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HISTORIQUE DU GROUPE

Müller (1), le premier, en 1774, décrivit sous le nom d’Helix striata une coquille qui lui avait été envoyée de la Saxe par Schrôter. Gmelin, dans la treizième édition de Linnée (2), cite également cette même espèce en lui assignant comme habitat la Thuringe. Il renvoie à la la figuration, assez mauvaise, du reste, donnée par Schrôler (3).

En 1801. Draparnaud. dans son Tableau des mollusques (4), donne, sous le nom d’Helix striata, une « coquille blanchâtre ou jaunâtre, striée, subcarénée, fasciée de brun »; il admet trois variétés, suivant que la coquille a ou n’a pas de bandes coloriées. La var. C, coquille blanchâtre ou roussâtre, sans bandes, se rapporte d’après lui à l’Helix striata de Müller. C’est à partir de ce moment que la confusion commence.

En 1804, ce même auteur, dans son {Histoire des mollusques (5), divise les coquilles subdéprimées en imperforées, perforéesetombiliquées, le groupe C, des ombiliquées, comprend onze espèces, savoir :

Helix lucida (H. nitida, Drap., Tabl. Moll., n° 47).

— hispida (Linné, Syst. nat., 657 ; Müll., Verm. Hist., 268). — villosa (H. sericea, b, Drap., Tabl. Moll., n° 26).

— plebeia (Nov. sp.).

— conspurcatu (Nov. sp.; Gualt., t. I, fig. a).

— striata (H. bidentata, Drap., Tabl. Moll., n° 95).

— ericetorum (H. ericetorum, 6, y. Mülller, 226).

— neglecta (Nov. sp.).

— cespitum (Nov. sp.).

— incerta (Nov. sp.)

— fasciola (H. striatula, Müller, Verm. hist., 225).

Nous écarterons d'abord de ce groupeles Helix lucida et H.incerta qui sont de véritables Hyalinia, puis les Helix hispida, H. villosa et H. plebeia dont le galbe et la nature pilleuse du test en rendent l'élimination toute naturelle. Les Helix ericetorum, II. neglecta, et H. cespitum, par leur

(1) Müller, 1774. Verm. terr. el fluv. Hisl., I, p. 38, n° 938. (2) Gmelin, 4788. Sylema naturæ, éd. XIII, p. 2632, n° 64. (3) Schrôter, 1771, Zrdconch., p. 183, n° 60, Lab IT, f. 20. (4) Draparnaud, 1801. Tabl. moll., p. 91, n°39.

(5) Draparnaud, 1805. Hist. moll., p. 98.

taille, leur galbe général avec un grand ombilic peuvent constituer un autre groupe. Il ne nous reste donc plus que les Helix conspurcata, H. striata et H. fasciola. Cette dernière espèce, envoyée à Draparnaud, de la Rochelle, avec son test corné, son galbe déprimé, ne paraît pas appartenir à la faune française, et cependant l'Helix striatula de Müller, qui en serait le synonyme, provient bien de la France. Quelle est, au juste, cette espèce ? Nous ne saurions le dire pour le moment; mais il est bien certain qu’elle n'appartient pas à notre groupe des striées.

Il ne nous reste donc, dans l'ouvrage de Draparnaud, comme point de départ du groupe des striées que ses Helix striata et IH. conspurcata. Cette dernière Hélice est une bonne espèce bien typique, bien caractérisée que nous garderons comme tête d’un groupe particulier au sujet duquel nous aurons à revenir plus tard. Examinons donc ce qu'était l’Helix striatade Draparnaud.

ÆEn 1801, l'Helix striata (var. C) de Draparnaud avait pour synonyme l'Helix striata de Müller. Mais, en 1804, 1l n’est plus question de Müller. et l’Helix striata de Draparnaud devient synonyme de son Helix bidentata de 1801 (1) ainsi définie : « Coquille lisse, striée, blanche, subcarénée; bourrelet du péristome 2-denté. » Et en effet, parmi les neuf variétés citées pour l'Helix striata en 1804 (2) les deux dernières sont, l’une, labio unidentato; l’autre, labio bidentato. Mais, à cette époque, il est évident que l'auteur réunit sous l’appellauon d'Helix striata un grand nombre de formes plus ou moins affines, puisqu'il reconnaît lui-même que cette coquille « varie beaucoup, par ses couleurs, sa grandeur et même par l’élévation de la spire qui est tantôt globuleuse et un peu conique, tantôt déprimée et presque aplatie. » Plus loin même il se demande si sa var. « ne serait point une espèce distincte !

