CONCLUSION
à Je crois en Jésus-Christ... qui est monté au ciel, qui est assis à la droite de Dieu tont puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts.
(Symbole des apôtres.)
L'âme de Napoléon, en sortant de son corps, est sortie du temps, et, pur esprit, remontéevers le père des esprits, dans la compagnie deson ange gardien et précèdée de l'ange tentateur. Terre ,. fuyez donc, et vous cieux, entr'ouvrez-vous; lais-. sez un regard mortel pénétrer vos secrets. Ol vi-. sion inévitable qui me fait frémir... Voici la Trinité, voici l'essenceincréée, voici le principe des êtres, la vérité qui apparoît enfin dans le calme de son impassibilité, dans l'éclat de sa lumière. .
À cette vue adorable, Napoléon s'émeut, saisi -
qu’il est d’une terreur involontaire qu’excite en nous l'infini ; il tremble, car il ne trouve en lui qu’un seul sentiment, celui de son néant, et le souvenir de ses iniquités innombrables, fleuve immense qui grossit sans cesse, dont le flot tumultueux nous agite ca et là, nous soulève, nous entraîne, et qui nous sépare trop souvent de l’objet qui nous aime, et vers lequel l’âme se sent mystérieusement attirée. Semblableë un lion rugissant, Satan triomphe, à peine contenu par la présence de l'être des êtres, il exhale sa rage; mille et mille accusations différentes partent de ses yeux; ce sont autant de flèches enflammées qui peuvent donner la mort, et des éclairs qui partent avant la foudre, etcapablescortime elle d'anéantir. Alots une seule idée nous absorbe, l'idée d’un datiger igimense qui s'avance contre nous comtne ün oëéan tout prêt à nous sübmerger ! Le plus juste admire avec effroi l'abime de l'être incréé, qui le fait rentrer en lui:même, pour admirer avéo le même effroi l’abime de l'être créé: Bn vain cherche-t-il pour appui le témoigoage intérieur de ses bonnes actions; sa con: sûience est plus mouvante que le sable des
rhers Jlaboûré par un vert furieux : 4: se jugÿ indigne de:l4 société et de la comnunton bien heurèuse; si Y'amotr ét. le respect ne lé tetel xioient, se condamnant tout-le preiifér, 48 vote droit s'enfit… Ho 7. tee nf Sata frêmit, et iipatient dé s& victoire; ap peMé à soi les sept péchés capitaux qui stirgimerb étcouronnent sa téte ; ce suit Sept diadèmés déne l'étlat affreux réfléchit et raconte toute cette his toire lamentable des égarements et de la pervers sité du cœur humain. Napoléon lui-même 4 peur de ces sept démons qui sbnt là dans toute léur laideut * la colère, ta géurmandise, la paresse, Ja luxure, l'avatice , l'envie et l'orgueil! L’ange gardien, qui connoît les liens, les chaînes’ etles affinitésinnombrables et invisibles quiunissent les äites à péché, tremble pour l'âme de | soncliént : mais, armé d’une modeste confiance, il s’avänte au pied du trône, où siége le juge des vivants et des morts, et jetant un regard sûpit pliant véts son visage immuable et splendide comme Yazur :
u Oui, dit-il, l’homme n’est qu'illusion et mensonge, son esprit n’est que malice et corruptiont, L'âme est criminelle dés son union avec
— 904 — | le carps ; dès cet instant même, elle est l’esclayve du démon et des sens; d'esprit elle devient chair. Est-ce là ce que confesse Satan ? Nous leconfessons avec lui. Oui, Napoléon confesse que sans. l'assistance de Dieu , il étoit incapable d'aucun bien ; il étoit au contraire capable de toute sorte de mal, puisqu'il n’avoit alors d'autre principe en lui-même que sa vie propre, c'est-à-dire son néant , sa naissance rebelle et sa chair corrampue. Cesse, cesse donc, ô Satan, de nous accuser, puisque nous nous accusons nous-mêmes, »
. Satan répartit: |
« Cessez, cessez vous-même de vous opposer.
