o. Mr Wallenstrôm, intendant de forges
Gestricie (Suède septentrionale), me consulta en octobre 1850 pour mal de la pierre qui, d’après ses calcul.'^, datait d’une année. Age 63 ans, cai’actère taciturne, humeur irritable. Fut très-inquiet dès que je lui eus annoncé la présence de la pierre; se plaignit surtout du désagrément de rester à Stockholm seul et séparé de sa famille durant la saison froide. S’étant enfin, après maintes hésitations, décidé à rester pour subir l’opération, je commençai par 3 ou 4 explorations préparatoires qui n’eurent aucune suite fâcheuse et me permirent de procéder le 10 septembre à la l:ère séance, dans laquelle la pierre fut saisie à 4, 3 et 2 lignes. Aucune suite désagréable ne s’étant non plus manifestée, et une assez grande quantité de détritus étant sortie sans difficulté, la seconde séance put être tentée déjà le 12 octobre. La pierre fut alors saisie à 6, 4 et 3 lignes. Tout se passa également bien, la 3:ème séance eut lieu
le 14, et la pierre fut saisie à 7, 4 et 3 lignes. Le patient alla des mieux ce jour-là; mais le jour suivant, comme il était sorti pour prendre Tair, l’ayant rencontré devant sa demeure, je lui demandai comment il se trouvait; "Fort lien, à tous égards", me répondit-il, "si ce n'est quhie)' au soir j'ai commencé à éprouver immédiatement au-dessus du genou droit une sensibilité accompagnée d'une légh'e douleur." Le jour suivant, je découvris à ma .stupéfaction une enflure inflammatoire sans cause connue, accompagnée de douleur et de tension, située sous la fascia lata, très-profondément entre les muscles, commençant à quelques pouces au-desssus de la rotule, et s’étendant jusqu’au tiers supérieur de la cuisse. La jambe et le pied étaient en outre atteints d’œdème au même côté. Quant à l’œdème, l’expérience des hommes de l’art le reconnaît assez fréquent dans la lithotritie, et sa présence n’est pas considérée comme bien dangereuse; d’un autre côté je n’avais jamais vu auparavant ce phénomène d’une immense tumeur à la cuisse, dont parlent rarement du reste les auteurs qui ont écrit sur la lithotritie. L’abcès en question ne pouvant être attribué à une violence extérieure, je crois qu’on ne peut le considérer que comme consensuel, c’est-à-dire provenant de l’irritation causée dans les voies urinaires par les instruments et le détritus sorti.
Cet incident désagréable me força naturellement de remettre indéfiniment l’opération, d’autant plus que toute mon attention dut désormais se fixer sur la nouvelle affection. L’enflure augmenta journellement avec violence et par ses douleurs aiguës et pulsatives causa de grande.^
souffrances au malade. Des cataplasmes chauds furent appliqués. Bientôt la santé générale commença à être fortement affectée. Déjà le 3:ème jour après la naissance de la tumeur, il se déclara une fièvre violente et continue, avec langue chargée, soif, constipation, etc. Je prescrivis, suivant les circonstances, des laxatifs, des lavements, de l’acide phosphorique, etc. La tumeur qui, grandissant toujours, s’étendit enfin jusqu’à l’aine, était parvenue le 12:èrae jour à un degré de matmnté suffisant pour oser l’ouvrir, quoique la fluctuation ne pût être qu’hnparfaitement sentie. Faisant dans la peau une incision de 3 pouces, j’ouvris la f as cia lata tendue au plus haut point; il en sortit au moins une demi-bouteille de pus véritable, mêlé d’un peu de sang des lèvres de la plaie. Si d’un côté les souffrances et les douleurs se calmèrent beaucoup, de l’autre, les forces diminuèrent sensiblement. Le 29 oct., le pouls des deux bras était très-irrégulier; le 30, le patient se trouvait dans un état comateux, mais se plaignait parfois d’une violente douleur au talon droit, chose du reste assez ordinaire. Le 31, pouls calme, égal, langue douce au toucher; la nuit, peu de sommeil. Le 2 novembre, langue rude, sèche comme de l’écorce; prescrit émulsion camphrée. La douleur au talon disparait après l’usage de compresses fomentatives. Le 4 nov., état général meilleur; mais des vomissements pénibles et intermittents de glaires commencent à se déclarer. Langue toujours sèche; camphre continué. Le 9, quelque sommeil pendant la nuit; voix rauque, difficulté de parler. Pour combattre les vomissements continus de glaires, l’on applique un sinapisme sur l’estomac, l’on donne des poudres
