‹ Controverses transformistes, avec 23 figuresChapitre 19 sur 42 · I. — Les classifications purement anatomiques · texte numérisé non relu

I. — Les classifications purement anatomiques

Georges Cuvier,

Il est des hommes qui ont le triste privilège, après avoir travaillé vaillamment pendant toute leur vie à étendre le domaine de la

tion a partout traduit le mot rohr par fibre ! Fibre nerveuse, fibre muscalatre, fibre cornée, cela marche encore, et l'absurdité n^est que dans l'application du terme, mais fibre sanguine! fibre mésentérique ! fibre sexuelle/ voilà qui dépasse tout écart d'imagination. Ce n'est plus un contresens, c'est un non-sens.

Dois-jc ajouter, après cela, que le mot Keimblatt signifie feuillet blastodermique^ et non pas blastoderme^ et que, par conséquent, il n'existe pas d'animaux à deux blastodermes !

science, d*arrèter après leur mort, et cela pour de nombreuses années, la marche des idées et le progrès des connaissances humaines. Ce sont les esprits dogmatiques, discontinus, à tendance négative, qui bannissent Thypothèse et font profession de s'en tenir au fait brutalement observé. Lorsque de tels hommes sont d'habiles investigateurs, des travailleurs laborieux, lorsqu'ils arrivent, comme le cas est fréquent, aux plus hautes positions scientifiques, Tinfluence dont ils jouissent, et qui reste plus tard attachée à leur nom, paralyse toute initiative individuelle et supprime toute force qui ne vient pas concourir à l'œuvre qu'ils ont tentée; les voies qu*ils ont ouvertes ne paraissent sûres que jusqu'au point où ils les ont essayées et, s'ils ont commis quelques erreurs, leur réputation de prudence et d'exactitude est telle, que ces erreurs doivent être signalées cent fois avant d'être bannies du territoire de la science. Les esprits de ce tempérament peuvent avoir des imitateurs, ils n'ont pas de disciples. Semblables aux grands arbres des forêts, ils font le vide autour d'eux, et, quand ils disparaissent, il reste la terre nue.

Notre illustre Cuvier a bien assez de titres de gloire pour pouvoir se passer d'adulations posthumes, et l'espèce de fétichisme, dont on entoure en France sa mémoire et ses œuvres, a produit une juste réaction chez des juges moins prévenus et plus impartiaux. Toutefois, il faut encore, même aujourd'hui, une certaine audace et beaucoup de mépris du qu'en dira-t-on pour oser critiquer la fameuse classification du Règne animal. C'est un vieux cliché reproduit partout dans les traités élémentaires de zoologie que Cuvier a jeté une pleine lumière dans le groupe des Vernies de Linné, véritable chaos où se trouvaient réunies pêle-mêle les formes les plus diverses de la création. Flourens, qui nous a laissé plus de livres que de découvertes, n'a pas peu contribué à vulgariser cette opinion, à laquelle Agassiz a presque donné la valeur d'un dogme. Aussi, tandis que la théorie des types, le côté vraiment original de VAna^ tomie comparée y restait incomprise et défigurée, les quatre embranchements cuviériens sont demeurés, depuis soixante ans, immuables dans leur délimitation, véritables pierres angulaires d'un édifice regardé comme indestructible.

On peut dire, cependant, que, même ii l'époque où elle parut, la classification de (Cuvier réalisait un progrès assez mince vX nullement comparable à ceux que Lamarck faisait faire à la même épo(|ue â la systématique. On doit ajouter qu*aujourd'hui il ne peut sul>«

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sister que bien peu de choses de ces cadres trop réguliers dans lesquels un génie autoritaire voulait emprisonner la nature.

L'un des vaillants écrivains qui collaborèrent à Y Encyclopédie méthodique^ ce magnifique monument des connaissances humaines au xviii* siècle, Fauteur de YHistoire des Vers^ Bruguière, qui mourut victime de son dévouement à la science, nous a laissé, dans rintroduction du volume publié en 1792, une classification des animaux «inférieurs dont on a trop peu tenu compte, et qui révèle une sagacité rare et une exacte appréciation des réformes à établir dans les grandes coupes zoologiques.

