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ABLATION DE LA BASE DE LA LANGUE

scier cet os verticalement, nous l'avons divisé par deux traits de scie en forme do <, et il a suffi d'emboîter les deux fragments, et de les assujettir légèrement dans le sens antéro-postérieur avec une fronde, pour en prévenir les déplacements.

L'art, on le voit, nous a offert de nombreuses ressources, devant lesquelles tombe l'objection de la non- consolidation ; mais l'observation suivante, dont je suis redevable à M. le docteur Pastoret, chirurgien aide-major à l'hôpital militaire d'instruction de Strasbourg, démontre d'une manière aussi curieuse qu'instructive la possibilité du succès dans les cas les plus compliqués et en apparence irrémédiables.

Observation. — Fracture par arme à feu de la mâchoire inférieure ; fragments nombreux; plaie béante du cou et de la bouche. Premier pansement fait par M. le professeur Lallemand; saillie et fixation de la langue dans la plaie du cou. Deux mois plus thrd, destruction des adhérences formées; résection des fragments; replacement de la langue dans la cavité buccale; réunion des téguments et guérison complète du malade, par M. le docteur Pastoret.

Rossi, Corse, âgé de trente ans, carabinier au 8° léger, avait été envoyé avec sa compagnie au Vcrnet (Pyrénées-Orientales), comme garde d'honneur d'Ibrahim-pacha, en 1846.

Le 20 ou 21 décembre, ce militaire, exalté par de violents chagrins, tenta de se donner la mort en se tirant sous le menton un coup de fusil chargé do deux balles. Une des balles, dirigée plus en avant, brisa la mâchoire, déchira les deux lèvres en enlevant une petite portion de la supérieure, et entama en s'échappanl l'extrémité du nez. L'autre halle, entrée par la. môme ouverture, traversa obliquement la bouche, le. palais, les fosses nasales et la racine du ne/, eu laissant une plaie de sortie au-dessous du Iront.

Fig. 6.

L'OS maxillaire avait subi une perle de substance considérable, la suffocation était imminente. M. Lallemand, appelé à donner les premiers soins provisoires, fixa la langue dans la plaie sus-hyoïdienne, rapprocha les deux fragments du maxillaire, inférieur et maintint le tout avec des bandelettes agglutinatives et un bandage roulé. Le malade fut dirigé en cet état sur l'hôpital civil de Prodes, où il resta quarante-quatre jours, et de là évacué sur l'hôpital militaire de Perpignan, où il arriva dans les premiers jours de février.

Le 5 février, je vis cet homme pour la première fois, en présence de M. Huet, chirurgien en chef. Les deux fragments du maxillaire inférieur offraient un écartement de k centimètres; toutes les surfaces traumatiques étaient couvertes de bourgeons charnus blafards. La langue adhérait aux bords de la plaie du cou, et semblait avoir triplé de volume; une grande quantité de salive s'échappait incessamment, et la maigreur du malade était extrême.

Je parvins à extraire avec les doigts seize esquilles provenant des dents, du maxillaire, des os du palais, du vomer et des os du nez. Le sommeil reparut, et la déglutition, empêchée jusqu'alors, devint assez libre.

Le surlendemain, je retirai de nouveau six oU sept esquilles, dont l'une, provenant du rebord alvéolaire inférieur gauche, avait 4 centimètres de longueur sur 1 centimètre de largeur. Dès ce moment, l'alimentation put être rendue plus complète, et les forces commencèrent à se rétablir.

Le malade, cependant, ne veut pas rester dans un pareil état, et il annonce, au moyen de l'ardoise dont il se sert pour écrire, qu'il est résolu à se laisser mourir de faim si l'on ne parvient pas à le guérir.

J'avais compris, dès le premier pansement, la possibilité de réséquer les deux fragments pour en faciliter l'afirontement et la consolidation. La langue, séparée de ses adhérences, pouvait être ramenée dans la bouche, et les lèvres opérées comme dans le cas de bec-de-lièvre.

M. Lallemand, auquel ce projet avait été communiqué, ne le jugea pas favorablement, et chercha à me dissuader d'y recourir, mais je persistai dans me? convictions; je ne pouvais néanmoins entreprendre cette cure sans l'autorisation de M. Huet, dont l'opinion avait été fort ébranlée par l'autorité de M. Lallemand, et je partis en congé de deux mois le 20 février. A mon retour, le malade, opéré le 21 février par M. Huet, était presque entièrement guéri. Les plaies étaient cicatrisées sans fistule, les traits peu difformes, malgré l'étroitesse de la bouche et la perte de substance du maxillaire inférieur, dont le cal m'a paru trèssolide. Le malade pouvait parler lentement et à voix basse, de manière à se raire entendre; sa déglutition était normale, mais la mastication gênée, en raison de la perte d'un grand nombre de dents. Ce militaire quitta l'hôpital dans le courant de mai, heureux d'avoir aussi bien échappé à l'affreuse difformité et aux souffrances dont il avait pu se croire à jamais atteint.

Cette observation de M. Pastoret ne saurait laisser le moindre doute sur la facilité de la consolidation des sections simples du maxillaire; car il est de toute évidence que si le cal s'est produit malgré une perte de substance aussi considérable, il se formera beaucoup plus aisément chez les malades dont la macboire aura été simplement divisée par un trait de scie.

ADÉNITES CERVICALES.

J'ai eu l'occasion de rencontrer ici M. le docteur Caula, qui accompagnait M. Lallemand au Vernet, et avait vu le malade au moment de la blessure, et plus tard a. Perpignan. M. Caula se rappelait parfaitement tous les détails de cette observation, et il a été aussi surpris que satisfait des beaux résultats de l'opération dont M. le docteur Pastoret avait si habilement compris la possibilité et le succès.

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