‹ Controverses transformistes, avec 23 figuresChapitre 32 sur 42 · L HEREDITE DES MODIFICATIONS SOMATIQUES · texte numérisé non relu

L HEREDITE DES MODIFICATIONS SOMATIQUES

régulatrice de la sélection naturelle qui, au milieu de variations innombrables, maintient seulement les mieux adaptées aux milieux ambiants.

Une première question s^impose donc à notre examen avant toute étude des facteurs secondaires : jusqu^à quel point devons, nous admettre les restrictions apportées par Weismann à Timportance des facteurs primaires, et avant tout que devons-nous penser de la négation absolue du principe de Lamarck?

Si nous suivons Weismann dans la critique très spécieuse qu^il a faite de ce principe, nous constatons d^abord qu^il restreint considérablement les limites dans lesquelles Lamarck appliquait la loi d'hérédité des modifications acquises :

(c Nous n'avons à invoquer, dit Weismann, comme faits pouvant prouver directement l'existence d'une transmission de caractères acquis, que les cas de lésion ou de mutilation : d'observation sur la transmission d'hypertrophie fonctionnelle ou d'atrophie, il n'y en a pas, et l'on ne peut guère espérer qu'on en trouve dans l'avenir; car c'est là un territoire à peine accessible h l'observation. »

Weismann affirme d'ailleurs que les organes rudimentaires par manque d'usage peuvent s'expliquer parfaitement sans l'intervention du principe de Lamarck *.

Enfin il réduit ce qu'on appelle communément les caractères acquis à une catégorie très étroite de modifications, qui ne répondent nullement à ce que Lamarck entendait par la même expression.

En effet, parmi les modifications qui se produisent chez les êtres vivants, modifications souvent désignées d'une façon vague sous le nom de caractères acquis, il faut distinguer avec soin les modifications somatogènesy c'est-à-dire celles qui n'affectent que les éléments du corps ou éléments somatiques, et les modifications b/astogènes, c'est-à-dire celles qui aUeignent les éléments reproducteurs.

Si, par exemple, un homme est amputé d'un doigt, sa tétradactylie sera une propriété somatogène * ; si, au contraire, un enfant naît avec six doigts, son héxadactylie proviendra d'un état spécial

1. La démonitration que Weismank a voulu donner de celle assertion ne me parait pas satisfaisante. Je ne crois pas non plus justifiée l'assertion que le principe de Lamarck serait inapplicable à beaucoup d'instincts, et en particulier aux instincts qui n'a[^araissent qu'une fois dans la vie de l'animal ; mais c*est là une discussion qai Tiendra plut à propos quand nous étudierons les lois de rht'rédité.

2. Nous respectons la terminologie de Weismamn, mais le mot êomatique nous temblerait préférable.

du germe, ce sera une particularité blastogène. Les choses étant ainsi définies, et en limitant les modifications somatogènes aux mutilations et aux traumatismes comme paraît le faire Weismann, il est certain que la plupart des modifications somatogènes ne seront pas transmises par l'hérédité.

Il est évident, a priori^ comme le fait justement remarquer Mathiâs DuvAL ^, qu'une variation ne peut être transmise par hérédité que si elle a pour source une influence qui a agi sur l'organisme entier, de façon à y amener des transformations profondes, dont la variation en question est une manifestation locale. Et, en effet, que cette modification soit seulement la manifestation locale d'une tendance générale de l'organisme, cela est si vrai que la génération peut transmettre seulement cette tendance, laquelle se manifeste seulement plus tard dans des produits ultérieurs par la variation en question. C'est ce qui nous est présenté par les cas d'atavisme dans lesquels la variation saute par-dessus une génération et passe dii grand-père au petit-fils.

« Mais un accident brusque, qui d'un coup enlève une partie de l'organisme, ne résulte pas d'une modification de l'organisme entier, et, par suite, ne représente aucune tendance générale, n'a aucune chance de constituer une mutilation héréditaire. Le jardinier, en modifiant lentement la plante ou l'arbuste par des conditions particulières de culture, fait naître des variations qu'il peut espérer de voir reproduites par générations; mais quand il a taillé capricieusement les branches d'un arbuste, il sait bien que ni par boutures, ni par semis, il ne fera de cet arbuste déformé par l'instrument tranchant provenir de nouveaux sujets qui pousseraient avec ces mêmes déformations. »

Aussi Wkismann nous semble-t-il s'être donné beaucoup de peine pour un maigre résultat dans son discours Sur l'hypothèse if une transmission héréditaire des mutilations. Dans un pareil sujet, chaque cas doit être étudié séparément, et si, en coupant l'appendice caudal à cinq générations successives de Souris blanches, Weismann n'a observé aucune modification chez les descendants de ces animaux, cela prouve uniquement que la section de la queue d'une Souris n'entraîne aucune modification profonde de l'organisme de ces animaux.

De même, toute la discussion relative aux Chats à queue courte

Page 1