Bruguière divise les Vermes de Linné en 6 groupes * :

1° les Vers Infusoires;

2® les Vers Intestins;

3® les Vers Mollusques;

4** les Vers Echinodermes;

5° les Vers Testacés;

6** les Vers Zoophytes.

Le groupe des Infusoires correspond à ce que nous appelons aujourd'hui Protozoaires.

Les vers Intestins comprenaient, outre les Helminthes, les Sangsues, les Lombrics et les Annélidcs, c'est-à-dire à peu près tous les animaux que nous classons dans le groupe des Vers sensu latiori.

Les vers Echinodermes correspondent aux Echinodermes actuels, moins les Holothuries.

Les Zoophytes de Bruguière ne sont autre chose que le groupe défini par Leuckart sous le nom de Cœlentérés^ et auquel plusieurs zoologistes rendent aujourd'hui son premier nom. Bruguière y plaçait h tort les Botrylles et les Bryozoaires. C'est seulement en 1816 que Savigny fit connaître Tanatomie des Ascidies composées, et Cuvier n'a pas mieux saisi les affinités des Bryozoaires. H est certain d'ailleurs que Bruguière eût rectifié son erreur s'il avait eu occasion de voir à l'état vivant les animaux dont nous parlons, car ridée qu'il se faisait du type Zoophyte est parfaitement nette et ne diffère pas de celle que nous en avons aujourd'hui. « Je ne considère, dit-il, comme vers Zoophytes proprement dits, que ceux dont la structure est analogue à celle des Hydres, et dont l'habi-

1. Linné divisait les Vermes en Intestina^ MoUuaca, Testacea^ Lithophyta ei Zoophytu, C^est donc une affirmation sans fondement que de dire, ayec Agassiz, que les premières subdvisions des Vers furent opérées sous l'influence de Cuvier (Voir L. Agassiz, Dt r espèce j p. 316).

tation est celluleusc, qti'eile soit calcaire ou cornée, ou fibreuse. »

Voila une définition claire et précise, qui laisse bien loin derrière elle la notion confuse et inexacte du type Rayonné de Cuvier.

Les Testacés de Bruguière comprenaient tous les Mollusques à coquille externe, et de plus, les Brachiopodes, les Cîrripèdes et certaines Annélides tubicoles (Serpules).

Quant au groupe des Vers mollusques, Bruguière y plaçait tous les animaux mous qui, à cette époque, se voyaient rarement dans les musées, et sur lesquels on n*avait que des données très vagues. C'est là le point faible de la classification . 11 est clair, du reste, que Bruguière ne considérait cette division que comme provisoire et définie seulement par le caractère négatif de Tabsence de toute pièce solide, puisqu'il y range les Actinies et les Hydres, dont il avait reconnu les affinités avec les Zoophytes.

A tout prendre, d'ailleurs, ce mélange bizarre d'animaux diversement organisés n'a rien de plus choquant, pour le naturaliste, que l'assemblage des types dont Cuvier fit, trente ans plus tard, son groupe des Rayonnes.

A défaut de connaissances anatomiques profondes, Bruguière avait, comme Jean Lamarck, un tact merveilleux pour tirer de la morphologie externe des animaux des idées souvent très exactes sur leurs véritables rapports.

Cuvier, par ses admirables recherches sur l'anatomie des Mollusques, a beaucoup amélioré les divisions établies par Bruguière dans le groupe des Testacés. Les services qu'il a rendus à la taxonomie dans une foule de questions de détail sont immenses et indiscutables; mais pouvons-nous passer sous silence les erreurs qu'il a commises et qu'avaient su éviter ses devanciers? pouvons-nous laisser subsister le dogme des quatre embranchements si funeste aux progrès de la science dans notre pays ?

