‹ Contributions à la statistique de la lithotritieChapitre 8 sur 21 · o. Antoine-Gustave Janson, 13 ans, élevé · texte numérisé non relu

o. Antoine-Gustave Janson, 13 ans, élevé

aux Enfants-Trouvés, fils d’un ouvrier de la fabrique de porcelaine de Rôrstrand près de Stockholm, avait, au dire de sa mère, éprouvé, depuis l’âge de 6 ans, de la difficulté ' à lâcher l’urine, laquelle toutefois s’écoulait souvent invo- é lontairement pendant la nuit. Reçu au grand Hospice des ' Enfants-Trouvés, il fut envoyé de là en 1846 à l’Hô- | pital des Séraphins, pour y être opéré d’une hydrocèle. | Durant son séjour à l’hôpital, il reçut des avertissements î continuels de la garde-malade de ne pas «mouiller le lit«; mais ne s’étant probablement pas plaint de dou- • leurs considérables dans la vessie, personne n’y fit attention. Il en fut de même à sa sortie de l’hôpital. Le mal empira cependant, les douleurs à la miction devinrent permanentes; l’incontinence d’urine se renouvela ^ chaque nuit, ce qui lui attira non seulement de veites

réprimandes, mais encore force coups du contre-maitre de la fabrique de bas où il était entré en automne comme apprenti.

Enfin au commencement de l’hiver les douleurs devenant insupportables, sa mère vint à moi, et, en décembre, je parvins après 5 ou 6 explorations à découvre la pierre.

Quoique ce jeune garçon n’ent pas plus de 13 ans, et fût par conséquent un. sujet bien jeune pour la lithotritie, je saisis toutefois avec plaisir cette occasion, la première qui se présentât à moi, d’essayer la lithotritie, même chez des enfants. Les petits instruments que j’avais apportés de Paris dans ce but spécial, et qui jusqu’ici étaient restés sans emploi, me vinrent fort à propos. L’orifice de l’urètre étant plus étroit que d’ordinaire, je fus forcé de le dilater préalablement au moyen de Vuréthrotome de Civiale , et des bougies introduites et laissées à demeure procupèrent un passage suffisant à l’écoulement futur du détritus.

Dès que la plaie eut été cicatrisée, je procédai au l:er broiement, le 9 février 1850. La pierre fut saisie à un diamètre de 7 lignes de Paris. L’instrument employé était celui de Cliarrière N;o 0, le plus fin percuteur qu’il fabrique. Il répondit effectivement fort bien au but, quoiqu’il fallût employer beaucoup de force pour briser la pierre assez dure d’acide urique.

Une légère quantité de détiâtus fin sortit sans difficulté dès la l:ère séance, et une quantité plus considérable s’écoula avec tout autant de facilité les 2 séances suivantes, le 9 et le 1 1 février. A la 4:ème séance,

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ayant peut-être commis la faute de faire une injection un peu trop forte dans la vessie, savoir 4 onces d’eau, je sentis en essayant d’ouvrir l’instrument, une constriction si violente, provenant problablement de crampe au col de la vessie, que, comme fermé par force, il lui fut impossible de saisir la pierre. Le patient souffrant fort à mes manoeuvres et sentant en outre un besoin irrésistible de lâcher l’eau, je jugeai néces.saire de retirer immédiatement le percuteur, ce qui n’eut pas lieu sans peine, et de remettre la séance à une autre fois. Je ne me souviens pas d’avoir rencontré un cas pareil dans toute ma pratique.

Le 1 7 février, la tentative fut renouvelée, et alla des mieux. Le 19, je saisis un autre morceau d’une gro.sseut de 5 à 6 lignes, et tout annonçait qu'il ne restait plus que peu de chose à faire. Me réjouLssant de ce que cette 6:ème séance eut si bien réu.ssi, j’étais près de quitter la chambre, lorsque le jeune garçon, immédiatement au sortir du lit, et pendant qu’heureusement j’étais encore là, poussa, en lâchant l’eau injectée, un cri violent, en disant que "quelque chose s'était arrêté dans le canal." C’était pour lui un accident extraordinaire, car' les petits fragments des séances pi'écédentes étoient sortis sans causer de bien grandes douleurs. Les souffrances les plus atroces suivirent immédiatement, le pauvre enfant suait, était aux abois, sans qu’une seule goutte d’urine pût sortir. A la pression du canal, je sentis qu’il s’était arrêté, immédiatement derrière le scrotum, une pierre d’un volume trop considérable pour pouvoir être, sans la plus grande difficulté, ramenée en avant ou repoussée en arrière. Je courus prendre chez moi tous les instruments que je pos-

