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ABCÈS DE LA FOSSE ILIAQUE

de l'air qu'il pourrait contenir dans l'état normal, et l'on meurt d'une pneumonie aiguë partielle, qui a induré en quelques jours une très-petite portion des lobes pulmonaires. Si nous nous demandons quel a été chez M. L... le point de départ de la maladie, nous devrons répondre par diverses suppositions. Il ne serait certainement pas impossible qu'un ulcère du caecum ait déterminé tous les accidents, mais nous croyons plus probable qu'un abcès de la prostate, compliqué d'infection syphilitique, a été la véritable origine du mal.

Nous avons eu dernièrement à traiter un blessé atteint d'un abcès iliaque, à la suite d'une ganglionite inguinale consécutive à des chancres. L'inflammation s'était propagée le long du psoas, et du pus s'était formé derrière l'arcade crurale.

En supposant chez M. L... la même complication, on pourrait admettre qu'un abcès formé dans la fosse iliaque droite a dénudé et perforé le caecum, et qu'une fois le passage des matières fécales établi dans le foyer, les tissus en contact se sont de plus en plus altérés par continuité jusqu'au bas-fond vésical, ulcéré de la môme manière.

M. Rognetla a rapporté (1) un semblable exemple d'abcès vésicostercoral; la vessie n'était altérée que dans le point fistuleux. Les parois abdominales étaient intactes, et aucune communication extérieure ne s'était encore établie.

Nous avons vu dernièrement un cas complètement pareil; la vessie et l'intestin étaient perforés, mais il n'y avait pas eu d'ouverture extérieure.

Les abcès iliaques primitifs s'ouvrent dans l'intestin ou la vessie, et quelquefois chez les femmes dans le vagin. Si l'on classe ces sortes de terminaisons sous le rapport de leur fréquence, on peut dire que les abcès s'ouvrent dans l'intestin le plus ordinairement, puis dans le vagin, et enfin dans la vessie. La guérison arrive ainsi assez fréquemment. Dans le cas où les liquides stercoraux et urinaires viennent se mêler à la collection purulente et en vicier le foyer, le danger devient grave, s'il n'est pas toujours au-dessus des ressources de l'art.

(1) Rognctta, Gazette médicale de Paris.

SUPPURATIONS BLEUES

De la nature et des causes des suppurations bleues (i).

Les colorations anormales des tissus et des liquides de l'économie ont toujours eu le privilège d'exciter une vive attention.

Les suppurations bleues, dont nous nous occupons ici, sont assez fréquentes et ont été attribuées, tantôt à des combinaisons chimiques (bleu de Prusse, sulfate et sulfure de fer, etc.), tantôt à des produits végétaux. Dans ces derniers temps, on a suivi l'impulsion générale, en admettant l'existence d'organismes ou de ferments (Lucke) dont la multiplication prodigieusement rapide expliquait comment toutes les pièces d'un appareil, charpie, compresses et bandes, pouvaient bleuir du jour au lendemain, sur une étendue considérable.

M. Chalvet (2), dans un savant mémoire sur les cryptogames, avait admis l'existence de deux matières colorantes, l'une bleue, l'autre verte, et les attribuait à une algue du genre Pulusella. Cet auteur avait spécialement décrit un champignon des plaies, Agaricus nosocomiorum, susceptible de prendre la teinte bleue ou verte sous certaines influences encore inconnues. M. le professeur C. Robin a supposé la présence de la biliverdine dans le pus; mais M. Delore, de Lyon, a cherché à prouver (1859) que la bile n'est jamais bleue, tandis que la pyocyanine, ou matière colorante du

pus, offre celte teinte.

M. Fordos, de son côté, est parvenu à faire cristalliser ce produit, extrait au moyen du chloroforme, et M. Delore, dans un travail très-intéressant, a professé que l'hématme du sang, altérée

(1) Mémoire présenté à la Société de biologie, 1850 {Mémoires de la Société de

bioloqie, tome II). . . JOcn

(2) Chalvet, Gazette hebdomadaire de médecine et de chmcrgtc, 1860.

au contact de l'air (1), est la véritable cause des colorations bleues, vertes ou jaunâtres du pus.

