‹ Contributions a la chirurgieChapitre 68 sur 198 · TU M EU US · texte numérisé non relu

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quoi consiste la prédisposition, nous savons seulement qu'elle est plus ou moins aetive : tantôt stationnaire, si une cause occasionnelle ne la met pas en jeu; tantôt éclatant spontanément sur un ou plusieurs points de l'économie, qui dénote par des caractères généraux (diathèse cancéreuse) l'influence morbide dont elle est atteinte.

12° Ceux qui ont admis la localisation du cancer et en ont fait un mal primitivement partiel et circonscrit, ne paraissent pas s'être suffisamment expliqué les conditions de son apparition. Si la prédisposition, véritable tendance à l'évolution morbide, sorte de germe attendant les conditions de sa vie spécifique, ne précédait pas la formation du cancer, celui-ci naîtrait à volonté sous l'influence des mômes causes occasionnelles; mais il n'en est rien, et quelquefois, comme nous l'avons fait remarquer, l'affection se déclare spontanément. Elle a donc reçu son principe d'activité, d'impulsion ou de fécondation de circonstances ou appréciables, ou cachées, et une fois produite, elle va se développer et s'agrandir.

13° Toutes les irritations locales entraînant des congestions sanguines permanentes, les traumatismes avec dépôts- fîbrineux, enfin les activités morbides quelconques développées sur tel ou tel point de l'économie, peuvent devenir la raison d'être d'un cancer, chez les individus prédisposés. M. Marjolin a vu deux fois des cautères ouverts depuis longtemps se changer en véritables cancers. Dans la plupart de nos observations, une contusion, une blessure avaient été l'origine de la maladie. On a cherché à nier ces influences, en affirmant que les violences étaient consécutives au développement initial du cancer, et .qu'elles eussent passé inaperçues sans les progrès ultérieurs de la dégénérescence. C'est une erreur, démentie par des faits innombrables. Un coup de corne de vache, comme dans l'observation XXI, n'est pas un fait imaginaire ou sans valeur. Les contusions signalées dans les observations XX et XXX sont dans le même cas; aussi ne conservons-nous aucun doute à cet égard.

Les tumeurs bénignes de diverse nature, et particulièrement les tumeurs fibrineuses, fibro-plastiques, fibreuses, épidermiques, graisseuses, sont au même titre des causes de l'apparition du cancer. Toutes ne dégénèrent pas avec une égale facilité, beaucoup d'entre elles peuvent même rester pendant la vie entière réfractaires à celte terrible terminaison. La prédisposition individuelle explique. alors ces différences; mais s'il y avait une seule

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raison de la localisation du cancer, il faudrait la chercher clans lu dégénérescence de ces tumeurs.

Les cancers du foie et de l'estomac, chez les personnes en proie aux affections tristes, paraissent se lier aux troubles de la circulation abdominale. On sait que les hommes atteints de phimosis, avec simple pertuis du prépuce, sont surtout atteints de cancers de la verge. Ne devons-nous pas être frappés de ces rapports, et admettre, comme nous l'avons fait, l'influence de tous les états morbides sur la production cancéreuse?

Les déviations de l'activité organisatrice, révélées par la formation d'éléments homœomorphes, semblent un premier pas en dehors de la puissance harmonique de l'être.

Ces éléments n'appartiennent déjà plus autant à la vie commune, et ils tendent dans beaucoup de cas à s'altérer et à se détruire. Ne doivent-ils pas, en conséquence, offrir un terrain disposé à la création de produits hétéromorphes, jouissant d'une activité propre, et jusqu'à un certain point indépendants de l'être sur lequel ils se développent? Cette question, d'une haute importance, joue un grand rôle dans l'histoire des moyens prophylactiques et du traitement.

