A.UTOPLASTIE DUS CICATRICES VICIEUSES
constante que nous n'avions pas craint de l'annoncer sur un des malades opérés a. la Clinique, dont, nous donnons plus loin l'histoire; el nous avions appelé l'attention des élèves sur ce phénomène, en signalant le peu de crainte qu'il en fallait concevoir, attendu que le tissu modulaire se reformait alors avec la môme rapidité qu'il se détruit.
Si Jobert n'a pas fait les mêmes remarques, nous devons l'attribuer à des conditions toutes spéciales qui n'ont pas été suffisamment révélées et qui réclament de nouvelles recherches.
Odseuvatiox lrc. — Cicatrice du cou produite par brûlure avec flexion permanente de la tète sur la poitrine ; autoplastie ; guérison (1). — Charles ***, mégissicr, âgé de quaranle-deux ans, fut admis à la clinique le 12 décembre 1855. Cet homme a eu dans sa jeunesse toutes les portions droites et médianes de la poitrine, du cou et delà tète profondément brûlées; une bride cicatricielle, large et saillante, maintient la tète fléchie, le maximum de l'écartcment entre le bord supérieur du sternum et le menton est de 10 centimètres.
La race es! complètement asymétrique, par défaut de développement du côté droit; l'oreille est en partie détruite et réduite à une sorte de moignon. Les mouvements du bras droit ne sont pas gênés, malgré la présence d'une large cicatrice étendue sur toute l'épaule de ce côté.
Le malade se plaint d'une aggravation notable dans la flexion de la tête, qui l'empêche depuis quelques mois de se livrer à ses occupations habituelles, el il en attribue justement la cause à une ulcération du tissu inodnlaire survenue an bord supérieur du sternum, dont une petite portion osseuse est détachée et mobile au milieu d'une ulcération cicatricielle.
Je divise, le 1S décembre, la portion sous-cutanée de la partie profonde de la bride, et j'obtiens ainsi un allongement de 2 centimètres; mais celte amélioration avait déjà disparu au bout de vingt-quatre heures, et la difformité était rétablie. .
Le 20 décembre, voulant un résultai décisif et permanent, je taillai, sur la partie gauche du cou, dans un point où la peau était restée intacte, un lambeau vertical de 25 millimètres de hauteur sur 40 millimètres de largeur, dont la base était inférieure et le sommet tourné vers le menton ; de l'extrémité droite de cette base, je fis partir une incision transversale qui intéressa toute l'épaisseur des tissus avant d'arriver à la cicatrice, dont les lèvres furent disséquées en haut et en bas, de manière à présenter un écartement assez grand pour y loger le lambeau, renversé de haut en bas el de gauche à droite ; quelques points de suture en réunirent le sommet et les bords au tissu cicatriciel correspondant.
Des fomentations froides furent appliquées, et un appareil amidonné, tel que j'en fais usage pour les plaies du cou, immobilisa la tête.
Le 2/1, le lambeau, dont la face saignante et profonde est. déjà adhérente, offre l'étal le plus satisfaisant, mais il semble isolé au milieu d'une vaste ulcéralion circulaire de plus d'un centimètre de diamètre ; on continue le pansement à plat.
(1) Observation recueillie par M. .1. Picard, irUerite du service.
ANaI'I.ASTIK.
Le 7 janvier 1856, des bourgeons charnus de bonne nature réunissent les bonis du lambeau au tissu cicatriciel environnant.
Le 15 du même mois, la cicatrisation est achevée, le lambeau est souple, uni sans tension, le pédicule à peine apparent; les mouvements d'élévation de la téte beaucoup plus libres, et le malade quitte l'hôpital.
Nous avons revu l'opéré deux mois plus tard, et il continuait à se féliciter des heureux résultats de son traitement.
Ons. II. Destruction de la paupière inférieure droite par une cicatrice étendue, du nez à la joue et à une partie de la tempe du même côté. Ectropion porté au plus haut degré avec larmoiement et sensibilité morbide de l'œil. Blépharoplastie par intercalation de deux lambeaux dans l'intervalle du tissu modulaire profondément divisé. Guérison définitive (1). — G. ***, âgé île vingt-quatre ans vint réclamer, au commencement de 1854, mes soins pour un ectropion de la paupière inférieure droite qui l'incommodait depuis son enfance, et était la conséquence d'une brûlure très-étendue de la face. La chaleur, le froid, la lumière, le vent et la poussière provoquaient de la douleur, du larmoiement et des inflammations douloureuses de l'œil, dont le segment inférieur, restant découvert, était à peine protégé par l'abaissement momentané de la paupière supérieure.
