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IV. — La convergence des types

Nous avons vu que Baer ne cherche pas à définir d'une façon générale en dehors de chaque embranchement ce qu'il faut entendre par ce mot : région dorsale. Si nous essayons nous-mêmes de tirer du mémoire que nous analysons un critérium qui nous permette de reconnaître immédiatement cette partie du corps, nous trouvons seulement la convexité comme caractère général du notœum dans toute la série animale. Encore Baer convient-il que, dans un certain nombre de cas particuliers, ce caractère peut disparaître notamment chez les Articulés ; mais en cette occasion Baer ne perdil pas un peu trop de vue le développement embryonnaire auquel il attachait autrefois une si grande et si légitime importance? L'embryon des Arthropodes ne présente-t-il pas dans l'œuf une courbure ventrale convexe, et celte convexité ne doit-elle pas obtenir la prééminence sur celle qui se produit plus tard en sens inverse sous l'influence des conditions extérieures d'existence? D'ailleurs ce critérium de la convexité dorsale perd une grande partie de sa valeur

l'embryologie DBS ASCIDIES ET l'oRIGINB DES VERTéBRBS S3

chez les animaux inférieurs où son application devient le plus souvent impossible ou illusoire.

J*admets même que Baer ait démontré queTÂscidie se fixe par la région dorsale et que les homologies qu*il indique entre l'Ascidie et les Mollusques existent réellement; je dis que ces homologies ne prouvent rien et sont tout au plus des homologies par adaptation ou plutôt des homologies par réduction. Il fallait, pour établir d'une façon solide des homologies véritables entre l'Ascidie et l'Acéphale, par exemple, ou entre l'Ascidie et le Gastropode', comparer les embryons dès le moment de leur première formation et les suivre pas à pas jusqu'au complet développement de l'adulte. Cette comparaison des processus embryonnaires, toujours très utile dans la recherche des homologies, devient absolument indispensable quand il s'agit de types fortement modifiés et dégradés par leurs conditions éthologiques. La fixité à demeure, première forme du parasitisme, amène presque constamment une métamorphose rétrograde, supprime certains systèmes d'organes et par suite certaines connexions, d'où il résulte que les plus étranges erreurs deviennent possibles dans la détermination des types défigurés.

Un exemple fera mieux saisir ma pensée. Le parasitisme, à son degré le plus élevé, a généralement pour effet de transformer des organismes même assez compliqués en simples sacs ovigères. Deux animaux appartenant à des types très différents peuvent être ainsi amenés à présenter la plus apparente homologie par réduction, par suppression complète des systèmes d'organes qui les caractérisaient. C'est le cas de certains Articulés, la Sacculine et le Liriope, par exemple, que l'on a pu considérer comme des genres voisins d'un même groupe jusqu'à ce que l'embryogénie eût révélé que le premier de ces animaux est un Rhizocéphale, c'est-a-dire un Cirripède dégradé par le parasitisme, le second un Crustacé Isopode de la famille des Bopyriens. Mais, dira-t-on, ces deux animaux appartiennent au moins au même embranchement. A cela je répondrai que c'est encore à l'embryogénie que nous devons de connaître d'une façon certaine quel est cet embranchement, car l'atrophie du système nerveux, la disparition du tube digestif, en un mot la simplification de tout l'organisme, rendent ici la morphologie complètement impuissante. 11 y a plus : si l'on négligeait la recherche de

1. Parmi les MoUasques, les Gastropodes sont les animaux qni se rapprochent le plus des Tnniciers comme le prouvent l'embryogénie et même l'anatomie comparée.

renibryon, ne pourrait- on confondre avec les animaux dont nous venons de parler le curieux Entoconcha mirabilis dont l'étude jeta un si grand trouble dans Tesprit de J. Mubller ? Les belles recherches de A. Baur n*ont-eIIes pas démontré que le sac conchifere de la Synapte est un véritable Nudibranche complètement défiguré par b métamorphose rétrograde? 11 serait facile d'établir à la façon de Baei des homologies entre cet Entoconcha et la Sacculina ou le Uriope- La structure histologique du tégument pourrait seule peut-être, ao point de vue morphologique, nous révéler la difTérence des embranchements.

Les Ascidies sont moins dégradées évidemment que les types dont nous venons de parler, mais elles subissent néanmoins une régression évidente. Aussi doit-on, je pense, attacher une haute valeur aux résultats de la comparaison entre la structure histologique de la tunique externe et celle de la coquille des Acéphales pré* tendue homologue. Or, rien ne semble moins prouve que cette quasi-identité admise par Baer. Les frères IlBRTW'iGy qui ont tout récemment encore étudié cette enveloppe externe des Tuniciers, se sont prononcés nettement contre l'admission des Ascidies dans le • groupe des Mollusques. C'est aussi l'opinion à laquelle j'étais moimême arrivé en 1872, après avoir étudié la formation de cette menh branc chez les embryons des Tuniciers, et les recherches que j'ai pu faire depuis n'ont fait que me confirmer dans cette manière de voir.

Ces jours derniers, dans un envoi très intéressant que j'ai reçu de mon collègue et ami, le professeur Marion, de la Faculté de Marseille, j'ai rencontré un type de Synascidie méditerranéenne présentant, sous le rapport de la tunique, une singulière ana* logie avec les Mollusques. C'est une espèce de Didemnien, dont chaque animalcule est, comme les autres types du même groupe, enfoui dans une petite loge de la couchç commune de cellulose. Mais ici chacune de ces loges est doublée intérieurement d'une coque calcaire interrompue seulement au passage des siphons. Toutefois l'analogie n'est qu'apparente et la structure remarquable de cette enveloppe ne permettrait pas de la confondre avec celle des Mollusques Lamellibranches* (A).

1. Les calcospbérites, qui conBtituent la pseudo-coquille de ce Didemnien, blent d'une façon étonnante à ceux que le professeur Harting a obtenus fr^i ment dans ses remarquables expériences, et qui présentent à la fois des concbci concentriques et une disposition radiaire des molécules de carbonate de chaux.

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