lk° Le plus ou le moins de tendance à la dégénérescence des tumeurs paraissent dépendre de leur nature et de leur siège. Les dépôts sanguins sont très-exposés aux transformations malignes, comme l'ont professé J. Hunter et M. le professeur Velpeau. J'en ai rapporté un remarquable exemple obs. XVI, p. U90. Les corps fibreux de la matrice deviennent rarement cancéreux, tandis que ceux du sein nous paraissent offrir une grande disposition à cette transformation, comme l'ont également soutenu Roux, Blandin, Amussat. Nous sommes donc fort éloigné d'admettre l'opinion de M. J. Cruveilhier. Nous avons montré une tumeur épithéliale dégénérée (obs. XIV, p. US5), et quoique nous n'ayons pas rencontré de lipomes cancéreux, l'élément cellulo-fibrcux qui y existe prouve assez que cette terminaison n'y est nullement impossible. Des faits confirment cette opinion.

15° La diathèse ou cachexie cancéreuse paraît, dans quelques cas rares, envahir très-rapidement l'économie, et précéder ou au moins accompagner la manifestation locale d'un ou de plusieurs cancers. La teinte jaune-paille de la peau, l'émacialion générale, sont des signes communs à d'autres lésions; mais les fractures Spontanées, les progrès et la multiplicité des foyers de la dégénérescence, sont des preuves irréfragables d'une modification

générale, profonde et sans remède. La vaseularité du cancer (cncéphaloïdc), son ramollissement, son plus grand volume, exposent davantage à la diathèse. Dans l'immense majorité des i le cancer débute néanmoins cl se continue un temps assez long, sans action manifeste sur la constitution. Quelquefois il reste indéfiniment localisé et stationnairc, et quand la cachexie semble primitive, on est fréquemment en droit de se l'expliquer par une dégénérescence ancienne, mais latente et méconnue (obs. XX VII, page 512).

16° Le traitement est palliatif, curatif ou préventif, selon les indications.

Palliatif, si la cachexie est manifeste, le cancer intense, multiple et inaccessible, en tout ou en partie, aux procédés chirurgicaux. .

Curatif dans tous les cas où la constitution est encore saine, le cancer circonscrit et susceptible d'être en totalité détruit par les caustiques ou enlevé par le bistouri.

Le mot curatif n'exprime pas une guérison radicale. La prédisposition subsiste, et c'est au traitement prophylactique à la rendre

stationnairc. . , .

Tout retard dans l'opération, s'il n'est pas motivé par 1 emploi de moyens auxiliaires et préparatoires, est une faute et un danger car il aggrave l'état du malade et le rend souvent irrémédiable Les probabilités de succès sont ici en raison inverse du développement de l'affection, qui marche invariablement vers une terminaison funeste. Aucun traitement médical ne saurait inspirer la moindre confiance, et quoiqu'une opération soit une ressource toujours incertaine et précaire, elle est la seule chance de salut, et devient dès lors urgente et obligatoire.

17° Ces préceptes n'infirment pas la recherche de remèdes spécifiques ou anticancéreux. Toute évolution morbide a peutêtre ses moyens d'arrêt et de neutralisation, comme le vaccin pour la variole, le quinquina pour les fièvres pér.odiques. etc c il est permis d'en espérer la découverte pour le cancer, quoiqui diffère des affections transitoires par une organisation pro^ nature envahissante, s'accroissant aux dépens de l'être sur 1 elle est entée, vivant de sa vie, et s'y substituant jusqu'au moment où clic en arrôle le cours. , 18o Le tissu squirrheux, la période de cmd.tc, l'isolement , neu de volume, la mobilité du cancer, l'intégrité des gftu»^ sm mat pa fait de la santé générale, sont les conditions ope-

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ratoires les plus heureuses. Le tissu encéphaloïde, la période de ramollissement, la forme hémorrhagique (fongus hématode), Tinflltration et l'envahissement des organes en contact, le volume, la multiplicité, l'adhérence, l'immobilité du cancer, l'altération de plus en plus profonde de l'économie, sont les conditions opératoires les moins favorables.

