cutanées a apporté de notables perfedi tionnements à la pratique de l'art. C'est un résultat dont l'honneur revient, en partie, à M. J. Guérin, qui en a généralisé l'usage.

Obs. XIII. — G..., vingt et un ans, taille grêle et élevée soutenant des membres robustes, a été atteint sans causes connues d'un abcès aigu en arrière du rOÏUQBlftte, Soumis aux inspiral ions île chloroforme le ï" novembre, il a perdu connaissance et le mQuveraenl en moins de deujj minnles. On arrive à l'abcès en divisant couche par couche les tissus intermédiaires. Aucun mouveinenl. On

cesse l'emploi du chloroforme à la cinquième minute ; retour à la lucidit*'- quatre minutes plus tard. Aucune céphalalgie ni nausée ; fréquence et dureté du pouls pendant deux jours; appétit ; va bien.

On sait combien il est douloureux et difficile de pénétrer dans les abcès sous-musculaires. La profondeur des foyers purulents est alors trop considérable pour y plonger rapidement la lame d'un bistouri, comme pour l'ouverture des abcès sous-cutanés. Il nous fallut dans ce cas inciser le muscle-grand dorsal et une partie du muscle grand rond, et nous le fîmes avec une sûreté et une netteté d'exécution qui eussent été presque impossibles sur un homme douloureusement affecté de nos manœuvres opératoires.

Ce casserait sous d'autres rapports bien digne de méditation. Le malade, parfaitement portant jusqu'au moment de son abcès, présenta successivement deux autres abcès aux jambes, puis aux cuisses, et fut en quelques jours atteint de suppurations multipliées. Le pus de l'abcès situé sous l'omoplate était épais, bien lié, sans odeur, tandis que les autres foyers renfermaient du sang mêlé à une sérosité lymphatique et légèrement purulente (voy. obs. Ire). Quelles étaient les causes d'un pareil état? Nos explications à cet égard seraient fort hypothétiques. Le malade {k janvier 1848) va fort bien sous l'influence d'un traitement tonique ; mais les raisons de la maladie et celles de laguérison restent à nos yeux d'une regrettable obscurité.

Obs. XIV. — J..., vingt-quatre ans, boulanger, épanchement suppuré du genou gauche avec dénudation et érosion des os. Est soumis aux inspirations de chloroforme le 11 décembre, pour le rendre insensible à la ponction et à l'injection iodée articulaires qui avaient déjà été répétées trois fois. Avant d'employer le chloroforme, on a fait respirer à ce malade sept à huit litres d'hydrogène protocarboné mêlés à un tiers d'air atmosphérique.

Ce gaz, dont la formule est C*H", en raison de la combinaison de deux volumes de charbon et de huit volumes d'hydrogène qui le constituent, représente, dans la théorie des substitutions chimiques de M. Dumas, le type d'une série dont le chloroforme ferait partie, ce corps étant composé de C^Ch6, ou deux volumes de charbon, deux d'hydrogène et six de chlore. On sait que M. Dumas a pris pour terme de comparaison une statue ou un cube dont les formes resteraient les mêmes si l'on venait à en remplacer chaque molécule par un corps d'une autre nature. Il est clair, en effet, qu'un cube d'or, d'argent ou de platine est toujours un cube. Une pareille ressemblance tout extérieure ne suffirait nullement cependant à supposer l'identité des propriétés intrinsèques de chacun de ces corps, si l'on n'y était conduit par la connaissance d'autres analogies chimiques dont nous nous abstiendrons de parler ici.

Lu seule particularité qui signala l'emploi de l'hydrogène protocarbone fut

l'amplitude progressive des inspirations; celles-ci, faibles et assez courtes an début, devinrent bientôt de pins en plus profondes et aussi complètes que paraissait le comporter la cavité tboracique. Nous nous expliquâmes cette circonstance par les besoins instinctifs de l'hématose. Le gaz mis en usage, contenant un tiers seulement d'air atmosphérique, devait être inspiré eu quantité triple pour oxygéner également le sang.

Aucun effet anesthésique n'ayant eu lieu, on eut recours au chloroforme versé sur un mouchoir. Aucune excitation; mais le malade roidit un instant ses membres, qui retombent presque aussitôt. Résolutiou musculaire et ronflement au bout d'une minute et demie, puis retour immédiat de la lucidité à la fin de la deuxième minute. On augmente la quantité de chloroforme; bientôt affaissement complet. L'opération est pratiquée, et l'on suspend le chloroforme, dont les inspirations ont duré cinq minutes avec plusieurs intermittences.

La face a été d'abord un peu rouge, puis très-pâle. Le pouls, à cent vingt au début, est monté à cent cinquante, et les mouvements respiratoires à trente-cinq à la quatrième minute. De cinq à neuf minutes le pouls tombe à cent; le malade semble dormir d'un profond sommeil. A quatorze minutes, retour des mouvements, paroles sans suite, sensibilité obtuse. A seize minutes, l'intelligence, la sensibilité et la motilité sont rétablies. Aucune conscience de l'opération subie ; tête lourde, constriction du front; sensations de vapeurs chaudes dans la bouche ; assoupissement et sommeil pendant quatre heures. La tète est restée pesante pendant deux jours; le pouls était tendu et un peu plein; il y a eu de la toux, de l'oppression, perte d'appétit, et dès le lendemain de la diarrhée, qui a persisté huit jours. Le malade, qui tousse depuis très-longtemps, se rétablit peu à peu.

On pourrait, dans ce cas, attribuer une partie des phénomènes qui suivirent l'opération à l'action de l'hydrogène carboné autant qu'à celle du chloroforme, mais nous ne le supposons pas.

