‹ Contributions a la chirurgieChapitre 19 sur 198 · RESPONSABILITÉ · texte numérisé non relu

RESPONSABILITÉ

tuent la seconde méthode de chloroformisation dont nous dirons quelques mots.

Dans cette méthode, on commence par faire inspirer le chloroforme mêlé à une très-forte proportion d'air atmosphérique; on maintient la régularité, la normalité de la respiration ; on n'augmente que lentement et peu à peu la concentration des inhalations, et ou les suspend à la moindre imminence d'accidents.

L'insensibilité est huit ou dix minutes à se produire, et l'on consomme de 12 à 20 grammes de chloroforme; il y a perte de temps et perte de l'agent anesthésique, mais ces inconvénients sont compensés par l'absence du danger.

Avec cette méthode, on peut continuer les opérations les plus délicates pendant une heure, sans que les malades en aient conscience; on consomme 100 grammes et plus de chloroforme si on le juge nécessaire, et l'on n'a pas eu de mort à déplorer.

La question est donc tranchée : c'est à cette méthode qu'il faut recourir, et nous le faisons en toute confiance, puisque dans notre opinion le chloroforme pur et bien employé ne tue jamais.

Une objection s'est néanmoins présentée. On a dit : M. Kobelt s'est conformé • à ces règles et n'en a pas moins perdu sa malade.

Nous démontrerons facilement, je crois, le peu de fondement de cette assertion.

Un des témoins a rapporté, il est vrai, que le mouchoir sur lequel on avait versé le chloroforme avait toujours été tenu à trois ou quatre travers de doigt de distance de la dame Simon. Je n'accuse pas le sentiment consciencieux de ce témoignage, mais je n'hésite pas à affirmer qu'il manque d'exactitude, et doit être attribué à une confusion de souvenirs, bien naturelle au milieu des émotions d'un tel événement.

Il est impossible d'anesthésier complètement les malades avec 3^,75 de chloroforme versés sur un mouchoir que Ton tient écarté de la figure.

Il a donc fallu que M. Kobelt ait agi autrement, ou qu'il se soit trouvé en présence de conditions tout à fait exceptionnelles. Or, cette dernière hypothèse n'est pas soutenable.

M. Kobelt avait demandé 10 grammes de chloroforme. 11 en a consommé près de à grammes, a chloroformisé lui-même la malade, l'a opérée dès l'apparition de l'insensibilité.

t Jusqu'à ce moment les conditions de l'anesthésie avaient donc été semblables a celles dont il était journellement témoin. Autrement il eût été frappé par la différence des phénomènes, et, au lieu d'opérer, il se fût occupé de remédier à l'imminence des accidents.

Si l'insensibilité est survenue très-promptement chez madame Simon, malgré la ires-petite quantité de chloroforme employé, sans étonner ni surprendre M. Kobel , c est qu'il était habitué à ces résultats, et comme il est impossible de les obtenir en chloroformisant les malades à distance, nous sommes en droit d affirmer que le mouchoir a été directement porté sous le nez de la malade, et que les inhalations ont ete brusques et concentrées.

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exprimées par M. Simon, et qu'il a cru au retour prochain de la sensibilité.

forme 11" ^ ' ^V* WpUtté dc rancsthésie> ^ Petite dose de chloroforme employé, et la confiance de M. Kobelt, que l'on a mis en usage la pre-

SÉD1LLOT.

g8 ANËSTHÉSIE.

mm méthode dont le danger nous paraît incontestable. Nous résumons ces considérations en disant :

10 H est regrettable que le chloroforme n'ait pas été mieux prépare.

2» M. Kobelt a employé un procédé vicieux, qui est généralement en usage et qu'il pouvait se croire autorisé à pratiquer, d'après les résultats heureux de sa propre expériéncê et l'autorité des hommes de l'art qui j ont encore recours.

3" M. Kobelt n'est pas coupable, puisqu'il a imité la conduite et partage l'opinion d'hommes haut placés dans notre profession; mais cette conduite et cette opinion constituent une méthode erronée et dangereuse qu'une connaissance plus approfondie des phénomènes anesthésiques fera nécessairement abandonner.

4° Ce n'est pas le chloroforme qu'il faut accuser de la mort de madame Simon, mais le mode vicieux d'inhalations dont on s'est servi.

A la suite de cette communication, M. l'avocat de La république a déclare abandonner l'accusation à l'égard de M. Kobelt, que le tribunal a renvoyé de la plainte.

La responsabilité des chirurgiens serait-elle compromise par l'innocuitédu c/i/oro/brme? L'objection la plus spécieuse qui nous ait été adressée a été formulée par M. Huguier (1). Cet habile et savant confrère s'est préoccupé de la responsabilité qu'allaient encourir les chirurgiens, si l'on admettait que le chloroforme pur et bien employé ne tue jamais. Il est impossible, à-t-il dit, d'assurer qu un malheur n'arrivera pas, et vous aurez contribué à faire traduire devant les tribunaux des hommes honorables et distingués, faussement accusés de maladresse ou d'ignorance.

Les craintes de M. Huguier me paraissent exagérées, mais ne manquent pas néanmoins d'une certaine apparence de justesse. Examinons-les sous le rapport du droit et du fait.

Gomme droit, nous proclamons hautement l'irresponsabilité de l'homme de l'art dans l'exercice consciencieux de sa profession. Les fautes et les erreurs dans lesquelles Sont tombés les praticiens les plus renommés sont innombrables, et les plus habiles son ceux qui en commettent le moins. La seule exigence légitime du droit est que le chirurgien ait étudié avec soin les opérations qu' entreprend et qu'il n'ait pas négligé les ind.calions les plus formelles. Dans cette voie, nous ne pourrions nous p femdre, et

11 est bien rare qu'un chirurgien instruit et prudent soit con-

^Sout le rapport du fait, nous ne craignons pas de déclarer nu'un cerJ n degré de responsabilité ne serait peut-être pas a ^ousZ7»>y a'plus de conseils médicaux; les hiérarchies ont

(1) Bulletin de la Société de chirurgie, 1851.

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