‹ Controverses transformistes, avec 23 figuresChapitre 36 sur 42 · IM CONTROVERSES TRANSFORMISTES · texte numérisé non relu

IM CONTROVERSES TRANSFORMISTES

rables au point de vue de la nutrition ou même au point de vue de la respiration. On l'observe généralement chez les animaux tenus en captivité (cas de la Synapte, des Tubulaires, des Phoronis, des Némertiens, etc.).

Il est évident qu'il existe des formes mixtes et que les divisions que nous venons d'établir n'ont pas une rigueur mathématique, mais elles me paraissent commodes pour mettre un peu de clarté dans ce sujet complexe. L'autotomie des Échinodermes, par exemple, peut être, quant à son origine, une autotomie évasive ou économique^ elle n'en aboutit pas moins en général à une reproduction sc/iizogonialé, L'autotomie des Némertiens et des Polynoës est souvent à la fois économique et évasive^ etc.

Quant aux Holoturies, on a souvent confondu avec les intestins les organes de Cuvier évaginés comme moyen de défense : cependant certaines espèces rejettent réellement leur tube digestif, et avec L. Fredericq je considère ce phénomène comme rentrant dans l'autotomie; c'est pour moi un cas d'autotoroie économique.

A un autre point de vue, les faits d'autotomie peuvent aussi se grouper en deux classes différentes, selon que la partie sectionnée se régénère ou ne se régénère pas.

Enfin on pourrait dire encore que l'autotomie est tantôt générale^ (quand elle s'opère, comme chez les Némertiens, en un point quelconque du corps; tantôt localisée quand la section se fait constamment en un point précis, comme chez les Crustacés Décapodes, les Tubulaires, les Eolidiens, la Phoronis^ etc.

Dans tous les exemples que nous avons étudiés jusqu'à présent, l'amputation portait sur des organes ou des ensembles d'organes; mais il peut y avoir autotomie de simples plastides et l'autotomie plastidaire ou cellulaire se prête à des divisions parallèles à celles que nous venons d'établir.

Elle peut être en effet :

1® Défensive. — Exemple : les organes urticants des Cœlentérés, les cellules adhésives {klebrige Zellen) des Cténophores, les bâtonnets des Turbellariés et des Annélides, les néroatocyt^tes des Eolidiens et des Appendiculaires, etc.

2^ Économique, — Exemple : les cellules qui se séparent des embryons de Mollusques et d'Annélides (Cosmella de Nordmann), cellules exodermiques des Dicyémiens et des Orthonectides, etc. — Les phénomènes connus sous le nom de mues et à'enkystement se rattachent en partie à cette division.

3° Reproductrice, — Expulsion des produits génitaux, laquelle peut, comme l'autotomie schizogoniaie, être plus ou moins provoquée par des excitations mécaniques.

On voit l'importance que prend, ainsi comprise, ,une question en apparence très secondaire et jusqu'aujourd'hui fort négligée par les physiologistes.

l'hérédité des modifications SOMATIQUES 157

B. Sur Vautotomie parasitaire et ses rapports avec l'autotomie gonopborique et la scbizogonie ' .

Depuis la publication de la note précédente, des faits nouveaux sont venus corroborer notre manière de voir et nous ont révélé en outre des rapports intéressants entre Faction des parasites et la scbizogonie.

Certains Crustacés Copépodes, les Monstrillidœ^ après avoir parcouru les premières phases de leur développement à Tintérieur du corps de diverses Annélides, deviennent libres à Tétat adulte en rompant la paroi du corps de leur hôte et déterminent ainsi l'amputation d'une partie plus ou moins considérable de ce dernier '. Or il est remarquable que les Annélides, parasitées par les Monstrillides, appartiennent à des groupes cbez lesquels la régénération se fait très facilement et même plus spécialement à des genres cbez lesquels la scbizogonie est devenue un processus normal de reproduction non observé cbez les genres voisins. Tel est le cas des Salmacina et des Filograna cbez les Serpuliens.

Les amputations déterminées par les Monstrillidœ sont certainement dues à une action vulnérante interne; mais on peut objecter que cette action est trop énergique pour que la rupture des téguments de i'bôte soit attribuable uniquement à Tautotomie et qu'il s'agit ici d'une mutilation brutale analogue à celle produite par n'importe quel ennemi extérieur.

Il n'en est plus de même dans le cas suivant dont l'observation est due à E. VON Marbnzeller '.