gazifères, et pour boisson, de l’eau de soude carbonatée. La plaie de la cuisse prend peu à peu un aspect satisfaisant; la suppuration, d’un caractère bénin, parait vouloir cesser. L’état général présentait aussi simultanément une apparence d'amélioration, les forces semblaient revenir, le malade essaya de se lever et de passer ses journées hors du lit; la langue s’améliora et même l’appétit eut l’air de reparaître. J’ordonnai maintenant du vin coupé d’eau, et de la gelée de caraghène, le matin. L’humeur restait toutefois abattue, et le pouls se montrait, surtout le soir, plus rapide que normal; en outre les vomissements de glaires faisaient mine de ne vouloir jamais cesser. Le patient commença toutefois à parler de continuer l’opération, mais je fis la sourde oreille, ne voulant y procéder que les forces complètement revenues. Quoique préparé à une longue convalescence, je croyais pouvoir me livrer aux meilleures espérances sur le rétablissement du patient, lorsque, le 23 nov. à 3 h. de l’après-midi, je reçois tout-à-coup la nouvelle qu’une attaque de frisson a eu lieu, et que l’état a empiré. A mon arrivée, je trouvai le patient à peu près à l’agonie; le pouls était faible, rapide, à peine sensible, la sueur gluante; le râle s’était déjà déclaré. Cet état dura jusqu’à 8 h. du soir: alors le malade expira.
Les scrupules des parents m’empêchèrent, malgré tous mes efibrts, de procéder à l’autopsie, si désirable sous beaucoup de rapports. Les fragments sortis après les 3 séances consistaient d’acide urique.
45:o. Mr Lagerqvist, de Norrkôping (Ostrogothie), propriétaire de forges, 60 ans, caractère sombre. Souffrait de calcul depnis 2 ans, mais sans trop de tourments.
quoique parfois l’urine se montrât sanguinolente, surtout lors de courses en voiture. Le patient arriva à Stockholm le 18 octobre 1850, et, le 19, l’examen par la sonde découvrit immédiatement une pierre qui me parut grande et dure. La tentative ne gêna nullement le malade, quoiqu’une légère hémorrhagie se déclarât durant et immédiatement après l’opération. Le patient consentit à la lithotritie, mais annonça qu’il lui était nécessaire de retourner préalablement à Norrkoping pour une affaire importante, savoir Vélection d'un pasteur. Andvé au
port de Riddarholm, débarcadère des vapeurs du Mâlar, il trouva, à son grand désappointement, qu’il avait manqué le bateau; mais jugeant indispensable sa présence à Norrkôping dans le but mentionné plus haut, il partit immédiatement en voiture à fond de train (1). Quelques jours après, savoir le 25, il revint par eau. Le trouvant quelque peu fatigué de cette course forcée, je le laissai reposer 2 jours avant d’entreprendz'e une nouvelle exploration. Le 28, j’introduisis une sonde et fis une injection d’environ 4 onces d’eau, laquelle fut retenue sans peine par la vessie. Le patient continua à se porter parfaitement bien et sortit prendre l’air l’après-midi. Le 29, nouvelle injection, suivie de l’introduction du percuteur, non pour saisir la pierre, mais seulement dans le but d’habituer l’urètre à l’instrument. Cela eut lieu, sans douleur, avec la plus grande facilité; mais l’après-midi je reçus un message que le malade avait eu un accès violent de frisson, et je le trouvai le soir en pleine fièvre. Le 30,
(l)Ln distance entre Stockholm et NorrkOping est do 18 milles de Suî>de, ®oit environ 160 kllomfctres, ou 36 anciennes lieues do France.
