‹ Contributions au folk-lore des Arabes. L'Algérie traditionelleChapitre 5 sur 21 · LES ESPRITS ET LES GÉNIES DANS LES CROYANCES POPULAIRES · texte numérisé non relu

LES ESPRITS ET LES GÉNIES DANS LES CROYANCES POPULAIRES

Frappés liu merveilleux spectacle de la uature qui partout nous montre des forces secrètes toujours agissant et toujours se renouvelant, les premiers hommes cliez les(iuels Tintelli^nce et Timagination commencèrent à prendre le <lessus sur les facultés brutes de leur nature primitive durent s'imaginer Texistence d'êtres sui)érieurs ramenant les saisons, la nuit, le jour, présidant à la naissance, à la vie, à la mort des êtres, produisant enïin les phénomènes journaliers dont le spectacle inexpliqué étonnait ces peuples enfants. Mais comment se ligurer ces êtres qu'il n'était IK>int donné de voir ? Comment se les représenter, sinon sous une forme connue, tangible jiour ainsi dire? Et quelle autre apparence leur donner que celle de Thommehors de lai^uelle il n'était guère I possible de rien tirer d'idéal ou en rapjiort avec l'idée préconçue? L'homme créa donc des divinités, des êtres sui)érieurs faits à son image, des dieux anthropomorphes qu'il doua de ses qualités et

de ses défauts personnels et auxquels il donna ses goûts et ses habitudes, tout en leur reconnaissant un pouvoir infiniment supérieur au sien et capalUe de renverser Tordre naturel des choses. De là ces esprits dos bois, des grottes, des cavernes, des sources ; ces nymphes des lleuves, des rivières et des torrents ; ces divinités sylvaines attacliées aux chênes et aux autres arbres des forêts ; ces nains gardiens des trésors antiques; ces géants qui se jouent des difticultés matérielles les plus extraordinaires; ces elfs et ces lutins qui la nuit dansent au clair de lune leurs rondes animées, tout en s'accomi)agnant de folles chansons ; ces fées, ces nornes, ces moires, ces parques qui président à la destinée des mortels et les suivent dans la vie; ces génies de TOrient qui obéissent aux ordres des magiciens et qui transportent par les airs, rapides comme Téclair, les tours et les palais enchantés.

C'est donc partout que Thomme a placé ces êtres particuliers, nombreux comme les étoiles du ciel et dont il croyait entendre la voix dans le grondement de la foudre, dans le mugissement du veut, le fivmiSvSement de la forêt, le murmure du ruisseau ou riiarmonie de la nature en travail. Suivant ce que chacun de ces esprits était censé représenter, on lui attrilïua des goûts et des habitudes difTérentes ; le génie de la montagne fut terrible et menaçant, et jx^ur armes on lui donna la foudre et les rocs arrachés aux pics altiers ; tandis que lesprit des eaux fut gracieux et doux, ordinairement une femme, une nymphe ou ondine aimant à se plonger dans le cristal limpide aux U^aux jours ensoleillés de printemps ou d'été, à s'y jouer follement avec ses gracieuses compagnes, ne vivant souvent que iK>ur lamour et par l'amour.

S<ni que toutes ces entités mythiques aient leur origine dans Tesprit même de l'homme et proiluisent inévitablement dans des circonstances données, s<'»it qu'elles nous viennent de i^euples primitif^ à l'imagination plus dévelopi^ée et plus portés à l'enfantemont de ces croyances, il n'en demeure pas moins que les esprits de l'air, de la tern^, des cavernes et des sources, les génies bons ou mauvais, se retrouvent dans la mythologie ou plutôt dans le fonds populaire de toutes les nations, aussi bien celles de l'antiquité que celles des temjïs plus modernes. Leur nom diffère bien, mais le cAractèi>^ général est le même. A notre éi>oque encore, nous avons sous nos yeux, dans h>s race< sauvages de TAfrique. de l'Amèriquo ou de l'Océanie. des hommes encore à l'état quasi primitif, qui nous rej>ortenl pres^iue à l'enfance des races plus développées s<-»it aryennes, siiit sémitiques ou n^^ngoles. Ces peuplades ont aussi leurs esprits supérieurs ou inférieurs, leurs génies, leurs lutins identiques aux nôtres. Et c'est là une preuve de plus contre les partisans de certains systèmes mythiques qui voudraient reporter aux Aryas seuls la concej^on primitive des croyinoes que nous possédcHis aiyourd'hui.