Nous avions commencé par faire respirer le gaz des marais à des animaux sans qu'il en résultât aucun accident, et nous étions bien certain de l'innocuité d'une expérience qui avait lieu sous les yeux de nombreux confrères, et avec toutes les précautions convenables.

On se doute à peine des effets des inspirations des différents gaz. M. le professeur Persoz a continué à jouir de toute la lucidité de son esprit en respirant de l'hydrogène pur six minutes de suite. Seulement sa voix s'était tellement éteinle qu'il ne pouvait plus se faire entendre. L'action de l'azote, du protoxyde d'azote, de mélanges artificiels de gaz plus ou moins chargés d'oxygène, serait une étude intéressante, et les recherches actuelles sur l'anesthésie conduiront probablement les physiologistes à comprendre ces observations dans le cercle de leurs expériences.

Obs. XV. — M. le capitaine X..., trente-neuf ans, a déjà été soumis deux fois à des inspirations d'éther. Lors du premier ethérisme, opéré au moyen de la

ANKSTHÉS1E.

liqueur anodine d'Hoffmann, la période d'exaltation fut très-prolongée ; agitation des membres supérieurs; discours incohérents exprimés avec une action violente et à très-haute voix. La deuxième fois on fit usage d'éther pur, et la période d'excitation disparut presque entièrement.

Le 3 décembre, inspiration de chloroforme sur un mouchoir; vers la quatrième minute, le malade semble en proie à une vive colère; il prononce des phrases de commandement, semble réprimander et activer des personnes placées sous ses ordres, se livre même à quelques jurements énergiques ; mais, chose remarquable, la molilité reste étrangère à cette excitation, et aucun mouvement violent n'a lieu. A la septièmo minute, ronflement sonore, insensibilité, résolution musculaire; on cesse immédiatement l'usage du chloroforme, et l'on pratique la formation d'un lambeau anaplastique. L'anesthésic la plus complète persiste onze minutes; pendant ce temps, pâleur de la face, qui axait été dès l'abord congestionnée; pouls à soixante-quatre, respiration à vingt-quatre. Vers la dixième minute, commencement de résistance dans les membres, dont les supérieurs gardent les positions qu'on leur donne, comme dans un véritable état de catalepsie; retour de la lucidité à la onzième minute, sans aucune apparence d'excitation. Le malade dit avoir éprouvé un sentiment de constriction du front, puis des vertiges et un besoin irrésistible de sommeil; aucun rêve, aucun souvenir. Quelques nausées sans vomissement; disparition rapide des phénomènes de l'éthérisme.

Le malade était fatigué par un séjour au lit très-prolongé, s'inquiétait beaucoup de son état et était naturellement un peu exalté. La perte de conscience, ou au moins l'annihilation de la mémoire fut très-rapide, puisqu'ici, comme dans plusieurs autres exemples déjà exposés, l'opéré ne garda pas le souvenir de ses paroles. La disproportion des périodes de production et de permanence de l'éthérisme est un fait remarquable. Les effets du chloroforme ont été, dans quelques cas, plus longs à se manifester qu'à se dissiper; mais ici le contraire eut lieu, l'anesthésie ayant persisté onze minutes après sept minutes seulement d'inspirations.

Ods. XVI. — M. le capitaine X..., vingt-quatre ans, forte constitution, atteint d'une plaie avec décollement à l'aine, respire le chloroforme sur un mouchoir le 3 décembre. A la septième minute des inspirations, que le malade n'a pas immédiatement supportées, un peu d'agitation, paroles incohérentes, commandements de manœuvres à haute voix; résolution musculaire incomplète à la dixième minute. On cesse l'usage du chloroforme pendant que l'on excise une partie des téguments amincis et décollés; retrait brusque du membre inférieur correspondant, sous le coup des ciseaux; retour calme de la lucidité en une minute environ; aucun souvenir des paroles prononcées ni de l'opération subie; nausées avec rejet de mucosités. Le malade dit avoir éprouvé un peu de gène respiratoire et des picotements vers le larynx ; disparition rapide do toute trace d'anesthésie ; guerison achevée le quinzième jour.

Le même chloroforme avait été employé dans ce cas et dans le

ÉTHER ET CHLOROFORME. 59 précédent, mais il avait été très-inégalement inspiré, et 11 nous paraît légitime d'attribuer à cette condition la différence des effets observés.

Obs. XVII. — S. J..., soixante ans, forte constitution, entré à la clinique pour un ulcère variqueux de la, jambe droite, a été atteint après la guérison de sa plaie d'une tumeur supputée (periostite) de la région stcrnale. Ponction et. injection iodée le 9 décembre. Inspirations de chloroforme sur un mouchoir; résolution musculaire complète en deux minutes et quart. Les membres se sont roidis un instant, puis sont retombés comme impuissants et vaincus. On éloigne le mouchoir, et aussitôt quelques paroles sont prononcées; ou le rapproche, et la voix s'éteint ; yeux convulsés en haut et en dehors; face d'abord un peu rouge, puis pâte; pouls à cent vingt, respiration à trente. A la sixième minute, on cesse l'emploi du chloroforme. Le pouls est tombé à cent douze. L'opération est terminée, et le malade reprend connaissance à la septième minute. D'abord divagation, puis rires bruyants. S. J... croit sortir de la brasserie et avoir vidé un verre de bière; il est plein de gaieté, interpelle les assistants, n'accuse aucun mal et ne veut pas croire avoir été opéré. Aucun accident consécutif; suites heureuses.