il se plaignit de chaleur cuisante à la miction, surtout au passage de l’ui-ine par l’orifice de l’ui-ètre, autour duquel et dans lequel je remarquai une enflure œdé-
mateuse à laquelle je n’avais pas fait attention auparavant, et que du reste je A'oyais pour la l:ère fois comme suite du cathétérisme. Je prescrivis des fomentations autour du gland, et pour calmer la fièvre, je fis administrer un lavement, et donner abondamment à boire. Le 1 novembre, la fièvre paraissait sans doute légèrement diminuée, et l’enflure autour de l’orifice de l’urètre avait presque totalement cessé, mais la langue continuait à rester
chargée, le pouls était accéléré le soir, l’appétit avait
complètement disparu : en un mot, le groupe entier des symptômes de la fièvre ordinaire se dessina peu à peu. Cette fièvre assez souvent observée par moi, et peu crainte en général, vu sa transition fréquente à l’état de santé, me parut de prime abord assez suspecte dans ce cas-ci: elle n’était pas, comme je l’avais vu jusqu’ici, la suite de l’un des premiers broiements où l’irritation produite par l’écoulement des fragments peut en être considéré comme la cause naturelle, mais elle avait été immédiatement provoquée par deux seules explorations bénignes. Craignant que le
patient, qui était d’une constitution irritable, ne souft’rit en outre d’un mal organique, dans les reins par exemple, ce qui aurait peut-être pu être la cause de la fièvre, et tirant de cette supposition le pressentiment d’une issue fatale, j’appelai M. le Dr Malmsten en consultation. Les fébrifuges ordinaires, sel ammoniac, acide phosphorique, camphre, etc., que j’avais employés dès le principe, furent continués, appuyés d’infusion d’Ipécacuanha, pour combattre les évacua-
tiens alvines fréquentes qui venaient en outre de se déclarer. Contre le météorisme, des linges humides furent appliqués autour du bas ventre. Impossible de découvrir d’affection rénale nettement déterminée ; mais le ventre resta gonflé comme un tambour, la langue très-sècbe, et le tout fut aggravé flnalement d’un état comateux presque continu, avec une sueur froide abondante. Ce fut sous l’empü'e de ces symptômes, après envb’on 4 semaines de maladie, que le patient décéda paisiblement le 25 nov. à 6 b. du soir.
A l’autopsie, le bas-ventre fut trouvé considérablement distendu par du gas; le foie gorgé de sang, d’une couleur plus sombre que de coutume, ça-et-là couvert de petits points plus clairs de la grosseur d’une lentille, et que l’incision montra remplis de pus; leS reins très-lâcbes, gorgés de sang, celui de droite presque en dissolution. A l'incision, il s’écoula du bassinet une humeur grisâtre, ténue et floconneuse. La vessie légèrement adhérente à la paroi abdominale. Au côté gauche de la vessie, autour de la prostate, un grand clapier purulent, occupant de ce côté presque tout le tissu cellulah'e du petit bassin. La vessie elle-même, petite, rétrécie, trabeculée, et ses parois épaissies. La pierre (acide urique) avait 15 lignes de Paris de longueur, 12 de largeur et 8 d’épaisseur.
46:o. Mr Gerdlund, second pasteur de la paroisse d’ünderâker, province de Jemtland (Suède septentrionale), 60 ans, avait dès le mois de novembre 1849 ressenti des symptômes de gravelle, et depuis une année environ, de calcul vésical. Après avoir con'espondu avec moi et reçu le conseil de venir à Stockholm, il se décida à faire en traîneau ce long voyage (400 kilom.); mais le traînage
n’étant bon que jusqu’à Gefle, il dut faire le reste de la route en cariole de paysan. AiTiva néanmoins en parfaite santé fin de jan\der 1851, fut sondé, et le calcul découvert. Du 6 au 17 février, par conséquent en 11 jours, et en 5 séances, il fut délivré de son fardeau, et s’en retourna immédiatement dans ses foyers. La pierre, mesurant 11 lignes dans son plus grand diamètre, consistait d’acide mûque.
47:o. Ml’ Weser, commissaire de la Banque de Suède, 69 ans, Stockholm, avait souffert 5 ans de gravelle, mais ne ressentait que depuis 8 mois des symptômes de calcul vésical. Fut opéré en 1851, et en 2 séances, dans l’espace d’une semaine, libéré de sa pierre d’acide urique. A peine une année plus tard (1852), il lui survint une récidive, résultant peut-être de la forme particulière de la vessie. (Voyez les remarques). Fut de même délivré complètement, en 1 semaine et 2 séances, et la pierre ne s’est plus reproduite.
