RÉSOLUTION MUSCULAIRE COMPLÈTE
véritable poison, soit à la mauvaise application de cet agent.
Nous n'avons cependant jamais méconnu le danger des anesthésiques. Nous disions à l'Académie de médecine, en 18A8 (voy. Bulletin de t Académie di médecine, p. 2'i(J et 250, t. XIV, année 1848), toutes les fois qu'on a recours au chloroforme, la question de vie et de mort se trouve posée (1). Ces paroles, nous les
(1) M. Malgaigne venait de lire à l'Académie impériale de médecine son rapport sur le chloroforme. J'assistais à la séance; ayant demandé la parole, je posai l'opinion dont je me suis constitué le défenseur, et je dis :
« L'emploi du chloroforme, comme moyen d'insensibilité pendant les opéra- » tions chirurgicales, est une des plus belles et des plus précieuses conquêtes de » notre art, et personne ne pourra aujourd'hui eu faire abandonner l'usage.
» La vérité est le premier devoir des corps savants ; il ne me paraît pas conve- » nable de transiger avec elle pour faire accepter un agent d'une efficacité mer- » veilleuse, mais d'une application très-délicate et remplie de périls entre des » mains inexpérimentées, inattenlivcs ou téméraires.
» Des accidents graves ont eu lieu. Des malades sont morts, plus ou moins subi- » tement, après avoir inspiré du chloroforme. C'étaient des résultats que nous » avions prévus et annoncés dans nos précédentes publications. Votre rapporteur » a cherché à les expliquer en partie par des causes fortuites et indépendantes de » l'action de la substance anesthésique. Nier ou méconnaître un danger ne suffit » pas pour le supprimer; ce serait favoriser, pour ainsi dire, de nouveaux acci- » dents par une confiance mal fondée.
» Il est impossible de contester l'évidence des effets, excessivement énergiques » du chloroforme. Comment donc en proclamer l'innocuité absolue. En thèse » générale, on ne réussirait pas à donner le change au public; on parlerait en » vain de morts subites, personne n'y ajouterait foi.
» Pour rassurer l'opinion, il faut prouver qu'il est possible de prévoir tous les » dangers et d'y parer par tics moyens appropriés. C'est ainsi que j'ai abordé » l'étude de ce redoutable problème. Toutes les fois, ai-je dit, qu'on a recours au » chloroforme, la question de vie et de mort se trouve posée, mais on parvient à » la résoudre d'une manière favorable en suivant les règles que nous avons signa- » lées
» La première est d'entretenir la liberté respiratoire; la deuxième, de prati- » quer des inhalations intermittentes et de se mettre en garde contre l'aggrava- » tion de l'anesthésie, alors même qu'on les a cessées.
» Voici un exemple remarquable de l'importance de cette règle :
» Un jeune enfant de neuf à dix ans, atteint d'une luxation du pouce, que nous » venions de réduire pendant un état complet d'auesthésie, se mit sur son séant et » tenta de mordre un de nos aides. Toute inhalation avait été suspendue. Cepen- » dant la résolution musculaire reparut. La respiration faiblit, et nous fûmes » obligés de recourir à l'ammoniaque, et a d'autres excitants pour combattre les » progrès effrayants de la prostration.
»' En résume, nous disons : le chloroforme est un agent d'anestbésie admi- » rable par la rapidité et la con-danro de ses ell'els. La chirurgie est devenue moin s
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répétons encore, et c'est en ne perdant jamais de vue la gravité de notre responsabilité et le péril des moindres négligences dans le mode d'application, que nous sommes jusqu'ici parvenu à préserver nos malades de tout accident.
La règle que nous avons établie est trôs-simple : maintenir l'intégrité, la normalité de l'acte respiratoire. Depuis ce moment, nous avons étudié avec beaucoup de soins tous les cas de mort, et nous sommes resté convaincu que les questions de dose et de durée étaient secondaires; aussi avons-nous entièrement approuvé ce passage du compte rendu d'une de nos cliniques par un de nos internes, M. le docteur Herrenschneider.
