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ANKYLOSE

La chirurgie possède de remarquables ressources pour le traitement et la guérison des ankyloses. L'extension régulière et graduée; celle que M. Louvrier déterminait brusquement par une machine de son invention; l'incision cunéiforme de l'un des os, ou leur section simple pour provoquer une pseudarthrose, par M. Rhea Barton ; ces dernières opérations, appliquées à la mà choire inférieure par Rizzoli (1), Esmarch (2), A. Verneuil (3), Herrgott (h) et par nous; la ténotomie comme moyen auxiliaire, sont les procédés le plus habituellement employés, et nous les avons exposés dans notre Médecine opératoire. On trouvera dans nos comptes rendus de clinique un grand nombre de faits particuliers relatifs à l'ankylose, et les détails et les considérations doctrinales et pratiques dont ils ont été l'occasion. Nous nous bornerons ici à exposer quelques observations de fausses ankyloses de la jointure scapulo-humérale, prises pour des luxations

(1) Rizzoli (de Bologne), Operazioni chirurgiche cseguite in diversi casi onde togliere la immobilita chlla muscella inferiore (Mem. délia Accademia délie scienze di Bologna, 1848, et Bolletino délie scienze mediche, Bologna, série 4e, •vol. IX, février 1858).

(2) Esmarch (de Kiel), Die Behandlung der narbigen Kieferflemme durcit Bildung einee kûnstlichen Gelenkes im Unterkiefer. Kiel, 1860. — Traduit par le professeur A. Verucuil [Arch. gèn. de médecine), 1860, 5" série, t. XIV, p. 44).

(3) Verneuil, De la création d'une fausse articulation par section ou résection partielle de l'os maxillaire inférieur comme moyen de remédier à l'ankylose de la mâchoire inférieure. Ce travail contient l'analyse des idées d'Auguste Bérard, Garnochan, hichet, Bruns (de Tubingue), Esmarch (de Kiel), Wilins (de Berlin), Rizzoli (de Bologne) sur ce sujet. (Arch. gén. de médecine, 18G0, 5e série, t. XV, p. 174, 284.)

(4) Herrgott, Gaz. méd. de Strasbourg.

Uli ANKYLOSE.

ou des fractures, et que nous avons pu guérir assez facilement par la rupture simple et l'application d'un appareil dont les effets ont paru très-rationnels et très-heureux.

Observation I. Fausse ankylose de l'épaule droite. Guérison (1). — Un jeune commandant de l'armée d'Afrique avait perdu, depuis plusieurs mois, les usages du bras droit, par suite d'une chute de cheval. On avait cru reconnaître une luxation de l'épaule et l'on en avait tenté la réduction. Cependant les mouvements du membre ne s'étaient pas rétablis, et l'on m'avait adressé le malade à Strasbourg. Je constatai l'existence d'une ankylose fausse de l'articulation scapulohumérale, et, ayant fait chloroformer le blessé par M. Elser, je rompis les adhérences fibreuses qui s'étaient formées, et j'obtins la réapparition immédiate et complète de tous les mouvements.

Lorsque le malade eut repris connaissance et se fut aperçu qu'il avait recouvré les usages d'un membre qu'il croyait perdu, la satisfaction d'être rendu à sa carrière militaire lui fit répandre des larmes de joie, et il ne se lassait pas d'agiter son bras en tous sens, pour se bien convaincre de la réalité de sa guérison.

Le membre, porté dans l'élévation, fut immobilisé pendant quelques jours avec un appareil amidonné, puis soumis à des mouvements de plus en plus étendus, et le malade quitta, quinze jours plus tard, l'hôpital militaire où nous l'avions opéré, jouissant de la plénitude de ses mouvements.

Obs. II. Fausse ankylose de l'épaule. Guérison (2). — Femme d'une quarantaine d'années, envoyée à la clinique par notre ancien doyen et collègue, M. le professeur Coze.

La malade, à la suite d'une chute et d'une luxation probable de l'épaule, immédiatement réduite, avait perdu les usages de l'articulation scapulo-humérale depuis sept à huit mois, et aucun traitement n'avait réussi à les rétablir.

