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ABCÈS PROFOND DE LA CUISSE. 6U

ou moins graves, et la rétention des liquides devient la cause d'accidents formidables nécessitant des contre-ouvertures et des délabrements considérables. 3° De tomber directement sur le foyer de l'abcès, puisque les collections purulentes de la totalité de la cuisse suivent le trajet des vaisseaux fémoraux. L'étude de la formation des abcès et de la migration du pus conduit, avec les notions analomiques, à faire comprendre que ce liquide doit naturellement s'accumuler dans les points qui offrent la résistance la moins grande. C'est également dans le tissu cellulaire lâche qui entoure les gros vaisseaux du membre, que se trouvent le plus souvent les causes et le point de départ des suppurations.

M. Sédillot appelait sur ce sujet, dans la séance du 30 octobre 1861, l'attention de la Société de chirurgie (1). Parmi les membres de la Société, les uns, comme M. Chassaignac, n'ont vu dans cette pratique qu'une simple précaution pour éviter la lésion des gros vaisseaux; les autres, comme MM. Huguier et Bauchet, ont nié l'existence des foyers dans un lieu si franchement déterminé; d'autres, enfin, comme M. Morel-Lavallée, déclarèrent que, dans ce genre d'affections, les vaisseaux pouvaient être déplacés, ce qui est facile à constater.

Il n'appartient pas à un jeune médecin d'opposer des contradictions aux maîtres de la science; mais il nous semble pourtant qu'en admettant même que les foyers d'abcès, suite de périostite ou de nécrose, puissent se trouver situés à un point quelconque de la cuisse, la méthode de M. Sédillot reste de tous points inattaquable, puisqu'elle ne s'applique pas à ces cas exceptionnels où le pus reste circonscrit et limité, et n'envahit pas toute la hauteur du membre.

Quoique nous fussions pénétré de la vérité de ces idées, nous n'avions cependant pas osé les mettre franchement en pratique au début de l'apparition d'un abcès profond de la cuisse, que nous étions appelé à traiter, et nous avons eu sujet de le regretter. C'est en voyant des accidents graves survenir et se prolonger, que' nous avons eu recours à l'incision préconisée par M. le professeur Sédillot, et dès lors nous avons vu la guérison s'effectuer sans complications et rapidement.

L'observation suivante sera donc, je l'espère, une preuve de plus a l'appui de la méthode de notre savant maître, et nous

(1) Sédillot, Bulletin de la Société de chirurgie, octobre 1861.

sommes convaincu que notre malade eût échappé à tous les accidents qui se sont développés si d'emblée nous avions eu recours à l'incision sur le trajet des vaisseaux.

Le nommé X..., âgé de soixante-dix ans, géomètre, de Strasbourg, entre le 15 juin 1864 à la maison de santé des diaconesses.

11 a été atteint, sans cause connue ou apparente, il y a cinq jours, d'une douleur au genou droit, qui rend la marche impossible. On constate à la partie interne et inférieure de la cuisse un empâtement douloureux ; pas de changement clans la coloration des téguments. Trois jours plus tard le gonflement a augmente, l'empâtement s'est étendu en haut et vcrS la région externe du genou.

Le 20, nous vîmes le malade pour la première fois; son état était le suivant : Homme amaigri, à constitution détériorée, apyrexic parfaite. Le tiers inférieur et interne de la cuisse droite est gonflé, empâté et dur; peu de sensibilité à la pression, nulle fluctuation; la peau est saine et sans altération de couleur. L'articulation du genou est intacte. On diagnostique un phlegmon profond de la cuisse, et l'on continue les applications de cataplasmes.

Le 27, on constate au-dessus du condyle interne uu point fluctuant; une incision pratiquée en ce point donne issue à une' quantité médiocre de pus. On put reconnaître que l'abcès était sous-aponévrotique et le décollement considérable, néanmoins on ne pouvait aller vers le haut de la cuisse à plus de 8 à 10 centimètres. (Injections aromatiques et pansement à plat.)

Vers le II juillet, le malade fut pris de frissons suivis de fièvre et de subdélire, avec exacerbation vers le soir. On voyait sur la cuisse quelques traînées rougeâtres avec un peu d'endolorissement des ganglions de l'aine. (Cautérisation ponctuée, décoction de quinquina.) La suppuration, en petite quantité, est de mauvaise nature.

Le 7, les symptômes locaux avaient disparu, mais le pus restait séreux et fétide, et tous les soirs le malade avait un peu de chaleur et d'excitation du pouls. L'appétit était perdu.

Le 9, on constate un nouveau point fluctuant au côté externe de la cuisse, à la même hauteur que le premier. Une incision ne donne issue qu'à une petite quantité de pus séro-sanguinolent. Le décollement était considérable vers le genou et le haut de la cuisse. Ce foyer n'était séparé de celui du côté interne que par une mince cloison; on la perfore avec une sonde cannelée, sur laquelle on glisse un bistouri à plat pour débrider, afin de pouvoir passer un tuyau de drainage. Uu vaisseau artériel fut atteint, et l'hémorrhagie fut assez considérable pour nécessiter le tamponnement avec le perchlorure de fer.

Le soir, le malade se trouvait assez bien ; l'hémorrhagie s'était arrêtée, et ne se reproduisit pas le lendemain, quand on enleva le tampon. En explorant les trajets par l'orifice externe de l'abcès, nous pûmes nous assurer qu'ils s'étendaù al trèsloin puisqu'une sonde droite de gomme élastique se perdait presque entièrement dans la cuisse, se dirigeant vers l'aine, sans que nous pussions néanmoins eu reconnaître l'extrémité à travers les tissus. Nous sommes convaincu des lors que le pus avait passé le long des vaisseaux fémoraux, au-dessous de l'origine desquels nous trouverions probablement uu foyer où le pus stagnait, se décomposait et donnait lieu aux accidents septicohémiques que nous constations.

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