48:0. Mr IIellstrôm, commerçant, Stockholm, 54 ans, se plaignit à moi, en 1851, de difficulté à lâcher l’urine. Les symptômes étaient toutefois très-indécis, vu que le patient se trouvait en même temps gêné d’un engorgement considérable de la prostate, pour lequel je dus sonder de temps en temps pendant toute une année sans pouvoir découvrir de pierre. Enfin cela me réussit, mais grâce seulement à de nombreuses injections d’eau, et à l’introduction du percuteur, entre les branches ouvertes duquel la pien’e s’engagea et fut de cette façon découverte. L’enlèvement de ce corps, vu l’engorgement et la dilatation en forme de poche de la prostate, exigea 7 séances, accompagnées de difficultés
nombreuses, surtout à rintroduction de l’instrument, laquelle ne réuisissait guère que lorsque le patient se tenait debout. Presque chaque séance était suivie d’un frisson violent. La pierre, dont l’aspect rappelait du sucre candi, était de couleur jaune clair, et suivant Mr le D:r Hamberg, consistait de phosphate ammoniaco-magnésien. Un écoulement chronique de mucus eut lieu avant et après les séances. Cette maladie permanente de la vessie et par suite la tendance de cette dernière à former de nouveaux phosphates m’engagea à préparer le patient à une récidive. Elle eut effectivement lieu en avril 1852. La pierre, de la même espèce que l’année précédente, fut cette fois-ci broyée en 4 séances. En novembre de la même année, nouvelle récidive. La concrétion disparut en 3 séances. Dèslors le patient s’est assez bien trouvé, et je n’ai plus eu de récidive à traiter.
49:o. Mr Bergman, commerçant, 62 ans, Gothembourg, commença dès 1834 à ressentir des douleurs aux reins, et fut de temps à autre délivré de petites pierres; vers l’automne de 1850, il ressentit une grande difficulté à la miction. Ne prit que du Millefeuille, de rUva Ursi et du Séné. Nommé député à la diète, il partit en octobre de la même année pour Stockholm, où il fut traité toute une année pour son affection des reins. Malgré l’apparition d’un léger catarrhe de la vessie aucun examen ne fut mis en question, et le patient repartit pour Gothembourg au commencement de décembre 1851.
A la rentrée de Mr B. dans ses foyers, son gendre, Mr le D;r Lang, soupçonna toutefois la présence du calcul vésical. Il proposa le cathétérisme, découvrit sur le champ la pierre,
et conseilla le retour immédiat à Stockholm. Les vapeurs
venaient de cesser leurs coiu’ses, et les essais que le pa-
tient fit de monter en voiture fm-ent suivis de douleurs telles qu’il fut impossible de penser à ce mode de locomotion. Les douleurs, compliquées du catarrhe de la vessie, augmentèrent de plus en plus, et l’irritabilité générale de l’humeur ne permettant pas d’attendre jusqu’au printemps, je fus invité à me rendre à Gothembourg pour y faire l’opération. Mon temps ne me permit toutefois d’obtempérer à cette invitation que vers la fin de février 1852.
A mon arrivée, je trouvai l’humeur du patient trèsabattue; il était tomnnenté de besoins incessants d’uriner, et son urine déposait une masse assez considérable de mucus. Après un ou deux jours de traitement préparatoire, les séances commencèrent le l;er mars. Je découvris la présence d’au moins deux pierres excessivement dures. Les séances continuèrent dès-lors sans accidents, avec 2 ou 3 jours d’intervalle entre elles, suivies d’un écoulement considérable de détritus d’acide urique. A la 6;ème, cependant, il se présenta une difficulté dont jusqu’ici je n’avais jamais fait l’expérience. Après 4 ou 5 prises, dans lesquelles la pierre avait toujours été parfaitement saisie, et après avoir comme d’ordinaire, avant de retirer l’instrument, refermé suffisamment les branches par quelques coups de marteau, j’avais déjà, quoiqu’avec une légère difficulté, dépassé la partie prostatique et j’étais entré dans la partie membraneuse de l’urètre, lorsque la résistance devint tout à coup si grande, que le percuteur ne bougea plus. Je supposais au commencement que la cuiller (je me servais, comme à l'ordinaire, d’un raviasseur) était trop remplie de fragments;
mais le nombre des lignes de l’instrument (3 seulement) me démontrait que ce n’était pas le cas. Des coups de
mai'teau réitérés n’eurent aucun effet. Repousser l’instrument dans la vessie rencontrait presque la même impossibilité. Il me semblait en outre dommage de lâcher une bonne récolte que je tenais si bien. Je tentai donc une traction plus violente. Encouragé par ma réussite dans le cas N:o 41, j’employai une violence assez considérable, et je pus enfin, non sans douleur pour le malade, retirer, grâce à des tractions réitérées, l’instrument et son contenu, lesquels avaient éprouvé une nouvelle et puissante résistance dans la fosse naviculaire.
