‹ Controverses transformistes, avec 23 figuresChapitre 38 sur 42 · Voy. Gilles, Proc, Acad, nat. se. Philad.y ISO'j · texte numérisé non relu

Voy. Gilles, Proc, Acad, nat. se. Philad.y ISO'j

♦ Il me semble qu^une des recherches les plus importantes et les plus nécessaires au progrès de l'embryogénie serait de démêler ce qui revient à l'hérédité et ce qui est le fruit de l'adaptation à la vie pélagique, dans des formes embryonnaires telles que les larves des Échinodermes, le Pilidium des Némertes, les Actinotrocha, la Mitraria, le Cyphonaiites, certaines larves de Planaires, d'Annélides, etc. Sur des organismes encore si peu différenciés, les conditions extérieures agissent d'une façon très énergique, et leur action se multiplie par l'hérédité chez les êtres à embryogénie libre et dilatée. Il faut donc se tenir en garde contre les homologies apparentes qui masquent souvent des différences d'organisation réelles, mais encore peu marquées : « Quand il s'agit du point de départ d'un angle, nulle modification dans l'écartement des lignes n'est indifférente » .

Parmi ceux qui liront les pages précédentes, il en est qui trouveront hasardées de semblables recherches, ou qui les regarderont comme des théories inutiles, de faciles dissertations. Tant est grand encore aujourd'hui l'engouement de certains naturalistes pour les exagérations de l'Ecole de Cuvier, et pour la morphologie idéale et*^ artistique de quelques-uns de ses successeurs! Nous n'avons rien à opposer à ceux qui s'obstinent, au mépris des données embryogéniqucs, à chercher dans les formes adultes de prétendues homologies de connexion et un plan voulu; déterminé à l'avance. On ne discute pas avec un parti pris. A ceux qui prétendent qu'il est facile de raisonner sur des faits connus et qui préfèrent chercher et collectionner dans leurs mémoires des détails histologiques et des observations d'anatomie descriptive, nous dirons avec le professeur Haeckel : Quiconque a de bons yeux et un microscope^ de F assiduité et de la patience^ peut acrpiérir aujourd'hui une certaine notoriété par des découvertes microscopiques sans pour cela mériter le nom de naluj'aliste. Il faut rèsen'cr ce titre à P homme qui s'efforce non seulement de ^>oir les faits jjarticuliers, mais encore d^en saisir le lien étiologique.

SIR U PLEUROSTASE ET LES ANIMAUX DYSDIPLEURES

Lorsqu'on étudie le développement des Poissons pleuronectes, on observe que l'embryon, d'abord parfaitement symétrique par rapport a un plan sagittal médian, se déforme peu à peu pour se coucher tantôt sur le coté droit, tantôt sur le côté gauche. Dans ce mouvement de torsion de Tanimal sur lui-même, \\vi\ du côté qui va devenir inférieur se transporte graduellement vers le côté supérieur, mais tantôt cette migration se fait par un déplacement lent de Torgane, tantôt au contraire, comme chez les types étudiés par Agassiz, le globe oculaire traverse directement le corps de part en part, pour arriver plus rapidement i\ la place (pi'il doit occuper sur la face libre du jeune Poisson. Il me semble que ce deuxième jirocessus de de migration de r<eil f par perforation;, déjà décrit, quoiciue imparfaitement, par Steenstruf, doit être eoftsidéré comme phylogénétiquement postérieur au pn»mier. (Test évidemment un mode abrégé par rapport à la translation simple acc(»mpagnée de rotation. Dès rinstant où, par hérédité, la dissymétrie a |)U se produire l\ un stade assez jeune pour (|u'il y nit encore transparence du corps, la migration a dû tendre à devenir plus directe et plus rapide.

Lh pleurost(ist%cn donnant i\ ce mot un sens morphologique (forme dysdipleuredellAKCKHi.), nVst pasune particularité spécialrau groupe des Poissons pleuronectes. On peut Tobsrrver dans les classes dani-

1. Les lignes qui Tont •uivr^ ont ét(* [>uhlir«t rn 18T7 diin» 1» Hrvue ilet gcirnctê naturri/rë de Montpellier ;t.\l.|). 1^{:{-li{l)i a la nuite «riine tradiuliun Hu beau uiétnoire d'Ai.EXAMiHL .Vgahhiz mir le dévelo|)|ienieni de» Pleuronectes.

maux les plus diverses, notamment chez les Foraminifëres, les Acéphales, les Gastéropodes, les Annélides, les Crustacés et les Tuniciers. Dans presque tous les cas, à côté d'espèces qui se tiennent habituellement sur un certain côté (le côté droit par exemple) ,on en trouve d'autres qui se posent sur le côté opposé. C'est ainsi que parmi les Ascidies pleur asiatiques y le plus grand nombre (Ascidia fumigatUy A, gelatinosuy A, scabra^ etc. J sont fixées sur le côté droit; d'autres au contraire [A. paralletogramma, A. lars^se^ formis, A. ovata^) sont fixées sur le côté gauche et ont les viscères à droite. De même que chez les Poissons pleuronectes, des interversions sont possibles dans ces différents types et Savigny en cite quelques exemples^.

Mais un fait qui ne me semble pas avoir été remarqué par les zoologistes, c'est que chez toutes les Ascidies pleurostatiques, le têtard est d'une admirable transparence'. Tous les têtards opaques ou fortement colorés donnent naissance à des formes parfaitement symétriques à l'état adulte {Cynthia, Botryllusy etc.). De plus, chez les espèces à têtards transparents, la position dextrostatique ou laevostatique est déterminée de très bonne heure par l'orientation des organes des sens de la larve.

Chez les larves transparentes des Ptéropodes, ces représentants pélagiques et ancestraux des Gastropodes, H. Fol et Moselby ont fait voir également que l'asymétrie se manifeste d'abord dans les organes des sens (otocystes) et que l'otocyste le plus volumineux est situé tantôt à droite (H. Fol) tantôt à gauche (Moseley).

Nombre de Poissons présentent dans le jeune âge un commencement d'asymétrie qui peut ne pas persister dans l'âge adulte; c'est aussi ce qui a lieu chez certains Ptéropodes et autres Mollusques. Parmi les Poissons, A. Agassiz cite les Ctenilabrus, Malm avait déjà indiqué le même fait chez les Lepidopus^. Chez les Poissons qui se pigmentent de bonne heure, la sélection doit

1. Alder et Hancock ont créé pour ces espèces le genre Corella {Annal* and Mag. of nat. hist., n** 35, nov. 1870).

2. Notamment chez Phallusia rnonacha; Phaiiusia turcica, dont il n'a étudié q[0*un seul individu, est peut-être une espèce normalement fixée sur le côté gauche.

3. On ne peut objecter le cas des Ciavelines et des Ptérophores, car chez ces espèces les chaînes formées par les zooïdes adultes sont flottantes, ou tout au moins mohiles, et l'animal n'a pas une position déterminée. On pourrait d'ailleurs démontrer facilement que chez les Claveiines lu forme de l'adulte est encore légèrement dysdi' pleure.

4. Malm, Bidrug till Kunnedom of Pleuronectoidernus Utveckling och Byggnad {Si^ensk, Vct. Ak. Ilandl., VII, 18G8).

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