Philosophie zoologique ^ p
OU ait été chassé par lui; les petits se battent avec non moins d^acharnement^ »
Et plus loin :
c( Yoilà donc comment les animaux sont en paix ou en guerre, selon les besoins de leur nourriture ou selon leur genre de vie... C'est que les plus forts font la guerre aux plus faibles et les dévorent. »
Il serait facile de multiplier les citations de ce genre en parcourant les écrits des anciens zoologistes qui se sont plus spécialement occupés des mœurs des animaux. Mais cette idée de la concurrence vitale devait demeurer stérile tant qu'elle n'était pa« associée à celle de variabilité et d'hérédité pour fournir la notion de sélection.
Le brillant esprit qui entrevit le premier le remarquable mécanisme de la sélection naturelle est, je crois, Jean-Jacques Rousseau.
Passionné, comme on sait, pour la botanique, Jean-Jacques était arrivé, peut-être par lui-même, peut-être inspiré par Buffon, dont il reproduit presque textuellement le langage, à croire que la nature ne contient que des individus.
« Est-ce qu'à proprement parler, dit-il dans le Dictionnaire des termes de la botanique*, il n'existerait point d'espèces dans la nature, mais seulement des individus? »
Toutefois^ ce n'est pas dans ses écrits d'histoire naturelle, mais dans son Discours sur l'inégalité parmi les hommeSy que se trouve le passage suivant, sur lequel on ne saurait trop attirer l'attention :
« Accoutumés dès l'enfance aux intempéries de l'air et à la rigueur des saisons, exercés h la fatigue et forcés de défendre nus et sans armes leur vie et leur proie contre les autres bêtes féroces ou de leur échapper à la course, les hommes se forment un tempérament robuste et presque inaltérable; les enfants, apportant au monde l'excellente constitution de leurs pères et la fortifiant par les mêmes exercices qui l'ont produite, acquièrent ainsi toute la vigueur dont l'espèce humaine est capable. La nature en use précisément avec eux comme la loi de Sparte avec les enfants des
1. Hiêtoire des animaux^ lir. IX, ch. ii. 3 l* traduction de Barthélémy Saint- HlLAIRX, t. 111, p. 132.
Ch. Richbt a récemment, dans la Bévue tcientifique, attiré Tattention des naturalistes sur ces passages d'ARisTOTK. Nous ferons observer toutefois quo le naturaliste grec a peut-être exagéré en considérant les combats des Pboques entre eax comme dus ezclusiTement à la faim.^La lutte pour la possession des femelles, autre forme de la concurrence Titale, joue certainement un rôle dans cette guerre.