Etait-ce un progrès que de réunir les Infusoires aux Rayonnes et d y joindre les Intestinaux, séparés ainsi des autres Vers avec lesquels ils présentent la plus étroite parenté? Et cependant, en 1806, Lamarck disait déjà : « Jamais on ne placera dans la même classe nos Vers proprement dits (les Vers Intestinaux) avec les RadiaireSj et encore moins avec les Polypes, car il n'y a ni rapports communs, ni caractère classique entre un Taenia ou entre un Ascaride et un Oursin, une Étoile de mer, une Méduse; et il y en a moins encore entre les deux genres de Vers en question et l'animal d'un Madré-

pore ou d'une Gorgone. » (Discours d'ousferture du cours des ani" maux sans vertèbres y p. 79-80.)

Était-ce un progrès que de supprimer ce groupe si naturel des Échinodermes pour placer les animaux qu'il renferme k côté des Acalèphes, en invoquant un soi-disant type Radiaire qui n'est que la traduction d'un fait de cormogenèse, d'une ressemblance tectologiquePQue penserait-on d'un botaniste qui prendrait comme caractère fondamental de la classification des végétaux les prétendues lois de la phyllotaxie?

Était-ce un progrès de rapprocher de la façon la plus étroite les Annélides et les Articulés, dont les ressemblances sont dues surtout h la similitude de la segmentation dans ces deux groupes, caractère plutôt physiologique que morphologique, dont l'importance disparaît complètement devant les recherches embryogéniques.

Je ne parle pas de la suppression des Tuniciersj classe très naturelle établie par Lamarck et dont Cuvier, prenant pour base l'anatomie de l'adulte, avait fait des Acéphales sans coquille.

A P.-J. VAN Beneden, de Louvain, revient l'honneur d'avoir le premier protesté contre les idées cuviériennes et repris la tradition de Linné. Dans son Embryogénie des Ascidies, publiée en 1846, cet éminent zoologiste fait observer « qu'il n'y a pas dans la nature des Mollusques et des Radiaires comme l'entendait Cuvier, mais qu'il existe plutôt des Insectes et des Vers comme le pensait Linné ». Nous verrons plus loin qu'il y aurait bien peu de chose à changer dans cette assertion pour la rendre parfaitement exacte. En même temps P.-J. VAN Beneden s'efforçait de faire reposer la classification du règne animal sur les traits fondamentaux du développement embryonnaire. Malheureusement les recherches ontogéniques n'étaient pas encore suflisamment nombreuses à cette époque pour fournir une base solide au classificateur. De plus, van Beneden eut le tort de s'appuyer sur des caractères plutôt physiologiques que morphologiques (les rapports du vitellus nutritif avec l'embryon); de là les principaux défauts de ses idées systématiques. La classification embryogénique de Vogt, qui parut quelques années plus tard (1851), tout en réalisant d'importants progrès de détail, était entachée du même vice fondamental.

Parmi les classifications anatomiques qui ont suivi celles de Cuvier, plusieurs ont certainement amélioré l'œuvre de notre grand zoologiste. Leuckart, en particulier, mérite une mention spéciale. La séparation bien nette qu'il a établie entre les Cœlentérés et les

Échinodermes est l'une des plus heureuses conquêtes de la taxonomie.

En somme, la méthode purement anatomique est complètement abandonnée aujourd'hui, et si elle a rendu, comme cela est incontestable, d'immenses services à la science, on peut dire que, par les exagérations de ses derniers défenseurs, elle a beaucoup entravé, depuis vingt ans les progrès de la zoologie.

II. — Les classifications basées sur la morphologie de l'adulte : de Lacaze-Duthiers.

Il est une autre méthode dont les résultats ne sont pas moins funestes : c'est celle qui consiste à comparer les animaux, non plus au point de vue d'un seul organe regardé comme dominateur, comme le font les anatomistes, mais au point de vue des rapports que présentent les divers systèmes d'organes uniquement chez l'adulte et sans tenir compte des enseignements de l'embryogénie. J'ai déjà cru devoir, en plusieurs occasions \ combattre énergiquement cette méthode de morphologie fantaisiste qui possède en Angleterre et en France de nombreux partisans. Il suffit de citer Allman, Mac-Donald et de Lagaze-Duthiers, dont l'enseignement à la Faculté de Paris n'est qu'une application perpétuelle du procédé que nous critiquons.

