DANGER DES MAUVAISES COMPAGNIES
HENRIETTE
Pourquoi, mademoiselle, ne vous viton pas hier ?
HORTENSE
C'est que je passai le jour avec madame de Moranie.
ADÉLAÏDE
La voyez-vous ?
HORTENSE
Quelquefois.
4f> CONVERSATIONS I>tUIT£.S
£UPHRASIE.
Cela m'étonne , je l'avoue.
HORTENSE
Et pourquoi , mademoiselle ? Si vous aviez vu ce qui etoit hier chez elle , vous verriez que je ne suis pas la seule qui la recherche.
CONSTANCE
Je ne doute pas , mademoiselle, qu'elle ne voie beaucoup de gens ; mais je doute qu'il y en ait de votre caractère , et je gagerois bien que vous n'y trouvâtes que des hommes et des coquettes.
HORTENSE
Il est vrai qu'il v avoit beaucoup d'hommes. Je ne sais si les femmes étoient coquettes , mais je sais bien que la conversation fut vive , gaie et spirituelle , et que je ne me suis jamais mieux divertie.
DOROTHÉE
Je le crois; mais tout ce qui se pasia €toit-iI innocent ?
DE MADAME DE MAI^TE^U^f. 4*
HORTENSE
Assurément; et je serois bien fâchée de prendre des plaisirs qui ne le fussent pas.
SOPHIE
J'ai pourtant toujours ouï dire que les personnes coquettes sont médisantes.
DOROTHÉE
Je crois que le prochain a quelque chose à souffrir dans cette maison-là.
HENRIETTE
Je doute que Dieu soit fort honoré par de telles gens, et qu'on puisse rapporter quelque chose de bon d'une telle compaijnie.
HORTENSE
En vérité, mesdemoiselles , je ne vais point en compagnie pour ni'instruire, et je n'y porte d'autre dessein que celui de me réjouir.
et
DOROTHÉE
Je couviens, mademoiselle, que toutes les conversations ne doivent pas être instructives , mais il laut du moins qu'elles ne nous gâtent pas.
HORTENSE
Il faudroit être bien foible pour se laisser aller à tout ce qu'on entend dire.
ADÉLAÏDE
Il faudroit être bien forte pour résister aux impressions qui nous sont insinuées par le plaisir.
CONSTANCE
Nous savons mieux que personne de quel bon naturel Dieu vous a prévenue , et c'est le tenter que de vous exposer à la compagnie de madame de Moranie.