Le contraste entre ce fait et celui de la jeune fille strabique (voy. obs. XI) est très-frappant. La période de retour s'accomplit ici en une minute, après six minutes d'inspiration de chloroforme, tandis que chez notre strabique l'anesthésie dura onze minutes après trois minutes et quart seulement de l'emploi du chloroforme. Nous n'avions pas observé de semblables dispositions de gaieté chez aucun autre malade, et nous devons constater que l'action du chloroforme est sous ce rapport très-différente de celle de l'éther. Avec cette substance, les malades font mille rêves en général heureux ; ils se plaignent souvent d'être réveillés ; ils ont une ivresse douce et expansive. Sous l'influence du chloroforme, il n'y a pas de rêves, pas de traces de l'exaltation que causent les vins mousseux. La perte de connaissance est complète, le retour à la lucidité régulier, calme, plutôt accompagné d'abattement que d'excitation. C'est l'image d'un réveil un peu lent après un sommeil profond.

Obs. XVIII. — S..., vingt-quatre ans, santé vigoureuse, employé au chemin de fer, portait une tumeur sébacée à la joue, opérée précédemment à la clinique par incision et cautérisation. L'ancsthésie avait été produite avec l'éther sulfurique, au moyen de l'appareil de M. Miser. On avait alors remarqué une forte coloration delà face, avec yeux hagards, rires prolongés, paroles de çjéfi, chants, mouvements réguliers d'abduction et d'adduction des membres inférieurs, insensibilité ci résolution musculaire à la onzième minute. Bientôt après le maln.de revient à lui ; sa ligure est souriante ; il promène des regards étonnés sur les assistants; il a l'œil humide et brillant de l'ivresse ; retour rapide de la conscience. Il

ANKSTHÉSIIC.

dit avoir rêvé voyuge en chemin de fer, où il se disputait. Il se lève, mais chancelle et retombe sur sa chaise; il a la tête pesante, comme s'il s'était enivré la veille; il n'a rien senti et ne se croyait pas opéré, ltenlré chez lui, il n'éprouve d'autres suites de l'éthérismc qu'un goût d'éther très-prononcé pendant toute la journée et une disposition très-vive à aller vider quelques fiai oiis de vin.

Le 30 novembre, nous le soumettons à l'emploi du chloroforme pour le rendre insensibfe à la cautérisation des parois intérieures du kyste, qui commencent a se détacher partiellement. Inspirations au moyen d'un mouchoir imbibé de cette liqueur, et phénomènes semblables à ceux produits par l'éther sulfurique, niais plus prolongés; agitation, cris, rires, chants, propos de défi. La face est rouge, et le pouls est monté à cent cinquante pulsations. A la dix-neuvième minute, pâleur subite, résolution complète du tronc et des membres, petitesse du pouls, ronflement sonore. L'anesthésie a été comme foudroyante. On cesse l'usage du chloroforme, et le réveil a lieu en moins de deux minutes, accompagné de mouvements pareils à ceux déterminés par l'éther. Les premiers mots du malade ont été : « Il m'a dit de venir prendre une tasse de café; j'ai dit, je veux bien, et puis... rhum. Il m'a mis dedans. » Bientôt lucidité parfaite. Interrogé sur son rêve et sur les paroles qu'il a prononcées, il n'en a plus souvenir; aucune douleur à la région épigastrique ; tète lourde, jambes vacillantes; sentiment d'àcreté à la gorge et d'oppression de la poitrine, comme si on comprimait fortement avec les deux mains les régions mammaires. Rétablissement prompt et complet. Ce malade, questionné sur la préférence qu'il accorderait à l'éther ou au chloroforme, comme moyen d'insensibilité, s'il .avait une nouvelle opération à subir, choisirait l'éther; cependant, il trouve l'odeur et la saveur du chloroforme plus agréables. On ne peut obtenir d'autres détails sur les motifs de ce jugement.

Cette observation offre un intérêt particulier, en raison des phénomènes insolites produits par le chloroforme. Peu de malades nous ont présenté ces apparences de gaieté, ces rires et ces chants interrompus, déjà déterminés chez la même personne par l'éther. La; lenteur avec laquelle se manifesta l'anesthésie, la courte durée de la période de retour, permettent de supposer que la quantité de chloroforme était trop faible, ou que cette substance contenait de l'alcool et ne jouissait pas d'une très-grande activité. Xou> sommes loin de contester l'influence des idiosyncrasies, mais il faut se garder d'en exagérer la valeur, el nous ne voudrions arriver à cet aveu d'ignorance qu'à défaut de toute autre explication plus scientifique.

Les différences signalées dans l'état intellectuel et moral des personnes soumises aux inspirations de chloroforme ou d'éther dépendent peut-être du seul degré de l'anesthésie. Le chloroforme, agissant avec une extrême énergie, détruirait jusqu'aux dernières traces de la pensée ou en annihilerait complètement le souvenir, tandis que l'éther laisserait encore subsister une certaine

activité cérébrale, tout en dissociant pour ainsi dire l'esprit de tout rapport de lieux et de temps.

Ons. XIX. — X..., âgé tic cinquante ans, d'une constitution assez vigoureuse, entre à la clinique pour un ulcère de la jambe. Cet homme porte depuis dix ans au devant du cou une énorme tumeur, qui pend au devant de la poitrine et que l'on a toujours considérée comme un goitre, contre lequel on a employé en vain une foule de médications internes et externes. Un examen attentif me lait reconnaître un goitre aqueux ou hydrocèle du cou, et je promets au malade de le débarrasser de sa tumeur par une simple ponction. Celui-ci consent volontiers à être opéré, mais il demande à être endormi. On le soumet, le 30 décembre 1847, aux inspirations de chloroforme. Perte de connaissance au bout de deux minutes et demie; ponction et injection iodée; réveil calme à la septième minute; aucune excitation, un peu de céphalalgie et d'abattement. Le lendemain, légère réaction fébrile, pouls un peu dur et tendu; saignée du bras. Le malade va parfaitement à partir de ce moment.

