Article Aphrodite
citoyens ; elle rend forts et robustes ceux qui sont bien constitués et fait périr tous les autres; différente en cela de nos sociétés, oii rÉtat, en rendant les enfants onéreux au père, les tue indistinctement avant leur naissance*. )>
Ainsi Rousseau avait parfaitement compris Tinfluence des milieux et des besoins sur l'organisme. Il savait que les particularités acquises sous cette influence peuvent se transmettre par hérédité. Enfin il reconnaît que la nature élimine les êtres moins bien doués par un processus qu'il compare lui-même à la sélection artificielle, autrefois en usage à Sparte dans le but de maintenir la supériorité de la race '.
Mais une pensée, si géniale qu'elle soit, ne peut germer et porter des fruits que si elle tombe sur un terrain bien préparé. Or nous avons vu comment le magnifique mouvement créé par Buffon, Lamarck, Geoffroy et les encyclopédistes fut enrayé pour de longues années par un homme qui a fait payer bien cher à la science les services qu'il lui avait rendus. Le despotisme scientifique de CuviER, appuyé sur un autre despotisme non moins néfaste aux progrès de l'humanité, stérilisa pour longtemps le champ de la philosophie naturelle et nous fit perdre le fruit de cinquante années d'efforts et les germes précieux de la plus grande découverte de ce xix* siècle.
C'est en effet d'une façon indépendante et au prix d'un long travail individuel que Darwin et Wallage, chacun de son côté, retrouvèrent et publièrent presque simultanément (1858) cette idée de la sélection qui allait donner un nouvel essor à la théorie de la descendance modifiée.
Nous passerons donc sous silence les curieuses observations de Duchesne sur les races de Fraisier (1766), celles de M.-C. Wells sur les races humaines, les remarques bien plus précises de Patrick Matthew (1831) sur la variation des végétaux', etc., et nous dirons seulement quelques mots du seul auteur dont les travaux paraissent avoir contribué à faire naître chez Darwin l'idée de la' sélection naturelle.
1. J.-J. Rousseau, Diacour» sur Corigine et les fondements de t inégalité parmi les hommeSf 1754.
2. La sélection artificielle, employée pour ramélioration des races d'animaax domestiques, remonte à une très haute antiquité. Piètrement a rappelé avec raisoa que Jacob, d'après la Bible, obtenait à volonté par ce procédé des moutons blancs, noirs ou bigarrés. (Piètrement, Les chevaux dans les temps préhistoriques et histo* riques, 1883, p. 17-26.)