‹ Conversations inédites de madame la marquise de MaintenonChapitre 13 sur 51 · XXII NOTICE · texte numérisé non relu

XXII NOTICE

« fortune , sans plaisirs , il attiroit chez moi « la bonne compagnie ; celui-ci l'auroit « haïe et éloignée. M. Scarron avoit cet « enjouement que tout le monde sait, et « cettebontéd'espritque presque personne « ne lui a connue; celui-ci ne l'a ni brillant, « ni badin , ni solide; s'il parle, il est ridi- 'i cule. Mon mari avoit le fonds excellent ; a je lavois corrigé de ses licences ; il n'é- «■ toit ni fou ni vicieux par le cœur; d'une « probité reconnue, d'un désintéressement

a sans exemple A.ssurez ceux qui attri-

« buent mon refus à un engagement, que « mon cœur est parfaitement libre, veut « toujours l'être, et le sera toujours '. >> On eu tl'injustice de s'éloigner de madame Scarron; le maréchal d'Albret, Ninon, Tabbé Testu, restèrent, pour ainsi dire, seuls fidèles à l'amitié. Le dernier rédigea pour elle des placets au roi, qui ne furent pas lus. « Oh ! si j'étois dans la faveur , « écrivoit madame Scarron à madame de « Chantelou, que je traiterois différemment « les malheureux ! qu'on doit peu compter

' Lettre du 8 mars 1666.

« sur les hommes! quand je n*avois besoin « derieiijj'aurois obtenu un évêché; quand « j'ai besoin de tout, tout m'est refusé. « Madame de Chalaîs m'a offert sa protec- « lion, mais dubout des lèvres ; madame de « Lyonne » m'a dit -.je verrai^ je parlerai, « du ton dont on dit le contraire. Tout « le monde m'a offert ses services, et per- « sonne ne m'en a rendu. Le duc (de Riche- « lieu) est sans crédit, le maréchal fd'Al- « bret) occupé ùdemander pour lui-même; « enfin, madame, il est très sur que ma « pension ne sera point rétablie ^. »

Ne conservant plus d'espoir d'obtenir en France une existence convenable , madame Scarron écouta la proposition qu'on lui fit de s'attacher à la princesse de Nemours, qui alloit épouser Alphonse VI, roi de Portugal. Après avoir beaucoup balancé, elle finit par s'y déterminer; on le voit par cette lettre écrite à mademoiselle d'Artigny : « Notre princesse est riche et bonne,

' Paule Payen , comtesse de Lyonne , femme du secrétaire d'Etat chargé des affaires étrangères. ' Lettre du 26 avril 1666.

Page 1