Le tissu cicatriciel couvrait toute la joue, depuis le nez et la lèvre supérieure, jusqu'aux rares cils de la paupière, dont le revêtement légumentaire n'existail plus. Après diverses tentatives infructueuses, j'entrepris la restauration .le la paupière inférieure par un large lambeau emprunté au front et à la tempe, et interposé dans l'intervalle du tissu inodulairc profondément divisé el renversé en haut et en bas par la dissection. La mortification partielle de l'extrémité du lambeau, qui était Tort long, exigea la formation d'un second lambeau pri~ sur le front, du côté interne du sourcil, et l'on réunit par la suture les bouts libres de deux lambeaux l'un à l'autre. « Le tissu inodulairc environnant s'ulcéra, puis » se reproduisit, et la paupière inférieure restaurée et soutenue de chaque » côté par la disposition des lambeaux, permit la libre et parfaite occlusion de » l'œil. »
Depuis deux ans, je n'avais plus entendu parler de ce malade, lorsqu'il vint me voir, il y a quelques semaines, et je profitai de l'occasion pour le faire photographier. La Société de médecine de Strasbourg a pu juger, d'après l'épreuve que j'ai eu l'honneur de lui présenter, des résultats de l'opération. Les lambeaux sont un peu arrondis et saillants, el pourraient être rendus plus réguliers par l'ablation de quelques légers plis, mais comme le malade est très-satisfait du rétablissement de sa paupière cl .le la disparition de toute gêne et de toule faiblesse dans l'exercice de la vision, il ne s'est montré disposé à subir aucun essai de perfectionnement, et nous ne l'en avons pas blâmé.
'I) Observation recueillie par M. Ileer. interne du service.
HLÊPHÀROPLASTIE. 599
Quelques personnes, (pompées pnr le titre de blépharoplaslic donné à celte observation, hésiteront peut-être à y voir un exemple d'allongement d'une cicatrice par l'interealation d'un lambeau tégumentaire. Mais si le but poursuivi est réellement une restauration palpébrale, on reconnaîtra cependant que le procédé est exactement le même que dans notre première observation, et que les seules modificalions qu'on y rencontre se rapportent à la hauteur plus grande du siège du pédicule. Nous nous étions conformé, en cette circonstance, à un principe général, dont nous avons depuis longtemps démontré l'importance, et qui consiste à toujours placer l'origine ou le point de départ des lambeaux anaplastiqucs du côté opposé au bord libre des organes que l'on se propose de reconstituer. C'est une règle invariable pour les paupières et les lèvres, et nous y avons conformé nos procédés.
Nous pourrions citer d'autres cas, plus ou moins analogues aux précédents, et celui entre autre d'un soldat de la garnison de Strasbourg, dont le bras, fléchi par une bride cicatricielle du pli du coude, ne pouvait être étendu. Ce malade, dont la blessure eut un certain retentissement à cette époque, qui remonte au moins à quatre ou cinq ans, fut l'objet d'une consultation de tous les médecins militaires de la garnison, et je proposai l'intercalation d'un lambeau anaplastique entre les bords du tissu 'modulaire, transversalement divisé. Cette opération fut trouvée mutile et compliquée, et l'on crut qu'une simple section de la bride modulaire, aidée de l'extension, suffirait à la guérison. M. le docteur Sergent, alors chirurgien- major d'un régiment d'artillerie, se chargea de donner ses soins au malade, et l'incision de la bride cicatricielle resta sans succès.
Dans une autre circonstance, nous eûmes recours au même procédé d'intercalation d'un lambeau pour faciliter le redressement du pouce fléchi par une bride inodulaire, résultant, je crois, d'une plaie avec perte de substance et suppuration prolongée.
Je partage, comme on le voit, l'avis de Jobert sur la haute valeur de l'application de l'autoplastic au traitemenL des brides cicatricielles; et l'on peut espérer voir surgir des faits assez nombreux pour éclairer les propositions sur lesquelles nous ne nous sommes pas rallié aux idées de notre habile confrère.