« L'application de ces principes permet de maintenir sans » danger l'insensibilité pendant un temps très-prolongé, comme » on en a de nombreux exemples dans la pratique de MM. Tex- » tor, Heyfelder, Simpson, etc. Tant que les deux principales » fonctions de l'économie, la respiration et la circulation, ne » souffrent pas, et que la résolution musculaire est à peine com- » plète, on peut sans crainte continuer l'anesthésie, et nous » croyons que repithète de casse-cou, si légèrement employée par » M. Richelot, revient de droit à la conduite de ceux qui, par leur » ridicule confiance en des règles sans valeur, s'exposent à tuer » leurs malades en quelques minutes et avec des doses insigni- » fiantes de l'agent aneslhésique (1). »
Du reste, dans une question toute d'expérience clinique, il faut surtout s'en rapporter aux faits et en rechercher la valeur.
Voici quelques observations empruntées au dernier semestre de ma clinique (1851).
Les quantités de chloroforme employées ont été constatées
» cruelle et plus puissante depuis qu'on eu fait usage, et il est possible, en main- » tenant la régularité et la liberté de la respiration, et en suspendant momenta- » nément les inspirations des vapeurs de chloroforme, dès l'apparition de laréso- » lution musculaire, de mettre les malades à l'abri des accidents. Nous sommes » loin cependant de vouloir inspirer une confiance téméraire dans nos préceptes. » Les règles les meilleures ont besoin d'un long exercice pratique, car il nous » paraît indispensable, si l'on veut sûrement éviter les résultats à jamais déplo- » rables qui n'ont pas tous été signalés, de se familiariser avec remploi de ce » merveilleux agent et de ne jamais le confier à des mains inattentives ou inev- » périmentées. » {Bulletin de l'Académie de médecine, t. XIV, p. 249, années 1848-1849).
(1) Gazette médicale de Strasbourg du 20 novembre 1850.
publiquement par un de nos élèves, M. Herr(i), et j'espère qu'après en avoir pris connaissance, M. Chereau sera moins tenté de reprocher à MM. Rooke et Busk les 70 gouttes de chloroforme (lsr,75) auxquelles il attribue la mort de leur opéré.
Observation I. Urèthrotomie périnéale. — M. X..., pharmacien suisse, âgé de quarante-huit ans, atteint depuis 1835 d'un rétrécissement, et depuis une année d'une fistule urinaire, a été sondé avec avantage, en 1836, par M. Vurtzer, de Bonn, et cautérisé, en 1841, par M. Frœnkel, d'Elberfeld. Je l'opère le 22 juillet 1851, en présence de MM. les docteurs Donné, inspecteur général de l'Université ; Moreau, médecin en chef de l'hôpital militaire ; Michel, professeur agrégé de la Faculté; Lenoir, Jacquin, Hugueni, Gérard. Le malade, qui n'avait pu être sondé depuis plusieurs mois, était parvenu à introduire dans son rétrécissement une bougie filiforme, et je profitai de cette heureuse circonstance pour pratiquer l'opération de la boutonnière. Le malade est resté complètement privé de sensi-
(1) Voici quelques chiffres, recueillis par M. Herr, propres à établir, d'après des faits de notre clinique, les quantités de chloroforme employées pour amener une insensibilité et une immobilité complètes, et le temps nécessaire pour arriver à ce résultat :
Age.
Temps nécessaire pour produire l'anestkésie.
Quantité de cliloroform employée.
12 ans.
minutes.
grammes.
5 ans 1/2
Ce tableau révèle les grandes pertes de chloroforme qui résultent de l'évaporation et des quantités restant dans la compresse au moment où* l'anesthésie est complète. On pourrait certainement mettre plus d'économie dans l'emploi de cette substance, mais la question nous a paru trop secondaire pour rien sacrifier à la sûreté des malades.
106 ANESTUÉSIE.
bilité ot de mouvement pendant une heure cinq minutes. 128 grammes de chloroforme furent consommés. Aucun accident n'entrave la cure, qui îst complète le 20 août. A celle époque, la fistule est fermée, et le ennui reçoit librement des sondes Mayor n09 3 et 4. M. X... a quitté Strasbourg, le 2 septembre, parfaitement guéri.
