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XIII. — Galvanocaustie chimique

Les succès obtenus par M. le professeur Ciniselli, de Crémone, et l'observation de guérison d'un polype naso-pharyngien présentée par M. Nélaton à l'Académie des sciences (3), ont attiré une légitime curiosité sur ce nouveau procédé, et la question de savoir si les effets produits sont purement chimiques ou accompagnés d'une modification particulière et encore inconnue des molécules organiques méritait d'être étudiée. M. Broca (k) a paru adopter la première opinion, que nous partageons, et nous sommes arrivé à des résultats plus précis. Au lieu de nous borner à reconnaître la présence d'un liquide alcalin au pôle négatif et acide au pôle positif, nous avons recherché quelle était la composition et la nature de ces liquides, et M. Hepp, pharmacien en chef des hospices civils, a constaté par ses recherches la présence de l'ammo-

(1) Spielmann, Comptes rendus de la clinique de M. le professeur Sédil/ot.

(2) Spielmann, loc. cit.

(3) Nélaton, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 15 juillet 1864.

(4) Broca, Traité des tumeurs, t. I.

niaque et celle de l'acide phosphorique mêlé à un acide végétal, qui est probablement de l'acide lactique. Voici les faits :

Observation. Tumeurs des avant-bras . Galuanocaustic (1). — One remine de quarante-quatre ans, adressée à la clinique par M. le professeur K. Bœekel, portait, à droite de l'avant-bras et â la hauteur de l'extrémité supérieure du radius, une tumeur datant de dix ans. Une autre tumeur à gauche occupait presque toute lo face antérieure de l'avant-bras, fixée aux organes profonds, recouverte par Les muscles superficiels et datant de vingt-cinq ans. Toutes deux de consistance fibreuse; celle de droite, grosse comme un œuf de poule et parfaitement mobile sous la peau, se prêtait très-bien à l'application de tous les modes destructeurs. J'en profitai pour essayer la galvanocaustic. On sait que cette méthode a pour but de détruire les tissus sans inflammation ni hémorrliagie, au moyen de courants électriques qui agissent en attirant les acides au pôle positif et les alcalis au pôle négatif. Les eschares formées aux pôles seraient un effet chimique. Au pôle négatif il y aurait une eschare molle, comme après la cautérisation à la potasse par exemple, et au pôle positif une eschare dure, semblable à celles que donnent les acides. On pourrait, en ne détruisant les tissus [que par l'un ou par l'autre pôle, produire à volonté l'une on l'autre espèce de mortification.

Dans une première séance faite le 23 avril 1866 pendant vingt-quatre minutes, transfixion de la tumeur à sa base par deux aiguiUes de platine, distantes de 0m,02 et mises en communication avec les électrodes d'une pile de deux éléments de Bunsen de moyenne dimension. Pendant le passage du courant, seusation de brûlure et de picotements, et injection de la peau qui recouvre la tumeur. En même temps, formation, autour du point d'entrée de chaque aiguille, d'une auréole blanche, qui se transforme peu à peu en un petit cercle de mortification, et présente finalement au pôle positif un diamètre uniforme de 0,005, et au pôle négatif un diamètre vertical de 0,008 sur un diamètre horizontal de 0,006.

Durant l'action du courant, dégagement à chaque pôle de petites bulles de gai rougissant au pôle positif le papier bleu du tournesol, et bleuissant le papier rouge au pôle négatif; de plus, à ce dernier pôle, dégagement de gaz ammoniac caractérisé par les vapeurs blanches qu'il donne avec l'acide chlorhydrique. "

Au bout de deux jours, l'eschare du pôle négatif, rétrécie de 0m,002, esl d'un gris noirâtre, enfoncée en godet et entourée d'un cercle inflammatoire; celle du pôle positif a conservé ses dimensions et est pâle, grisâtre, entourée

. d'une légère rougeur.

Seconde séance faite deux jours après la première, avec une pile de trois cléments de Bunsen et pendant une durée de trente-cinq minutes. Aiguilles enfoncées dans l'extrémité inférieure de la tumeur, à 0»,03 de distance. Pendant le passage du courant, douleurs vives, semblables à une brûlure.

En peu de temps, au pôle négatif, eschare d'un brun noirâtre, hum.de, .régulière de 0»\016 de longueur sur une largeur de 0-.011, et donnant issue a de petites bulles de gaz à réaction alcaline et ammoniacale; au pôle positif, eschare grise, sèche, circulaire, d'un diamètre de 0m,008.

(1) Observation recueillie par M. le docteur Kicn, premier interne.

ABCÈS. 1,01 Après l'extraction des aiguilles, écoulement au pôle poisitif d'une sanie écumeuse à réaction acide.

Jamais les aiguilles ne s'échauffèrent.

Les tumeurs restèrent stationnaires, et la malade, n'espérant pas d'heureux ellets de ce traitement, se refusa à le laisser continuer.

Ces expériences furent répétées sur des tissus de diverse nature, foie, cerveau, muscles, etc., et l'on obtint les mêmes phénomènes de mortification et les mêmes résultats chimiques; déplus, au pôle positif un corps en ignition parut brûler plus activement; un dégagement d'oxygène avait-il lieu?

Les habiles et laborieuses recherches de M. Hepp pour trouver la solution scientifique de ce problème chimique mettent hors de doute les faits suivants : au pôle positif se forme de l'acide phosphorique, que Ton peut fixer et doser avec l'oxyde d'urane ; au pôle négatif il se produit de l'ammoniaque, qui ne put être dosée.

L'acide phosphorique n'est pas le seul acide mis en liberté; il y en a encore un autre, mais on ne put avoir sur sa nature que des probabilités et on l'a supposé être de l'acide lactique (?).

Outre l'ammoniaque formée au pôle négatif il y a encore d'autres bases;' mais la faible quantité de liquide à analyser ne permit pas de les caractériser. Ces quelques expériences, malgré leur imperfection, ont réalisé un progrès considérable au point de vue scientifique, puisque la voie de l'analyse chimique, une fois ouverte, sera complétée. A ce sujet, on s'est demandé, comme nous l'avons dit, si la mortification des tissus, au lieu d'être un effet chimique des acides et des bases, ne serait pas due à une désorganisation, et la séparation des éléments acides et alcalins un effet secondaire. Question mal posée !

Des recherches ultérieures pourront seules dire quels services on sera en droit d'attendre de ce nouveau genre de traitement, mais dès à présent on peut, sans hésiter, en restreindre beaucoup l'efficacité.

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