à la justice, ear elle est à moi, elle a mérité le même enfer et le même supplice qui est mon partage, l'âme sacrilége qui, orgueilleuse comme moi-même, a déclaré comme moi la guerre au Verbe incarné et à sa mère, en persécutant la religion chrétienne, et en se portant à des attentats inouis contre la personne du pape Pie VII. Je le demande : par qui fut-il dépossédé et banni de ses états, menacé, moqué, incarcéré? Telestle crime de Napoléon, qui ne s'est pas contenté d'être le premier des mortels ; ce n'étoit pointassez pour lui : il nourrissoit
et il inspiroit une si haute et si folle idée de luimême, qu'il prétendoit à dominer aussi bien sur les âmes que sur les corps, s'assujétir l’esprit comme il s’étoit assujéti la matière, emporter d'assaut le ciel comme il prenoit les royaumes. Telle fut l'ambition ou mieux la folie d'un empereur qui n'aspiroit à rien moins qu'à une domination universelle dont il eût été le despote. Cet insolent rêva bien d’être indépendant de Dieu, en détrônant Satan lui-même, pour se faire, de son autorité privée, le centre et le mobile de l'univers. Mais alors j'épiois ses pas, bien certain que sa chute et son châtiment ne pouvoient tarder ; l’insensé travailloit pour moi, et déjà se déclaroit, bon gré mal gré, mon esclave; car ne pas dépendre de Dieu, c'est dépendre de Satan : ainsi l’a décrété l’éternel. Cessons de disputer : je réclame cet enfant d'orgueil; à ce titre cette âme cst À moi. »
Pendant cette lutte, soit artifice du démon ou l'effet d’une cause supérieure et secrète, six péchés capitaux tombent du front de Satan; mais l’orgueil y demeure , et l’orgueil tout seul est menaçant comme un orage ténébreux , capable de ravir à Dieu courroucé sa foudre ét
ses éclairs; Satan, qui s'en aperçoit, redouble son effort : il s'élance sur Napoléon comme sur sa proie; mais l'ange de lumière s'oppose à l'ange de ténèbres. |
Pour Napoléon, consterné par le ressouvenir de ce qu il avoit osé entreprendre contre là | sainte Église, n’écoutant que son afiliction extrème, il étoit muet, il s’humilioit, il se çondamnoit lui-même, Agité d’une indéfinissable perplexité, il appeloit à soi, il conjuroit par des gémissements intérieurs la miséricorde divine. L'ange de lumière s'approche de lui et verse dans son âme une influence secrète; aussitôt Napoléon sent circuler en lui une joie qui le fait revivre : « Je vois Dieu, dit-il, je suis heureux, ne dussé-je en jouir qu’un moment, suivi de l'arrêt de ma damnation éternelle. ». Ranimé par ce sentiment comme par un parfum suave qu'il respire, il reprend courage, et 5abaudonne à l'espérance ; il veut se défandre, plaider lui-même la cause de son destin immortel ; cependant il se tient à la plus extrême limite, où la créature puisse se placer loin du Créateur, sans sortir de sa présence, l'amour lui inspire cette réponse : .
« Accusé d’orgueil par l'ennemi du genre humain;,jem'humilieau pied dutrône, d’oùj'attends monarrêt, non selon la justice, mais selon Ja miséricorde. Cependant loin de moi des détours mensongers ! j’en eonviens avec Satan, j'affectai l'indépendance ; oui, jamais mon front ne ge baissa devant un front mortel que ma présence intimidoit; mon regard seul imposait aux rois eux-mêmes: j'en convieps, je ne pensois pas que le corps seul et la matière düssent obéir à mon sceptre ; oui, je voulus commander à l'âme elle-même. Telle étoit l’idée que je me faisois du souyerain ; c'étoit chez moi science, conviction persuasion intime. Le sonverain fut toujours à 1088 yeux un être à part, relevant de Dieu seul et de sa conscience. Je fus criminel, c’est l’histoire desplusgrands souverains qui m'a trompée; voilà mes modèles, telsilsavoient été, tel je voulus être! Souverain comme eux, j'aspiraicomnge eux äêtre vraiment représentant de Dieu,son image. Tout ‘indigne quej'en étois,je crus de mon devoir de tenir sa place sur la terre, et d’y être ce qu'il est dans le ciel. Tel fut mon orgueil : faute de distinguer le sacré du profane, je fus conduit à la plus horrible de toutes les tyrannies, celle qui
