L HEREDITE DES MODIFICATIONS SOMATIQUBS
par le jeu des facteurs primaires, auxquels il adjoignait seulement Thérédité.
Darwin, au contraire, tout en ne niant pas le rôle joué par les facteurs primaires dans la production des espèces organiques, s'efforça de montrer que la part la plus importante devait être attribuée à la sélection naturelle et à un petit nombre d'autres facteurs secondaires. De là le nom de Darwinisme donné à l'étude de ces facteurs par beaucoup de biologistes.
On a voulu, dans ces dernières années, opposer le Darwinisme au Lamarckisme, ou, tout au moins, on a attribué tantôt à l'une, tantôt à l'autre de ces doctrines une valeur presque exclusive. Bien que nous nous soyons élevé plusieurs fois déjà contre ces exagérations trop souvent inspirées par un déplorable chauvinisme, le débat a fait tant de bruit dans ces derniers temps qu'il n'est pas inutile d'en dire quelques mots en passant.
Parmi les disciples de Darwin, les uns, tels que Romanes, ont essayé de montrer que la sélection naturelle ne pouvait à elle seule expliquer toutes les particularités de l'évolution des êtres organisés, qu'à côté d'elle il y avait place pour d'autres agents de transformation. Sous le nom de sélection physiologique ^ Romanes a étudié en particulier un nouveau facteur secondaire dont nous aurons à discuter la valeur; pas plus que Darwin, Romanes ne rejette d'ailleurs l'influence des facteurs primaires.
D'autres naturalistes, au contraire, plus darwinistes que Darwin, refusent d'admettre toute autre cause d'évolution que la sélection naturelle. Ils excommunient à la fois et Romanes et Delbœuf, et les partisans nouveaux des vues de Lamarck rajeunies et mises au courant de la science moderne. En tête de ces ultra-darwinistes, il faut citer Weismann, qui, dans de nombreux mémoires, s'est efforcé de prouver que les explications de Lamarck pouvaient être remplacées par d'autres, tirées uniquement du mécanisme de la sélection. Les essais de Weismann, en partie traduits en anglais, ont été accueillis avec une vive faveur par la plupart des biologistes de la Grande-Bretagne et ont apporté une aide puissante à l'éminent Alfred Russel Wallace.
Celui-ci, en effet, après avoir partagé avec Darwin l'honneur de la découverte de la sélection naturelle, n'a jamais cessé d'attribuer à ce facteur un rôle tout à fait prépondérant dans la formation des espèces.
Le 20 septembre 1888, dans un discours prononcé devant l'Asso-
ciation des naturalistes allemands à Cologne^ Weismann est allé jusqu'à dire : « Je crois pouvoir affirmer aujourd'hui que l'existence matérielle d'une transmission des caractères acquis ne peut être démontrée et qu'il n'existe pas de preuves directes de l'exigence du principe de Lamarck ».
Or en quoi consiste ce principe de Lamarck? L'illustre biologiste a formulé deux lois fondamentales. Les voici sous la forme même qu'il leur a donnée :
1^ Dans tout animal qui n'a point dépassé le terme de ses développements, l'emploi plus fréquent et soutenu d'un organe quelconque fortifie peu à peu cet organe, le développe, l'agrandit et lui donne une puissance proportionnée à la durée de cet emploi; tandis que le défaut constant d'usage de tel ou tel organe l'affaiblit insensiblement, le détériore, diminue progressivement ses facultés et finit par le faire disparaître.
C'est la loi de réaction éthologique ou loi d'adaptation,
2° Tout ce que la nature a fait acquérir ou perdre aux individus par rinfluence des circonstances où leur race se trouve depuis longtemps exposée, et, par conséquent, par l'influence de l'emploi prédominant de tel organe ou par celle d'un défaut constant d'usage de telle partie, elle le conserve par la génération aux nouveaux individus qui en proviennent, et qui, par suite, se trouvent immédiatement mieux adaptés que leurs ancêtres, si les conditions d'existence n'ont pas changé.
C'est le principe cThérédité, et c'est à cette loi que Weismann fait allusion lorsqu'il parle du principe de Lamarck.
Si ce principe de Lamarck est inexact et ne peut être démontré, on conçoit que le rôle des facteurs primaires est singulièrement amoindri. La transmission des caractères nettement déterminés par ces facteurs n'étant plus un fait scientifique, leur action se borne à mettre en branle d'une façon vague la variabilité des germes, sans qu'il soit possible de mettre en évidence un nexus causal précis, un déterminisme rigoureux entre le facteur primaire agissant et la variation produite ; la formation des espèces nouvelles devient quelque chose d'aussi mal défini au point de vue scientifique que l'hypothèse émise par certains naturalistes (H. M ilne- Edwards, par exemple) de la filiation des espèces par transformation d'un germe dans l'organisme maternel sous l'influence d'une puissance extérieure, avec cette différence toutefois que les antilamarckiens admettent, au lieu d'une intelligence créatrice agissant d'après un plan préétabli, l'action