Comme nous l'avons vu, Müller avait déjà fait usage de ‘ce même nom d'A. striata. Il importe donc d'examiner si les Helix shriata de Draparnaud et de Müller correspondent à la même espèce. Et d’abord, nous remarquerons que Draparnaud, dans son dernier travail, ne fait plus allusion à l'espèce de Müller, alors qu'au contraire, il a soin de citer cet auteur toutes les fois qu’il lui emprunte une appellation. 1] est donc à présumer que Draparnaud a réellement reconnu en 1804 que l’Helix striata de Müller n’existait pas en France, comme 1l paraissait l'admettre en 1801.

(1) Draparnaud, 1801. Tabl. moll., p. 85, n° 25. (2) Draparnaud, 14804. Hist. moll., p. 106, n° 39.

Quant au nom d'Helix bidentata dont il fait usage en 1801, il rentre en synonyme de l'Helix bidens de Chemnitz (1) forme bien différente, qui n'appartient pas à ce groupe.

Si nous voulons comparerles descriptions que ces deux auteurs donnent pour les Helix striata, elles sont si brèves, si succinctes qu'il est bien difficile d’en tirer une conclusion, surtout si l’on tient compte de l'observation faite par Draparnaud au sujet du polymorphisme de son espèce. Il est cependant intéressant de mettre en regard ces deux diagnoses :

H. striata, Müller, 1774.

Testa alba, arqute striata, unicolor ; sublus convexa, supra convexiuscula. Umbilicus distinctissimus, pervius. Anfractus fere sex rotundati absque carina. Apertura lunata; labrum in mea nondum absolutum.

H. striata, Drap., 1804.

Testa subdepressa, plerumque alba et fasciata, striata subcarinata ; peristomate albo marginato.

Mais, et c’est ici le nœud de la question, le type de Müller provient de Saxe, tandis que Draparnaud décrit les mollusques de France. Nous avons donc cherché à nous procurer cette forme allemande, et nous avons pu enfin nous convaincre, de visu, que l’Helix striata de Müller, le seul et véritable Helix striata par droit de priorité absolue. était une forme bien typique, bien caractéristique, qui n’a aucun rapport avec nos striées fran çaises. Lenom d’Helix striata de Draparnaud doit donc disparaître à jamais, et être tout au plus relégué dansles synonymies de nos formes françaises. Nous disons tout au plus, car, vu le polymorphisme avoué pour cette espèce par Draparnaud, il est bien difficile de savoir au juste à laquelle de nos formes il se rapporte aujourd’hui !

MM. S. Clessin et F. Borcherding ont bien voulu nous envoyer des Helix striata récoltés dans les stations suivantes : Lieskau, près de Hallesur-Saale, les bords du lac de Mansfeld, près Halle -sur-Saale, et Mansfeld, ces trois localités sont bien situées dans la Saxe, c'est-à-dire dans la région que Müller signale pour son type. Enfin nous avons également reçu cette même coquille de Mombach, près Mayence. sur la rive gauche

du Rhin. Nous devons reconnaître que toutes ces formes, à part les varia-

(1) Chemnitz, 1786. Syst. Conch., p. 50, pl. CXXIT, f. 1052 (Trochus bidens). Gmelin, 1788. Systema naturæ, 13° édit., p. 8642 (Helix bidentata)

tions individuelles nécessairement inhérentes à chaque sujet sont absolument conformes entre elles et appartiennent bien à la même espèce.

Pour compléter notre étude, et à titre de comparaison, nous avons pensé qu’il serait intéressant de donner ici la description complète de ce que nous considérons désormais comme le véritable Helix striata de Müller. Cette description est faite d’après des individus provenant de la station type indiquée par l’auteur lui-même.