s'exerce contre la liberté du for intérieur; j'y serois arrivé, si Dieu ne m'avoit retenu sur la pente d’un effroyable abîime. Satan appelle avec raison insensé, le souverain qui viole la limite de lajuridiction spirituelle. La chose Ja plus sacrée parmi les homme , c’est la conscience. Il y a une voix secrète qui crie que rien sur la terre ne peut nous obliger à croire cé que nous ne croyons pas. Sophistes menteurs, et vous rois, qui disputez à Dieu son trône en l’usurpant pour vous, vous faites avec complaisance l'énumération des inconvénients de l'ascendant et de la prééminence du prêtre, ignorez-vous donc les inconvénients du despotisme du souverain ? Les uns et les autres sont ceux de l’humanité. Mais le prêtre est celui qui offre le plus de garanties, parce qu'il est le plus désintéressé par son état, par ses vœux, par ses mœurs ; enfin , il est l'expression de ce qu'il y a de plus noble dans l’homme; le représentant et la personification de la divinité. Soyons positifs, soyons sincères. Quel est celui qui a jamais osé nier que l'âme ne soit absolument dans le domaine du prêtre? Eh bien! l’âme, c’est l'homme. La société doit donc être, je ne dis pas admi-
nistrée ni gouvernée, mais éclairée et guidée par le prêtre. Autrement il faut obéir à de vils rhéteurs ou à la force du sabre. Je le savois, et ma science ne me préserva pas de cet écueil! Je voulois fonder mon trône sur la religion, et je J'appuyois sur mon épée! Je fis ce que je ne voulois pas faire. Tant il est vrai que la passion est un tyran qui nous aveugle! J’avois horreur de l’hérésie et du schisme. Je sentois au dedans de moi, que l’âme est un être spirituel qui ne relève, qui ne peut ni ne doit relever absolument que de Dieu , dont elle est proprement le royaume. Mes intentions étoient bien différentes de celles que lon me prête et des actions qui ‘ternissent ma gloire. Je tenois à ne faire qu’un avec le pape, non pour diminuer son pouvoir, “mais pour l'agrandir. Peut-être ce monde grossier qui ne connoît que ce qui est matériel, auroit cessé de rire des soldats du pape, le jour “où je me fusse déclaré , moi Napoléon, un soldat du pape. Telle étoit mon ambition ! Je n'osois l'avouer publiquement par respect humain,
mais aussi par politique. Le secret est l'âmedu
succès. J'avois affaire à une race incrédule et méchante; rebelle à la foi, sans vertu pour
agir, assourdie qu'elle est par un bavardage intarissable ; race amoureuse des crimes qu'elle n'a plus l'énergie de commettre, pétrie d’égoïisme et de corruption. Avec ie peuple, il faut agir et non parler. Encore un moment, j'allois monarchiser l'Europe et en faire un seul empire, corps immense , dont le pape eut été le chef spirituel et Napoléon le chef temporel. Idée grandiose , dont Henri IV avoit eu le pressentiment | Ma jeunesse, comme la sienne s’étoit écoulée dans les camps : je gardois pour ma yieillese l'occupation d'un travail vraiment digue de moi, une mission joute moyale , évangélique, la rénovation de Ja société par la relgion. J’eusse déclaré uue guerre d'extermination à l’impiété. J'eusse fait un auto-da-fé de tous les livres obscènes; nouvel Hercule, j'ayrois nétoyé cette étable d’Augias. J’aurois banni du monde la fraude et l'intrigue, ce journalisme qui est une impureté d'eunyque, l'idéologie, enfin tous les vices, l’adultère et l'inceste qui désolent le monde et souillent le temple auguste de Ja famille elle-même (1). Persuadé de Ja
(4) Il est une calomnie que je ne passerai pas sous silence. Les
mêmes personnes qui ont imaginé de dire que l’empereur étoit lâche, ont aussi imaginé de l’accuser d’un inceste. En effet, ces
vérité du christianisme , j’étois également persuadé qu'il falloit, non-seulement identifier, mais absorber l'état dans la religion , comme l'élément indispensable, essentiel de la durée et de la félicité des peuples: J’allois organiser le clergé avec plus de soin que je n'avois organisé l'armée et la société. Les curés aurojent eu tout le pouvoir et les honneurs, sans les inconvénients, du seigneur féodal ; les séminaires eussent été des pépinières d’où ne seroient sortis que des . sujets éclairés et fidèles, qui eussent été les amis, les consolateurs de toutes les infortunes, de vrais disciples de Jésus-Christ. De gré ou de force, le monde fut devenu chrétien. J'eusse par tous les moÿens aboli le protestantisme, qui æ'’est qu'une doctrine de révolte, d'anarchée et de division (1).