Nous eûmes en moins de quinze jours l'occasion d'observer deux malades dont les tumeurs du cou, considérées comme des goitres et traitées comme tels, étaient de simples kystes séreux thyroïdiens. Dans les deux cas, la ponction surfil à faire disparaître les tumeurs, à la grande satisfaction des malades, et la respiration parut immédiatement beaucoup plus libre. Nous avons eu recours aux injections iodées, et, en cas d'insuccès, nous incisions la partie déclive de la tumeur dont nous obtenions le rétrécissement gradue} et l'occlusion définitive au moyen d'une canule ou d'une mèche, J'ai publié un cas de ce genre il y a une vingtaine d'années, et j'étais resté depuis ce moment sans en rencontrer de nouveaux.

Ons. XX. — R..., âgé de vingt-six ans, d'une bonne constitution, quoique un peu lymphatique, entre à la clinique pour une tumeur parotidienne droite du volume d'un œuf de poule. Soumis, le 30 décembre 1847, aux inspirations de chloroforme, il parait plongé dans l'insensibilité au bout de deux minutes, et à partir de ce moment on rend les inhalations intermittentes. L'opération a été assez longue et difficile. Il a fallu poursuivre en arrière de la branche de la mâchoire et vers l'apophyse styloïde du temporal, des prolongements de la tumeur formés de kystes fibreux, contenant une humeur comme gélatineuse, de portions indurées de la glande et des ganglions lymphatiques engorgés. Le malade est resté poulain tout ce temps (vingt-cinq minutes) dans une immobilité parfaite la respiration libre et le pouls battant soixante-douze fois. On cesse l'emploi du chlorolorme, et le réveil s'opère au bout de trois a quatre minutes avec un grand calme 1 ansement simple, aucune tentative de réunion immédiate. Tète un peu lourde sommeil dans la journée. Le lendemain, saule excellente; pas de gonflement do a lace, pas ,1e fièvre, pas de soir, appétit. Les jours suivants, le malade reste levé toute la journée; aucun accident.

f)2 AN EST H ESI E.

La méthode do l'intermittence nous donna ici d'excellents résultats, puisque Ja période de retour s'acheva en quatre minutes, après vingt-cinq minutes d'insensibilité, preuve que l'anesthésie n'avait pas dépassé lés premiers degrés de la résolution musculaire. La réaction inilammatoire fut assez faible; le sujet était jeune, petit, maigre, mais énergique,

Ons. XXI. — Quarante-huit ans; tempérament athlétique, santé habituelle parfaite. Aneslliésie avec le chloroforme, pour l'incision d'un panaris ayant envahi l'a gaine des tendons Iléchisseurs du pouce droit, et amené la suppuration des articulations de la première et de la deuxième phalange. Le malade s'agite et prononce quelques mots. Ou cautérise ensuite les plaies avec le fer rouge. Quelques plaintes sont exprimées. L'opération et l'insensibilité ont duré quatre minutes. Le malade revient promptement à lui. Il n'a aucun souvenir d'avoir été opéré; aucun accident.

Dans ce cas encore le malade était très-robuste, et il supporta facilement les effets du chloroforme.,

Ons. XXII. — D..., vingt-cinq ans, est opéré le 7 janvier 1848 d'une fistule à l'anus avec larges décollements. Santé habituelle très-bomie. Pendant deux jours, pouls à cent vingt; aucun accident. Le chloroforme avait été inspiré d'une manière intermittente pendant un quart d'heure.

L'anesthésie fut difficile à produire, et ce fut à peine si le malade fut plongé dans une entière insensibilité. Cependant les inspirations s'exécutaient librement; mais l'éponge n'avait pas été bien appliquée sur l'ouverture de la soupape inspiratoire, et une grande quantité d'air pur arrivait à la poitrine. La réaction circulatoire fut très-prononcée.

Ons XXIII. - X..., âgé de trente ans, d'une constitution très-robuste, a reçu il y a 'sept ans, dans une rixe, un coup de couteau dans la partie supérieure et postérieure de la cuisse droite. Le nerf sciatique parait avoir été complètement divisé : paralysie du membre inférieur d'abord complète, puis limitée au pied et au tiers inférieur de la jambe, qui sont insensibles et prives de tout mouvement. Un ulcère profond, développé sans causes connues au-dessous du talon, s est ouvert et fermé à plusieurs reprises, et empêche le malade de se livrer a aucun exercice. Le calcanéum est à nu et altéré. L'amputation de la jambe, vivement réclamée, est pratiquée le 8 janvier 1848, par mou procédé à lambeau externe. Inspiration de chloroforme pendant vingt-cinq minutes; pouls a quatre-vingt-six, respiration à vingt-quatre ; période de retour, cinq minutes.

Le malade perdit une assez grande quantité de sang artériel, dont la couleur était parfaitement rutilante pendant l'insensibilité. M. le professeur GotTres, qui avait bien voulu exercer la compression de l'artère crurale, en sentit les battements se relever ou faiblir, selon le degré de l'anesthésie; aussi pense-t-il que les

effets du ohloroforme portent SpécialerneBl sur Le bDBttf. Le lendemÀiûj pouls ft quatre-vingt-six. Le 10, à quatre- vingt-seizej pas de céphalalgie; sommeil calme ; état général très-satisfaisant.