HELIX STRIATA, Müller

Coquille d’un galbe subglobuleux, un peu conique en dessus, assez convexe en dessous. — Très solide, assez épais, couvert de costulations très grossières et très irrégulières, devenant encore plus fortes et plus marquées sur le milieu du dernier tour, un peu atténuées et plus régulières en dessous, au bord de l’ombilic; coloration variable; tantôt monochrome et passant du blanc grisâtre au roux clair, tantôt d'un fond blanc ou roux avec des bandes longitudinales brunes foncées, en nombre très variable, mais toujours plus fortes et plus larges en dessus qu’en dessous. — Spire composée de quatre tours et demi, bien convexes, croissant très régulièrement, le dernier, à peine un peu plus grand vers l'ouverture; profil des tours supérieurs arrondi; profil du dernier tour parfaitement arrondi depuis sa naissance jusqu’à son extrémité ; suture bien accusée, assez profonde ; sommet lisse, brillant. — Ombilic arrondi à sa naissance, moyennement large, très profond par suite de la forme arrondie du dernier tour, laissant voir sur une faible largeur un peu plus de la moitiéde la longueur de la circonférence interne de l'avant-dernier tour, son bord droit légèrement masqué par le développement du bord columellaire. — Ouverture exactement circulaire, peu échancrée par J'avant-deranier tour. — Péristome interrompu, à bords assez rapprochés, presque droit, peu épais, le bord supérieur à direction presque rectiligne, le bord columellare légèrement réfléchi sur l'ombilic.

Dimensions. -— Diamètre maximum : 7-9 millim.

Hauteur totale ; 4 1/2-6 1/2 millim.

Comme on a pu le voir par cette description, l’Helix striata de Müller n'a aucun rapport avec les formes du groupe de l’Helir Heripensis. Mais, en revanche, par son galbe, par ses costulations, il se rapproche beancoup de la forme française que nous désignons sous le nom

d'Helix costulata de Ziegler (1) et que l’on trouve dans l’est, notamment dans l'Alsace, la Moselle, la Champagne, la Côte-d'Or, le Jura, le Rhône et le Dauphiné. Malheureusement nous ne connaissons pas le véritable type de l'Helix costulata de Ziegler, de telle sorte que nous ne sommes pas en mesure de dire en quoi il diffère du type de l’Helix striata de Müller ; mais, dans tous les cas, nous retenons ce fait parfaitement certain, c’est que l’Helix striata n'appartient pas au groupe de lHelix Heripensis (2).

Ceci étant posé, revenons à notre historique du groupe de l'Helir Heripensis.

Avant Draparnaud, Geoffroy (3) avait décrit sous le nom de Grande striée une coquille au sujet de laquelle les malacologistes ont émis des avis forts différents, et qui, pourtant. joue un certain rôle dans l’histoire des formes qui nous cecupent. Müller, en parlant de son Helix striata, dit: « Sériatam majorem clariss. Geofroi crederem, nisi omne fasciarum vestigium ubesset (4).» Draparnaud (5) considère la Grande striée comme une variété de son Hélice striée; Brard (6) en fait un Helix fruticum. Picard (7), MM. l'abbé Dupuy (8) et Gassies (9) l’envisagent comme synonyme de l’Helix striata de Draparnaud. Pour M. le docteur Jousseaume (10), c’estl'Helix strigella du même auteur. Enfin M. P. Fagot (11) affirme que cette coquille appartient au groupe des striées.

Sans intervenir définitivement dans la question qui nous semble difficile à résoudre avec les seules données du Mémoire de Geoffroy, nous nous bornerons à rappeler la figuration donnée par Duchêne, figuration

(1) Ziegler, 1828. Zn Pfeiffer, Deutsch. moll., p. 82, pl. VI, f. 21, 22, (2) D’après les récents travaux de MM.Agardh Westerlund et S. Clessin, l’Helix costulata - de Ziegler ne serait, en effet, qu'un simple synonyme de l’Helixæ siriala de Müller (Westerlund, Faun. ewrop. Moll. Prodromus, 1876, p. 106; S. Clessin, Momenclutor Helic. vivent., 4881, p. 132). M. Borcherding nous écrit également qu'il considère ces deux espèces comme synonymes. Mais, avant de conclure définitivement, il faudrait comparer les échantillons de l'Helix striata de la Saxe, avec les types de Ziegler qui doivent faire partie de la collection de Rossmässler.

(3) Geoffroy, !767. Traité sommaire des coquilles env. Paris, p. 34. (4) Müller, 1774. Verm. terr. fluv. Hist., W,-p. 38. (5) Draparnaud, 1801. Tabl. moll., p. 91, n° 39, 6. (6) Brard, 1815. Histoire des coquilles env. Paris, p. 58. (7) Picard, 1840. Hist. moll. dép. de la Somme, p. 229. (8) Dupuy, 1848. Histoire des mollusques, p. 279 (9) Gassies, 1849 Tabl. mollusques Agenais, p. 9%. (10) Jousseaume, 1877. In Bull. Soc. Zoo!. Franc., p. 25, pl. IL, f. 20, 21. M Réponse à lanote de M. Fagot, Loc. cit., p. 333.