Impatient de découvrir la cause de cette difficulté toute nouvelle pour moi, j’examinai immédiatement la cuiller,' et je découvris 3 fragments de pierre disposés en feuille de trèfle, engagés entre les branches de l’instrument, dont ils dépassaient les bords d’au moins IV2 ligne. La pierre était très-dure, et ses pointes saillantes fort aiguës; cela causa, comme on peut le penser, une lésion assez grande de la muqueuse de l’urètre, suivie d’une hémorrhagie passablement forte, qui s’arrêta toutefois bientôt. J’attendais maintenant de violents symptômes. Un quart d’heure après la séance, un frisson violent se déclara. Le patient fut immédiatement placé dans un bain entier chaud, puis s’alla coucher. Les besoins d’uriner devinrent très-fréquents; fièvre le soh’. J’ordonnai alors un laxatif oléagineux, ainsi qu’un lavement d’infùsion de lin avec de la teinture d’opium. La nuit, forte transpiration; au matin, le patient était faible, sans doute, mais infiniment mieux que je n’avais o.sé l’espérer. La réaction redoutée dans l’urètre
ne se déclara pas du tout, même les jours suivants, de sorte que 3 jours après je pus procéder à la 7:ème séance. Tout alla désormais à souhait, et avec la 10:èrae séance, le 21 mars, (par conséquent en 3 semaines), les pierres étaient totalement brisées et le patient rendu à la santé. Le plus grand diamètre dans lequel les pierres furent saisies fut 8 lignes de Paris. Mr Bergman a dèslors joui d’une bonne santé; pour la fortifier, il se rendit en 1854 aux eaux de Carlsbad. Lors d’un séjour à Gothembourg, en août 1855, je le sondai, mais ne trouvai aucune pien’e.
50:o. Mr le major de Printzensk.tôld, 53 ans, Néricie, frère du malade N:o 22, arriva à Stockholm en 1852, ressentant depuis 3 mois des symptômes de calcul. Une seule séance, immédiatement entreprise, suffit pour le délivrer de sa pieiTe d’acide urique et d’oxalate de chaux. Le jour suivant, le patient repartit, contre mon avis, par vapeur, pour Ôrebro. D’après le rapport de Mr le D;r Hallberg, qui le suivait et le traita ensuite, il eut, à sa rentrée au foyer domestique, une légère fièvre qui dura quelques jours. Depuis ce temps, il a joui d’une fort bonne santé et n’a ressenti aucun symptôme de récidive.
51:o. Mr Blombeeg, intendant, de Kungsor (Néricie), 62 ans, était tourmenté de soufirances calculeuses depuis deux ans et demi, durant lesquels des hémorrhagies fréquentes avaient été provoquées par des courses en voiture ou des marches forcées. Enfin il vint chercher guérison à Stockholm. A chacune des premières explorations, la perte de sang fut si grande que je commençais a soupçonner la présence d’excroissances fongueuses ou
autres autour du col de la vessie. Je trouvai bientôt toutefois que ces hémorrhagies . avaient dû dépendre de ce que je serais tenté de nommer une irritation et un boursoufflement de la muqueuse, d’autant plus qu’elles cessèrent d’elles-mêmes dès que la vessie se fut habituée aux instruments. Après 15 jours de traitement préparatoire, les séances, au nombre de 9, commencèrent le 1 novembre et finirent le 19 décembre. La pierre, désormais entièrement enlevée, mesurait dans sa plus grande dimension 13 lignes de Paris. Elle consistait d’acide urique pur.
