‹ Conversations inédites de madame la marquise de MaintenonChapitre 12 sur 51 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

XX NOTICE

tion la plus flatteuse. Souvent ses amis la tiroient à l'écart pour l'instruire de leurs projets, l'entretenir de leurs craintes ou de leurs espérances , ou pour lui demander des conseils qui pussent les diriger dans les occasions délica tes. Bla dame deChalais, depuis princesse desUrsins,qni n'obtenoit pasleuîème succès, en conçut delajalousie.

Les amis de madame Scarron, regrettant de la voir dans une position aussi précaire , cherchèrent à la marier avec un homme de cour, riche, mais débauché, dont le nom est resté inconnu : mais , au risque de leur déplaire, elle refusa de s'allier à un homme qu'elle n'auroit pu estimer. La mort d'Anne d'Autriche vint, au mois de janvier 1666, renouveler les anxiétés de madame Scarron , sans exciter en elle le regret d'avoir renonce à cet établissement. '( Je le jure en la présence de " Dieu, écrivoit-clle à la duchesse de Ri- «chelieu, quand méracj'aurois prévu la « mort de la reine, je n*aurois point ac- « cepté ce parti : j'anrois mieux aimé ma « liberté; j'aurois respecté mon indigence. « Mes amis sont bien cruels, madame, ils

SUR MADAME DE MAl^fTENON. XXI

« me blâment d'avoir rejeté les proposi- « lions d'un homme riche et de condition, « àla vérité, mais sans espritetsans mœurs. « J'ai dit à ce sujet à madame la maréchale « d'Albret, tout ce que j'ai pu trouver de « plus fort et de plus sensé; à la vert rite, je n'aurois pas aujourd'hui à regret- « ter la perte de la pension qui me faisoit « subsister; mais Dieu y pourvoira; et j'au- « rois à présent à regretter ma solitude, « ma liberté, mon repos, biens que Dieu « ne pourroit me rendre sans mii acle. Si « le refus étoit à faire, je le ferois encore, « malgré la profonde misère dont il plaît « au ciel de m'éprouver. Je me suis bien « consuhée;j'ai tout considéré, tout pesé, « tout vu. Je ne suis pas coupable, ma- « dame : je ne suis que malheureuse , et « c'est bien assez ^ » Ninon de Lenclos fut la seule des amies de ir.adame Scarron qui ne la blâmât point. « Que pensez-vous, « lui écrivoiî-elle, de la comparaison qu'on « a osé me faire de cet homme à M. Scar- «ron? O Dieu! quelle différence! sans

' Lettre du 3 mars :666.

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