Les vingt-trois observations que nous venons de rapporter nous ont offert autant d'exemples de succès. Dans tous ces cas, l'anesthésie eut lieu sans accident, sans réaction intlammaloire constante, sans que l'on put, en un mot, attribuer au chloroforme une influence nuisible ou manifestement fâcheuse.

Des faits si nombreux sembleraient ne laisser aucun doute sur la parfaite innocuité du nouvel agent anesthésique. Cependant, nos recherches seraient imcomplètes et manqueraient de la sincérité absolue que commande, la science, si nous passions sous silence plusieurs cas dans lesquels on remarqua des phénomènes insolites dont l'élude méritait une attention sérieuse.

Trois de nos malades, dont nous allons donner les observations, succombèrent du dixième au onzième jour, après des opérations assez légères, pendant lesquelles on les avait soumis aux inspirations du chloroforme.

Nous ne croyons pas devoir accuser positivement cette substance des terminaisons fatales que nous signalons, et les considérations dans lesquelles nous sommes entré et que Ton trouvera exposées plus loin, feront probablement partager notre opinion à ce sujet; nous ne saurions toutefois méconnaître des rapports de causes à effets peu favorables en apparence.

Obs. XXFV . — J. J..., soixante- seize ans, constitution assez forte, a été frappé, étant ivre, et présente un large lambeau du cuir chevelu sur la région temporale gauflhé. Une contre-ouverture a été faite à la base du lambeau le 1er décembre pour l'écoulement du pus. Le chloroforme, respiré sur un mouchoir, a déterminé le ronflement, l'insensibilité et une résolution musculaire complète en trois minutes et demie. Période de retour, quatre minutes J alors paroles sans suite et un peu animées; deux minutes plus tard, intelligence parfaite. Le pouls est devenu dur et tendu, la tète reste lourde, une bronchite déjà existant s'accroît. Soir, diarrhée, langue sèche, puis humide, et tic nouveau très-sèche pendant le développement d'un érysipèle de la tète. Assoupissement, saignée laite par l'interne de la salle; sang consistant sans sérosité. Paralysie du côté droit de la face. Mort le 10 décembre. A l'autopsie, on trouve un épanchcmenl de plus de deux verres de sérosité dans les ventricules cérébraux. Aucune autre altération appréciable.

Le chloroforme exerça-t-il dans ce cas une fâcheuse influence sur l'issue de la maladie? Ces* une question que nous posons sans la résoudre. Il est assez commun d'observer des érysipèles moi-

M ANESTHÉSlli.

tels à la suite des plaies de tôle; mais nous ne saunons nous dissimuler que la blessure avait déjà plusieurs jours de date et que la suppuration offrait de bons caractères. Faudrait-il accuser la contre-ouverture des complications ? Ou ne serait-ce pas plulôL l'excitation inflammatoire occasionnée par le chloroforme qui aurait réagi sur l'ensemble de la constitution et déterminé une terminaison funeste?

Obs. XXV. —X..., soixante-seize ans, constitution délabrée, grande maigreur; abandonnée à la charité publique, et sans famille pour la recueillir et la soigner, porte une carie à l'extrémité du péroné droit, limitée à la naissance de la malléole ; un stylet pénètre dans la cavité du péroné.

Inspiration de chloroforme sur un mouchoir le 30 novembre; anesthésie avec résolution musculaire en moins de deux minutes; cessation du chloroforme et persistance de l'immobilité pendant douze minutes, pendant lesquelles on enlève la face externe du péroné et on rugine la cavité osseuse ; pansement avec des boulettes sèches de charpie; retour incomplet de l'intelligence. Réponses vagues et sans suite pendant deux heures; sentiment de faiblesse; élévation et plénitude du pouls, qui reste dur et tendu. Deux jours plus tard seulement l'appétit reparait, la tête est libre, et toute trace d'anesthésie semble dissipée. Mais le pouls est plein et fréquent. Un abcès, développé sur le dos du pied, est ouvert avec le bisouri. La malade s'affaiblit de plus en plus, et succombe le onzième jour, sans avoir offert aucune trace d'inflammation pulmonaire. Le corps ayant été réclame, l'autopsie ne put être pratiquée.

Le chloroforme employé avait également servi au malade opéré d'un kyste sébacé de la joue (voy. obs. XVIII), et la comparaison des phénomènes offre ici des enseignements remarquables. D'un côté, faiblesse, âge avancé, sobriété extrême, et, chose douloureuse à dire, privation des objets les plus nécessaires à la vie; de l'autre, énergie, jeunesse, excès alcooliques. Aussi, dans le premier cas, anesthésie rapide et prolongée, tandis que dans le deuxième on est frappé de la longueur de la période d'excitation, et de la lenteur avec laquelle la sensibilité et la motilité disparaissent pour se rétablir presque immédiatement.

La malade succomba -t-elle aux complications opératoires ou aux accidents dépendants du chloroforme? Ces deux causes nous paraissent avoir contribué à ce résultat. La réaction inflammatoire fut plus violente, et la malade, en raison de son âge et de sa faiblesse, ne fut pas en état d'y résister.

Obs. XXVI. — IL.., vingt-quatre ans, présente depuis plus d'un an une grande faiblesse de la région lombaire et des membres inférieurs. Un a diagnostique une carie vertébrale avec irritation de la moelle épinière, et on a fait appliquer des eau-

tères sur les côtés tic la région lombaire. Le malade se baisse assez facilement, mais il a beaucoup de peine à se relever. 11 est émaeié, pâle, sans appétit, est très-inquiet et constamment préoccupé de la crainte de ne pas guérir. Il a fait de grands excès génitaux, et a le pouls habituellement fébrile. Il porte un abcès à la région deltoïdienne droite. Soumis aux inspirations de chloroforme sur un mouchoir, le 3 décembre, il tombe dans l'anestnésie, et est opéré en moins de deux minutes. Retour rapide de la lucidité; un peu de pesanteur de tète; quelques nausées; dureté et fréquence du pouls; aucun accident; l'abcès était presque entièrement fermé le huitième jour.

