Voir Revue êcientifique^ t. XLV, p. 137, l* février
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Pêchers de rAmérique du Nord se reproduisent exactement par graines ; mais, d'après Downimg, lorsqu'on greffe une branche d'un de ces arbres sur une autre souche, elle perd la propriété de reproduire son propre type par graines et redevient comme les autres, c'est-à-dire que ses produits sont très variables. Voici encore un cas : la variété du Noyer Lalande se feuille entre le 20 avril et le 15 mai, et ses produits de graine héritent invariablement de la même particularité ; plusieurs autres variétés de Noyers se feuillent en juin. Or si on lève des semis de la variété Lalande qui se feuille en mai, greffée sur une autre souche de la même variété se feuillant aussi en mai, bien que tant le Noyer que la greffe aient la même période précoce de feuillaison, les produits de ce semis se feuillent à des époques différentes et plus tardivement, au commencement de juin. »
• Inversement, la greffe peut communiquer au sujet greffé certaines modifications somatiques dont elle est elle-même affectée. On sait, par exemple, que lorsqu'on ente la variété panachée de Jasmin sur la forme ordinaire, celle-ci produit quelquefois des bourgeons portant des feuilles panachées. Le même cas s'est présenté chez le Laurier-rose et chez le Frêne. On a même pu produire des métis de greffe dont les plus curieux sont peuUêtrc ceux réalisés par M. Hildbbrând, à la prière de Darwin. Après avoir enlevé tous les yeux d'une pomme de terre rouge écailleuse et ceux d'une pomme de terre blanche et lisse, Hildebrand les inséra réciproquement dans les tubercules de nuance opposée et réussit à faire lever deux plantes. Parmi les tubercules produits par ces deux plantes, il s'en est trouvé deux qui rouges et écailleux à une do leurs extrémités, furent blancs et lisses à l'autre, leur portion intermédiaire étant blanche et marquée de stries rouges. * Ces derniers exemples nous amènent à citer des faits d'une autre nature encore insuffisamment connus aujourd'hui, mais qui semblent prouver d'une façon irrécusable rinfluence des cellules somatiques sur les cellules blastogènes. Je veux parler de ce que Darwin appelle l'action directe de réiémcnt mâle sur la forme maternelle et même sur les produits ultérieurs.
Dès 1729, on avait observé que les variétés blanches et bleues de Pois se croisaient mutuellement lorsqu'elles se trouvaient rapprochées l'une de l'autre, de sorte qu'en automne se trouvaient dans les mêmes cosses des Pois bleus et des blancs. Mais cette modification de la couleur du fruit peut même s'étendre à la
gousse, c'est-h-dire à des cellules somatiques de Torganisme maternel. M. Laxton, de Stamfordy a fécondé le grand Pois sucré dont les cosses sont vertes, très minces et deviennent d'un blanc brunâtre lorsqu'elles sont sèches, avec du pollen de Pois à cosses pourpres dont les cosses sont colorées, comme l'indique son nom, sont très épaisses et deviennent d'un rouge pourpre pâle à l'état de dessiccation. M. Laxton a cultivé depuis vingt ans le grand Pois sucré sans lui avoir vu produire une seule cosse pourpre et sans avoir jamais entendu dire que cela lui soit arrivé ; et cependant une fleur fécondée par le pollen de la variété pourpre donna une cosse nuancée de rouge pourpre (Darwin, Variations^ t. II, p. 422).
• De nombreux exemples analogues de l'action du pollen de certains végétaux sur l'ovaire de variétés voisines ont été recueillis par Gallesio, Naudin, Anderson, etc. Rappelons seulement le fameux Pommier de Saint-Valéry, si bien étudié par Tillette ob Clermont-Tonnerre. Cet arbre ne produisait pas de pollen par suite de l'avortement de ses étamines, et devait être chaque année artificiellement fécondé ; l'opération était exécutée chaque année par les jeunes filles de l'endroit au moyen de pollen emprunté à diverses variétés. ,11 en résultait des fruits différents de grosseur, couleur et saveur, et ressemblant h ceux des variétés qui avaient fourni l'élément fécondant.
Comme l'ovaire des végétaux périt après la production du fruit et présente avec le végétal lui-même des connexions passagères, il n'est pas probable que les modifications somatiques produites par le pollen s'étendent aux cellules de la branche et du tronc; ces modifications ne peuvent non plus, pour la même raison, avoir de retentissement sur les produits ultérieurs.
«Mais chez les animaux, et surtout chez les Mammifères où le fœtus est longtemps en connexion étroite avec la mère, on peut supposer que l'action de l'élément mâle aura une influence sur l'organisme maternel d'abord et plus tard sur la descendance ultérieure.
C'est ce que prouve, en effet, le cas souvent cité de la jument de lord Morton.