Prendre deux animaux au terme de leur développement, modifiés par les agents extérieurs, la fixation, la vie pélagique, etc., les placer côte à côte, retrancher à l'un ce qui manque à l'autre, réunir ou séparer h volonté ce qui dans la nature est disjoint ou réuni dès le principe, ce n'est plus faire de la science, et je ne puis mieux comparer ces prétendues démonstrations morphologiques qu*aux résultats fournis en linguistique par l'étymologie. L'Ascidie dérive de l'Acéphale lamellibranche comme poltron vient de police truncatus. Ce sont là des tours de passe-passe, de simples jeux de l'esprit, de la divination pure et simple, un subterfuge habile pour éviter les pénibles recherches de la morphogénie.

Au reste, il suffit pour juger cette méthode de lire les œuvres qu'elle inspire. Rien n'est mieux fait pour nous édifier à cet égard que le mémoire de H. de Lacaze-Duthiers sur la Molgule, mémoire

1. Voyex notamment Revue scientifique, IV série, 4* année, n* 2, 11 juillet 1874, et ni-dessus ch. ii, p. 44 et suiv.

publié récemment dans les Archives de zoologie expérimentale.

Ceux qui, séduits par les enluminures artistiques qui accompagnent ce travail, auront eu la patience de suivre Tauteur au travers du fatras des descriptions anatomiques, des citations de Là Fontaine et des allusions personnelles qui donnent à cette œuvre originale tantôt le caractère d'un pamphlet, tantôt l'apparence d'une Introduction à la Pathologie chirurgicale des 7w/iicier«, ceux-là seuls apprécieront combien mince est le profit que la science peut tirer de pareilles élucubrations.

Il n'entre pas dans ma pensée d'entreprendre ici la description détaillée des erreurs taxonomiques et embryogéniques du mémoire que je viens de citer. Ce serait d'ailleurs un travail inutile au point de vue scientifique. Prend-on la peine d'arracher les feuilles mortes que le vent d'automne doit bientôt balayer *?

A un autre point de vue, il sera bon de citer quelques observations qui justifient la sévérité de mon jugement. Plus grande est l'autorité dont jouit un homme de science, plus énergique doit être la lutte contre les idées fausses qu'il professe. Si le critique se trompe, son erreur peut lui être plus préjudiciable qu'à tout autre ; s'il est dans le vrai, il ne pourra faire accepter son opinion qu'en triomphant d'abord du respect qu'inspire toujours la parole d'un savant justement estimé et possédant par sa position dans le monde scientifique une haute influence. L'attaque devra donc être loyale, mais vive, continue et libre de tout ménagement dicté par des considérations personnelles.

Examinons d'abord les idées de l'auteur sur le groupe des Mollusques dont il a si magistralement étudié l'anatomie dans une foule d'écrits spéciaux.

On sait que, pour les zoologistes de l'ancienne école, l'embranchement des Mollusques comprend les divisions suivantes :

1. Telle n'est pas, bien entendu, l'opinion de beaucoap de zoologistes français. Voici comment s'exprime, au sujet du travail de Lacaze-Duthikrs, le professeur Jourdain, de la Faculté des sciences de Nancy : « Nous ne pouvons qu^engtiger les partisans de la doctrine nouvelle à méditer cette réfutation, quil y aurait danger pour eux à laisser sans réponse. • (Voyez Revue des sciences naturelles de Dubrueil, Montpellier, 1875.) L'appréciation du professeur Jourdain est tellement louangeuse, tellement inspirée par les idées d'autrefois, qu'elle provoque la discussion de questions qui paraissent aujourd'hui résolues pour les embryogénistes sérieux. Je demande pardon à ces derniers pour les longueurs auxquelles on me condamne. Eviter de répondre à cette provocation paraîtrait un aveu de défaite.

FAUX PRINCIPES BIOLOGIQUES ET CONséQUBNCBS EN TAXONOMIB 73

!•' Sous^mbranchement. i Céphalopodes.

,^ „ 1 Ptéropodes.

Mollusques X Gastéropodes.

Embranchement 1 proprement dits. f Acéphales.

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