Ons. II. Uràthrotomie périnéale sans conducteur. — M. B..., capitaine, âgé de quarante-sept ans, a été sondé pour la dernière fois à Lyon, en 1840, par M. le docteur Laroche; depuis six ans il n'urine plus qu'avec les pins grande.diflicultés. Toutes les tentatives de çathétérisme faites depuis quatre mois avec des bougies tordues ou non, avec ou sans chloroforme, ont été infructueuses, quoique renouvelées par plusieurs personnes. L'urine est purulente et ne. coule plus que goutte à goutte, et chassée d'arrière en avant par la main du malade comprimant le périnée.
Opération, le 11 juillet 1851, en présence de mes confrères, MM. les docteurs Thiuus, Lenojr, Fourquef, Kaula, et de MM. les chirurgiens sous-aides Ferra, Foucault, etc. L'opération a duré une heure un quart. 145 grammes de chloroforme ont été consommés. Aucun accident. Le 25 août, la plaie du périnée est complètement fermée et le malade urine depuis ce moment avec la plus grande facilité. Les sondes Mayor uos 3 et 4 traversent le canal au niveau de l'incision périnéale sans y rencontrer d'obstacle. La fièvre a disparu. L'embonpoint renaît, et après quinze jours d'intervalle, la sonde a traversé le canal sans aucune difficulté (1).
Obs. III. Cheiloplastie de la lèvre supérieure, -par mon procédé à double lambeau. — W., maréchal des logis, âgé de quarante-neuf aus, atteint depuis plus de quinze ans d'un cancer épithélial de la lèvre supérieure, ue conserve plus aucune trace de cet organe qui a été détruit avec une portion de la joue gauche, la cloison et l'aile du nez, La lame antérieure du contour alvéolaire du maxillaire supérieur n'existe plus, et cinq dents (les quatre incisives et la canine gauche) sont mises complètement à nu jusqu'au sommet de leur racine.
Le 28 mai 1851, en présence de MM. les docteurs Thinus, Pégal, Secourgeon, Lenoir, Fourquet, Remy, Boutron, Michel, et de MM. les chirurgiens sous-aides, deux lambeaux verticaux sont taillés dans l'épaisseur des joues et servent à reconstituer la lèvre supérieure, dont le bord libre est doublé par la muqueuse. L'opération a duré une heure et demie, sous l'influence du chloroforme, dont la quantité employée a été 155 grammes. Aucun accident. Guérison. Le malade porte aujourd'hui moustache et est en état de reprendre son service (2).
(1) On avait objecté à M. le professeur Symc, d'Edimbourg, l'impossibilité de pratiquer l'uréthrolomic périnéale. dans le cas de rétrécissements infranchissables. On voit, par notre observation, que cette objection n'est pas fondée et que la difficulté peut être vaincue.
(2) Voyez la thèse de M. le docteur Pcrréon, 2" série, n» 235. Strasbourg.
OHSERYATIONS. 10'
Obs. IV. Tumeur érectile veineuse, ligature de la caroiide externe. — K . . . , enfant de neuf ans, atteint d'une tumeur creelile veineuse de tout le côté gauche de la face. Envoyé à la clinique par M. le docteur llerrgotl.
Section de la carotide externe entre deux ligatures, à un travers de doigt de distance de la carotide primitive (1 . Même opération sur le tronc de l'artère tyroïdienne supérieure, qui eût entretenu la circulation sur un point trop rapproché de la ligature inférieure.
L'opération, à laquelle ont assisté MM. mes confrères et collègues Schûtzcnberger, Michel, Wiegcr, Joyeux, Bolu, Lenoir, Fourquct, Hugueni et les élèves de la clinique, a duré une heure et un quart. Plus de 100 grammes de chloroforme put été employés sans aucun accident. L'enfant se promenait dans les salles et la cour de l'hôpital dès le huitième jour.