19° Un grand nombre de cancers n'ont pas été enlevés en totalité, et reparaissent vers le lieu même de leur prerriier siège. Ce n'est pas une récidive, c'est le développement inévitable du tissu morbide préexistant. La véritable récidive dépend de l'activité de la prédisposition et d'une nouvelle cause occasionnelle. C'est un cancer produit de toutes pièces depuis l'ablation du premier. Les exemples en sont moins fréquents qu'on ne le suppose, et l'on met trop souvent sur le compte de la récidive les résultats d'une opération incomplète et par cela même impuissante (v. obs. XXX).

"20° Le traitement prophylactique consiste à prévenir et à combattre toutes les causes de l'évolution cancéreuse, chez les individus sains en apparence, ou déjà opérés d'un cancer, et par conséquent prédisposés à celte affection (1).

(1) L'histoire du cancer soulève involontairement de graves questions de moralité et d'amélioration de race, que des difficultés sociales, insolubles en apparence, font beaucoup trop négliger.

Les maladies diathésiques, constituant des phénomènes opposés à l'état régulier et harmonique de l'être, et en définitive à la continuation de la vie, semblent un moyen violent, mais nécessaire, de conserver l'intégrité de l'espèce.

Eu se représentant les générations par un mouvement progressif, on voit les organisations les plus valides marcher en tête et entraîner l'humanité dans une voie infinie de perfectionnement, tandis que les constitutions affaiblies et valétudinaires restent aux derniers rangs et sont incessamment retranchées par la mort.

La médecine indique à l'homme les conditions de son amélioration et s'efforce de l'y ramener en agissant par l'hygiène sur les masses, et par ses secours directs sur les individualités. Mais elle est en partie impuissante contre les affections héréditaires, et rencontre de continuels obstacles dans la loi, la société et lu morale.

Nous donnons la plus grande attention à soustraire à la reproduction ceux des animaux entretenus pour nos besoins dont l'organisme est défectueux; nous arrêtons ainsi toute filiation morbide. Mais il n'en saurait être de même pour l'homme. Son essence intellectuelle et divine plane à une telle hauteur et sa liberté s'assume de tels droits, que la constitution de la famille a été abandonnée a son arbitre, et qu'aucune loi ne protège dans sa source l'intégrité de nos descendances.

Les maladies les plus dangereuses pourraient donc se propager impunément et se préparer de nouvelles victimes, en altérant les races et les condamnant à dis-

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La prédisposition, quelle cpi'en soit la nature intime, peut exister à l'état latent pendant de longues années ou la vie entière, si une cause déterminante n'en met pas en jeu le principe d'activité ou d'évolution; il faudrait supposer autrement que tout individu prédisposé au cancer, c'est-à-dire susceptible d'en être affecté, le sera inévitablement et toujours, ce qui est inadmissible, car l'expérience apprend que des opérés ont été définitivement guéris. La prédisposition était néanmoins certaine, mais elle est restéi stationnaire, latente, et sans manifestation morbide. Tel est le résultat auquel nous devons tendre, par le double emploi des ressources de la chirurgie et de la médecine.

21° Le traitement chirurgical prophylactique préviendra ou fera disparaître de l'économie tous les foyers d'irritation plus ou moins susceptibles de dégénérer.

La résolution des dépôts fibrineux sera énergiquement poursuivie, et toute tumeur exposée par son siège ou sa nature à l'évolution cancéreuse sera enlevée dès que la résolution en aura été reconnue impossible.

paraître tôt ou tard. On possède contre ce danger des règles hygiéniques converties en lois sociales, chez beaucoup de peuples, et la tendance à la perfection, dont nous ne sommes jamais entièrement dénués. C'est ce sentiment qui domine dans un grand nombre d'alliances, et il a toujours fait rechercher et apprécier les formes les plus belles, comme indice d'une organisation saine et complète.

L'humanité se continue sous ces influences, et elle obéit à des forces typiques si puissantes, que les altérations peuvent envahir une famille, une ville, une province, un peuple, sans porter atteinte à son ensemble.

Ces considérations expliquent comment l'espèce humaine tend nécessairement à s'améliorer. Les races subissent les mêmes lois que les individus ; les plus fables disparaissent, et la destruction des races primitives de l'Amérique et de l'Oceanie, en présence de la race caucasique, en est un exemple.