Nous sommes en ceci de l'avis qu'exprimait il y a quelques années un de nos savants les plus infatigables, M. Henri Gaidoz, qui disait: « La croyance aux esprits, c'est-à-dire à des êtres surnaturels qui entourent l'homme à tout instant et dans tout objet, et dont il doit capter la bienveillance ou détourner la malveillance, est en effet la principale religion de l'homme à l'état de nature. Le culte des ancêtres et la sorcellerie en découlent naturellement. »

Mais, ainsi que nous le disions tout à l'heure, les divinités de ces peuples primitifs sont sœurs des nôtres ; elles peuvent varier par certains traits accessoires sans qu'on puisse se tromper sur leur parenté originelle. Ce sont toujours bien ces êtres du monde invisible dont Ménandre le Comique disait :

Adest autem viro cuilibet dœmon booog.

Ut primum quis oascitar vilsî arcanus daetor.

Ils présidènt à la vie de l'honmie, de sa naissance à sa mort ; ce n'est pas pour eux-mêmes qu'ils sont créés mais pour nous ; s'ils ont une vie propre, c'est à la condition de se mêler à la nôtre et de la conduire vers un but flnal, bon ou mauvais. Car les génies sont de ces deux sortes, ou amis des mortels ou leurs ennemis. Les Taïtiens ont des « Atouas » ou dieux inférieurs résidant sur la terre, rappelant les sylvains, les faunes, les Dryades, les Oréades qui ne sont pas toujours animés de bonnes dispositions pour les hommes.

De même les Esquimaux, les Polynésiens, les aborigènes de l'Amérique. Les peuples anciens, les Egyptiens, les Assyriens, etc., avaient aussi des divinités bienfaisantes à côté de divinités malfaisantes. Euclide et d'autres auteurs de l'antiquité affirment positivement l'existence de mauvais génies à côté des bons, théorie qui fut le principe de la religion de Zoroastre et que le christianisme aussi bien que l'islamisme admirent en principe dans la distinction qu'ils lirent entre les noirs démous de l'Enfer et les anges célestes serviteurs de Dieu qui chantent aux pieds de Jéhovah, de l'Eternel ou d'Allah.

Les Romains et les Grecs avaient trouvé dans les croyances populaires la prodigieuse quantité d'esprits et de génies qu'on retrouve chez eux à chaque pas. Aussi les admirent-ils tous dans leur mythologie ix)lythéiste, ce qui faisait dire au poète Prudence :

Qaamqaam, cur Genium RomaQ roihi fiogilis anum ? Cum portis, domibus, thermis, stabalis solealis Assignare 80os Genios.

Chose assez bizarre en effet que de proclamer d'abord un génie spécial de la ville de Rome, puis d'admettre autant de génies particuliers qu'il y avait de portes, de maisons, de bains ou même d'écuries dans la capitale du monde ! Et ces nymphes, ces faunes,

ces sylvains, ces dryades, ces esprits sans nombre dont sont remplies les œuvres des écrivains grecs et latins î

Les autres peuples indo-européens eurent également leurs dieux inférieurs. Chez les Slaves, les Samovily et les Judy, sortes d'esprits des lacs, de la mer et des montagnes. Chez les Scandinaves, les nornes, les walkyries, les trolls, les elfes. Chez les Celtes, les fées, un peu Théritage commun des peuples indo-européens, mais qui, chez les Gaulois, prirent le profond caractère que nous leur connaissons. Les peuples germaniques eurent leurs nains, leurs géants, leurs gnomes ou esprits souterrains. Tandis que dans les races latines, ce furent les fées, les géants, les ondines, les orvals, et surtout les lutins qui exercèrent l'imagination du peuple, parfois même des poètes.