Nous serons d'autant plus disposé à nous ranger à l'opinion de cet habile collègue, que nos expériences ont démontré la possibilité de rendre bleue la sérosité du sang.

Quelle que soit l'opinion définitive qui prévale, les suppurations bleues n'exercent aucune influence sur les plaies, ni sur la santé des blessés, et ne doivent inspirer aucune crainte.

L'humidité et la chaleur sont les seules conditions de leur apparition, et nos expériences ne laissent aucun doute à ce sujet.

L'existence des suppurations bleues a été fort anciennement connue, et les recueils scientifiques de nos jours en rapportent plusieurs exemples en les présentant comme des faits rares et exceptionnels, dont on ignore complètement les causes.

C'est au même titre que l'on signale habituellement les sueurs et les urines bleues, le lait de môme couleur, etc., dont on n'est pas arrivé jusqu'à présent à préciser les conditions étiologiques, ni l'explication doctrinale.

MM. Persoz et Dumas avaient admis la production de l'acide hydrocyanique dans les suppurations de mauvaise nature et la formation de composés analogues au bleu de Prusse; mais M. Conti a réfuté, par des expériences publiées en 1842 (2), cette opinion plus ingénieuse que vraie, dont on ne s'est plus occupé depuis ce moment. On a supposé le développement d'un champignon particulier décrit sous les noms de Calvaria nosocomialis, d'Agaricus nosocomiorum et de champignon des plaies.

Cadet de Gassicourt (3) dit que Méry, le premier, observa cette singulière production. Lemery avait répété à cette époque les mêmes remarques. Ces champignons naissent souvent dans les appareils à fracture laissés longtemps en place, et ont été trouvés quelquefois de la grosseur du petit doigt.

Les colorations bleues dont nous nous occupons sont solubles, et ne présentent à l'examen microscopique aucune trace de produits organisés, comme s'en est assuré notre honorable collègue M. le professeur Fée : on ne saurait donc supposer la présence

(1) Gazette médicale, p. 677, année 1863.

(2) Gazette médicale de Paris, 1842.

(3) Extrait du Dict. des sciences méd., art. Champignon, 1813.

G20 SUPPURATIONS BLEUES.

d'un champignon, même microscopique, comme cause de la colora lion du pus.

M. Baillent], médecin en chef de l'hôpital de Bolbec, attribua la coloration bleue du lait à. des touffes de byssus, qu'un changement dans l'alimentation des animaux et l'emploi du sel marin faisaient disparaître (1).

M. Simon avait découvert une matière analogue à l'indigo dans lesurinesbleues (2); mais M. Reins (3) et M. Duméril (û) ont étudié des urines bleues dont la coloration dépendait d'une substance toute différente (5).

La Gazette médicale de Paris a cité l'histoire d'une jeune négresse

(1) Bailleul, Comptes rendus del'Acad. des sciences, 1843, t. XVII, p. 1138.

(2) Simon, Comptes rendus de Berzelius, 1849, p. 389.

(3) Reins, Jahrbuch fur Pharm., t. VIII, p. 93.

(4) Gazette médicale de Pains, t. XVIII, p. 656. 1850.

(5) Cette matière était insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et dans Tétucr, qu'elle colorait très -fortement. La couleur changeait par la dessiccation. La dissolution éthérée devenait rouge, et la dissolution alcoolique vert jaunâtre. L'acide sulfurique dilué et l'ammoniaque ne produisaient aucun changement dans la couleur de ces dissolutions ; mais l'acide sulfurique concentré les rendait vertes. L'hydrate de potasse, étendu d'eau en quantité convenable, faisait disparaître complètement la coulem".