Cette jument alezane de race arabe presque pure, après avoir été croisée avec un Couagga et avoir mis bas un métis, fut remise à sir GoRE Ousely, qui ultérieurement en obtint deux poulains par un cheval arabe noir. Ces poulains furent partiellement isabelles,
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et avaient les jambes plus nettement rayées que le métis et même que le Couagga ; les deux avaient aussi le cou et quelques autres parties du corps portant des raies bien marquées. Les raies sur le corps et la couleur isabelle sont très rares chez nos chevaux d'Europe et inconnues chez les Arabes. Mais ce qui rend le cas très frappant, c'est que chez les deux poulains, les poils de la crinière étaient courts, raides et dressés exactement comme chez le Couagga. Il n*y a donc aucun doute sur le fait que ce dernier a nettement affecté les caractères de la progéniture ultérieurement procréée par le cheval arabe noir (Darwin, Variations, t. II, p. 428).
TuRNER, qui rappelle cet exemple après Darwin, trouve trop complexe et hypothétique Thypothèse qui attribuerait la présenee des zébrures à un cas de réversion vers un ancêtre commun au Cheval et au Couagga. Il croit que la mère, lorsqu'elle portait rhybride dans ses flancs, avait acquis de lui la faculté de transmettre les caractères du Couagga grâce aux échanges nutritifs nécessaires au développement du fœtus. Le plasma germinatif de la mère appartenant à des ovules non encore mûrs aurait été modifié dans l'ovaire même, et cette variation acquise aurait eu son contre-coup sur les autres individus nés plus tard de la même mère.
La même explication a été admise par d'autres physiologistes pour les faits similaires fréquemment constatés, soit par les éleveurs, soit par les chasseurs sur divers animaux domestiques et en particulier sur les Chiens. On sait, en effet, que quand une Chienne a été fécondée une première fois par un Chien de race étrangère, ses portées ultérieures peuvent offrir un ou plusieurs petits appartenant à cette race étrangère, quoiqu'elle n'ait été couverte depuis que par des chiens de sa race.
L'exactitude de cette hypothèse serait fortement compromise si, comme l'affirment certains observateurs, M. Chapuis, par exemple, l'influence du premier mâle se manifestait aussi chez les Oiseaux (les Pigeons) où les relations entre la mère et le petit sont bien moins étroites que chez les Mammifères.
Mais quoi qu'il en soit de cette explication, le fait en lui-même, en dehors de toute théorie, démontre suffisamment la dépendance étroite qui existe entre les éléments reproducteurs et les éléments somatiques ^
1. L'action directe du premier mâle sur les produits ultérieurs est un fait dont les eontéqaences sociologiques n*ont pas été suffisamment remarquées. Il justifierait dans ane certaine mesure le droit exorbitant que s'attribuaient certains seigneurs d'autre-
Pour ne pas sortir du domaine des faits scientifiquement établis ou des hypothèses susceptibles d'une vérification plus ou moins facile, je laisserai de côté Tinfluence que peuvent avoir sur la progéniture les impressions produites sur les sens et le système nerveux de la mère. Bien ancienne est la notion populaire de ces influences, puisque nous lisons dans la Genèse que Jacob plaçait devant les brebis de son beau-père des baguettes dont l'écorce portait des dessins divers dans le but d'obtenir certaines marques sur les agneaux qui naîtraient de ces brebis. Mais l'antiquité d*ane croyance n'est pas toujours, tant s'en faut, une preuve de son exactitude et, en ce qui concerne la transmission de caractères physiques, j'admets pleinement avec Wbismànn que les exemples invoqués à l'appui de cette opinion, même le cas si curieux de la mère de von Baer ne sont nullement démonstratifs.
* Il me semble bien difficile d'admettre cependant que les émotions et les impressions psychiques, qui agissent d'une façon si énergique et si manifeste sur toutes nos sécrétions, n'aient aucune influence sur les produits des glandes génitales. Peut-être en dehors des conditions du milieu et de l'éducation qui doivent être invoquées en première ligne, faut-il attribuer à une action de ce genre le fait que toute une génération accepte avec la plus grande facilité des idées qui avaient été vivement combattues et repoussées par la génération précédente. Il me paraît impossible que le mouvement intellectuel provoqué par les hommes de génie dans une ou plusieurs branches du savoir humain, mouvement propagé et disséminé par les littérateurs et les artistes, n'ait pas un retentissement sur les éléments blastogènes de la génération contemporaine, et par suite sur la génération suivante, qui serait ainsi préparée par une transmission héréditaire à tout un ordre nouveau de modalités psychiques.
* Enfin une dernière considération nous conduit encore à repousser l'opinion de ceux qui soutiennent que les caractères somatogènes acquis ne peuvent se transmettre des parents aux enfants. Si, comme Ta déjà fait remarquer Turner, on pousse cette manière de
fois lors du mariage de leurs sujets. A une époque où, par suite même de l'état social, la noblesse représentait l'élément le plus différencié de la nation, Texercice de ce droit pouvait concourir au perfectionnement de la race : les enfants nés soas cette influence ont peut-être contribué autant que les bâtards au relèvement des classes inférieures et préparé Taffranchissement de 17S9. Au point de Tue de la morale de l'ayenir, on pourrait tirer d'autres déductions importantes du fait biologique signalé ci-dessus, mais ce n'est pas le lieu de les exposer ici, et peut-être même vaut-il mieux les réserver pour un enseigment purement ésotérique.