Nos lutins alfecteut mille et mille formes, dégagées bien souvent de ranthroix)morphisme primitif. Leur caractère est capricieux et malicieux. La plupart du temps ils ne sont ni bons ni méchants. Ils aiment courir par les nuits sereines, à la clarté de la lune ou des étoiles, par les bois, les bruyères et les landes. Ils dansent des rondes fantastiques au son de chalumeaux rustiques, de violons ou de flûtes, chantent de joyeux couplets et se réunissent sur le gazon autour de mignonnes tables chargées de mets délicieux et de boissons exquises. Si quelque ménétrier de passage les rencontre, vite ils l'entourent et ne lui laissent de repos qu'il ne leur «it joué quelque danse de son répertoire. 11 est vrai qu'ils l'en récompensent magnifiquement et que le violoneux n'a pas à se plaindre de sa nuit perdue dans la société des petits êtres.

Mais gare au voyageur égaré dans la campagne. Les malicieux lutins lui jouent mille tours de leur façon, le perdent dans les marais, le font danser de force des rondes diaboliques, le rendent bossu ou le rouent de coups !

D'autres affectionnent les fermes isolées, prennent soin des bœufs ou des vaches et des chevaux, battent le beurre, rincent la vaisselle ou l>alayent la maison. Mais si on les irrite en leur donnant une voste rouge, adieu la tranquillité, l'abondance et le bien-être! Le lutin vient toutes les nuits faire un train dVnfer, embrouiller les èoheveaux, briser la vaisselle, faire tourner le lait. Heureux, enctw s'il ne marque pa^^ le bétail de taches noires qui le font mourir !

Parfois enoi^n^, o\^t un petit animal qui vous i«sse le soir entre les jamln^s ou un fou-follet capricieux qui cherche à vous égarer ; des bruits tio chariots ou de voitures lounlemenl chargées : des ap|>els dé:*\^pén^ dans le lointain ; ou <ies apparitions horribles; ou dos animaux sans tôle ; ou dt^ cavaliers qui passent au galop de leur monture et qui }¥>rtent leur tète dans la

On le Yoitf nos croyances populaires sont à la hauteur de odles des autres peuples. N'allez pas dire à certains de nos paysans que ces petits êtres n'existent pas ; ils nieront bien toute croyance religieuse, les anges, le diable ou Dieu même, mais pour celle des esprits ftimilliers, des lutins, des korrigans ou des goblins, ils vous soutiendront que non seulement ils vivent dans les fermes, les prés ou les bois, mais encore ils vous raconteront sérieusement nombre de dénièlés qu'ils ont eu^s avec eux et où souvent ils ne jouent pas le plus beau rôle î

Les Génies et les Esprits des Arabes.

Les Arabes croient aux latins qu'ils nomment roui et qu'ils se représentent sous la forme de petits êtres laids et difformes, hantant les maisons, les ruines et les jardins. Les roui ont le caractère de nos lutins et de nos follets. Tout leur temps se passe à jouer toutes sortes de mauvais tours au pauvre monde, prenant la forme des esprits et des spectres et glaçant de terreur les malheureux Arabes auxquels ils peuvent en vouloir. Certaines maisons hantées par les roui ont dû être abandonnées par leurs propriétaires.

Le mot Roula, que les arabisants d'Europe écrivent Ghoula, s'est francisé sous les formes Ghol, Gole, Goul et surtout Goule, employé fréquemment par les poètes, Victor Hugo entre autres. On en a fait le synonyme de Lamie et Vampire, ces spectres qui, d'après les croyances populaires, sortaient de leurs tombeaux pour sucer le sang des vivants.

