‹ Contributions a la chirurgieChapitre 24 sur 198 · C A N EST H ESI B · texte numérisé non relu

C A N EST H ESI B

torze mille (bis environ, et se croit certain d'éviter les accidents, conliance que je partage avec la plupart de mes collègues.

Comment M. Pétrequin m6counaît-il assez l'identité de composition de l'organisme pour s'imaginer qu'un médicament sans effets toxiques sur l'immense majorité de ceux auxquels on l'applique, dans les conditions les plus diverses d'âge, de force et de santé, tuera nécessairement et infailliblement certaines personnes d'une idiosyncrasie inconnue? Mais M. Pétrequin ne peut ignorer que tel maiade chloroformisé une première fois sans accidents, a succombé pendant une seconde ou une troisième chloroformisation. L'idiosyncrasie serait donc variable. M. Pétrequin ne sait-il pas qu'on a recours sans danger, en médecine, aux poisons les plus terribles, à l'arsenic, h la morphine, à la strychnine, à l'acide bydrocyanique, au curare, avec la seule précaution d'un dosage convenable? Pourquoi n'en serait-il pas de même du chloroforme? Pour arriver à une sécurité complète, il ne faut qu'étudie t les médicaments dont on se sert.

Dès 1848, nous avons établi que les effets du premier de ces agents étaient progressifs alors qu'on en avait cessé les inha lations, et nous signalions la nécessité de les rendre Internaittentes.

Nous posions également la règle de maintenir constamment l'intégrité, la normalité de l'acte respiratoire.

Nous n'avons jamais cessé d'insister sur l'importance de ces préceptes fondamentaux. 11 ne suffit pas que la respiration s'accomplisse librement, il faut encore que la quantité de chloroforme inspiré dans un temps très-court ne soit jamais assez considérable pour paralyser complètement les nerfs respiratoires. On évite ce péril en rendant les inhalations intermittentes, c'est-à-dire plus ou moins espacées, et en en surveillant les effets, comme nous

l'expliquions plus loin.

Deux ou trois inspirations suffisent parfois à endormir des enfants et de jeunes filles impressionnables, qui perdent même le souvenir de l'anesthésie qu'ils ont subie (1).

Les cas de mort cités par M. Pétrequin ne prouvent rien contre nos idées, comme nous l'avons montré en 1852, en discutant tous les cas de mort connus. Nous n'insisterons pas sur les

(i) De quelques phénomènes psychologiques produits par le chloroforme et de leurs conséquences médico-légales et opératoires. Gaz. ,ncd. de Strasbourg, septembre 186ft, et page lift de ce volume.

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règles de l'anesthésie, que tout le monde connaît ou peut étudier. Je me bornerai à quelques remarques de la plus haute importance pratique.

1° Il est prudent d'éviter les inspirations chloroformiqucs trop profondes, telles qu'elles se produisent souvent à la suite de la toux ou d'un arrêt respiratoire momentané, provoqué par un spasme laryngien. Une inspiration de ce genre pourrait être dangereuse par la quantité de chloroforme inspiré.

2° La régularité apparente des mouvements respiratoires ne prouve nullement que l'air pénètre dans la poitrine. La glotte peut être fermée, et il faut toujours écouler et constater le bruit que produit l'air en la traversant.

3° La toux prouve la persistance de l'irritabilité des nerfs et des muscles, et on peut la calmer en continuant Fanesthésie.

U° Les vomissements sont également la preuve d'une anesthésie peu avancée, et on les arrête par de nouvelles inhalations chloroformiqucs.

5° Il serait très-dangereux de vouloir paralyser complètement les muscles pour la réduction des luxations. Leur motilité se réveille avec la plus grande énergie sous l'influence de l'extension des membres, quel que soit le degré de la résolution musculaire, et malgré la prostration générale la plus prononcée.

6" Les opérations d'ophlhalmologie réclament les mêmes précautions. Il faut une anesthésie très-profonde pour paralyser momentanément les muscles de l'œil, et il serait imprudent de la prolonger.

7° La paralysie de la langue doit aussi être évitée. Cet organe tombe sur l'orifice du larynx, et rend l'asphyxie imminente. On peut, sans doute, tirer la langue en avant eL rétablir la respiralion; mais l'urgence de celte indication prouve que l'anesthésie a été poussée trop loin.

8° Les indices sur lesquels on se fonde pour cesser momentanément les inhalations sont très-nombreux.. En voici les principaux: la quantité de chloroforme inspirée, l'apparition de la période d'excitation, qui se montre toujours lorsqu'on précipite et qu'on force les inhalations; le mutisme dans lequel tombent les malades, l'insensibilité aux contacts, elle renversement du globe de l'œil, un commencement de résolution des membres, etc. Je m'arrête, ne voulant pas revenir sur des règles que j'ai exposées ailleurs dans tous leurs détails.

11 nous suffit de rendre évidentes les difficultés de la chloro-

formisation et la nécessité d'une longue expérience pour les surmonter. Aussi n'avons-nous jamais conseillé de confier l'anesthésie chloroformiquc à des mains inexpérimentées: l'élher, dans de pareilles conditions, devrait être préféré. Cet agent serait encore dangereux, mais il le serait moins que le chloroforme.

Notre conclusion reste donc la môme : « L'emploi du chloroforme n'est pas sans danger, mais on peut se mettre à l'abri des accidents à force d'attention, d'expérience et d'habileté.

Veuillez agréer, etc.

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