CAUSES DE U MORT
dispdfli; toute autorité constituée est absente, comme Ta dit M. le professeur Roux dans son brillant discours de rentrée (1851 ). Nulle entrave ne surgit contre les. entreprises les plus téméraires. Sans doute, j'aborde là un sujet périlleux; on pourrait empêcher, par esprit de routine et par haine des idées nouvelles, les progrès de l'art et les découvertes les plus utiles à l'humanité. Mais rien de pareil ne nous menace; la responsabilité publique de nos actes, la voix encore si écoutée des académies et dès sociétés savantes, l'amour de nos semblables et de la science, rendent le corps médical un modèle de savoir, de prudence, de dévouement et de haute moralité. Pourquoi se préoccuper dès lors de la possibilité de soupçons et de poursuites injustes, dont la magistrature ferait prompte justice, si elle était appelée à les apprécier. Quelques sévérités exceptionnelles et regrettables ont frappé, je le sais, de très-honorables confrères; mais l'opinion publique a le plus souvent réformé ces jugements, et, si l'on compare les exemples d'intervention judiciaire aux millions de faits médicaux accomplis dans la pratique de notre art, on voit que la responsabilité est une sorte d'épée de Damoclès, qui n'atteint en réalité personne et ne devrait, dans aucun cas, imposer silence à la vérité.
V.— Nouvelles considérations sur l'emploi du chloroforme (1).
L'Union médicale a publié, dans le numéro du 30 août 1851, un article intitulé : Anesthésie, mort par le chloroforme, dans lequel se trouvent consignés les détails de l'accident et les réflexions de M. Ghereau.
Dans l'observation rapportée par M. Rooke, dans le Médical Times, il s'agit d'un matelot américain mulâtre, opéré par M. fiusk, le 8 juillet dernier, à Londres, à Seamen's Hospital, d'une ablation du testicule.
Le malade avait quarante-cinq ans et était très-robuste. La quantité de chloroforme employée fut de 70 gouttes ou l*r,75, et la mort survint à la suite d'une anesthésie complète, malgré tous les moyens mis en usage pour la prévenir.
Dans ce cas, la quantité de chloroforme était très-faible et n'atteignait pas 2 grammes (2). On en avait d'abord versé
(1) Lettre à M. Amédcc Lalour, rédacteur en chef de Y Union héÉîcalè, Strasbourg, 15 septembre 1851.
(2) La goutte de chloroforme pur pèse 0b%02j.
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20 Routles sur le mouchoir destiné à être placé sous les narines du malade; puis, au bout de quelques minutes, 20 autres gouttes avaient déterminé des phénomènes d'excitation; mais comme l'anesthésie n'était pas complète, on ajouta encore 10 goutl puis 20 autres, total 70. Ce fut alors que l'insensibilité fut ob-
^cTmode de chloroformisation, si prudent et si régulier en apparence, excite cependant la réprobation de M. Chereau, qui blâme énergiquement les chirurgiens anglais et américains de porter l'anesthésie au delà de la période d'excitation.
« Ils ne font pas attention» , dit-il, «que la période d'excitation, » tout en laissant aux sujets soumis à l'expérimentation la la- » culté de parler, de se mouvoir, ou même de conserver une „ certaine lucidité dans les idées, suffit pour émousser presque „ complètement la sensibilité, pour ne laisser aucun souvenir de » l'action des instruments, et pour remplir largement le but » qu'on se propose, celui de soustraire l'humanité aux tortures
» d'une opération. »
Ainsi voilà formulé le précepte d'opérer les malades pendant qu'ils parlent, se meuvent et ont encore une certaine lucidité intellectuelle. Et M. Chereau trouve qu'on obtient de cette méthode «des résultats magnifiques qui ont surpassé tout ce que » les expériences les plus brillantes en avaient auguré ».
J'avoue que s'il me fallait opérer ainsi mes malades, je n hésiterais pas à m'abstenir de cette prétendue anesthésie, dont les avantages sont à peu près nuls et les inconvénients immenses et je proclamerais la causadu chloroforme irrévocab ement perdue La première condition d'une opération est 1 immobilité du malade. Comment veut-on que' l'on se hasarde a débrider un étranglement herniaire, à mettre à nu une artère, a enlever une tumeur au milieu d'organes dont la blessure serait mortelle, orsque à chaque instant le blessé peut échapper aux mains qui le maintiennent, et provoquer les accidents les plus graves par un effort subit et impossible à éviter?
Comment pratiquer, pendant cette période d excitation, de. opérations de longue durée?
Une autre remarque doit être faite.
Il n'y aurait pas de plus horrible spectacle que celui d un blessé en proie à une exaltation quelquefois furieuse, se débattant tout sanglant entre les bras de cinq ou six assistants.