Obs. V. Résection du coude droit. — Jeune fille de dix-neuf ans. Opération faite le 14 août 1851, en présence de MM. les docteurs Warren père, de Boston, Michel, Schaaff, Bolu, Lenoir et des élèves de la clinique. L'anesthésie a duré quarante-six minutes et a exigé 77 grammes de chloroforme. La malade se levait à la fin du mois, et se trouve aujourd'hui, 15 septembre, dans les conditions de santé les plus satisfaisantes.
Obs. VI. Résection du tibia droit pour l'extraction d'un séquestre occupant toute la longueur du membre — Jeune fille de seize ans. Opération faite le 24 juillet 1851, en présence de MM. les docteurs Michel, Jacquin, Lenoir, Gérard, Hugueni et des élèyes de la clinique. L'anesthésie a duré trente minutes et a exigé 48 grammes de chloroforme. La malade est presque entièrement guérie.
Obs. VII. Ablation d'une tumeur thyroïdienne. — Jeune, femme de vingt-quatre ans. Opération faite le 17 juillet 1851, en présence de MM. les docteurs Michel, Lenoir, Fourquet, Gérard et des élèves de la clinique. L'anesthésie a duré quarante-neuf minutes et a exigé 66 grammes de chloroforme, La malade a quitté l'hôpital parfaitement guérie.
Obs. VII l. Tumeur blanche du genou droit terminée par fausse ankylose. Chute et luxation en dehors. Réduction au bout de quatorze semaines. Guèrison. — X., âgé de dix-huit ans, a été traité avec succès, dans mon service, d'une tumeur blanche du genou droit terminée par fausse ankylose, avec flexion permanente de la cuisse. J'avais promis au malade d'opérer le redressement de son membre à la reprise de ma clinique. Dans l'intervalle, chute et luxation en dehors du genou ankylose (2). Réduction, le 12 juin 1851, avec mon appareil à moufles régularisées par le dynanomètre, en présence de MM. les docteurs Morean, Michel, Bolu, Lenoir, Fourquct, Jacquin et île MM. les élèves de la clinique.
(1) Voy. De la section des artères, dans: l'intervalle de deux ligatures comme méthode de traitement des hémorrhagies et des artèwysmes.
(2) Nous suivîmes, en cette occasion, l'exemple de M. le professeur Langenbeck, (le Berlin, qui recommande le redressement subit des fausses ankyloses, sans sections ténotomiques des tendons, et qui a publié de nombreux succès de cette méthode.
La luxation datait de quatorze semaines. L'extension n'a pas dépassé 100 kilogrammes et la coaptalion a permis de constater la disparition des cartilages articulaires et l'éburnation des surfaces osseuses. L'ancstliésie a été poussée trèsloin pour détruire les contractions musculaires, qui se réveillaient bous l'influence des tractions, quoique la résolution des membres parût complète. Plus de 80 grammes de chloroforme furent employés. Ce jeune homme marche aujourd'hui facilement sur le membre malade, qui est entièrement redressé et qui jouit de légers mouvements de flexion et d'extension dans la jointure du genou, qui est redevenue normale (1).
Obs. IX. Réduction d'une luxation sous-acromio-épineusc datant de trois mois. — Femme de soixante ans. La réduction est opérée avec mon appareil à moufles régularisées par le dynamomètre, le 13 mai 1851, eu présence de mes confrères MM. les docteurs Gros, de Moscou, Bolu, Michel, Wicger, Kaula, Fourquct, Thinus, Lenoir et des élèves de la clinique. Les tractions furent portées à 110 kilogrammes, et la réduction fut obtenue. La malade avait consomme plus de 70 grammes de chloroforme sans en éprouver le moindre accident (voy. la thèse de M. le docteur Piel, 2e série, n° 252. Strasbourg, 1851).
Obs. X. Ablation d'un cancer du maxillaire supérieur. — Cette opération, très-difficile en raison de l'extension du tissu encéphaloïde au globe de l'œil et à la base du crâne, fut faite à ma clinique par M. le docteur Michel, professeur abrégé de la Faculté, dura une heure vingt-six minutes et exigea 182 grammes de chloroforme. Le malade n'a pas eu d'accidents, et a quitté un mois plus tard l'hôpital dans un état très-satisfaisant.