L’urine continua toutefois à être muqueuse, et une année après, en 1853, le malade eut une récidive. A son arrivée à Stockholm, l’urine qui s’écoulait était toujours chargée de mucus et de sang. La pierre, consistant exclusivement cette fois-ci de phosphate de chaux et de phosphate ammoniaco-magnésien, fut broyée en 11 séances, du 2 ou 23 novembre. Le patient a dès-lors joui d’une bonne santé.
52;o. Mr le général d’AnniN, 68 ans, Stockholm, souffrait depuis fort longtemps de catarrhe de la vessie compliqué d’un engorgement considérable de la prostate. En 1853, il se plaignit de difficultés d’uriner plus grandes que de coutume. Je le sondai, et découvris la présence de la pien'e. En 2 séances dans l’espace d une semaine (le 15 et le 17 mars), je broyai une petite concrétion consistant de phosphates. La vessie malade n’en alla toutefois pas mieux.
Il revint en août de la même année avec une nouvelle concrétion dont 2 séances le débarrassèrent. En 1854, plusieurs récidives. Même cas en 1855; les phos-
pliâtes se formaient avec une rapidité telle que presque tous les 2 ou tous les 3 mois le percuteur avait à en détruire un ou plusieurs. Ce palliatif aidé d’injections put du moins procm'er quelque soulagement. Quant à la guérison, inutile d’y penser. Mort de phthisie en 1856.
53:o. Mr Carlqvist, assesseur, Stockholm, 65 ans. Dès 1851, le patient ressentit des symptômes de gravelle et fut délivré de temps en temps de petites concrétions; mais ce fut seulement en octobre 1852 qu’il remarqua des symptômes de calcul vésical. Le parient, qui n’avait jamais été malade, était nerveux et sensible à un degré excessif: aussi le cathétérisme ne put-il avoir lieu qu’à l’aide du chloroforme. L’opération elle-même se raonti'a aussi chaque fois impraticable sans l’intervention de ce soporifique. Elle fut toutefois terminée en 8 séances. La 6:ème fut suivie d’une orchite qui disparut cependant aprè.s 1 5 jours de cataplasmes et de compresses réchauffantes. Le traitement ne dura pas moins de 6 semaines, savoir du 22 avril au 2 juin, l’irritabilité outrée du patient nécessitant souvent des intervalles de 4 à 5 jours entre les séances. La pierre consistait d’acide urique. Aucune récidive jusqu'ici (1857).
54:o. Mr Zander, juge de l:ère instance, 60 ans, Norrkôping (Ostrogothie) , souffrait depuis 2 ans de douleurs intenses lors de l’évacuation de l’urine, laquelle s’écoulait chargée d’une forte masse de glaires. Le médecin prescrivit contre cette affection les bains de mer de Marstrand (côte occidentale), auxquels il se rendit en 1853. Aucune amélioration ne s’étant déclarée, le patient vint en automne à Stockholm, pour y réclamer les
secours de l’art. La vessie fut trouvée déjà souEFrante d’une atonie touchant presque à la paralysie, de sorte qu’elle ne pouvait que grâce à l’introduction de la sonde répétée 5 ou 6 fois par jour, être débarrassée de son urine gluante, mêlée de sang et continuellement chargée de concrétions calcaires, 3 séances, du 16 au 20 octobre, suffirent à délivrer le malade du mortier rassemblé dans la vessie. Un fait assez extraordinaire est que la secrétion glaireuse diminua immédiatement après cela, et disparut si bien, qu’en peu de jours l’urine fut entièrement claire. Toutefois, pour vider la vessie, la sonde dut être employée au commencement une ou deux fois par jour, mais elle devint bientôt superflue. Le patient, qui était arrivé ici en fort mauvaise santé, s’en retourna le 29 octobre, sain et content. Est revenu dèslors chaque année pour s’assurer s’il n’y avait pas récidive, et chaque année les résultats de l’examen ont été à sa parfaite satisfaction.