On peut affirmer qu'un très-grand nombre d opérations de-
RÉSOLUTION MUSCULAIRE COMPLÈTE. 101 viendraient impraticables dans de pareilles conditions, et ce serait ôter toute sûreté à notre art et le faire rétrograder.
Nous ajouterons que l'emploi des aneslhésiques serait presque forcément réduit à la pratique hospitalière, car, où le chirurgien de campagne et celui qui ne peut se faire accompagner par cinq ou six aides vigoureux et de sang-froid trouveraient-ils des assistants propres à concourir à leurs opérations?
Les témoins officieux s'effrayeraient et abandonneraient le malade qui pourrait mourir d'hémorrhagie sans qu'on parvînt h lui porter secours, ou se jetterait sur le chirurgien dont la position deviendrait fort délicate.
J'ai été témoin de toutes ces épreuves, et je regarde comme un moyen des plus dangereux d'employer la force pour dompter la résistance des malades pendant la période d'excitation, si l'on n'a pas su la prévenir.
Je repousse donc d'une manière formelle cette fausse doctrine française, et je me déclare hautement partisan de l'anesthésie complète, la seule qui, plongeant les malades dans une insensibilité et une immobilité absolues, donne à l'art une sûreté et une puissance dont nous n'avions pu jusqu'ici approcher.
On ne contestera certainement pas la supériorité de cette méthode au point de vue opératoire.
Un malade immobile, et dont la sensibilité est éteinte, ne nous afflige et ne nous trouble plus par ses plaintes et ses cris; il conserve toutes les positions qu'on lui imprime, et permet des prodiges de dextérité et de hardiesse, incompatibles avec l'agitation et les violences d'un homme privé de tout empire sur lui-même, et n'obéissant plus qu'à la contrainte.
On a vu quelquefois des opérés, après une anesthésie complète, recouvrer l'intelligence, la parole et le mouvement sans la sensibilité, et dire à leur chirurgien : Je vous vois agir, mais je ne le sens pas. Ces cas remarquables ne sont jamais, malheureusement, le résultat d'une anesthésie primitivement incomplète.
La sensibilité, en effet, ne disparaît qu'après l'intelligence et les mouvements, et elle reparaît également la dernière, lorsque l'anesthésie se dissipe.
Il n'y a pas, on le voit, de moyen terme; il faut choisir entre les deux méthodes. L'une opère un corps privé de sentiment, de mouvements et de pensée, mais qui s'animera de nouveau, lu sourire aux lèvres, après les plus terribles épreuves. Dans
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l'autre, l'action de l'homme de l'art est amoindrie, et le malade dompté par la force recueille pour tout bénéfice l'avantage douteux de n'avoir que des souvenirs vagues et confus des douleurs et des violences qu'il a subies.
J'ai dit les raisons de ma préférence.
Quelles sont celles en faveur de l'opinion eontraii <•? l in seule, le danger. « Avec l'anestliésie incomplète, l'innocuité de » l'usage sage et modéré du chloroforme; avec l'anestliésie com- » plète, la grande majorité des accidents qui incombent à l'An- » gleterre et à l'Amérique. »
On justifierait difficilement une telle assertion. A-t-on recherché tous les cas de mort par l'emploi du chloroforme aujourd'hui connus? Les treize ou quatorze exemples admis par M. Chereau, si sa mémoire, dit-il, est fidèle, seraient facilement doublés, et sa conclusion devient très-contestable, puisqu'elle repose sur une étude insuffisante des faits.
Nous ferons remarquer, en outre, que la plupart des morts attribuées au chloroforme ont été produites par des doses trèsfaibles de cet agent.
Hannah Grpener avait été seulement chloroformisée pendant une demi-minute: Mistriss Simmons pendant deux minutes; Walter Badger, une minute et demie. Dans ces trois cas, les doses de l'agent anesthésiqne n'avaient pas dépassé 9 ou .i grammes, et, dans d'autres observations, les quantités employéeavaient été encore moins élevées.
Depuis notre première publication sur ce sujet {Gazette médicale de Strasbourg, 20 décembre 18ù7), nous n'avons pas ce^r d'employer le chloroforme avec production d'une anesthéMc complète. Nous avons toujours attendu que les malades ne donnassent plus de signe de sensibilité, et que l'action des instruments ne provoquât plus de mouvement. Nous avons multiplié les opérations pendant près de quatre années de services cliniques des plus actifs, et nous n'avons jamais eu d'accidents m de mort à déplorer. Cependant beaucoup de nos opérations ont dépassé la durée d'une heure. Nous avons consommé jusqu'à la dqse de 155 grammes de chloroforme. Nos malades n'en ont pas moins guéri parfaitement, comme le prouvent les résumés cliniques publiés par nos élèves. L'explipatiop de ces faits est très-simple. Pour nous, le chlorofoi me pur et bien employé »e tue jamais. Aussi n'hésitons- nous pas à attribuer tous les eas de mort, soit à l'impureté du chloroforme, qui devient un