LUXATION DU FÉMUR
— SUS-PUBIENNIi.
5° Tumeur dans l'aine droite, au-dessus du pubis. Épanchemcnt de sang qui soulève la peau dans la moitié interne du pli inguinal.
0" Mobilité latérale de ta tumeur sus-inguinale et intra-abdotninale, assez difficile à constater sous les doigts, quoique possible.
7° Plan de la cuisse antérieur à l'autre, connue si le fémur avait été porté en avant. Ce symptôme est très-apparent, quand on regarde le malade du côté droit; la l'esse est comme laissée en arrière par le fémur porté eu haut et en avant.
8° Disparition du grand trochanter qui est porté en dedans et en haut, et ne t'ait plus la saillie ordinaire au-dessous du bassin (ligne latérale externe).
9° Douleurs vives au contact, à la pression et pendant les mouvements (avant l'ancsthésie) .
10° Gonflement très-marqué de l'origine de la cuisse, qui l'emporte en cireonférenec sur l'autre de quatre travers de doigt. Rétention d'urine. (N. B. La sonde avait pénétré librement dans l'urèthre, et n'y avait rencontré aucune saillie osseuse.)
En présence de ces signes, je reconnus une luxation du fémur droit sur le pubis.
On procéda immédiatement à la réduction : le malade, toujours sous l'influence du chloroforme, est couché sur un plan horizontal (table basse et solide garnie de matelas).
On se sert, pour pratiquer la contre-extension, d'un drap plié suivant sa largeur, dont le plein est appliqué à l'angle interne et supérieur de la cuisse luxée, et dont les extrémités vont se croiser au-dessus de l'épaule du côté opposé, pour s'engager ensuite dans une corde à plusieurs nœuds fixée à un anneau implanté dans la muraille.
L'extension se fait au genou au moyen de mon bracelet constricteur. Les liens passés dans les anneaux du bracelet soutenaient le dynamomètre attaché aux poulies qui, elles-mêmes, prenaient leur point d'attache au moyen d'un dernier anneau à la muraille opposée.
Dans les premiers efforts de réduction qui furent portés à 160 kil., la tète du fémur se détacha du pubis avec un craquement, et la peau de l'aine se tondit et s'affaissa, pour ainsi dire, jusqu'au tiers interne et supérieur de la face antérieure de la cuisse.
J'essayai en vain la coaptation en élevant le genou, et en imprimant un mouvement de rotation en dedans de la jambe.
On fait une seconde tentative de réduction : après une traction de môme force wutemie pendant quatre ou cinq minutes, j'exerce un fort mouvement de rotation du rémur en dedans, et sent sur-le-champ, ainsi que les assistants, la tête fémorale rentrer dans sa cavité avec un certain bruit, non de eboe, mais de glissement.
L appareil enlevé immédiatement au moyen de ma pièce à échappement, on reconnaît la réduction de la luxation aux signes suivants : 1° Disparition de la tumeur inguinale; 2° Rétablissement de la longueur normale de la cuisse ; 3° Possibilité des mouvements de flexion à angle aigu sur le bassin ; 4° Possibilité de la rotation du pied en dedans;
5" Retour de la saillie du grand trochonter à sa position naturelle.
Maintien de la réduction : la cuisse est légèrement lléchic sur le bassin; les deux membres sont rapprochés et attacbés ensemble, après qu'on a placé un traversin sous les jarrets.
Réflexions. — Cette observation est intéressante sous plusieurs rapports : d'abord, comme nous le disions plus haut, en vertu de la rarelé des affections traumatiques de ce genre; puis relativement au concours de causes qui ont pu produire la luxation, aux symptômes observés, aux manœuvres qui ont amené facilement la réduction, et enBn au laps de temps qui s'est écoulé entre la production de l'accident et la réduction.
Il est impossible d'aborder une analyse rationnelle de tous ces faits, sans entrer au cœur même de la question des luxations suspubiennes.
Suivant Petit (1) : «De toutes les jonctions par genou, celle de la cuisse se luxe le plus difficilement. » Pour ce môme auteur, les luxations en haut et en devant sont les secondes dans l'ordre de
fréquence. t .
Pour Boyer, au contraire, qui en avait observe trois, elles ne viennent qu'en troisième lieu (2). A. Cooper n'a pu réunir que cinq cas, y compris ceux qu'on lui a communiqués : il estime que sur vingt cas de luxations coxo-fémorales on n'en trouvera qu'une sur le pubis. Sur onze cas observés par Syme, à l'Infirmerie royale d'Edimbourg (3), la proportion est la même. Desault n'en avait rencontré que trois exemples. Enfin, Malgaigne(ft), qui en a vu quatre cas, les place dans le même rang que Boyer, et incline fortement à les mettre, pour la fréquence (comme luxations en avant), avant la luxation ischio-pubienne.
Aussi la symptomatologie et le mécanisme étiologique de celle lésion ont-ils, de tout temps, préoccupé vivement les chirurgiens De toutes les discussions qui ont eu lieu à cet égard, une des plus remarquables est celle de la Société de chirurgie, relativement à plusieurs communications de luxations coxo- fémorales enhautetenavantzdressées par M. le docteur Aubry (de Rennes (d). Le rapporteur, M. Maisonneuve, s'étaye de ces observations très-
(1) Petit, Traité des maladies des os, t. I. Paris, 1758.
2 Boyer, Traité des maladies chirurgicales, t. IV, 3< édit Pans, 1822. (3) Syme, Edinburgh Monthly Journal, april 18Û5.
a Malgaigne, Traité des fractures et luxations. Paris, 1855>\U; M. (5) Aubry (dé Rennes), Bull, de la Société de ch,rura,e de Pans, t. III, 1852
concluantes pour combattre les idées de Malgaigne à ce sujet. En effet, celui-ci avait remis en question toute l'histoire des luxations de la cuisse, et il écrivait, en 1836, à l'Académie de médecine : «Dans l'état actuel de la science, on n'admet que des luxations complètes du fémur sur l'os iliaque. Boyer regarde les luxationsincomplètes comme h peu près impossibles. Sir A. Cooper n'en dit pas un seul mot, et les deux ou trois observations, qu'on en possède passent pour des exceptions dont la rareté même atteste la difficulté...
» Je suis aujourd'hui fermement convaincu que toutes les luxations primitives du fémur produites par une violence extérieure sont incomplète? (1). »
Dans la même lettre, on lit un peu plus loin : « Je ne nie pas la possibilité des luxations accidentelles et primitives complètes, mais je nie qu'il en existe un seul cas démontré par l'autopsie. »
Malgaigne (2) nie l'existence des luxations complètes primitives. Cependant il ajoute : « Si la luxation ilio-pubienne (en avant, et en haut) était complète, et celle-ci peut l'être sans rupture