‹ Controverses transformistes, avec 23 figuresChapitre 39 sur 42 · SUR LA PLBUR08TA8B ET LES ANIMAUX DYSDIPLEURBS · texte numérisé non relu

SUR LA PLBUR08TA8B ET LES ANIMAUX DYSDIPLEURBS

tendre à faire disparaître dans la suite de révolution ce phénomène atavique.

En m'appuyant sur les observations précédentes, je crois donc pouvoir dire que les facteurs essentiels de la pleurostase des Poissons Pleuronectes sont : 1® l'extrême minceur et la grande hauteur des embryons; 2® la transparence parfaite de ces embryons; 3" l'asymétrie des organes des sens et surtout des yeux.

Cette asymétrie des yeux peut avoir lieu dans un sens on dans l'autre, et, comme on peut le prévoir d'après la loi de Delbœuf*, il doit exister des espèces dextrostatiques et d'autres laevostatiques ; c'est d'ailleurs ce qui existe réellement dans la nature.

Dès rinstant où l'un des yeux est plus fort que l'autre, il doit y avoir rotation du côté le plus faible et déplacement de l'œil qui peut voir à travers le corps grâce à la transparence de ce dernier et à son peu d'épaisseur*; peu à peu la sélection- tend à laisser entre l'œil du côté aveugle et les objets extérieurs le moins de milieux possible et à amener cet œil sur le côté libre soit par une torsion graduelle, soit par perforation quand l'accroissement antérieur de la nageoire dorsale ne permet pas ce premier mode. Si l'on veut découper un rond au milieu d'une feuille de papier, on peut, ou bien suivre avec des ciseaux la circonférence de ce rond, ou bien l'enlever d'emblée avec un emporte-pièce à section circulaire. Dans le second cas, l'homme a su abréger son travail pour arriver plus rapidement au même résultat que dans le premier. Il en est ainsi de la nature, ou plutôt on peut dire que ce sont les mêmes causes qui déterminent dans la nature et dans l'évolution des idées humaines les processus abrégés'.

1. Voy. Rei'ue scientifique, ù^ année, 2* série, n** 29, 13 janv. 1877, et ci-dessus, ch. iv, appendice, p. 126.

2. Pour plas de détails sur les mouTements de rotation et de torsion ocrnsionnés par les lésions unilatérales des organes de la vue et de l'ouïe, Toir les Traités rlussiques de physiologie et notamment les Leçons de Vulpian sur le système nerveux. Consulter aussi le Mémoire de Brown-Séquard sur les mouvements de rotation (Archivée de phyâiologie^ 1860). Il est évident que l'inégalité de développement é({uivaut à une lésion pour le c6té le moins développé.

3. Dans an mémoire publié en 1865 dans le t. XXV des Trans. of Linnean Socie/y London^ Traquaul fait observer que les recherches de Steenstkup permettent de se demander si, dans certains groupes de Poissons plats, la nageoire dorsale ne s'étendait pas en avant de Tœil antérieur avant que celui-ci n'ait arbevc ou même n'ait commencé à tourner. A. Gcnther, en signalant cette remarque dans \q Zoolo^ical Record (1865) émet l'opinion que l'on peut ainsi faire disparailre le déi^accord apparent qui existe entre les observations de Steemstrup, P.-.I. van Beneden, etc. Les belles recherches d*AGAS8lz justifient pleinement cette manière de voir. On pourrait aussi invoquer, comme preuves a l'appui de cette opinion, certaines monstruosités telles que celles décrites et figurées par Yarrell {Uistory of Drilish Fishcs^ W* éd..

Mais chaque fois que Ton rencontre de pareils processus abrégés, si l'évolution est plus rapide et plus directe, les accidents sont aussi plus irréparables. Le travail fait par la main d'un ouvrier qui procède d'une façon continue, se corrige plus aisément que les productions dues au jeu discontinu d'une machine. Voilà pourquoi, tandis que les Pleuronectes qui se développent par le premier mode de transport oculaire prennent graduellement la position qui leur convient, les autres sont exposés à tomber sur un côté qui ne permettra pas la migration de Tœil. Cela arrivera quand, dans une espèce où, par hérédité accumulée, la nature aura préparé la migration de l'œil gauche par exemple, des circonstances particulières d'organisation ou de milieu renverseront chez l'embryon les conditions d'asymétrie et détermineront l'inclinaison du corps sur le côté opposé. Ainsi s'explique la mortalité considérable signalée par A. Agassiz chez les jeunes Plagusia lorsqu'ils deviennent laevostatiques.

Sans avoir fait de recherches spéciales à ce sujet, je crois pouvoir affirmer d'avance que dans les espèces chez lesquelles se trouve de nombreux individus re\>erseSy le transport de l'œil se fait graduellement par le mode palingénétique de simple déplacement accompagné de torsion. Tel doit être le cas du Flet [Pleuronectes flesus) y qui est ordinairement lœvostatiquey mais chez lequel on trouve souvent des individus dextrostatiques. Ces individus sont même si communs, d'après Yarrell, qu'il est à peine possible d'examiner un quart de boisseau de Flets sans en trouver un ou plusieurs *.

Je ne puis accepter qu'avec certaines réserves l'opinion de Malm, qui attribue cette particularité du P, flesus à ce que l'espèce étant littorale, les jeunes Flets sont très souvent contraints par l'agitation des flots h se tenir malgré eux sur le côté droit. 11 est clair que cette agitation peut tendre à diminuer dans une certaine mesure Tinfluence que possède l'hérédité pour amener le développement plus rapide de l'œil gauche; mais ce n'est pas là une raison suffisante pour rendre compte des faits en question, puisque nous venons de voir que les jeunes Plagusia ne peuvent se développer qu'autant

t. I, p. r>43). J*ai moi-même discuté depuis la valeur de ces monstruosités : A. Giard, Sur la persistance partielle de la symétrie bilatérale chez un Turbot (Rhomhu* maximus L.) et sur rhércdité des caractères acquis chez les Pleuronectes (C R. de la Soc. de Biologie, IG janv. 1892) et : The Evolution of flat Fishes {Natural science, vol. I, 1H92, n" 5, p. 356).

1. A Wimcrcux, la proportion des Flets ayant les yeux à droite est de 35 p. 100.

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