La Gazette des hôpitaux civils et militaires (1850, n° 91) a emprunté à un journal allemand l'analyse d'une urine bleue, rendue par un hydropique âgé de cinquante-six ans. L'urine, recueillie dans un petit verre bien nettoyé, présenta un jour une coloration bleue bien marquée. Le liquide, du poids d'environ une once, avait la couleur d'un bleu verdàtre sale et une odeur ammoniacale. Le papier de curcuma était teint en brun par ce liquide.

Par le repos, il se forma un dépôt léger d'un blanc verdâtre, qui, sur les côtés du verre, formait un anneau bleu. De même il s'éleva à la surface du liquide quelques bulles bleues qui, en décantant la liqueur, restèrent adhérentes au vase. Après avoir été filtrée, lu liqueur avait une couleur d'un jaune verdàtre parfaitement analogue à de la bile étendue; l'acide nitrique y produisit une vive effervescence. Avec un excès d'acide, la liqueur ne changeait pas de coloration, ce qui indiquait que la coloration bleue n'était pas due à de la bile brime. Le dépôt, desséché, fournit un demi-grain d'une matière qui était attachée au iiltre par du mucus; son aspect était terreux. A la loupe, on voyait quelques petits erretauï brillants. L'analyse chimique constate du phosphate de chaux et du phosphate de magnésie.

Cette coloration bleue avait pénétré dans le filtre et reparut lorsqu'on eut enlevé le dépôt brunâtre. La tache bleue, de la grandeur d'une pièce de 2 francs, résista à l'action de l'eau distillée, disparut par une goutte d'acide nitrique, laissant une tache jaune, et fut remise à nu par de l'acide sulfurique concentre. Quelques moments après, une goutte d'une solution de carbonate de potasse, mise en contact avec la tache, la détacha sur le bord, sous forme d'un anneau d un

affectée de sueurs bleues très-abondantes, que l'analyse chimique fit comparer à une matière de l'indigo.

Telles sont nos notions sommaires sur les colorations bleues accidentelles de quelques-uns des liquides de l'économie, et l'on verra que nos recherches ont réalisé un progrès, en précisant mieux les conditions des suppurations bleues, et en les reproduisant artificiellement.

Il ne sera peut-être pas sans intérêt d'exposer la série des idées et des observations qui nous conduisirent à ce résultat.

Les premiers faits dont nous fûmes frappé ont été rapportés par M. le docteur Weiss (1).

Voici comment s'exprimait à cette occasion notre jeune et zélé confrère :

« L'un des seize cancéreux opérés avec succès par M. Sédillot pendant l'année scolaire, 1848-1849, présenta une suppuration bleue (femme opérée d'un cancer du sein et de l'aisselle). C'était la troisième fois que ce phénomène se présentait sous nos yeux dans la pratique de ce professeur.

» Le premier cas nous fut offert par un officier, auquel M. Sédillot avait enlevé, en 1845, un testicule atteint de cancer encéphaloïde. Ce malade, qui s'est très-bien porté depuis cette époque et n'a plus éprouvé d'accidents, offrit pendant le cours de son traitement une suppuration bleue très- abondante. Cinq ou six compresses en étaient imbibées chaque jour; toutefois il serait plus exact de dire qu'il y avait sécrétion d'une sérosité d'un bleu clair, car le liquide était très-aqueux et les globules du pus s'y trouvaient en assez faible quantité. Cette disposition insolite, venue sans cause appréciable, disparut sans avoir exercé aucune influence, ni en bien, ni en mal, sur la santé du malade.

» Un jeune homme amputé de la cuisse le 2 mai 18i9, pour une suppuration du genou, présenta cette année le second exemple de suppuration bleue. Le blessé était fort affaibli, ayant été opéré à la dernière période d'une tumeur blanche du genou. Sa constitution était très-débile, à tel point qu'on l'avait d'abord jugé inca-

bleu clair que l'eau distillée entraîna; une partie de la tache, traitée par l'acide sulfurique, put être transportée sur un autre papier.

