XXII. — Rhinoplastie
Le plus curieux exemple des succès de la rhinoplastie frontale que nous ayons tiré de nos cliniques, est celui d'un ouvrier, travaillant au milieu de nombreux camarades sans exciter leur curiosité ni leurs doutes sur la réalité d'une blessure à laquelle il attribuait ses cicatrices. On verra, par l'observation que nous avons rapportée page 688, et les détails donnés par notre habile confrèreM. le docteurErhmann, deMulhouse (V. p. 691), qu'aucune difformité n'avait suivi l'opération pratiquée depuis plus de cinq ans, et que la régularité du nez s'était parfaitement conservée.
Nous avons, en partie, attribué ce résultat à notre procédé de restauration de la sous-cloison par un double lambeau superposé, et nous ne saurions trop engager ceux qui voudraient nous imiter, à comprendre dans le lambeau toute l'épaisseur de la lèvre, pour obtenir, sur cette dernière, une cicatrice plus linéaire et moins apparente. Le lambeau est ensuite dédoublé pour n'en conserver que la moitié antérieure ou cutanée, et l'on sacrifie l'autre portion revêtue de la membrane muqueuse.
Nous avons exposé les motifs de cette conduite (p. 684 et 685), et il serait inutile d'y revenir.
Nous avons tenté, une seule fois, l'application de la méthode italienne sur une jeune fille à laquelle manquaient une des ailes et la partie latérale correspondante des téguments du nez.
L'opération, pratiquée à la clinique et devant un public nombreux, avait consiste à détacher de la face antérieure de l'avantbras un lambeau tégumentaire assez large pour être appliqué par son bord libre sur la perte de substance dont les bords avaient été soigneusement avivés. L'autre côté du lambeau resté adhérent formait un pédicule trop étendu pour être exposé a sa mortification, et un bandage inamovible soutenait le tronc, le bras et l'avant- bras, avec une telle solidité, que l'on pouvait imprimer de fortes secousses à l'appareil sans aucun danger.
Le lambeau, attaché par des sutures à points séparés, avait
On peut deviner combien il m'esl doux de voir, grâce à un chirurgien aussi éminent, ce progrès passer aujourd'hui dans la chirurgie (*). »
(') Comptai rendu» île l'Académie des ëdehees, n° 18, p. 750, 2 novembre i,86Sa
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contracté le septième jour des adhérences si régulières et si complètes, que nous crûmes pouvoir le séparer définitivement de son pédicule, partiellement d'abord ou par moitié, et totalement le lendemain. Le résultat prouva que nous avions trop tôt compté sur la persistance de la vitalité. Le lambeau, réduit à sa nouvelle circulation par adhérences, se gangrena.
Ce fait mérite de prendre place dans l'histoire des parties molles complètement détachées du corps, et continuant à vivre après y avoir été de nouveau réunies.
Le lambeau de l'avant-bras avait très-bien adhéré à la plaie du nez et de la joue, la cicatrisation s'en était faite, on était déjà au huitième jour, et cependant la mortification survint.