Le malade avait repris son état habituel de santé et accusait même plus d'appétit et de force, lorsque le 13 décembre, en se levant de son lit, vers trois heures du soir, il perd connaissance et succombe sans jeter un cri ni proférer aucune plainte. L'examen cadavérique révéla une carie étendue et très-profonde des quatre dernières vertèbres lombaires. Les excavations suppurées des os avaient jusqu'à 2 centimètres de profondeur, et avaient donné lieu à deux vastes abcès sous les psoas. La carie avait envahi le canal médullaire de la troisième vertèbre lombaire, et la dure-mère rachidienne correspondante était épaissie dans une étendue de 2 centimètres et baignée de pus.

La rate était énorme, le cœur flasque, les poumons congestionnés. La pie-mère était gorgée de sang, mais le cerveau, dur et volumineux, n'était pas même piqueté.

Ce malade était condamné à une mort inévitable. Mais dans l'ordre des probabilités il eût pu vivre encore plusieurs mois. L'abcès se serait fait jour au dehors ; la fièvre hectique serait survenue, et l'émaciation, la douleur, des sueurs nocturnes, une diarrhée colliquative eussent marqué le terme de son existence.

Le chloroforme a-t-il exercé dans ce cas une influence quelconque? Personne ne paraît aujourd'hui en mesure de l'affirmer ; mais nous serions disposé à croire que cet agent n'est pas resté étranger à cette brusque et fatale terminaison.

Les trois cas de mort que nous venons de signaler n'offriraient cependant rien de particulier et n'exciteraient aucun intérêt, si nous n'avions pas employé le chloroforme. Deux vieillards de soixante-seize ans venant terminer leur vie dans un hôpital; un jeune homme atteint d'une vaste carie de quatre vertèbres et d'une énorme hypertrophie de la rate, succombant à une syncope, seraient des faits assez communs. Mais dans les conditions spéciales où ces terminaisons funestes ont eu lieu, on doit leur accorder une assez grande importance, et, sans vouloir accuser le chloroforme d'avoir déterminé des accidents mortels, on peut supposer qu'il a contribué à les faire naître et à aggraver ceux qui existaient déjà. La réaction inflammatoire, jointe à un affaiblissement général, serait, selon nous, et en attendant des explications

SÉD1LL0T. , c

plus positives, les deux causes principales des complications; aussi ces faits nous ont-ils paru de nature, en raison de leur obscurité, a fixer l'attention. A ces trois cas de mort, dont nous avions déjà rapporté l'histoire dans notre article du 20 décembre 1847 [Gazette médicale de Strasbourg), nous devons joindre un quatrième exemple d'une terminaison funeste survenue le 8 janvier 1848 sur un autre de nos malades (voy. obs. XIV). Depuis le 11 décembre 1847, jour de la dernière opération pratiquée sous l'influence du chloroforme, la santé, d'abord chancelante, s'était affermie. La diarrhée avait cessé, puis avait reparu, et en dernier lieu elle persistait sans déterminer plus de trois ou quatre selles dans les vingt-quatre heures. Le pouls était petit et très-fréquent (120); peu de toux; pas de céphalalgie; sommeil assez calme. Le genou gauche, très-volumineux et tendu, n'était nullement douloureux, quoique les os frottassent à nu l'un sur l'autre et fissent entendre une forte crépitation. Le malade se levait dans la journée et s'étendait dans un fauteuil.

Le 8 janvier, à la visite du matin, je lui parlai de la nécessité de se résigner au sacrifice de son membre. Nous avions tardé autant que possible, lui disais-je, à prendre ce terrible- parti ; mais le moment nous en paraissait, venu pour lui conserver la vie. G... nous écouta avec tranquillité, répondit qu'il désirait en avertir sa famille, écrivit dans la journée, et le soir, en se mettant lui-même et sans aide sur le bassin, il expira.

L'examen anatomique fit reconnaître plusieurs larges cavernes au sommet de l'un des poumons ; quelques abcès suppures ou encore à l'état d'induration du côté opposé. Lésions que nous attribuons à la pyohémie. Le reste du poumon était très-sain. Les condyles du fémur, du tibia et la rotule étaient dénudés; l'articulation remplie de sérosité floconneuse ; cœur flasque et gorgé de sang- aucune autre altération apparente. Cet exemple de mort subite, rapproché de l'observation XXVI où la même fatale terminaison eut lieu dans des conditions presque semblables, est-il encore une coïncidence fortuite ou le résultat d'une cause identique agissant sur deux malades également impressionnables et

affaiblis? . . ,

Nous terminons la série de nos observations par 1 histoire de Quelques cas dans lesquels le chloroforme a paru déterminer de la réaction inflammatoire, ou est resté sans effets anesthesiques en raison du refus des malades de s'y soumettre, de la défectuosité des appareils, ou des altérations de la liqueur employée.

ÊTHBR ET CHLOROFORME. 67

Est-il nécessaire d'expliquer la valeur du mot réfractaire appliqué'iux personnes soumises au chloroforme ou à l'éther?

Plusieurs médecins ont admis l'existence d'idiosyncrasics particulières, véfractaires à l'anesthésie, c'est-à-dire non susceptibles d'en présenter les phénomènes.

