‹ Contributions au folk-lore des Arabes. L'Algérie traditionelleChapitre 17 sur 21 · l'homme des passages dangereux · texte numérisé non relu

l'homme des passages dangereux

mon malheur ! mon malheur I malheur à moi I

Où est ? Où est votre amoureux, ù jeunes filles ?

0, la troupe qui s'éloigne, attendez ceux ([ui restent,

Attendez que vous rejoigne, il a succombé.

Le berger a juré de ne plus mener paître ses bestiaux et la vache de ne plus manger la feuille du frêne.

le Bey marche sur le village.

Mon cœur est comme une brique et se lamente sur

qui a laissé (sans l'épouser) une femme demandée en

mariage.

Mon cœur se remplit comme une mauvaise marmite. Le bon descend au tombeau, tandis que le méchant lui survit.

mon malheur ! mon malheur ! malheur à moi I Le jeune faucon a abandonné son aire.

Léve-toi, léve-toi, |)ourquoi f es-tu laissé gagner par le sommeil ?

JYononce une parole valable [)Our (|ue ces gens s'en aillent.

Léve-toi, lève-toi, pounpioi t'es-tu ass()U[)i ? Prononce une |)arole valable pour (jue tous ces gens se dispersant.

L()rs(|ue.... étail (l;ms la v\u\ ses jeux brillaient comme une hunpe ;

Sa touiïe de cheveux exhalait un doux parfum.

La lune, ù soleil, s'est levée malade ce matin.

Pleurez Oui assisl(>ra aux lamentations ?

La lune, n soleil^ tressaille dans le ciel à cause de. . et les amis s'accompagnent dafis la tombe.

Mon C(cur se remplit de [)arfums et de bois doux. • Pleurez , le cheikh reste seul maintenant.

Mon cœur se remplit de parfums et de gingembre.

Pleurez , le cheikh a perdu la tète et ne sait plus

que faire.

Entendez-vous la panthère se réjouir et briser les branches des arbres dans les bois ?

Pleurez. ... car celui qui la chassait n'est point venu.

Le berger a juré de ne plus faire paître les bestiaux, et la vache de ne plus manger le sainfoin.

Pleurez..., le Bey vient de camper au milieu de la nezla (l'habitation).

mon malheur ! mon malheur ! malheur à moi I

(Cf. le texte kabyle et la traduction qo'en a donnée M. L. Fèraud en 1862 dans le n*» 36 de la Remie Africaine.)

Les Lamentations fonèbres chez les Sahariens.

Nous donnons, d'après M. le Général Daumas, la description de funérailles chez les Sahariens, description qui nous parait intéresser particulièrement letude des lamentations funèbres.

Un triste devoir nous restait à remplir, et nous nous acheminâmes vers le douar de cheikh Salah ; le cortège était nombreux, car Tliomme qu'on perdait était en renommée. On a dit du guerrier qu il doit avoir dix qualités:

Le courage du coq.

Le fouilletcr de la poule,

Le cœur du lion.

L'élan brusque du sanglier,

Les nises du renard,

La prudence du porc-épic,

La vélocité du loup,

La résignation du chien, et la complexion du uaguir, petit animal du Kherazan, que les fatigues et les privations engraissent. Cheikh Salah n'avait pas seulement tout cela, c'était

encore un ami s^ir et généreux. — C'est de lui qu'on pouvait dire :

La main toujours ouverte, Le sabre toujours tiré, Une seule parole.

Aussi tous les gens de la ville et tous ceux des douars faisaient-ils foule à son enterrement.

Au centre de sa large tente, dont les bords étaient largement relevés, le corps, enveloppé d'un linceul blanc, reposait sur un tapis. Deux cercles de femmes consternées 1 entouraient; c'étaient les neddabât(gémisseuses), les joues noircies avec du noir de fumée et les épaules drapées avec des étoffes à tentes ou des sacs en poil de chameau. En face, à quelques pas, un esclave maintenait par la bride la jument de guerre et de fantazia, la favorite du défunt ; au kerbous de la selle pendait un long fusil, un yatagan, un pistolet et de longs éperons, toutes les armes de Salah. Un peu plus loin, les cavaliers jeunes et vieux, muets par la douleur, étaient assis en cercle sur le sable, leurs haïks relevés jusqu'au-dessous des yeux, et leurs capuchons et bernons rabattus sur le front. — Etonnée sans doute et trompée par tout cet appareil, la fiére jument du cheikh, comme autrefois impatiente de partir pour la chasse ou pour la ghazia, hennissait et piaffait en appelant son maître.

Les petits enfants du douar, ignorant le malheur, couraient en riant ça et là, ou jouaient, les innocents, avec les grands slouguis (lévriers) que nul commandement ne forçait au repos ; et dans les environs les troupeaux sans bergers, moutons et chameaux pêle-mêle, avaient al)andonné les terrains de parcours et broutaient librement au milieu des champs réservés.

Lorsqu'elles nous virent arriver, les neddabât se prirent à §e lamenter d'abord, puis à jeter des cris en se déchirant la ligure avec les ongles et les débris de poterie, et à chanter enfin alternativement sur un rhythme lugubre :

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