N'est-il pas possible d'admettre que dans certaines conditions données, et sous l'influence de l'usage de certains végétaux, il se produise de l'indigo dans l'organisme humain? {Medicinisches Correspondcnz Blatt Bayerischer Aerzten.)

(1) Weiss, Compte rendu de nos cliniques pendant l'année scolaire 1848-18(19 (Voy. Gaz. méd. de Strasbourg, 1849: Quelques considérations sicr les tumeurs).

622 SUPPURATIONS BLEUES.

pable de supporter l'amputation. Cependant, en le voyant résister énergiquement aux accidents d'une vaste suppuration avec carie, dont il était atteint depuis plusieurs mois, M. Sédillot ne voulut pas l'abandonner et lui enleva la cuisse, en mettant en usage sa méthode à un seul lambeau antérieur. Le blessé guérit après une suppuration" assez étendue du moignon, suppuration qui devint et resta d'un bleu clair pendant plusieurs jours. Toutes les pièces de pansement en étaient imprégnées, sans qu'on ait pu en découvrir les causes.

» Le troisième cas est celui que nous avons cité plus haut et qui nous a suggéré cette digression. La malade est retournée à Saverne, qu'elle habite, et s'y porte bien.

» 11 est à noter que ces suppurations bleues ne se déclarèrent ni au commencement, ni à la fin de la suppuration des plaies. Dans le premier et le troisième cas les os n'étaient pas lésés; les blessures occupaient chaque fois des régions fort différentes ; les malades avaient des âges très-divers, de vingt-cinq à quarantequatre ans. Les pansements avaient consisté en simples boulettes de charpie chez les uns, en compresses fenêtrées enduites de cérat simple chez le troisième; l'alimentation ni les localités n'étaient les mêmes. Nous sommes donc obligés d'avouer notre complète ignorance des conditions étiologiques d'un pareil phénomène qui a déjà plusieurs fois attiré l'attention des observateurs. »

On voit, d'après les paroles de L. Weiss, qu'aucune explication ne s'offrait encore à notre esprit vers le milieu de l'année dernière, 1840, et que nous nous bornions à signaler les faits, en attendant de nouvelles lumières.

Plus tard nous publiâmes, dans notre deuxième mémoire sur les moyens d'assurer la réussite des amputations des membres, des détails plus étendus et déjà plus avancés sur le même sujet (1).

Les pièces d'appareil sur lesquelles avait apparu la coloration

{].) « Depuis le moment, disions-nous, où nous constations ce phénomène inex- » pliqué jusqu'à ce jour des suppurations bleues, nous en avons observé six autres » exemples qui, joints aux trois cas tirés de notre pratique et déjà signalés par » M. le docteur Weiss dans son mémoire sur les tumeurs, nous donnent un total » de neuf observations de ce genre.

» Nous croyons aujourd'hui en pouvoir mieux préciser les causes et la na-

» turc.

» Il serait trop long d'entrer dans le détail des faits, mais une simple enn- » mération montrera l'extrême variété des conditions pathologiques. Nos neuf » malades étaient atteints de : 1° cancer opéré du testicule; 2° cancer opéré du » sein ; 3» amputation de la cuisse; 4° id. du doigt; 5° id. de la cuisse; 6» frac-

bleue, avaient été placées sur des membres ou sur des portions de tronc atteints de lésions plus ou moins graves, et avaient été imprégnées de pus, de sérosité, de produits de la transpiration, et, dans un assez grand nombre de cas, de fomentations végétales.

Il s'agissait de savoir quel avait été le rôle de ces divers éléments dans la production de la coloration bleue.

Le moyen le plus facile et le plus sûr d'arriver à la connaissance de ce problème nous parut être de procéder par élimination successive.

Si la coloration bleue continuait à se montrer en l'absence de Fun des éléments sus-indiqués, nous devions nécessairement

» ture compliquée de la jambe; 7° résection du coude; 8° plaie du talon; 9°kélo- » tomie inguinale.

» Aucun de ces malades n'a succombé, ce qui démontre le peu d'importance » de ces colorations anormales, sous le rapport du pronostic.