Obs. XI. Ablation d'un cancer du maxillaire supérieur. — Cette opération, faite sous mes yeux par M. le docteur Bertherand (voyez le Compte rendu de l'Académie de médecine du 9 septembre 1851), a duré plus d'une heure et a exigé plus de 100 grammes de chloroforme. Guérison complète.
Il serait inutile de multiplier de tels exemples qui ne sauraient laisser aucun doute dans l'esprit de personne sur l'innocuité de doses très-considérables de chloroforme pur, lorsque l'application en est convenablement dirigée et qu'aucune contre-indication ne s'y oppose.
Nous avons pratiqué neuf amputations à la clinique de la Faculté pendant le dernier semestre. Trois de cuisse, trois de jambe, une du pied (tarso-larsienne), une du troisième et une dernière du cinquième métacarpien.
Tous nos malades ont guéri; un des amputés de cuisse se leva le dix-septième jour, et tous, à l'exception du dernier, qui
(1) Les moules de plâtre du genou ont été pris par M. Hecr avant et après la guérison, pour être déposés au Muséum de la Faculté de médecine de Strasbourg.
OBSERVATIONS. 1UJ
ne fut pas chloroformisé, avaient été plongés dans une anesthésie complète et avaient consommé de 32 à 75 grammes de chloroforme.
Il est donc véritablement impossible de taxer de témérité, comme le fait M. Chereau, un chirurgien qui n'a pas employé 2 grammes de chloroforme, et si la mort du malade est arrivée, on doit nécessairement l'attribuer à d'autres causes qu'à la quantité consommée de l'agent anesthésique.
11 me paraît d'autant plus important d'insister sur ces considérations que plusieurs chirurgiens (je ne veux pas dire comme M. Chereau, les chirurgiens français) me semblent faire fausse route et se laisser entraîner hors des voies d'une pratique rationnelle.
On s'est imaginé que l'usage du chloroforme ne réclamait m études, ni expérience, et chacun s'est cru apte à l'employer.
Des étonnements très-naïfs et des frayeurs exagérées sont résultés de ce défaut d'habitude et d'observation. Ceux-ci ont cru avoir sauvé leur malade en lui insufflant de l'air vital ; ceux-là en recourant à telle ou telle autre manœuvre.
Tout dernièrement, un médecin avec lequel je faisais une opération, était bouleversé et réclamait de l'air, de l'ammoniaque, des affusions froides pour un malade qui était simplement anesthésié, comme le sont tous mes opérés, et qui revint très-naturellement à lui sans que j'eusse voulu écouter aucun des conseils de ce confrère effrayé.
Lors de mes premiers essais d'anesthésie, nous avions employé du chloroforme dont la pureté n'était pas complète, et nous avions observé des réactions dont nous n'avons plus d'exemple. Il faut surtout veiller à ce que la liqueur ne renferme aucune trace d'alcool ni d'huiles essentielles (1).
(1) Voici une noie de mon savant collègue, M. Hcpp, pharmacien en chef de l'hospice civil, que je recommande particulièrement à l'attention des chirurgiens :
» Deux suhstances surtout peuvent altérer la pureté du chloroforme, ce sont l'alcool et des huiles essentielles non encore examinées, qui communiquent à la liqueur une odeur particulière, persistante, après qu'on en a laisse évaporer quelques gouttes sur la main. Traité par l'acide suif urique, le chloroforme qui renferme de ces huiles prend une couleur jaune plus ou moins foncée.
» Le chlore libre, les acides ou autres corps étrangers ne peuvent se rencontrer, à moins d'une grande négligence, dans la préparation du chloroforme.
» M. le professeur Simpson, à son passage à Strasbourg, me rendit attentif à
HO ANESTHfiSIE.
Lë seul d'ulrgSrj lorsque le chloroforme est pur, résulte de la mauvaise application de cet agent. Le cas le plus ordinaire est celui où la personne chargée de l'anesthésie étouffe le malade eu lui fermant le nez et la bouche avec le mouchoir. Rien n'est plus commun et telle est la cause la plus ordinaire des morts que l'on a eu à déplorer.