Nous reconnûmes l'existence d'uue fausse ankylose de l'épaule, qui fut rompue sous l'influence du chloroforme avec un bruit très-violent de crépitation. On aurait pu croire que des fractures multiples avaient été produites, si nous n'avions pas su et annoncé que ces crépitations étaient presque constantes et qu il n'y a pas à s'en inquiéter. Tous les assistants constatèrent, en eflet, que le bras, devenu libre, pouvait être porté dans toutes les directions, sans rappeler la crépitation, ce qui démontrait suffisamment l'absence de toute fracture. Le traitement ultérieur fut le même que dans l'observation précédente : élévation du membre, immobilisation, puis exercices répétés et chaque jour plus étendus,

(1) Gazette médicale de Strasbourg, 1862, n° 1.

(2) L. J. Hériot, De l'ankylose fibreuse de l'épaule, thèse; 2e série, n° 635. Strasbourg, 1862.

ANKYLOSE. 11110 avec l'aide des mains, et ensuite au moyen de poulies servant à porter le bras dans l'élévation et dans des rotations alternatives en dedans et en dehors. La cure fut plus longue en raison de l'ancienneté des accidents, mais la malade put quitter la Clinique au bout de six semaines, très-bien rétablie et jouissant de tous les mouvements qu'elle avait perdus si longtemps.

Obs. III. Fausse ankylose de l'épaule gauche (1). — Un rengagé volontaire avait paru atteint, deux années auparavant, d'une arthrite chronique de l'articulation scapulo-humérale, dont il avait été traité à diverses reprises sans succès. Il faisait remonter son accident à une chute sur l'épaule et à une luxation du bras, ce qui n'a jamais été bien éclairci. Cet homme, envoyé aux eaux de BourbonrArchambault, me fut adressé par M. le docteur Bolu, médecin en chef de cet établissement. Le bras ne présentait aucun signe de déplacement, mais il était privé de tout mouvement d'élévation, malgré les contractions apparentes et énergiques du deltoïde.

En soulevant le coude, on reconnaissait sans peine l'existence d'une ankylose fixant d'une manière assez complète la tête numérale à la surface glénoïdale du scapulum. Ces deux portions osseuses adhéraient intimement, et tout mouvement d'élévation du membre supérieur faisait basculer l'omoplate, dont l'angle antéroinférieur se portait d'autant plus en dehors, en soulevant les téguments, que l'on s'efforçait davantage d'élever le coude.

On apercevait de très-légers mouvements de latéralité du bras sur l'épaule, et l'on pouvait affirmer, en conséquence, que l'ankylose était fausse, par adhérences, sans continuité ni fusion du tissu osseux, et que tout espoir de guérison n'était pas perdu.

Le bras restait appliqué contre les parois thoraciques. Une large cicatrice rougcàtre et saillante indiquait au-dessous de l'acromion la place où un cautère avait été posé et longtemps entretenu.

Je fis chloroformer le malade, et il ne fut pas très-difficile de séparer, par la rupture de nombreuses adhérences, la tête de l'humérus du scapulum ; mais il resta avéré que les cartilages articulaires avaient en grande partie disparu. Les frottements des surfaces osseuses étaient rudes, bruyants, rugueux, sans substances intermédiaires, et nous pouvions nous demander si le rétablissement de la fonction suffirait à la réparation et à la reconstitution de la normalité de la jointure.

Le malade, sorti de l'anesthésie, se servit assez librement de son membre.

Les indications restaient les mêmes : élévation du bras, immobilité passagère, exercices d'abord modérés, puis de plus en plus étendus.

Ayant cessé de suivre pendant quelque temps l'opéré, j'appris qu'il avait quitté l'hôpital et qu'il avait rejoint son régiment à Lyon.

Quelques renseignements sommaires auraient pu faire croire qu'il était guéri mais des informations plus précises ayant montré la persistance de l'ankylose, nous fîmes revenir le malade, et nous recommençâmes son traitement.

Nous avons imaginé de tenir le bras élevé au moyen d'un appareil composé de deux planchettes articulées bout à bout et écartées à volonté au moyen d'une

(1) Gaz. méd. de Strasbourg, 1862.

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