‹ Conversations religieuses de Napoléon, avec des documents inédits de la plus haute importance ou il révèle lui-même sa pensée intime sur le christianisme, et des lettres de mm.le cardinal Fesch, Montholon, Hudson Lowe, Marchant, et un facsimile de l'écriture de l'empereur;Chapitre 16 sur 46 · CITATIONS EXTRAITES DES MÉMOIRES D'O’MÉARA MÉDECIN DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

CITATIONS EXTRAITES DES MÉMOIRES D'O’MÉARA MÉDECIN DE L'EMPEREUR

J'ai va Napoléon dans son bain. Il lisoit un petit ‘livre que j’ai reconnu pour être le ÂVouveau- Testament. Je n’ai pu m'empêcher de faire observer que beaucoup de personnes ne voudroient pas croire qu'il lut un tel livre, attendu qu’on a affirmé et répandu le brait qu’il ne croit à rien. Napoléon a répondu : « Cela n'est pas vrai, et je suis loin d’être athée. Aussitôt que j'ai été à la tête du gouvernement, j'ai fait tout ce qui étoit en mon pouvoir pour rétablir la religion, qui est en outre une grande consolation pour celai qui ea a, et personne ne peut dire ce qu'il fera à ses derniers moments ».

Le 9 novembre 1817. Je me suis entretenu pendant quelque temps avec Napoléon sur la religion, je Jui dis qu'on avoit différentes opinions sur sa croyance en Angleterre, et qu’on l’avoit supposé depuis peu catholique romain. Il me répondit : c’est vrai, je crois ceque croit l'église. Le pape vouloit me faire confesser, ce que j'évitai en disant : « sante padre je suis occupé à présent, quand je serai plus vieux. »

Napoléon me dit qu'il désiroit qu'après sa mort, son corps fut brûlé ,' que la résurrection devoit s’accomplir par un miracle, et qu'il étoit facile à Fêtre ,

— Go — qui a le pouvoir de réunir les restes des morts, de reformer aussi les corps avec leurs cendres.

Le 10 juin, Napoléon me parla de sa famille. « Mon excellente mère est une excellente femme d'âme et de beaucoup de talent. Elle a un caractère mâle, fier, et plein d'honneur. Je dois ma fortune à la manière dont elle a élevé ma jeunesse. Je suis d’avis que Ja bonne ou la mauvaise conduite à venir d’un enfant, dépendent entièrement de sa mère. » Napoléon me parla aussi du pape Pie VIT. « Quand le pape étoit en France, disoit-il, je lui assignaï an magnifique palais, élégamment meu-

‘blé à Fontainebleau, 100,000 couronnes par mois pour sa dépense. On lui tenoit prêtes quinze voitures pour lui et les cardinaux, quoiqu'il.ne sortit jamais. Le pape étoit grandement fatigué des libelles dans lesquéls on prétendoit que je l’avois maltraité : il les contredit publiquement. » On lit aussi dans O’Meara : « Comme je disois à Napoléon, qu'il ne devoit pas hâter sa mort en refusant de prendre des remèdes nécessaires. » Il a réponda : « Ce qui est écrit là haut est écrit ; «et jetant les regards versle ciel, il disoit : « Nos journées sont comp-' tées, » L'empereur me dit au sujet des rapports que le gouverneur exigeoit de moi, qu'un médecin étoit pourle Corps ce qu’un confesseurétoit pour l’âme, queles aveux d’un malade avoient droit au même secret, qu’un médecin et un prêtre ne doivent avoir dans l'exercice de leur profession aucune idée de patriotisme, et qu'il faut qu'ils se dépouillent de toute opinion politique.

nes.

— Gr —

Après la lecture de ces citations du docteur O’Méara et de M. le comte de Las Cases, le lecteur seroit-il embarrassé de répondre à cette question, si Bonaparte avoit ou non une croyance { S’ilne consultoit que les faits, je ne le pense : pas; mais chez le plus grand nombre, les faits viennent après -le sentiment, et chez le plus ‘ grand nombre aussi, le sentiment n'est autre chose que le cri de la sensation et des préjugés. J'ai entendu mille opinions, voici les plus saillantes : « À Sainte-Hélène (disent ceux-ci ) il faut un prêtre, une chapelle, soit : on accomplit une affaire de forme; est-ce un scrupule, est-ce le devoir ? non, la conscience n’y est pour rien, on obéit à la politique plus qu’à la religion; on veut mourir chrétien pour être conséquent avec soi-même, et fidéle aux traditions du trône; l'homme se passeroit peut-être da ministre de Jésus-Christ, mais le souverain ne peut se passer de son aumônier ; ‘une chapelle n’est point lesymbole de la messe et du sacrifice du Calvaire, mais un signe distinctif d’une situation perdue, qui rappelle au monde entier l’huïlesainte etl’onction du sacre impérial; enfin pour l'empereur, l'aumônier et la chapelle sont l'étiquette de Ja légitimité. »