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voir à ses dernièrea conséquences, on est conduit à supposer que les ancêtres des êtres vivants actuels et même le plasma primordial possédaient en eux-mêmes toutes les variations qui sont apparues depuis, et comme les facteurs primaires n'auraient dans cette hypothèse agi que sur la partie somatique des individus et non sur les éléments blastogènes, les seuls transmis, il faudrait en conclure que ceux-ci possédaient dès le début, c'est-à-dire dès l'apparition de la matière vivante, une puissance évolutive en quelque sorte indéfinie. Nous serions ainsi ramenés a l'idée des forces créatrices r^Iées, il est vrai, par la sélection. La porte serait ouverte de nouveau aux agents directeurs immanents ou extérieurs à la matière, et nous devrions renoncer à la magnifique conception mécanique de l'univers entrevue par Descartes et poursuivie depuis par les savants du xviu" siècle (Buffon et les Encyclopédistes).
•Si, au contraire, nous admettons la transmission des caractères somatogènes dans la mesure démontrée par les faits exposés ci-dessus, la transformation des êtres vivants deviendra bien plus rapide, puisqu'elle ne dépendra plus uniquement des hasards delà variation interne, mais qu'elle sera déterminée par l'action des facteurs primaires.
Le rôle de la sélection et des facteurs secondaires demeurera très important pour accélérer et régler cette transformation.
Mais avant de passer à l'examen de ces facteurs secondaires, nous aurons à étudier d'abord un phénomène biologique que nous retrouvons partout où se constituent de nouvelles formes organiques : la transmission héréditaire. Que, pour expliquer la production de ces formes, nous fassions intervenir le principe de Lamarck, la loi de Dblbœuf, ou la sélection et les autres facteurs secondaires, nous avons vu qu'il fallait toujours admettre l'action de l'hérédité.
L'hérédité n'est, à proprement parler, ni un facteur primaire ni un facteur secondaire, c'est une intégrale, c'est la somme des variations infiniment petites, produites sur chaque génération antérieure par les facteurs primaires. Les lois de l'hérédité, à peine étudiées au point de vue expérimental, offrent un vaste champ à la sagacité des biologistes. Plusieurs de ces lois, et en particulier la loi de l'hérédité homochrone, fournissent aussi, nous le verrons, de bons arguments en faveur du principe de Lamarck. Les recherches embryogéniques les plus récentes commencent à peine à nous faire entrevoir le processus mécanique de la transmission héréditaire et les phénomènes intimes de la reproduction.
C'est seulement après avoir examiné avec soin toutes les connaissances acquises sur ces points délicats que nous pourrons aborder avec fruit Tétude des facteurs de l'évolution.
APPENDICE A. L'autotomie dans la série animale.
On sait depuis longtemps, le fait était déjà connu de Réaumur, que certains animaux peuvent amputer spontanément des parties plus oa moins considérables de leur organisme lorsqu'ils sont placés dans des conditions déterminées. L. Fredericq a proposé, pour ce phénomène intéressant, le nom d'autotomie, désignation très bien choisie qui a été acceptée de suite par tous les biologistes. Mais le savant physiologiste de Liège me paraît avoir trop restreint la signification de ce processus en réservant la dénomination d'autotomie uniquement au cas de mutilation active survenant par cause accidentelle, c'est-à-dire à V occasion d'une action vulnérante extérieure, et en refusant de considérer comme un phénomène comparable à ces mutilations réflexes, d'origine externe, la séparation des proglottis mûrs chez un Ver Cestode ou l'amputation du bras hectocotylisé des Céphalopodes.
En fait L. Fredericq a donné, dans la Revue scientifique du 14 mai 1887, un dénombrement fort incomplet des exemples connus d'autotomie. J'en ai signalé précédemment un certain nombre ^ Je citerai au hasard comme organes susceptibles d'amputation spontanée : la couronne tentaculaire des Tubularia (Cœlentérés), les papilles dorsales des Aeolis et de Tethys (Mollusques nudibranches), le lophophore des Phoronis (Géphy riens), les élytres et les cirrhes des Polynoe et des Cirratulus (Annélides), les ambulacres des Oursins, etc.
Je m'étonne de ne pas voir figurer sur la liste de L. Fredericq les Annélides et les Némertiens. L'autotomie est si fréquente chez les Chétopodes qu'il est souvent très difficile d'obtenir entiers les individus de certaines espèces appartenant aux familles des Clyméniens, des Polynoidiens, des Térébelliens et même des Lycoridiens.
Parmi les Némertiens, les types les plus remarquables à ce point de vue sont les Cérébratulides et particulièrement VAvenardia Priei Giard (? Serpentaria fragilis Goodsir) de l'Atlantique et le Cerebratulus marginatus Renier (?Meckelia somatotomus Leuckart), de la Méditerranée.
Un exemple très intéressant d'autotomie nous est encore fourni par les Entéropneustes. Les Balanoglossus Robini Giard et B, salmoneus Giard
1. Bulletin scientifique du nord de la France et de la Belgique^ t. XVII, p. 308.