(11) P. Fagot, 1878. Observations sur la Grande striée de Geoffroy, In Ur Soc. Zool. France, séance du 6 dec. 1878, p. 329.

en trois planches que l’on trouve quelquefois à la fin du petit volume de Geoffroy. Nous constaterons que la grande striée figurée planche IT a un ombilic très étroit, qui, bien certainement, ne peut appartenir ni à un Helix fruticum, ni encore moins à un Helix strigella, tel qu’on le trouve aux environs de Paris, c'est-à-dire dans la région française où cette forme a le plus grand ombilic. Nous estimons, au contraire, avec M. P. Fagot, qu'une telle coquille a bien plus d’analogie avec certaines formes du groupe de l’Helix Heripensis, formes de même taille, à ombilic relativement étroit et qui vivent actuellement en assez grande abondance aux environs de Paris (in pagi heripensis).

Laissant de côté les monographies locales qui ont paru depuis Draparnaud jusqu'à 1850, et qui ne peuvent jeter aucune lumière sur la question, nous arrivons ainsi à la Monographie des Hélices striées publiée à cette époque par F. Dumont (1). Cet auteur, meilleur collectionneur que critique érudit, envisage le groupe des striées sous son plus vaste aspect. Son groupe ne comprend pas moins de vingt espèces, « toules striées longitudinalement et obliquement. » Ce sont:

Helix fruticum, Müller. Helix candidula, Stud.

— strigella, Drap. — striata, À. Gras (2).

— Alpina, Mich. — intersecta, Poiret.

— Fontenilli, Mich. — Carascalensis, Mich.

— ericetorum, Drap. < — apicina, Lamck.

— cespitum, Drap. — conspurcatu, Drap.

— neglecta, Drap. — rugosiuscula, Mich.

— Terveri. Mich. — conoidea, Drap.

— variabilis, Drap. | — pyramidata, Drap.

— maritima, Drap. — conica, Drap.

Certes, l’on ne pouvait s'attendre à pareil amalgame de formes aussi différentes! Il est inutile d’insister sur cet étrange mode de groupement quiréunit les Helix fruticum, H. variabilis, H. candidula et H. conica ! Toutes ces coquilles ont bien, en effet, un test plus ou moins strié ; mais la plupart n’ont aucun rapport avec les Helix striata de Müller ou de

(1) Dumont, 1850, Monographie des Hélices striées, In Bull. Soc, Hist. Nat. Savoie (tir. à part., À br. in-12, 37 p.).

(2) Albin-Gras, dans son mémoire intitulé: Description des mollusques fluviatiles et terrestres du département de l'Isère, in Bull. Soc. Isère, p. 430, donne, en effet, la description d'un Helix striata, mais sans nom d’auleur; ce n’est donc ni l’Æ. striata de Müller, ni celui de Draparnaud.

Draparnaud, encore moins avec le groupe de l’Helix Heripensis dont Dumont ne paraît pas avoir connu le type. De ces vingt espèces, il en reste seulement six, les Helix candidula, H. striata, H. intersecta, H. apicina, H. conspurcata, H. rugosiuscula qui puissent à la rigueur être considérées comme appartenant au groupe général des Hélices striées.

M. l'abbé Dupuy, dans son Histoire des mollusques (1), est véritablement de tous les auteurs français celui qui a le mieux co npris jusqu’à présent ce groupe. Il admet, en effet, le groupe des séries et yrange les espèces suivantes :

Helix rugosiuscula, Mich. Helix striata, Drap. — apicina, Lamck. — intersecla, Poiret.

— costulata, Ziegl. — candidula, Stud.

— conspurcata, Drap.

Ici, au moins, nous sommes en présence d’une classification logique et méthodique. Pour M. l'abbé Dupuy, son Helix striala type est la coquille envisag‘e par Draparnaud et non pas celle de Müller. Dans sa synonymie, ce savant auteur considère l’Helix striata de Müller comme un Helix ericetorum de petite taille, et donne comme synonyme à l’Helix striata de Draparnaud les Helix cinerea Poiret (2), H. caperata Montagu (3), H. striatula Müller (4), etc., mais avec des points de doute, il est vrai.