Jamais nous n'avons rien observé de semblable. D'où proviendrait donc une pareille différence dans les résultats ? Le voici probablement.

Dans notre manière de voir, le réfractaire serait celui qui résisterait aux effets des vapeurs anesthésiques, inspirées en quantité suffisante et pendant un temps déterminé.

Si je n'ai pas respiré d'éther, il est clair que je ne saurais être dit réfractaire à son action; tels sont les véritables termes du problème.

Tous les malades déclarés réfractaires au chloroforme ou à l'éther ne voulaient ou ne pouvaient, pas en inspirer les vapeurs. Il était facile dès lors d'affirmer qu'ils n'en éprouveraient aucun effet.

Obs. XXVII. — X..., entrée à la clinique pour une tumeur fongueuse de l'articulation tibio-tarsienne droite, souffre beaucoup, quoiqu'il n'y ait pas de traces notables d'inflammation ; vingt-cinq ans, constitution scrofuleuse, émacialion, graude susceptibilité nerveuse. L'huile de foie de morue, l'iodure potassique, ie calomel uni à l'opium, les embrocations d'huiles narcotiques n'ont pas diminué les douleurs; cautérisations transcurrentes avec le cautère actuel le 18 décembre. Les inspirations de chloroforme avec l'appareil de M. Elser ont produit l'auesthésie en une minute et quelques secondes, et l'opération était terminée à la deuxième minute. Retour de la sensibilité à la troisième minute; accès d'hystérie peut-être simulé; tète lourde et oppression pulmonaire dans la journée; pouls dur et tendu; bon appétit; sommeil calme.

Le 19, la malade s'applaudit de son opération, qui a fait disparaître en partie les douleurs articulaires, mais le pouls est encore plein; saignée du bras de 120 grammes j sang très-plastique sans sérosité; va très-bien.

Il y eut plus tard un léger mouvement diarrhéique ; mais il nous faut noter que cet état de dérangement dans les fonctions intestinales était à cette époque assez commun dans nos salles. Était-ce une simple coïncidence ou un effet particulier de l'action du chloroforme chez notre malade ? Dans tous les cas, cette complication n eut rien de fâcheux. La saignée suffit à combattre la réaction circulatoire, et le sang était dense et sans sérosité, comme nous 1 avons déjà signalé.

G8 ANESTHÉS1E.

Ods. XXVIII. — 0. G..., vingt-neuf ans, cordonnier, constitution minée par une suppuration du mollet datant de deux mois, est atteint d'un nouve l abcèg aigu qui lui cause beaucoup de douleur, avec lièvre, insomnie, etc. Je lui luis respirer, le 25 novembre, du chloroforme conservé depuis un an, et versé dans un segment de vessie. Les inspirations se continuent vingt minutes sans effets sensibles. On emploie l'éthcr sulfurique au moyen de l'appareil Elser, et le malade tombe presque immédiatement dans l'anestliésie.

L'inefficacité du chloroforme s'explique beaucoup mieux dans ce cas par l'altération de ce liquide ou les défauts de l'appareil employé, que par un état réfractaire idiosyncrasique. La preuve en fut donnée immédiatement par les effets si prompts des inspirations d'éther.

Obs. XXIX. — J...., vingt-quatre ans, dont nous nous sommes déjà occupé (voy obs XIV), fut soumis le 27 novembre aux inspirations de chloroforme. Appareil composé d'une vessie comme dans le cas précédent, mais chloroforme rectifié. Insensibilité produite en quinze minutes, avec commencement de résolution des membres. L'opération n'a pas été douloureuse, mais le malade en a conserve un faible souvenir.

Si l'anestliésie fut quinze minutes à se produire et demeura incomplète, nous ne devons en accuser que l'imperfection de notre procédé, puisque le môme malade (voy. obs. XIV), soumis plus tard au chloroforme avec l'appareil de M. Elser, fut plongé en une minute et demie dans un état d'insensibilité absolu. Cet exemple n'est-il pas de nature à démontrer qu'il n'y a réellement, comme nous le soutenons, aucune personne réfractaire aux effets anesthésiques du chloroforme ou de l'éther? L'opinion contraire perd chaque jour de ses partisans et ne trouvera bientôt plus de defen-

seurs.

Obs. XXX. -X..., dix-neuf ans, émaciée par une ostéite suppurée du fémur datant de deux ans; 'ongle rentré dans les chairs. On essaye le chloroforme e 16 décembre : agitation; la malade éprouve de la gène respiratoxre, un sentiment d Sur dans a poitrine. On n'insiste pas, et il n'y a eu aucun commencement de Per e de connaissance ni d'anesfhésie. L'opération est faite par la secUon superficie et l'arrachement de la portion d'ongle incarnée; la douleur a ete asa* S;'plls fréquent et plein; quelques crachats teints de sang dans la journée ,

^"nTt ht de 100 gra.mnes; respiration plus libre; pouls à Soitanîe-six ; ensuite diarrhée pendant un jour, puis rétabhssement avec pers.stance de la faiblesse.

Dans ce cas, quelques faibles inspirations de chloroforme par

une jeune fille très-délicate et très-irritable déterminèrent des accidents pulmonaires. Un pareil fait mérite d'être pris en grande considération comme preuve des ménagements avec lesquels on doit procéder à l'anesthésie chloroformique chez les personnes dont la poitrine et la constitution offrent une vive susceptibilité. Il y eut là des effets de réaction inflammatoire dont nous avons eu d'autres exemples, et qu'il nous fallut combattre par la saignée. Il serait inutile de chercher à démontrer que cette jeune fdle ne fut nullement réfractaire au chloroforme. La seule remarque à faire est qu'elle ne voulut pas en supporter les inspirations.