(Juelquefois on maintient de force l 'opéré etl'on continue l'usage du chloroforme, malgré le spasme qui arrête la respiration et détermine promptemcnL une asphyxie irrémédiable.
Entin, il arrive par l'inattention de l'aide que l'anesthésie est portée au delà de toute limite, jusqu'à la mort dont on s'aperçoit trop tard.
Tels sont les véritables dangers, et ils doivent inspirer aux chirurgiens la plus grande circonspection.
Il faut qu'ils forment des aides habiles pour leur confier l'anesthésie, et ces aides sont rares, ou qu'ils surveillent constamment la marche de l'opération.
Je terminerai par un fait qui confirme hautement ces remarques.
Obs. XII. — Je pratiquai, le 13 juin 1851, une opération de varicocèle par le procédé si connu de Vidal de Cassis. Le malade était craintif et s'était trouvé mal pendant qu'on l'examinait debout. Mes confrères, MM. les docteurs Moreau, Thinus, Lcnoir, Fourquet, Dubodon, Michel, étaient présents.
J'appliquai le chloroforme, et lorsque la résolution musculaire fut complète et que toute sensibilité eut disparu, je donnai le mouchoir à tenir à l'un des assistants, en lui recommandant de le rapprocher de la bouche du malade dès qu'il apercevrait quelques traces du retour de la motilité.
Je commençai alors l'opération, sans me préoccuper de l'agent anesthésique
la présence de ces composés huileux et à leur influence délétère sur les personnes soumises aux inhalations chloroformiqucs. Je m'empressai de profiter de ce précieux renseignement, et depuis lors je ne considère comme pur que le chloroforme qui ne subit aucun changement dans sa couleur, même après plusieurs heures de contact avec l'acide sulfuriquc.
» On peut résumer les caractères indiquant la pureté du chloroforme et. les kblir de la manière suivante :
» Le chloroforme doit être insensible au papier de tournesol.
» Légèrement agité, dans un flacon, avec de l'eau, il ne doit pas présenter un aspect laiteux.
» Traité par son volume d'acide sulfuriquc, le chloroforme ne se colore pas même après plusieurs heures de contact.
» L'évaporation ne devra laisser aucun résidu. » (Voyez aussi la Gazcite medt1 cale de Strasbourg du 20 novembre 1850).
OBSERVATIONS. Ui
dont je croyais t'Usàgë suspendu. Tout à coup un de nies confrères me pousse du coude et me dit à l'oreille : Le malade est mort. Je jetai les yeux sur mon opère, et je fus un instant frappé de la crainte que cette fatale parole ne se confirmât. 11 n'j avait plus de circulation ni de respiration, et la face paraissait affreusement cadavérique. L'aide, distrait par l'attention qu'il prêtait à la manœuvre opératoire, avait maintenu la compresse près de la bouche du malade. Je fis sur-le-champ comprimer alternativement la poltriiie, pour produire une respiration artificielle, j'écartai les mâchoires, j'aspergeai d'eau froide là figure, et je pratiquai des frictions un peu rudes à la nuque, au-dessous des oreilles et sur la l'ace. Au bout de deux ou trois minutes, qui me parurent longues, on vit les inspirations reparaître, d'abord très-courtes et à intervalles éloignés, ensuite plus profondes et plus rapprochées. Je fus alors entièrement rassuré, et je terminai l'enroulement des veines du cordon. Un quart d'heure après, le malade était revenu à lui et manifestait une joie bruyante d'avoir été opéré sans douleur. La guérison se fit bien et sans accidents.
Je suppose que je n'eusse pas été averti et que le malade fût mort. On eût certainement accusé le chloroforme, et cependant cet agent n'eût pas mérité d'être mis en cause, car la faute consistait dans le mode d'application.
Je me résume en disant : le chloroforme pur n'est pas toxique lorsqu'il est employé avec les précautions convennbles.
L'anesthésie doit être complète pour être utile, et l'on peut en prolonger la durée pendant les plus longues opérations sans danger.
Tous les cas de mort publiés jusqu'à ce jour ont eu pour cause ou l'impureté ou la mauvaise application de l'agent anesthésique.