Moquin-Tandon (5) a compris ce même groupe d’une façon analogue à celle de Dumont. Mais, en outre, sa synonymie renferme des erreurs regrettables. Pour lui, l’Helix rugosiuscula Michaud, n’est plus qu’une variété de l’Helit unifascinta Poiret, tout comme l’Helix costulata de Ziegler est également une simple variété de l’Helix conspurcata de Draparnaud ; de même encore, les Helix arenosa Ziegler et H. nubigena Charp., ne sont que des variétés des Helix ericetorum et H. cespitum. À force de vouloir simplifier la science, il ne parvient qu’à la rendre incompréhensible! Son groupe XXI des Helicella comprend les treize espèces suivantes :

(1) Dupuy, 1849. Histoire des mollusques, p. 270.

(2) Poiret, 1801. Coq. fluv. Aisne, Prodr., p. 73.

(3) Montagu, 1803. Testacea Britannica, p.433, tabl. Il, f. 11. (4) Müller, 1774, Verm. terr. fluv. Hist., II, p. 26.

(5) Moquin-Tandon, 1855. Histoire des mollusques, t Il, p. 232.

Helix apicina, Lamck. Helix Alpina, Faure-Big. — unifasciata, Poiret. — giacialis, Thom.

— Conspurcata, Drap. — neglecta, Drap — fasciolata, Poiret. — ericetorum, Müll.

— intersecta, Poiret. — cespitum, Drap.

— Garascalensis, Ferussac. — Terveri, Mich.

— Fontenillii, Mich.

Il faut, hélas ! reconnaître que de tous les groupes d’Hélices de Moquin- Tandon, c’est certainement celui des Helicella qui est le plus mal compris sous le rapport du mode de groupement et surtout comme synonymie. Que deviennent chez cet auteur les Helix striata de Müller et de Draparnaud? Il admet que l’Helix striata de Draparnaud est une forme différente de celle de Müller, laquelle ne serait plus qu'une variété naine de l’Helix ericetorum (1). Mais fort des droits acquis de priorité, il reconnait que le nom d’Helix fasciolata donné par Poiret, en avril 1801, doit passer avant celui d'Helix striata créé par Draparnaud pour [1 même espèce en juillet de la même année.

Cei Helix fasciolata, est ainsi défini par Poiret (2):« Testa supra plana, umbilico angusto ; fascis inferioribus approximatis. » Une telle diagnose est malheureusement bien vague. Cependant la solution proposée par Moquin-Tandon trancherait toute difficulté si l’on savait au Juste ce que c’est que cet Helix fasciolata de Poiret. Mais, sous ce nom, Poiret luimême a pu réunir plusieurs formes affines ; quel est son véritable type? Il est aussi difficile de le savoir pour son Helix fasciolata que pour l’Helix striäta de Draparnaud ; car, en effet, cette définition peut tout aussi bien s'appliquer aux Helix Heripensis. H. Solaciaca. H. Thuillieri et H. Loroglossicola qui vivent aux environs de Paris, et notamment dans l'Aisne, dont Poiret a donné le catalogue malacologique.

A la vérité, ces deux auteurs, écrivant à la même époque, mais l’un à Paris et l’autre à Montpellier, ont très bien pu connaître les mêmes formes. En effet, Draparnaud était en correspondance avec ses amis Faure-Biguet, de Crest, dansla Drôme et Sionest, de Lyon, qui lui envoyaient le produit de leurs chasses. Or, ces mêmes Hélices que nous venons de nommer comme se trouvant dans l'Aisne se retrouvent également dans les environs de Lyon et dans la vallée du Rhône. Nous avons pu voir, dans ce qui

(4) Moquin-Tandon. Loc. cit, p. 293.

(2) Poiret, 1801. Cog. Aisne, Prodrome, p. 79.

reste de la collection Sionest, qu'il connaissait ces mêmes Hélices, et dans son catalogue manuscrit (1), il les désigne vingt-deux fois, sans doute d’après les indications de Draparnaud, sous le nom d'Hlice striée.

De tout ceci, il résulte donc que pas plus le nom d’Helix fasciolata de Poiretque celui d’Helix striata de Draparnaud ne peuventêtre conservés, et qu'il est même très difficile, par suite de la non-connaissance de leurs véritables types, de les faire entrer dans une synonymie rigoureusement exacte.

