III. — Discussion des faits
Nous avons analysé avec le plus grand détail tout le Mémoire de Baer^ afin qu'on ne nous accuse pas d'affaiblir en quoi que ce soit l'argumentation de l'illustre zoologiste. Il eût été facile de laisser de côté une foule de particularités inutiles et parfois inexactes. Mais nous ne devons pas perdre de vue que ce travail ne s'adresse pas uniquement aux zoologistes et que beaucoup de lecteurs pourraient accepter sans contestation, comme venant d'une plume aussi autorisée, des faits qui sont démentis par les travaux de l'école expérimentale contemporaine. Disons toutefois, à la gloire de Baer, qu'aujourd'hui même il se déclare en principe non opposé [abgeneigt)^ mais plutôt porté [zugeneigt) à admettre la théorie transformiste qu*îl avait entrevue autrefois, dans la maturité de son talent, c II
4k4 CONTROVERSES TRANSFORMISTES
est possible, écrivait-il en 1828, qu'au début de leur développe* ment, tous les animaux puissent essentiellement se déduire d'une forme originelle commune. On pourrait même affirmer, non sans apparence de raison, que la forme cellulaire simple représente ce type originel commun, dont tous les autres sont dérivés, non seulement d'une façon idéale^ mais historiquement, »
Toute la première partie du Mémoire que nous discutons a pour but, comme on vient de le voir, d'établir la loi suivante : quand un animal est fixé de façon à ne pouvoir librement changer de place, c'est toujours par le dos que s'opère cette fixation.
Pour démontrer cette loi, il faut évidemment définir ce qu'on entend par côté dorsal, et donner cette définition en s'appuyant uniquement sur la morphologie comparée, sans y faire intervenir en rien les considérations physiologiques. Or, est-ce de cette façon que procède Baer? Oui, quand il s'agit d'animaux appartenant au même embranchement. C'est ainsi, par exemple, qu'il ramène le Notonecte et les Cirripèdes à la position des autres Articulés; qu'il retourne les Hétéropodes et montre parfaitement les homologies de ces Mollusques avec les Gastropodes, etc. Mais la méthode change tout à coup quand il devient nécessaire de généraliser cette notion du notœum établie d*une façon indépendante dans chacun des grands groupes.primaires appelés phylums ou embranchements.
La méthode change, avons-nous dit; il serait plus exact d'affirmer qu'il n'y a plus de méthode et que Baer admet a priori, sans aucun contrôle expérimental, sans aucune tentative de comparaison morphologique, une orientation spéciale pour les quatre types qu'il considère. Dès lors, il devient facile de saisir le raisonnement. On définit comme dorsal le côté par où s'opère la fixation dans chacun des embranchements qui comprennent des animaux vivants à l'état sédentaire, et l'on en conclut que partout la fixation est dorsale! Malheureusement, il est des cas particuliers où cette fixation soidisant dorsale n'est qu'apparente; de plus, dans un même groupe, on trouve h la fois des animaux fixés par le côté prétendu dorsal, d'autres par le côté opposé. De sorte qu'au vice du raisonnement s'ajoute rinexactitude des faits sur lesquels il paraît s'appuyer.
Mais suivons pas à pas notre auteur dans la série de ses affirmations. De ce que la plupart des Articulés, dans leur station physiologique normale, présentent entre les divers systèmes d'organes (système nerveux, tube digestif, appareil circulatoire) des t;onnexions inverses de celles qui existent chez la majorité des Verte-