55;o. Mr le lieutenant-colonel Blom, Stockholm, 62 ans, santé générale affaiblie, humeur irritable et peu endurante. Avait souffert durant plusieurs années de chute de l’anus, avec saillies saignantes héraorrhoïdales que, vu sa crainte des douleurs accompagnant l’opération, on ne put jamais l’engager à faire enlever. Les symptômes calculeux dataient déjà d’une année, lorsqu’il me fit sonder sa vessie en hiver 1852. La grande sensibilité de l’urètre, me força de procéder à un traitement préparatoire qui dura 3 semaines, 3 tentatives furent faites durant ce laps de temps pour saisir la pierre avec un percuteur ordinaire, et je dus alors, ainsi que pour les séances proprement dites, employer le chloroforme. Vains efforts: la pierre n’était
pas libre, mais se trouvait comme suspendue à la paroi antériem'e de la vessie. Cette circonstance, je l’ai remarquée assez souvent: quoique passablement difficile à expliquer, elle pai'aît toutefois provenir de ce que la pierre, enserrée dans un pli de la vessie par suite d’une contraction partielle de la membrane musculaire, se trouve de cette façon empêchée de tomber au fond du vase cystique.
Le 2 décembre, j’employai un instrument fabriqué par Stille (Stockholm) d’après celui du professeur Pa- GANo de Milan, dans lequel les pinces des deux branches sont d’égale longueur quand on ouvre l’instrument. Saisie et broiement immédiats de la pierre. L’inquiétude, la prostration morale, un malaise général, quoique sans fièvre, se déclarèrent presque sur le champ, et durèrent plusieurs jours, de sorte que la 2:ème séance dut être renvoyée jusqu’au 14 décembre. La 3:ème et la 4:ème eurent lieu le 17 et le 22; elles se passèrent sans accidents désastreux, et le patient semblait se remettre quelque peu, lorsqu’après une promenade faite la veille de Noël par un temps humide qui lui attira sans doute un refroidissement, il se sentit très-mal, eut le frisson, avec oppression autour de l’épigastre. Le jour de Noël, la fièvre était complètement développée, le pouls rapide, la langue déjà sèche, le ventre sensible, la somnolence considérable. Prescrit: acide phosphorique ; sinapismes sur l’épigastre. L’aprèsmidi, hoquet et vomissements; état totalement comateux, qui continua jusqu’au décès du malade, le 27 décembre.
Résultats de l’autopsie: Vessie saine, contenant en-
vuon 2 gros de pierre non encore broyée; les deux reins
so
flasques; dans le parenchyme, de petits abcès purulents.
La cause de la mort était donc, comme dans maints autres cas, un collapsus occasionné par la pyémie provenant de l’absorption du pus des reins.
56:o. Mr Frodin, trésorier, 58 ans, Stockholm, constitution faible et nerveuse à l’excès, humeur hypocondriaque, avait eu auparavant une ou deux fièvres nerveuses < violentes, mais ne ressentait que depuis mai 1854 des souffrances dans les voies m'inaires. Je constatai la présence d’une pierre; mais la vessie, contractée et de pe- , tites dimensions, était irritable au point de se refuser complètement à retenir l’eau injectée. Je fis donc pendant plusieurs jours des injections préparatoires d’infusion de lin et de décoction de pavot. Ces explorations bien que légères provoquèrent toutefois un catarrhe de la vessie, avec fièvi'e tenace, laquelle dura 3 semaines et laissa après elle une faiblesse et une prostration inquiétantes; aussi quoique le l;er examen eût eu lieu le 15 octobre, je ne pus procéder à l’opération avant le 18 décembre, et encore sous des auspices peu favorables. Mais, à mon grand étonnement, le patient se remit si bien après cette fièvre,qu’il supporta beaucoup mieux tant les cathétérisations que les autres séances; celles-ci purent désormais avoir lieu presque tous les 2 jours. I Le 8 janvier 1855 fut le jour de la 10;ème et dernière séance. Le catarrhe de la vessie disparut peu a peu, la santé s’améliora, et la pierre ne revint plus. La plus grande dimension observée avait été 9 lignes. Acide urique. L’été venu, le patient se rendit aux bains de Porla (Suède moyenne), et s’en trouva fort bien.