deux apeusations ont de d’affinité et vont assez bien ensemble. Il fant sigosler nn inceste quand il est public, comme celui dent parle Saint-Paul dans ges épitres, ou comme calui de eet impulent at vil pexspnuage, deux fois miaistre de nos jours, imposé par je 04 sais quels jourpanx à la royauté citoyenns ; à la bonge heure! mais imputer sans La moindte preuve raisenrisbies à un héros , dont le éarectèrs propre est l'empire sur soi même, © qui ze convient qu’au plus corrompu et au dernier des hommes,
ce n'est pas seulement de la partialité et de la calomnie , mais de Pabsurdité!!! {Note de P'Auteur. )
(1) M. le général comte de Montesquieu, ancien aide-de-camp de l’empereur, raconte que passant auprès des prisonaiers et des
Le monde qui penche vers sa ruine, me sembla mûr pour cette rénovation, pour l'établissement d'une grande monarchie spirituelle et temporelle. Je me sentois assez fort pour la réaliser ; je comptois trop sur mon bras de chair. Vouloir tout faire par mes propres forces, c'étoit orgueil, c'étoit imiter Saül. Comme lui je touchai à l'encensoir , et comme lui je fus rejeté. Enfin je fus excommunié. Aussitôt tout me devint funeste, tout changea pour moi. C€
ne sont pas les hommes qui m'ont vaincu, ce
sont les éléments, c’est l’excommunication (1). Vivant, je l'ai confessé tout haut. Mais j'ajoute que si Dieu m'a châtié, il ne m'a pas
blessés, sur un champ de bataille, Napoléon l’avoit fait descendre plusiears fois de cheval, puur s'informer de la religion de ces malheureux ; ils répondoient presque tous : «Chrétiens. » L'empereur demandoit : « de quelle communion P » Plusieurs répondoient : aprotestants.» — Eh bien! ajoutoit l’empereur , dites leur ‘qu'ils ne sont pas chrétiens. M. de Montesquiou disoit; — «Sire, les protestants sont chrétiens.» L'empereur : « Non, monsieur, tés ne le sont pas. » Ceci prouve que l'esprit de l’empereur étoit éveillé et nullement indifférent sur ces matières si graves, que hos hommes d’état ou nos grands hommes du journalisme, daignent à peine juger dignes d’un regard de leur illustre pitié ! (Note de l' Auteur.)
(4) L'empereur venoit de de livrer la bataille d’Essling , il étoit dans sa tente, au milieu de son armée , quand le nonce du pape qui était à Vienne, arrive et demande une audience pour accomplir un ordre de son souverain. L'empereur le reçoit. Le nonce lui remet
perdu. J'ai reconnu sa main qui me terrassoit. Je n’ai pas seulement donné la liberté au pape; j'ai aussi obtenu de lui le retrait de la sentence d'excommunication fulminée contre moi. Je me soumis aux conditions, à la pénitence qu'il m'imposa, pendant que j'étois à l’île d'Elbe. Avant d’en sortir pour mon expédition des cent jours, je l’assurai par un de mes frères , que remonté sur mon trône, je prenois l'engagement de ne jamais rien tenter contre le domaine et l’autorité de Saint-Pierre. J’étois vraiment changé et converti. Mes sentiments étoient à cette époque, ceux que la religion elle-même avoit reconnus , lorsqu'elle me bénit, le jour de mon sacre, ou je consentis à m’humilier et à me pros-
un papier en lui disant : « Sire, j'ai l’ordre de remettre cette bulle en mains propres à voire majesté.» L'empereur décachète et Lit avec un sentiment concentré la bulle de son excommunication. Il envisage le nonce et laisse échapper cette exclamation : « Vous avez fait votre devoir, monsieur le nonce ; c’est du courage à vous! Je vous estime. » Puis, après un moment de silence, et en le congédiant : « Quels hommes , quel caractère ! Plus tard, relisant la bulle falminée contre lui, il la froissoit dans ses mains, en disant : « que ponse-t-ilP j'ai 500,000 hommes sous mes ordres, Sa foudre ferat-êlle tomber les armes des mains de mes soldats.» Quelque temps après, en Russie, Les soldats se couchaient sur la neïge ou le froid lvur faisoit tomber le armes des mains, dit.M. de Ségur, Et non lisons dans laSainte-Écriture: nix, glacies , ministri ejus , la neige et le froid sont les ministres qui exécutent les volontés du Tout-' Puissant.