sèdais pour l’extraction de la pierre fixée dans l’urètre, et dont jusqu’ici je n’avais pas fait usage une seule fois dans ma propre pratique. (Cela sert en quelque sorte à prouver que les cas où des fragments de pierre s’arrêtent dans l’urètre, sont bien loin d’être aussi communs qu’on pourrait le croire en théorie). J’acquis toutefois maintenant l’expérience que la lithotritie peut être chez les enfants accompagnée d’accidents graves qui la rendent infiniment plus difficile que chez les adultes. J’essayai premièrement la curette articulée de Leroy^ et réussis à dépasser la pierre et à visser la cuiller; mais la traction occasionna au patient des souffi’ances si insupportables, que, de crainte de déchirer la membrane muqueuse et le corps caverneux de l’urètre, je me vis forcé de dévisser la cuiller et d’extraire l’instrument. J’eus maintenant recours à une épaisse sonde d’argent ordinaire dans l’espérance de pouvoir repou.sser la pierre dans la vessie, mais elle resta immobile. J'employai ensuite la pince de Hunter, puis l’instrument de Lahat destiné à repousser la pierre dans la vessie par injection forcée d’eau agissant simultanément avec la pression de l’instrument lui-même. Tout fut en vain. Ces tentfitives avaient déjà duré 4 d’heure en causant d’horribles souffrances au pauvre enfant. Enfin me souvenant du précepte de Giviale, je me décidai, quoiqu’il en coûtât, à faire plutôt sortir par force le fragment, qu’à le laisser re.ster plus longtemps et causer assurément de plus grands désordres encore. Je réintroduisis donc, non sans une forte hémorrhagie de l'urètre, la curette de Leroy au-delà de la pierre, que je réussis à .saisir fortement, et je tentai nne traction forte dans le vrai sens du mot, tout en ayant

la précaution de pincer avec le pouce et l’index de la main gauche l’urètre derrière la pierre, afin de le soutenir et de prévenir par cela même une rupture éventuelle. Après avoir travaillé quelque temps, j’eus enfin la satisfaction de sentir la pierre se déplacer un peu, et des tractions réitérées firent enfin sortir ce fragment anguleux et d’un volume assez grand. Pour calmer l’inflammation violente qui ne manquerait pas de se déclarer à l’urètre, et pour arrêter l’hémorrhagie, je mis immédiatement au périnée des compresses froides qui furent continuées sans interruption. A part une douleur cuisante à la miction,' il ne se manifesta toutefois aucun symptôme dangereux, et le 3:ème joui’, croyant pouvoir introduire la sonde sans péril, je reconnus à ma grande joie que la pierre qui nous avait si cruellement tommentés tous deux était la dernière. La vessie était vide, et à part une légère irritabilité dans l’m-ètre, le patient se trouva rétabli complètement après 6 séances, exécutées dans l’espace de 3 semaines.

Ce moyen violent de faire sortir la pierre sera sans doute, et avec apparence de raison, blâmé comme cruel et dangereux au plus haut point par mainte personne jugeant a priori de ce cas difficile; j’avoue moi-même que si je n’avais eu pour gouverne que l’autorité verbale ou écrite de Civiale sur le peu de danger relatif de ce procédé, j’aurais en vérité eu de fort grands scrupules, et je n’aurais probablement osé suivre ses prescriptions. Mais me souvenant de l’avoir de mes propres yeux vu, à l’Hôpital Necker, employer lui-même dans un cas semblable, sur un garçon de 9 ans, une violence égale sinon plue grande,

et cela sans suites désastreuses, je crus pouvoir suivre le conseil donné par lui à un médecin américain, lequel se permit à la même séance une objection contre ce procédé trouvé cruel par chacun de nous : "J’avoue”, répondit Civiale, "que votre remarque peut paraître juste, et qu’elle peut l’être comme règle; toutefois s’il vous anûve jamais de vous trouver dans le même cas, je vous conseille de faire ce que j’ai fait, plutôt que de temporiser ; car croyezmoi: je n’ai durant une longue pratique jamais vu de suites bien dangereuses de la traction même très-violente d’une pierre hors de l’urètre, mais j’ai vu souvent, par contre, les suites les plus funestes, pour l’y avoir laissée, même seulement quelques heures.”

42:o. Mr le Pastem’ Forsstrôm, 54 ans, souffrait depuis 8 ans de colique des reins, mais ne ressentait que depuis 9 mois des symptômes de pierre dans la vessie. Nonobstant une irritabilité générale très-grande, ainsi que la crainte du patient pour l’opération, Mr F. fut, l’été de 1850, délivré en deux séances et en moins d’une semaine, sans aucun accident fâcheux, de ses deux petites pierres d'acide urique. Il s’en retourna fort joyeux dans sa pa-

trie (ile d’Aland, Grand-Duché de Finlande), et n’a jamais eu de récidive connue de moi.

43:o. Mr H.-H. Aspegren, commerçant, Stockholm, 61 ans, demanda au printemps de 1850 à être sondé pour symptômes de pierre ressentis, quoique sans trop de douleurs, depuis une année environ. Une violente fièvre intermittente, avec plusieurs récidives, survenue pendant l’été, retarda l’opération jusqu’au 17 octobre. La pierre fut alors saisie a 5 lignes. Cette l:ère séance fut suivie

de frisson accompagné d’une lièvre légère, plus de l’enflure et de l’endolorissement d’un des testicules. La crise se calma en quelques jours, et la 2:de séance put avoir lieu le 21. Nouvelle fièvre avec délire violent, toutefois sans caractère sérieux et appaisée par un régime calmant. Cependant une nouvelle séance ne put être tentée que le 1 novembre. La fièvre se présenta de nouveau, avec urine muqueuse, légèrement sanguinolente. L’exploration ne put être tentée que le 14 novembre, dès que le patient fut un peu mieux : la vessie était vide. Le malade fut donc délivré de sa pierre en 3 séances, quoique le traitement eût duré près d’un mois. Acide urique.

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