» Voici quelques particularités de ces prétendues suppurations bleues :

» L'un de nos malades, atteint de fracture compliquée de la jambe, offrait une » très-petite plaie de 2 centimètres de diamètre et presque sèche. Des accidents » d'étranglement et de gangrène étant devenus imminents, nous mîmes le membre » complètement à nu dans un des appareils dont nous nous servons et dont nous » réservons la description pour un autre travail.

» Des compresses trempées dans une décoction émolliente furent appliquées » depuis le pied jusqu'au-dessus du genou, et trois jours plus tard ces com- » presses, les bandes contenlives et deux alèses étaient entièrement colorées en » un beau bleu tout aussi intense que dans les autres cas où nous avions été » frappé de l'apparition de ce phénomène.

» 11 était de toute évidence que toutes ces pièces de pansement n'avaient pas » été imprégnées de pus. Aussi ce n'était pas un pus bleu qui s'était produit, » mais une matière colorante accidentelle.

» Le microscope ne montra pas le moindre globule de pus.

» La matière colorante recueillie par expression et par lavage rougissait par les » acides, et était ramenée au bleu par les alcalis.

» Nous vîmes alors, en consultant nos notes, que la plupart des malades chez » lesquels nous avions rencontré des suppurations bleues avaient fait usage de » fomentations émollientes, et nous pûmes constater sur les malades observés » ultérieurement, et en dernier lieu sur une jeune femme à laquelle nous avons » réséqué le coude droit, que la teinte bleue était bornée aux pièces superficielles » du pansement particulièrement imbibées de fomentations, tandis que les pièces » plus profondes et plus immédiatement en contact avec les plaies et le pus n'of- » fi aient aucune coloration anormale.

<> La conséquence de ces remarques nous paraît être la négation des suppura- » tiens bleues, dont la production s'expliquerait par une modification particu- » lière de la sérosité. Nous uous occupons d'expériences à.cc sujet. » (Voy. Gaz. mèd, de Strasbourg, 1849.)

624 SUPPURATIONS BLEUES.

mettre ce dernier hors de cause, et cette méthode simplifiait les conditions de l'expérience en les éclairant.

Nous commençâmes par éliminer la matière purulente, essentiellement constituée à nos yeux par les globules et les granules du pus. Nous substituâmes à la sérosité des plaies celle du sang provenant de dix saignées faites sur d'autres malades, et séparée avec soin des globules et de la matière colorante.

Nous avons démontré (1) que la sérosité du sang et celle du pus étaient chimiquement et pathologiquement identiques; et nous étions autorisé à l'aire cette substitution.

Nous ajoutâmes à la sérosité du sang une certaine quantité de sueur recueillie sur un malade plongé dans un bain de vapeur, et nous complétâmes le mélange avec le liquide servant à des fomentations émollientes.

On versa la liqueur ainsi composée sur des compresses et une bande appliquée autour d'un genou traumatiquement enflammé, et tout l'appareil fut entouré de coton et de taffetas ciré et fréquemment imbibé pour en éviter la dessiccation.

M. Massiani, mon chef de clinique à l'hôpital militaire, suivit et dirigea l'expérience avec autant d'intelligence que de soin, et nous vîmes apparaître, vers le cinquième jour, des plaques superficielles d'un beau bleu clair disséminées sur plusieurs points. Le coton en fut d'abord le siège unique, mais, deux jours plus tard, les bandes offraient la même coloration.

Une odeur fade et nauséabonde se fit sentir, et les teintes bleues passèrent ça et là au vert, puis au brun.

La présence des parties solides du pus n'était nullement nécessaire, comme le démontrait cette expérience, à la production du phénomène, improprement décrit sous le nom de suppuration bleue, et il restait à étudier l'action de la sueur et des fomentations végétales.

Ces deux substances furent à leur tour éliminées sans que la matière colorante bleue cessât d'apparaître, et nous acquîmes ainsi la certitude que la sérosité maintenue à une température rapprochée de celle du corps était la seule condition du phénomène dont nous poursuivions l'élude.