Les Djinns ou Djnoun sont d'autres esprits bons ou mauvais, mais plus ordinairement offrant ce dernier caractère.

Le peuple se les représente sous des formes horribles et des figures hideuses ; alors ils ne sont occupés qu'à fah*e le mai et à épouvanter les mortels. D'autres fois, ce sont des sortes de fées, lascives, enchanteresses, habitant de superbes palais dans des endroits ignorés, y vivant au

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f^vrWVtAt ♦ IAKW pfiW^, t'A Vf Al ten ^nitini», génies ^ ^,v/, 4<Kiv^</»t u U/nM ff4i\\^ni^. «f iiae gaselle oa ^f9^^/A/^U-, ^ fAti'/MZfd h ('Jkta'^skfùe par les nuits

^é^é4 ^^fihiA/it,tMt% tMSXf. *tor!#r 4« jrénîes des Aralies ff^f / f>i/fl r/Ml({f/î /|fiiT|/|fm f^r^IiU^ — nn très intéressant |r444i(^^ /l^i |ril^OM« VilM ^^t rifj f;ttrait des Conitt kabyles

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|iii^.t MM ( hvl lii iiMiMiM, CN^nI tjitit/'>t un (lômon malin qui se l'MH. /M»io iHi inv'Hi liiiin |Kiiir ï'IfniyiT I<*m voyiif^eurs; tfautres I. iHi il/ iiHiii irininiiiiir railIruHiî, (|ui cvmrt le lon«r des m^iio», ili »» iMilim hiH<»M<Sn (Ih iVH'horM, |Miur tourmenter les amonn.iM i>l )»'t«i (••1110(^1 (tnit lVn>ritt'N )itiôril<*M. Il on est qui ont le iMili'ii. jiKMvoii ^U^ HMuti'o rholuiiio iinpuissuut. Ce sont les plus M ilcul» .» d»v Ihiu ho |»MU\rrM ttiimumix pleins de désirs, Timaj^fUmlliiii lai l^u, ili'iiieumit de.H mois entiers sans (louvoir satis- I'hUi' li ui |iu-4^i(«u . . tl e^it deM demous qui ne s'attachent qn^anx 4uiiu4u^ , iih4i« lU ^Vu rt\Hiuillent en mai trt*s. Parfois nn trou- |M.4U i«iut ouliiM- deMeid leur Nietimo.... Les démons de la monplu* ^>iid»r«v«. iiu eu HÏ^nalo (lui sautent à calilburchon :*ui lo tlto d\M \o>rtp;eurH do nuit» et les lonreut à plier sous le iuiy, \y\i ioloh.u»l. umxi »u.st|u\\ que les étcn les pâlissent. Le» puu<»u4K, MletHH\ l\vlh\ les uuils plus louij:ues et plus luutU ,), lr-,t ui\ yierwx dox U»ivl^*, \«>ilà ii«.*s éléments iK>ur oes le- ■i^uiiUs, jK»puU*iu\v II > des V tenu »us l\u*ieu.\ ijui '>*intr'Hiuisent daut vs'M*'* d\\\ UiJuulu.s les i\ •.*:uimsi.'at. les jettent à ^eiT»» -.'t Uv* li'jit vvu»"*'A'- l deiHxui l a^ei'»»ur um»urt lès 'lu'^m liomme Uuuîv *sku.\ îe.\v\^ui««K vl un ^ij^sciSî^m ou i^im îUi''eu.\, 'fl se r»»rviit >iu .*4u,; le \KiiUK\ La/ei-^'ur [KAr'i'ut ; 1 rlsut 'niiter .e* viiv"v.u*\ . ; uu'uni îes :iK>uU»u?s 'uiève muielss '>udiabie .e» V»*u\<u\, iu; ueUeui .\ u>upier ^ur .'U\-;u^ !ues -«Jîmkjat i

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