Telles ont été, depuis le 25 novembre 18Z|.7, les trente opérations que j'ai eu l'occasion de'pratiquer en faisant usage du chloroforme. J'en aurais multiplié le nombre, si j'avais toujours eu à ma disposition une quantité suffisante de cette substance. Mais nous éprouvâmes, dès l'abord, une certaine difficulté à nous en procurer, et nous dûmes dans quelques cas recourir à l'éther pour obtenir les effets anesthésiques que réclamaient les malades. Avant d'aborder les conclusions auxquelles nous paraissent conduire les observations précédentes, je rapporterai encore deux faits empruntés à l'expérience, l'un de mon honorable collègue M. le professeur Gabriel Tourdes, l'autre de M. le docteur Boudier, chirurgien aidemajor à l'hôpital militaire d'instruction.

Obs. XXXI. — M. le professeur G. Tourdes fut appelé le 17 décembre, à huit heures du matin, à donner des soins à une petite fille de deux ans, qui s'était renversée sur la poitrine, les bras, le cou et une partie des épaules, un vase rempli d'eau bouillante. La brûlure était au deuxième degré, et l'épidcrme s'enlevait avec les vêtements. L'enfant, exaspérée par la douleur, jetait des cris déchirants et luttait avec désespoir contre toute tentative de pansement. M. Tourdes verse sur un mouchoir quelques gouttes de chloroforme et le fait respirer à la petite malade, qui tombe dans l'insensibilité en moins d'une minute et demie. On la déshabille immédiatement, et comme l'anesthésie disparaissait au bout de deux minutes, on recommence l'emploi du chloroforme, qui détermine de nouveau les mêmes effets. Des inspirations de chloroforme furent ainsi continuées pendant quinze minutes d'une manière intermittente. La face avait été rouge, la respiralion plus lente et accompagnée d'un léger ronflement. Le pansement consista en application de coton cardé, et l'enfant s'endormit ensuite plusieurs heures et parut ne plus souffrir. Aucun accident.

Cette observation est certainement très-remarquable, en raison du jeune âge de l'enfant (deux ans), de la rationalité des indications et du succès avec lequel elles furent remplies. Quelles res-

sources pour l'opérateur et pour l'enfant, et quelles terribles angoisses épargnées a une famille et surtout au cœur d'une mère !

Ons. XXXII. — M. le docteur Boudicr pratiqua, le 17 décembre, une opération de phimosis, en suivant le procédé dont j'ai indiqué les principaux témp (voy. obs. IX). L'appareil de M. Elser fut employé, et l'anesthésie complète en une minute et demie; à la troisième minute, l'opération était terminée, ft le malade revenait à lui. Aucun accident.

De pareils faits n'ont pas besoin de commentaires, et ils constituent la meilleure des démonstrations.

Voici une dernière observation due à l'obligeance de M. Dufour, l'un de nos élèves les plus distingués de l'hôpital militaire :

Obs. XXXIII. — J'ai versé quelques gouttes de chloroforme sur un mouchoir que je me suis appliqué sur les narines, laissant la bouche demi-ouverte, afin d'aspirer en même temps des vapeurs anesthésiques et de l'air pur. Dès la troisième ou quatrième inspiration, j'ai senti ma tête devenir plus pesante, et un engourdissement insensible me gagner de proche en proche en irradiant de la tète et du tronc vers les membres ; les objets placés autour de moi semblaient s'agiter confusément. On a augmenté la quantité de chloroforme, et après deux ou tfois nouvelles inspirations, je n'ai plus eu conscience de ce qui m'entourait, et la transition à cet état a été marquée pour moi par une sorte d'explosion des pulsations du cœur et des artères; en même temps un bruit insolite fatiguait mon oreille, comme celui d'un timbre éclatant qui aurait vibré. On a pu m'arracher une dent sans que j'aie manifesté la moindre douleur; ccpndant les assistants m'ont dit que j'avais été très-agité, que la pâleur du visage était extrême, les yeux convulsés en haut, le pouls plein et fréquent, les membres toujours animés d une certaine résistance et sans résolution complète. Revenu à moi, j'ai éprouvé pendant un quart d'heure un malaise profond; la pâleur s'est prolongée quelques minutes; j'ai eu quelques nausées sans vomissement; j'attribue ces nausées à ce que je 'venais de déjeuner. Au bout d'une demi-heure, j'avais recouvré mon état de santé normal, seulement ma respiration exhalait et a exhale pendant le reste .le la journée une odeur tres-manifeste de chloroforme.

J'aVais essayé les inspirations éthérées avant celles de chloroforme, afin d'en établir le parallèle. Les premières m'ont semblé peut-être un peu plus pénibles au début, parce que l'élhcr cause une impression plus chaude et plus vive; mais l'agrément des inspirations de chloroforme, dont la saveur est fraîche et aromatique, est bientôt remplacé par une sensation violente et profonde qui semble remuer tout l'organisme ; cette sensation m'a semblé incompatible avec les mes délicieux qu'ont souvent suscités les inhalations éthérées.

M. Dufour choisirait l'éther, s'il devait se soumettre à une nouvelle opération. Cette opinion est aussi celle du savant et habile chirurgien en chef de la marine, M. Jules Roux, auquel les vapeurs «si nauséeuses et si sucrées» du chloroforme ont paru

plus pénibles à respirer que celles de l'éther. (Voy. l'Union mêd 'traie, l\ janvier 1848, t. II, n° 2.)

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