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VI. — Appareil à fractures employé par les Arabes

Cet appareil remplit avec précision les plus importantes indications des fractures compliquées, et offre une simplicité primitive qui semble empruntée à un état de civilisation fort reculée. L'emploi de la peau d'animaux grossièrement préparée, et les cordages de laine, ont dû marquer l'enfance de l'industrie humaine, surtout chez les peuples pasteurs, comme les Arabes de nos terres d'Afrique.

A l'époque où un semblable bandage a été construit, il n'existait probablement pas de corps de science; nous voyons cependant l'observation et l'expérience conduire à des résultats trèsvrais et très-sûrs. La science, venue plus tard, parvient, après mille détours et mille erreurs, aux mêmes vérités. Nous sommes loin toutefois de donner à cette hypothèse, si souvent débattue, plus de valeur qu'elle n'en mérite; car on pourrait contester l'ancienneté de l'appareil, et ce serait matière à une autre discussion.

La femme d'un des principaux habitants de Constantine, ayant eu le bras gauche brisé par l'éclat d'une bombe pendant le siège de 1836, fut abandonnée par les médecins arabes, lors de la prise de la ville, et je fus prié de continuer son traitement.

Une large perte de substance existait au côté externe du milieu du bras et laissait apercevoir l'extrémité de fragments osseux, nécrosés dans une petite étendue ; le membre reposait sur des coussins, et la fracture était maintenue réduite par l'appareil suivant : Treize planchettes de palmier, de 9 pouces environ de longueur sur 8 lignes de largeur, convexes sur une de leurs faces, planes sur l'autre et épaisses de 2 à 3 lignes, avaient été assujetties par leur face plane, et à des intervalles égaux de 3 à U lignes, sur un morceau de peau de mouton dont les bords, reployés sur les extrémités des attelles, étaient fixés par quelques points de suture. Dans l'espace qui séparait la première attelle de la seconde, on avait pratiqué trois ouvertures destinées à recevoir trois lanières de 2 pouces de long, qui avaient été taillées aux dépens de la peau qui dépassait la treizième attelle. Ces lanières, introduites dans les ouvertures correspondantes, serraient l'appareil autour du membre, à la manière de bandages unissants, et on

(1) Dans la séance du 20 février 1838, M. Renoult fit un rapport à l'Académie royale de médecine sur ce bandage, que M. Sédillot avait rapporte de Constantine.

APPAREIL ARABE. 441 les fixait en les traversant d'une petite cheville de bois plus longue que l'intervalle des attelles sur lesquelles elle reposait. Ce moyen eût difficilement donné à l'appareil un degré de construction suffisant, et l'on y avait ajouté trois cordons de laine, lâchement noués, pour pouvoir les tordre au moyen de trois petits bâtonnets de roseau, qui remplissaient l'office de tourniquets et qu'on maintenait en passant dans leur intérieur une cheville de bois ; rien de plus aisé alors que de diminuer ou d'augmenter à volonté la constriction des cordons, sans imprimer la moindre secousse au membre, puisqu'il suffisait de tordre plus ou moins séparément chacun de ces bâtonnets.

Ainsi composé, l'appareil eût été parfaitement applicable à une fracture simple; mais ici la plaie présentait une grave complication, et pour la panser, juger de la situation des fragments et favoriser l'écoulement du pus, on avait enlevé une portion de deux attelles et de la peau qui les recouvrait, et l'on avait ainsi pratiqué à l'appareil une perte de substance ou fenêtre un peu moins grande que la plaie du bras. C'était par conséquent un véritable bandage inamovible, d'un usage facile, et offrant le même résultat que celui de plâtre de Dieffenbach, ou celui de Seutin, qui enlève à coups de ciseaux un morceau de son bandage amidonné correspondant à la blessure. Larrey aurait certainement reproché à cette méthode de ne pas comprendre la plaie dans l'appareil, puisqu'il a posé en principe qu'on prévient ainsi la suppuration, ou au moins qu'on la diminue en hâtant la cicatrisation.

Si l'on accuse le médecin arabe de ne pas avoir prévenu, par un bandage compressif, l'engorgement de tout le membre, nous dirons que la position y avait remédié; la malade remuait trèsbien les doigts, qui n'étaient que médiocrement engourdis. Et d'ailleurs l'emploi des bandes d'étoffe de fil ou de laine est bien postérieur, sans doute, à l'époque où l'appareil que nous décrivons a été probablement inventé, et il paraîtrait en ceci, comme en beaucoup d'autres choses, que les Arabes actuels, oubliant leurs belles années de civilisation, sont complètement revenus aux habitudes primitives de leur vie nomade, et n'ont rien conservé de la splendeur dont ils ont un moment brillé dans la carrière des arts et des sciences.

Quoi qu'il en soit, nous devons remarquer que, tel qu'il est, ce bandage remplit parfaitement les principales conditions des fractures compliquées de plaie; les fragments sont maintenus immobiles sans empêcher le pansement de la blessure, l'extraction

des esquilles et l'npplication des médicaments; le membre est soumis à une compression uniforme, variable à volonté, sans secousses et sans ébranlement des parties malades; l'emploi de la bunde roulée le rendrait presque aussi avantageux qu'aucun de ceux qui sont employas aujourd'hui parmi nous.

J'ai sous les yeux une lettre du docteur Rodichon, dans laquelle est décrit un autre mode d'appareil à fracture également en usage dans nos nouvelles possessions d'Afrique. En voici les principales dispositions :

Un morceau de cuir, épais, résistant et proportionné aux dimensions du membre fracturé, est percé à des distances égales d'une suite de boutonnières représentant une série d'ouvertures placées en colonne les unes au-dessous des autres. Huit ou douze rangées de trous sont ainsi pratiqués, selon que le cuir est plus ou moins large, de manière à lui donner l'apparence d'une com. presse régulièrement fenêtrée.

Dans chaque rangée de boutonnières on passe, en guise d'attelles, des lames de roseau, de saule, de peuplier, ou de tout autre bois facile à polir, et l'on forme ainsi un bandage résistant composé d'une seule pièce et généralement plus long de quelques pouces que le membre lésé, et assez large pour l'emboîter complètement. On le maintient sur la fracture au moyen de tours de bande.

Lorsqu'on veut donner issue au pus, laver la plaie, enlever les esquilles d'os, examiner les progrès du cal, on n'a pas besoin de défaire l'appareil, il suffit de retirer une ou deux attelles, et par les boutonnières qui se trouvent libres on peut faire sortir le pus, les esquilles, et observer la blessure; on remet ensuite les attelles en place, et rien ne se trouve dérangé.

Quand les médecins arabes appliquent ce bandage, dont ils se servent pour les membres supérieurs et inférieurs, ils rendent la pression plus douce et plus uniforme, en garnissant les membres de mousse; ils en font, en outre, un appareil inamovible en le recouvrant d'une couche de terre glaise, qui acquiert en se desséchant la solidité du plâtre.

Ce bandage paraît inférieur à celui que nous avons décrit, dans le cas de fractures compliquées de plaie. Mais il serait très-faede alors d'y tailler une fenêtre, et les mômes indications seraient remplies.

Les attelles multiples sont une disposition ingénieuse dont on pourrait tirer parti duns quelques circonstances, et le bandage méritait d'être signalé.

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