Ceux là disent non sans une raison assez fondée. « Si la foi de l’empereur étoit sincère, seroit-il demeuré deux ans à Sainte-Hélène, privé des secours de la religion ? Si ses réclamations avoient été le fruit d’une conviction sincère, il les auroit faites moins tard et avec plus de vivacité. C’étoit à Rochefort qu'il devoit choisir son chapelain ; il devoit à lui-même, à la religion, à la France de ne pas monter sur un vaisseau ” anglais sans y faire monter avec lui sa religion. Faut-il décerner ce beau titre de chrétien à de . simples phrases? Les citations d'O’Méara et de Las Cases, sont après tout des phrases et tout au plus le langage d’un homme bien élevé, ce qui s'explique par la famille de Bonaparte qui étoit chrétienne, et par le titre d'élève d’une école militaire des rois de France. Mais enfin ce sont là des velléités religieuses plutôt qu’un homme religieux, le pressentiment un peu confus des choses de la foi plutôt que la foi même; on peut y voir encore les idées d’un grand homme d'état qui envisage l'utilité, les bienfaits, la nécessité de la religion sous le point de vue social; mais n'allez pas plus loin : ce sont de pures idées ; or pour être chrétien, il faut des actes, il faut une prefession de foi

plus formelle, il faut la pratique. La confession des lèvres ne suffit pas, il faut la confession du cœur, claire, distincte, circonstanciée sur tous les articles de la foi; et les citations de MM. de Las Cases et O’Méra ne satisfont pas complètement celui qui veut avoir une conviction éclairée sur un sujet aussi intéressant que celui de la foi religieuse de Napoléon : jusqu'ici le nom de Jésus n’est pas prononcé une seule fois, et jamais il n’est question des mystères et du dogme que d’une manière générale. » Enfin il est une multitude de personnes qui sc refusent absolument à voir dans Bonaparte autre chose qu'un incrédule, un homme qui leur ressemble, parfaitement indifférent en matière religieuse, et qui ne fut même que par circonstance fortuite un persécuteur de l'Église. Il est aussi des personnes qui. vont répétant que Napoléon a trainé le pape par les cheveux, qu'il a apostasié en Égypte, enfin toutes les niaiseries démenties vingt fois par les autorités les plus respectables, par l’empereur lui-même, qui s’est abaissé jusqu'à réfuter d'aussi plates calomuies….

Je suis loin de vouloir éluder ces objections, qui sont exprimées ici dans toute leur force. Ce

que je cherche, c'est la vérité, qui est utile à tous; tandis que l'amour-propre, en nous aveuglant nous-mêmes , ne sert de rien à personne. Comment nier la valeur de ces objections, qui ont eu la puissance d’obscurcir le nom de Napoléon, et d'envelopper sa gloire morale d’un nuage si épais qu'aucun historien, aucun critique n’a su encore les en’ dégager? Tel est le travail que j'ai entrepris dans l'intérêt général plus encore que dans l'intérêt d’un individu si” haut placé qu'il soit. Je vais donc examiner rapidement ces objections avant de passer plus loin et d'arriver aux documens inédits de la plus haute importance, où Napoléon révèlera luimême sa pensée intime sar le christianisme et spécialement sur Jésus-Christ, son fondateur ; le moderne Alexandre tranchera avec l'épée de sa parole le nœud gordien des objections qui offensent sa moralité; il les résoudra par une explication spontanée , éloquente, catégorique, qui mettant à nu soh âme et déroulant les plus secrets replis de sa conscience, ne permettra plus aucun doute sur sa croyance. Plaise à Dieu que l'éclair de sa foi, en sillonnant les âmes, y laisse .ces lumières, ces impressions, qui sont celles de la grâce et du salut !!

SOMMAIRE

Examen des objections. —Le républicanisme de Napoléon et sa conduite pendant la révolution. —Lettre inédite à ce sujet de Mw° la marquise de Chabrillan, sauvée par Napoléon elle et sa famille, avec d’autres familles émigrées, des fureurs et des massacres des républicains. — Napoléon décrété plusieurs fois d’arrestation par la république. — Système de modération à l'égard des prêtres et de la religion, aussitôt qu’il prend le commandement de l’armée d'Italie. — Le meilleur ami de Rome. — Démenti de M. de Bourrienne à ceux qui ont osé dire que Bonaparte avoit été musulman en Égypte.—Faux Moniteur, imprimé à Londres, contenant de fausses proclamations de Bonaparte à l’armée d'Égypte. — Le général Menou reprimandé et puni par Napoléon pour avoir apostasié.—Citations de quelques pensées morales extraites des œuvres de la première

‘ jeunesse de Napoléon. —Le son de la cloche de Ruel. — Le chapelain de l’Empereur.—Importance des déclarations catégoriques du protestant O’Méara et du libéral M. de Las-Cases, qui témoignent de la religion de l’Empereur.

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