Cbez deux Etoiles de mer des profondeurs, Asterias Richardi E. Perr. et Siolasterias neglecta E. Perr., on trouve un Myzostome de grande taille (Af. asterix Marz.) qui se loge dans une expansion galioîde déformante des caecums gastriques. Le parasite pénètre à l'état larvaire dans le tube digestif de son bote où il demeure quelque temps inoffensif; mais, en grandissant, il produit une excitation telle que le bras infecté s'autotomise. Cette autotomie se renouvelle même si fréquemment (parfois sur plusieurs bras simultanément) qu'elle a été prise pour un mode spécial de reproduction gemmipare cbez A, Richardi.

Chose remarquable, à l'état jeune A, Richardi possède généralement six bras (le plus souvent inégaux à cause des régénérations), tandis qu'à l'état adulte cette Astérie n'a plus que les cinq bras typiques.

Nous trouvons donc ici une nouvelle confirmation de la loi de Lessona *

1. Extrait des C. R. de la Société de Biologie, l** mai 1897.

2. A. GiARD, Sar le parasitisme plocenlaire des Monslrillide (C. R. des séanceê de la Société de Biologie, 6 férrier 1897).

3. Maretizxixsr, Zoologische Ergebniste, V (Denkêch. der math, naturw. Akad. Wien, LXIIÏ, 1895, p. 134-136, tiAnat, Ant, Nr., XVIII).

4. M. LxtsoifA, Salla riprodazione délie parti in molli Animali (Atti Soc. Ital, Se. mat., Tol. XI, p. 493, Milano, 1868). En citant la loi de Lessona dans son lirre sur Phérédité, Y. Dklage prétend qae l'illastre nataraliste italien explique cette loi par

sur raugmentation de la puissance régénératrice en raison de la fréquence avec laquelle elle s'exerce.

Comme on le voit, pour ces cas d*autotomie d'origine parasitaire, Texcitation déterminée par le parasite entraîne absolument les mêmes conséquences que l'excitation due aux produits génitaux dans les cas d'autotomie gonophorique (proglottis, hectocotyle, stolons génitaux des Syllidiens, etc.).

Il semble donc légitime de conclure :

1<> Que l'autotomie défensive peut être causée par un parasite agissant comme stimulus interne tout aussi bien que par une action vulnérante extérieure.

2® Que l'autotomie d'origine parasitaire, en mettant plus fréquemment en jeu les facultés régénératrices de l'hôte infesté, détermine chez celui-ci des phénomènes de gemmiparité qui, tératologiques ou tout au moins exceptionnels dans le début, peuvent devenir normaux et se produire en l'absence du parasite.

3® Qu'on peut expliquer ainsi la persistance de la gemmiparité chez certaines espèces appartenant à des groupes dans lesquels la reproduction asexuée n'existe plus ou existe seulement d'une façon accidentelle.

Il convient d'ajouter que, par suite d'une adaptation due sans doute h une longue sélection, les régénérations qui suivent l'autotomie se font généralement d'une manière beaucoup plus normale que celles qu'on provoque par une amputation expérimentale. C'est ainsi que si on considère un certain nombre de Lézards à queue autotomisée et un même nombre de ces animaux chez lesquels l'appendice a été sectionné expérimentalement, ces derniers donneront, après régénération, une proportion beaucoup plus grande de queues bifurquées.

La section, dans les cas d'autotomie, est faite évidemment avec une régularité et une symétrie que nous ne pouvons obtenir dans les amputations artificielles. La même chose a lieu chez les Annélides et chez les Astéries : les régénérations tératologiques sont très fréquentes chez les Asterias rubens, espèce qui s'autotomise difficilement et subit cependant de nombreux traumatismes accidentels; elles sont très rares, au contraire, chez les Ophiures et les Asterias tels que A, Richardi^ chez lesquels l'autotomie est devenue la règle.

la prévoyance de la nature, Camerano a justement releré cette assertion erronée. ■ On Toit clairement, dit-il, que Y. Delage n'a pas lu' le travail de Lessona ou, que t*il Ta lu, il n'y a rien compris » (O non ha letto il lavoro del Lessona o^ se lo ha Utto, non Vha menomamente capito). Lessona n'a jamais pensé à faire interrenir la prévoyance de la nature dans son explication du phénomène en question. 11 a dit seulement que le phénomène de la régénération des parties, entendu comme il crojait devoir Tentendre, pouvait être expliqué aussi bien par ceux qui soutiennent la prévoyance de la nature que par ceux qui font intervenir l'adaptation aux conditions d'existence, et il se range courageusement parmi ces derniers. Gamsràko, La Vita di M. Lessona {Acad.R, di Torino (2), XLY, 1896, p. 364).

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