A. LÉGENDES PROPREMENT DITES
Le caractère de la Légende nous semble assez difficile à déterminer. Sans doute étant donnés deux récits populaires, Tun ayant trait aux merveilleuses aventures d'un personnage plus ou moins historique, l'autre transportant son récit dans le temps où c il y avait un roi », nous ne nous y tromperions pas, nommant le premier une légende et le second un conte. Mais souvent, le caractère de l'histoire est tellement vague et indécis, qu'il devient aux plus perspicaces difficile déjuger et de résoudre le problème. Mais ceci n'est qu'un cas particulier, poiar lequel peut être laissée toute liberté d'appréciation. A notre avis la légende est particulière à un endroit, spéciale à un personnage, et ressort quelque peu du domaine de l'histoire proprement dite. Caractère plus précis : le conteur y croit généralement. Son domaine est vaste, et embrasse tout le surnaturel : Dieu, le Démon, les Esprits inférieurs ou supérieurs, les Spectres, les Revenants, les personnages historiques, les Saints, etc. Le Conte, au contraire, est général ; il peut être redit partout, parce qu'il ne se passe point en un endroit déterminé ; le temps de l'action, lui-même, est vague : c'est le passé, mais un passé non limité : « U était une fois.... » telle est sa première fonnole, et il n'en connaît point d'autre. Dét^ caractèris-
tique : le conteur n'y croit point ; seuls les enfants sont persuadés de la réalité des faits extraordinaires qui s'y déroulent. Les personnages principaux sont divers comme l'action : les rois y coudoient leurs yalets, les hardis chevaliers réussissent rarement là où sont heureux de simples paysans, des fils de fermier ou des bûcherons ; les princesses épousent des roturiers ; les gens les plus infijnes arrivent aux plus hautes positions; la ruse et l'astuce servent tout autant que l'épée et les armes de guerre ; des personnages fantastiques, géants à l'esprit lourd, nains gardiens de trésors, ogres voraces, lutins et farfadets, fées toutes puissantes, génies, magiciens, enchanteurs, sorciers, se mêlent, se heurtent dans une trame naïve qui bien souvent amène le sourire sur les lèvres. Et souvent, comme sur nos scènes, le personnage sympathique triomphe et la vertu est récompensée. Le héros épouse la princesse de son choix ; ils vivent heureux et ils ont beaucoup d'enfants I
Nous donnons ci-après quelques-unes des légendes arabes qu'il nous a été permis de recueillir. Celles de ce chapitre sont des Légendes proprement dites, ou plutôt celles que nous n'avons pu classer dans les autres parties du volume à cause de leurs caractères divers.