MORAINES ET ALLUVIONS
L'ensemble du massif des Laurentides d’alors se distinguait cependant de l'apparence qu’il présente de nos jours par un point que nous devons noter. L'eau de fusion de la glace s'ajoutant aux eaux météoriques annuelles, les lacs devaient être plus grands et plus nombreux qu'ils sont maintenant. Par conséquent, pendant que, par suite de cet affaissement général, la plaine du St-Laurent était, de son côté, envahie par l'océan jusqu'aux grands lacs, la surface de nos régions montagneuses, surtout de cette partie que M. Suess a appelée le “ Bouclier canadien”, subissait une immersion analogue, quoique infiniment plus restreinte et toute localisée en de certains endroits, immersion causée par l’envahissement de l'eau de fusion du glacier.
L'action mécanique de cette eau sur les détritus morainiques accumulés dans les vallées fut très profonde. Elles les remania, les classa, pour ainsi dire, et donna à leur surface une plus grande régularité. Les matériaux les plus lourds se déposèrent les premiers ; puis successivement les plus légers —sables et argiles—se répandirent en lits réguliers à la partie supérieure de l’ensemble des premiers dépots.
Voilà pourquoi, pendant que l'eau océanique régularisait la belle et riche plaine du Saint-Laurent, les eaux glaciaires créaient, de la même façon, les terrains d’alluvion qu'on rencontre autour des lacs et le long des rivières des Laurentides. Il ne fallait rien moins que cette circonstance pour améliorer, au point de vue agricole, les matériaux dispersés par le glacier. Sans cela, les moraines auraient gardé tous leurs “aractères primitifs. Partorit on n'aurait trouvé que des monticules irréguliers, ramassis de cailloux anguleux, de gravier, de sable, d'argile, mélangés ensemble en toute proportion, distribués de tous les côtés sans aucun ordre et dont la composition, par conséquent, aurait varié grandement d’une moraine à l’autre. Voilà pourquoi les
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pays à sol exclusivemnet morainique doivent être regardés a priori comme étant le plus souvent de pauvres pays agricoles.
Ce que nous venons de dire du massif des Laurentides peut s'appliquer, dans une bonne mesure, à la région des Monts Notre-Dame, avec cette différence toutefois que, dans cette dernière région, la plupart des moraines sont constituées par l’amoncellement de détritus locaux, dont la composition minéralogique diffère de ceux de la région du nord.
Cet aperçu de l’histoire géologique de notre province, nous met plus en mesure d'apprécier, au point de vue agricole, la valeur de son sol arable. Par
conséquent, nous savons inieux de quel côté il convient de diriger la colonisation. Sur ce point particulier, nous devons meitre immédiatement à part
la vaste plaine centrale, celle du Saint-Laurent, éminemment fertile, je le veux bien, mais les défrichements sont terminés depuis longtemps. L’attention doit donc se porter exclusivement sur les régions montagneuses du nord-ouest et du sud-est.
Comme nous venons de le dire, on ne rencontre là qu’un sol d’origine essentiellement glaciaire. Dans ia plupart des cas, les débris morainiques sont demeurés tels que les avait laissés le glacier par conséquent essentiellement irréguliers. En quelques endroits cependant, les eaux ont remanié ces déchets et en ont façonné des plaines alluviales plus régulières. De là il suit qu’on peut partager le sol de nos régions montagneuses en deux classes : le sol morainique proprement dit et le sol d’alluvion.