CAUTÉRISATION PONCTUÉE
Les plus grandes répulsions contre la cautérisation tiennent à la crainte qu'inspire l'appareil instrumental. Les malades sont frappés d'effroi à la vue des fers volumineux, coniques, en roseau, nummulaires, que l'on fait rougir a blanc pour s'en servir, et ils frémissent à l'idée d'entendre leurs chairs crier et éclater lentement sous un moxa enflammé. Pour oser proposer de pareils procédés, il faut au chirurgien une conviction bien arrêtée de leur efficacité, et il y renonce dans tous les cas où l'espoir de la guérison par des moyens plus doux lui est offert.
La réforme que nous proposons consiste à remplacer habituellement le moxa, et ces fers volumineux rougis sur un brasier ardent, par un stylet de trousse, d'or, d'argent, d'acier, ou par un très-petit cautère conique, chauffés à la flamme d'une simple lampe à l'alcool. On touche très-légèrement les parties malades, de manière à ne produire ni phlyctônes, ni eschares. L'épiderme seul est atteint et présente une tache sèche et jaunâtre du diamètre d'une tête d'épingle. Ces points de feu sont instantanés, et c'est à peine si les malades les ressentent. Les plus impressionnables comparent la douleur à celle d'un pincement ou d'une légère piqûre. Dans l'immense majorité des cas, cette sensation ne se prolonge pas. Si, par exception, un peu de cuisson et de chaleur persiste, on diminue le nombre des cautérisations, ou l'on entoure, pendant quelques minutes, la partie intéressée d'un linge mouillé, et la douleur disparaît.
Le nombre des points de feu varie, selon la nature et l'étendue de l'affection, et selon la susceptibilité du malade, de trois ou quatre, à trente, cinquante et même plus, et on les répète une ou plusieurs fois en vingt-quatre heures, ou seulement tous les deux ou trois jours, selon les mêmes règles.
Ce mode d'application, déjà employé d'une manière spéciale et dans des conditions assez rares, nous a paru mériter d'être généralisé, et nous en avons fait un heureux usage dans la plupart des cas où l'on n'a pas recours au feu comme moyen d'hémostasie ou de destruction.
L'effet du cautère actuel (voyez notre Médecine opératoire, 3e édition, ou notre Traité de l'infection purulente) est d'appeler le sang artériel dans les tissus touchés par l'instrument. Sur les parties saines la rougeur est uniforme. Si l'inflammation est inégalement disséminée, la rougeur apparaît plus marquée aux points où la phlogose offre le plus d'intensité. Sous ce rapport, la cautérisation est un moyen de diagnostic des inflammations profondes et cachées.
CAUTÉRISATION IC.NÉK.
La fluxion de sang artériel, principal résultat de l'application du feu, en explique l'action et les avantages.
Dans les ulcérations infectieuses, sources de lymphites et de phlébites toujours dangereuses et souvent fatales; à la suite des piqûres anatomiques ou de toute autre plaie de mauvaise nature, l'abord du sang rouge modifie immédiatement les dispositions des tissus lésés.
L'oblitération des orifices vasculaires ulcérés met obstacle aux intoxications par introduction dans l'économie de principes délétères. On arrête de même avec certitude l'inflammation des lymphatiques et des veines, dont les vasa vasorum hypérémiés tendent à produire des infiltrations séreuses et des suppurations d'une extrême gravité. L'afflux artériel provoque des épanchements globulaires et fibrineux qui forment barrière à toute extension inflammatoire et à toute propagation infectieuse.
Dans les ulcérations phagédéniques et les plaies virulentes, la cautérisation ponctuée avec le stylet donne .d'excellents résultats : les douleurs brûlantes de la partie lésée cessent immédiatement, et sont efficacement combattues, lorsqu'elles reparaissent, par de nouvelles cautérisations; le gonflement, l'œdème et la coloration d'un rouge brunâtre de la peau diminuent, et les malades éprouvent une amélioration si notable, qu'ils sont les premiers à réclamer celte médication vraiment héroïque, et que plusieurs se l'appliquent eux-mêmes avec confiance.
Les inflammations profondes, compliquées d'altération des os, de gonflements séreux et d'indurations couenneuses, sont également modifiées avec une grande rapidité par la cautérisation, et une de nos malades atteinte de gonflement du tibia et privée de sommeil par excès de douleur depuis quatre mois, réfractaire, en outre, aux traitements les plus variés, se trouva sur-le-champ soulagée, et fut en voie de guérison dès la seconde application de ce mode de cautérisation.
On n'ignore pas de quelle ressource est le cautère actuel pour prévenir la gangrène ou en arrêter la marche, et toutes les fois qu'une révulsion énergique est nécessaire, la cautérisation ignée est le moyen le plus puissant.
Les faits que nous avons observés depuis plusieurs années, et dont nos cliniques offrent des exemples innombrables, ne laissent aucun doute sur l'utilité du procédé dont nous proposons de généraliser l'emploi. Nous nous bornerons à en citer un qui nous paraît des plus curieux.