Nous devons à M. J. Mabille la première description sérieuse des grandes Hélices striées des environs de Paris (2). Dans une note malheureusement trop succincte, il donne les diagnoses des quatre grandes espèces vivant aux environs de Paris, savoir les Helix Heripensis, H. Thuillieri, H. Solaciaca et H. Loroglossicola, correspondant sans doute à l’Helix fasciolata de Poiret et aux Hélices striées de Brard, de Geoffroy et de la plupart des auteurs qui ont étudié la malacologie des environs de Paris.

Depuis la publication des ouvrages dont nous venons de parler, et grâce, sans doute, à l’impulsion qu’ils ont su donner aux études malaco logiques, des recherches plus suivies, plus attenlives ont permis de découvrir un nombre considérable de formes nouvelles. En même temps, par suite de cette grande diversité de formes, il est devenu nécessaire de dédoubler les groupes qui pouvaient renfermer un trop grand nombre d'espèces, de telle sorte que l’ancien groupe des striées de Draparnaud, par exemple, a dû, à son tour, être subdivisé en presqueautant de groupes qu'il renfermait d'espèces dans le principe, chaque espèce devenant, à son toar, une tête de groupe. C’est ainsi que, dans le Prodrome de malacologie française que nous avous publié en 1882, nous avons été amené sur les indications que nous devons à notre savant ami M. J.-R. Bourguignat, à comprendre sous Le nom de groupe de l'Helix Heripensis (3) le véritable groupe des Hélices striées proprement dites, correspondant aux formes que Draparnaud et Poiret désignaient sous les noms d’Helix striata et H. fasciolata et renfermant toutes leurs formes affines. Nous avous adopté ce nom d’Heripensis du nom donné par M. J. Mabille à l’espèce la plus commune, la plus répandue, la plus typique de toutes les formes de ce groupe.

(1) L'original de ce catalogue manuscrit dont nous ne possédons qu'une copie appartient à notre ami M. l'abbé Victor Mulsant.

(2) 3. Mabille, 1877. Testarum novarum diagnoses, in Bull. Soc. Zool., p. 304.

(3) A. Locard, 1882. Prodrome de malacologie française, p. 107 cet 332.

En parcourant notre Prodrome, on verra qu’en dehors de quelques espèces méridionales appartenant à des groupes algériens, comme les Helix prinohila, H. Bertini, H. arceutophila, l'ancien groupe des striées comprend aujourd’hui les groupes des Helix conspurcata, H. Martorelli, H, apicina, H. Ramburi, H. Heripensis. H. unifasciata et H. intersecla, anciens types déjà connus, autour desquels sont venus se grouper un certain nombre de formes plus ou moins affines. Dans le travail qui nous occupe actuellement, nous ne parlerons exclusivement que de notre groupe de l’Helix Heripensis. Plus tard, sans doute, arriverons-nous dans d’autres mémoires à compléter cette étude de l’ancien groupe des striées.

Le groupe de l'He.ix Heripensis comprenait dans notre Prodrome vingtdeux espèces. Nous avons dû y rajouter un certain nombre de formes qui nous paraissent nouvelles, et que nous ne connaissions pas à cette époque. Nous arrivons ainsi à un total de vingt-sept espèces. Et malgré ce grand nombre de formes, nul doute pour nous que de nouvelles recherches ne fassent encore découvrir un grand nombre d’espèces jusqu'alors inconnues.

Mais avant d'entrer en matière, il nous reste à dire un mot des maté-

riaux qui nous ont servi à faire ce travail. A tout seigneur, tout honneur; nous devons à l’inépuisable complaisance de M. Bourguignat la communication de tous les types de sa splendide collection. M. Jules Mabille a bien voulu vérifier plusieurs de nos déterminations pour les confronter avec les propres types des espèces qu'il a crétes. MM. P. Fagot et Coutagne nous ont envoyé du Midi toute une collection de striées. Enfin, nousmême, en vue de ce travail, nous avons examiné plus de deux mille cinq cents individus de toutes provenances françaises, appartenant tous àce même groupe. On peut donc en conclure que, grâce au généreux concours de nos bienveillants amis, nous avons pu disposer de matériaux considérables pour celte étude. Aussi espérons -nous arriver enfin à jeter un peu de lumière sur cette intéressante question.

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