X NOTICE
ligieusesne purent la garder gratuitement, et madame de Neuillan ne voulant faire aucun sacrifice, la jeune Françoise d'Aubigné revint auprès de sa mère, qui, forcée de plaider contre la famille de son mari , étoit réduite à chercher sa subsistance dans le travail de ses mains. La douleur d'avoir obtenu pour tout dédommagement une pension de deux cents livres, eut bientôt conduit au tombeau madame d'Aubigné.
Restée seule , Françoise d'Aubigné , tout entière à sa douleur, se renferma pendant trois mois dans une petite chambre à Niort. Son abjuration ne lui permettoit pas de se rendre chez madame de Villette, calviniste très zélée; elle fut donc obligée de se réfugier auprès de madame de Neuillan , qui ne recueillit la jeune orpheline que pour l'abreuver de nouvelles amertumes.
Placée au couvent des Ursulines de la rue St-Jacques de Paris , mademoiselle d'Aubigné y lit sa première communion.
Elle rencontra chez madame de Neuillan le chevalier de Méré, homme d'un esprit
fin et délicat, mais plein de vanité et d'affectation , qui se chargea de lui apprendre le monde, et les belles manières qui distinguoient alors \ei précieuses'^. Méré fit le premier connoître dans les cercles mademoiselle d'Aubigné, qu'il appeloit la jeune indienne.
Madame de Neuillan , lorsqu'elle venoit à Paris, conduisoit souvent sa pupille chez l'abbé Scarron, où se réunissoitceque la ville et la cour offroient de plus spirituel. Scarron étoit difforme ; des infirmités prématurées Tavoient privé de l'usage de ses membres , mais son esprit n'avoit rien perdu de son enjouement ; le burlesque, quiestaujourd'hui le synonyme du ridicule, faisoit encore l'amusement de la bonne compagnie : ce poète étoit d'ailleurs d'une famille de robe , ancienne et
' Ce mot se prenoit encore en bonne part ; il signifioit les personnes qui avoient le bel usage du monde. Molière , eu iGSg , ne mit sur le théâtre que les précieuses ridicules , mais le public enveloppa toutes les précieuses dans la même disgrâce.