Le linge employé jouait-il un rôle spécial. C'est'une question que nous n'avons pas complètement résolue; mais du linge neuf lavé à l'eau distillée donna les mômes résultats.

(4) De l'infection purulente. In-8 avec planches coloriées. Paris, 1849.

Nous eûmes également la précaution d'entourer les téguments d'un taffetas ciré pour empêcher l'action delà transpiration, et il devint manifeste que les colorations bleues étaient dues à une réaction particulière de la sérosité du sang ou du pus imprégnant les pièces de pansement, et sous l'influence du contact de l'air et d'une température de 26 à 30 degrés centigrades.

Nous voulûmes rendre l'expérience plus concluante encore en la dégageant des conditions pathologiques dans lesquelles nous l'avions entreprise, et en faisant une œuvre de laboratoire.

Nous parvînmes, avec l'habile assistance de M. le professeur Roucher, à faire naître des colorations bleues sur un plateau métallique chauffé au bain-marie, et recouvert d'une cloche de verre pour empêcher l'évaporation. De Feau distillée et du sérum du sang étaient versés sur une compresse et quelques flocons de coton ; au cinquième jour, les teintes bleues apparurent, et s'étendirent graduellement en prenant une coloration plus foncée.

Les mêmes phénomènes furent également produits au laboratoire de notre savant collègue M. Hepp, pharmacien en chef de l'hôpital civil, et les deux chimistes dont je viens d'invoquer l'autorité ont eu la bonté de me remettre une note dans laquelle ils constatent que la nouvelle matière colorante est soluble, et jouit d'une grande résistance à l'action d'acides très-énergiques et concentrés (1).

(1) Note sur la matière colorante bleue des linges àpansements, par M. le docteur Roucher. Strasbourg, 14 mars 1850.

Les linges colorés en bleu à la suite de certains pansements cèdent leur teinte ù l'eau quand on les agite avec ce liquide; en même temps la liqueur se trouble, et le microscope y décèle une infinité de petits corpuscules arrondis assez semblables, pour l'aspect et les dimensions, aux granules purulents.

La teinte bleue n'appartient toutefois pas à ces granules, car, en filtrant le liquide, l'eau passe fortement colorée, tandis que les granules, d'un blanc grisâtre, restent sur le filtre. La solubilité delà substance fait fortement soupçonner qu'elle n'est point due au développement d'une matière organisée, d'une moisissure, par exemple.

Celte teinte est d'un bleu verdàtre très-foncé; quand l'eau en est fortement chargée, son pouvoir colorant paraît assez considérable.

Cette couleur présente une assez grande stabilité; l'ébullition, l'acide chlorhydrique froid ou bouillant, l'acide azotique froid, l'acide sulfureux même, ne la détruisent pas.

L'acide azotique bouillant la brunit; le chlore la fait rapidement disparaître. La dissolution aqueuse n'est troublée ni par l'ébullition, ni par l'acide azotique bouillant, ni par le sous-acétate de plomb; d'où il résulte que cette matière n'est

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62G SUl'PUKATIONS BLEUES.

Sans insister ici sur les caractères chimiques, dont je laisserai l'appréciation à des hommes plus compétents, je me bornerai à signaler quelques questions dont l'élucidation serait importante.

Il y aurait à chercher comment les colorations bleues se forment souvent chez les malades en vingt-quatre heures, tandis que nous ne les obtînmes qu'en quatre ou cinq jours dans nos expériences.

L'influence d'une température plus élevée à la surface des plaies serait-elle la cause de cette différence?

L'état de la sérosité devrait-il également être pris en considération?

Il semblerait probable que les sueurs bleues, le lait bleu, les urines bleues, dépendent d'une cause identique, se manifestant au sein de l'économie et résultant d'une réaction toute chimique de la sérosité du sang. Cependant l'analyse a montré des variétés très -distinctes dans les matières colorantes bleues produites.