Au point de vue particulier, l'individu a besoin d'être éclairé sur les feutes auxquelles l'entraîne trop souvent son ignorance. La médecine a le devo.r de 1 en détourner et d'en amoindrir les conséquences.

11 y a peu d'intérêts plus grands dans la vie que ceux des générations suivantes. Les sentiments de la famille dominent toutes les positions sociales, et les enfants seront partout et toujours l'objet de la tendresse et des pensées d avenu' de leurs ascendants. L'homme n'a pas seulement mission de vivre, il doit se continuer dans le temps et l'espace, et s'il n'assure pas à sa postérité la plus grande somme possible de perfection, il est bientôt cruellement puni de cette mfraction aux lois naturelles. Que deviennent la fortune et les honneurs, . mm entente sont voués à une mort prématurée ou à une ex.stence deb.lc ? Nous sentons alors que notre destinée est manquée, notre bonheur obscure, et nous voudrions mais trop lard, remonter le cours des années pour reparer de à pro

22° Le traitement médical ayant également pour but l'intégrité de l'être et l'annihilation des causes morbides, doit être aussi utile à cette période de simple prédisposition qu'il était sans efficacité dans le cancer déclaré. Prévenir et combattre toutes les déviations de l'état normal, c'est embrasser les indications les plus opposées. Chez les individus faibles et anémiques, les toniques, les amers, les ferrugineux ; dans les cas de pléthore, de congestion sanguine, d'irritation, les antiphlogistiques; contre une vive irritabilité, le repos, les calmants, les narcotiques; ailleurs l'exercice^ les distractions, les émotions plus ou moins vives, constituent autant d'indications empiriquement entrevues par quelques hommes qui n'en avaient compris ni le principe ni la généralisation doctrinale. Chaque organe, chaque appareil, doivent être explorés et interrogés avec soin, afin de les ramener et de les maintenir dans une voie harmonique de régularité fonctionnelle, et à l'aide de ces moyens, qui exigent une grande habileté pratique, telle prédisposition imminente sera enrayée, nullifiée pour ainsi dire, pendant une longue suite d'années ou la vie entière de l'individu.

fondes erreurs. On ne viole pas impunément l'empire des forces sous lesquelles on vit, et les droits des générations futures ne sauraient être méconnus sans que les auteurs de cette sorte de sacrilège en portent les premiers la peine.

L'homme prédisposé au cancer, soit par hérédité, soit après la guérison apparente de cette affection, doit éviter toute alliance avec les familles où la même prédisposition s'est manifestée. Les maladies héréditaires oublient fréquemment une génération intermédiaire, pour reparaître dans la génération suivante. Il faut donc étendre ses investigations jusqu'à l'aïeul; au delà, la transmissibilité échappe et disparaît. L'observation doit embrasser tous les membres de la famille, car l'hérédité morbide fait souvent explosion sur un seul, sans que l'on puisse affirmer qu'elle n'existe pas chez les autres à l'état de germe ou de prédisposition. Plus, en un mot, le sang est appauvri et vicié, plus il est nécessaire de le retremper par son mélange à des sources plus riches et plus pures.

Dans nos sociétés actuelles, où la division des fortunes et l'égalité de la naissance conduisent au règne de la capacité, les biens et le pouvoir seront forcément dévolus aux organisations les plus parfaites. Nous devons donc chercher à doter nos descendances du triple attribut de la moralité, de l'intelligence et de la force. Sans invoquer les anciennes distinctions de castes, on trouve ces principes appliqués par quelques aristocraties actuelles. L'Angleterre en offre un exemplemais en France cette salutaire et forte réaction des droits de l'avenir contre les petites et périlleuses jouissances du moment ne paraît pas être encore comprise. Cependant le jour est proche où la capacité réalisée dans la forme par la beauté cl dans l'esprit par le cœur et L'intelligence, reprendra la suprématie fondée par le Créateur, et sera recherchée pour la constitution des familles avec autant d'ardeur qu'on a pu en montrer à d'autres époques pour les titres et la richesse.

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