La coloration bleue des cadavres au début de la putréfaction est-elle de même nature que celle des plaies?

On parviendra sans doute à éclairer ces questions par une étude plus approfondie de la nouvelle matière colorante dont nous avons précisé les conditions de production, et nous devons espérer que la voie dans laquelle nous sommes entré conduira bientôt à la connaissance complète de phénomènes aussi curieux.

formée ni accompagnée d'aucune substance âlbuminoïde, et qu'elle n'est trésprobablement point de nature animale.

Les acides énergiques la ebangent en une couleur rouge offrant la te.nte pelure d'oignon caractéristique du tournesol rougi, ce qui établit de grandes probabilités en faveur de la nature végétale de cette substance.

Le sous-acétate de plomb, qui décolore complètement le tournesol, ne prec.pile nas la couleur dont il s'agit de sa dissolution aqueuse, laquelle n'ollre pas la moindre réaction alcaline; mais la liqueur se décolore en partie quand on y ajoute avant le sel de plomb quelques gouttes d'ammoniaque.

Alors le précipité plombique qui apparaît entraine avec 1... une portion de la matière colorante dissoute.

Tous ces faits paraissent prouver que la matière colorante bleue du hnge a pansements est de nature et d'origine végétales. Ils rejettent bien loin cette idée, qui ttZ it l'apparition de cette teinte à la production de bleu de Prusse ou de p l ospbate de fer aux dépens du fer contenu dans le sang, et des phosphates al aïn ou des combinaisons cyanurées séparées des liquides ammaux, par ttite d un a t raUon quelconque. Le phosphate de fer est insoluble dans 1 eau, et m lu, n.

Meu de Prusse ne rougissent par les acides et ne blemssent de nouveau par les alcalis, comme il arrive pour la substance colorante dont d s ag.t.

ULCÈRE PERFORANT DU PIED (j)

Les observations d'ulcère perforant du pied sont assez rares pour être étudiées avec soin, sous le triple rapport de leur étiologie, de leur anatomie pathologique et de leur traitement. Nous avons eu, cette année, deux malades atteints de cette affection dont Thistoire nous semble digne d'intérêt. L'ulcère perforant du pied est-il d'une origine aussi récente qu'on Ta prétendu, et datet-il réellement de 1852? La Gazette des hôpitaux (10 janvier 1852) publia sous le titre : Affection singulière des os du pied, une observation recueillie dans le service de M. le professeur Nélaton, et M. Vésignié (d'Abbeville) décrivit dans le môme journal (5 février 1852) un fait analogue auquel il donna le nom de mal plantaire perforant. En 1855, M. Leplat, actuellement médecin de l'hôpital militaire d'Orléansville, soutint à la Facullé de Paris une excellente thèse sur ce sujet, et proposa le nom de mal perforant, en s'appuyant sur ce motif que le mal pouvait siéger ailleurs qu'à la région plantaire. Depuis cette époque, M. Richard a décrit un mal perforant de la jambe (2), et M.H.Bertrand, médecin-major de l'armée, a publié dans le mois de juin de cette année un cas de mal perforant des deux pieds et des deux mains (3), et a proposé la dénomination de mal perforant des extrémités.

Quoi qu'il en soit, et tout en réservant la discussion de ces termes, qui ne nous paraissent pas acceptables, la dénomination de M. Leplat est restée dans le langage chirurgical. M. Nélaton a imité la sage réserve de M. Leplat, et n'a point défini le mal dont il donne le tableau. Follin (h) rattache à ce nom « diverses lé-

(1) Leçon recueillie par M. le docteur Cochu, médecin-major, répétiteur à l'École du service de santé militaire (Gazette des hôpitaux, 24 octobre 1865).

(2) Richard, Gaz. des hôp., 15 août 1857.

(3) Bertrand, Mémoires de médecine, de chirurgie et de pharmacie militaires,

(4) Follin, Traité élémentaire de pathologie externe.

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