(Note de l'auteur.)
— 29% —— térner devant elle, tout superbe que j'étois! Je fis cet acte de soumission publiquement, énvironné des grands de mon empire, en présence de l'Europe et des partis étonnés, dans l'église Notre-Dame de Paris. Les dissensions qüi s'élevèrent entre le pape et moi, peuvent éclaircir et prouver ces sentiments. J'impyte
tout le mal à Satan. je fus criminel en lui cé dant, plutôt par une adhésion surprise au ton
sentement, que par une adhésion libre de mà volonté, Aussile mal, comme une écüme, a disparu avec moi, sans laisser de trace, tandis que le bien demeure. Fort et tout-puissant pour restaurer l'Église, je fus foible, irrésoiu pour l'attaquer. C’est que dans l’un et dans l’autre cas, j'écountais ma conscience. Les racines de mon. empire étoient profondément enfoncées dans la terre ,. que je méprisois, tandis que mon. âme s’élevoit jusqu’à l'azur, pour y chercher ses inspirations. Apprends ce secret, Satan, je:
le divulgue à ta confusion et à la louange éternellé de Dieu. L'origine de mon pouvoir fut ma méditation ; méditer, c'est prier. Oui, javois. la foi, je priois, quand d’une main ferme, je terrassois J'impiété et l'irréligion! et moi, mar-
— 275 — qué de l’oriction qui fait les rois, je serois traité cothmè tin enfant d’orgueil! l'élu de Dieu detfendroît l'esélave de Satan! moi, qui ayant éonquis par mon épée le plus beau trôné du rotide, voülus le recevoir de la main du prêtre; moi, qui m'agenouillant devant la religion, obligeai, par mon exemple, l'univers à s’agenouiller; moi, qui par mon titre d’empereur par la grâce de Dieu ». confessai que toute vraie puissance descend de cette origine sacrée ; moi, qui ai reconnu, béni Dieu dans mon adversité, comme je l’avois reconnu, béni dans la prospérité. J'invoque ces deux confessianssi différentes contre Satan, dont jeconçoë la fureur contre moi; epfinj'ai arraché à J'enfer unegrande nation, rentrée pour jamais dans le bercaïl de l'Eglise ahrétienne. J'ai fait cette œuvre, et jeme.prévaux de n'avoir pas reçu. ma récompense sur la terre, puisque ma vie tout entière n’a .été qu’un laborieux travail, et sa fin qu'une suite deehétiments et de malheurs'inouis. Àh j'invoque le sang du Christ et son hutnilité! N’a-t-l point payé pour raon orgueil, lui qui est mort tout nùû sur une croix, pour le salut des hommes! si j'ose le diré, plis jé: fus orgueilleux, plus j'ai dû souffrir ! J'ai expié
— an6 pu la gloire du commencement de ma vie par les humiliations de mes deux déchéances et par les tortures de mon exil et de ma prison. Moi aussi, j'ai eu part au calice des ignominiss, j'en ai bu la lie amère, sans exhaler une plainte, un
. seul murmure! J'eus tort de lutter contre l'E-
glise, en essayant d’intimider son chef, pour en triompher et l’'amener à mes desseins. Ce crime étoit une ingratitude énorme, une témérité sacrilège de ma présomption ! Le désir de plaire aux hommes du siècle m'a trompé! Insensé qui prétendois affermir la hiérarchie fondée par moi, quand je l’ébranlois et la détruisois! Qu'est-
elle devenue cette hiérarchie dont j'étois si fier?
Séparée de celui qui en étoit l’âme, ce n’est plus qu'un mécanisme, mais un mécanisme qui excite encore l'admiration, et qui est la vraie cause qui maintient dans l’ordre un vaste empire.
Telle est ma réponse à Satan, dont les accu-
‘sations pleines de violence ne sauroïent ébran-
ler celui qui met sa confiance en Dieu , et qui d’ailleurs « accompli rigoureusement toutes les prescriptions de l'Église, et qui fut marqué en mourant da sceau victorieux de sessacrements, Oui, j'en ai l'espoir, Jésus mon sauveur, et vous,
ôVierge mère, vous avouerez dans le ciel celui.
qui vous a avoués sur la terre. Je demande, tout indigne que j'en suis, par miséricorde , l'héritage des saints, prêt à subir toutes les peines imaginables, hormis celle de la société des méchants, »
Après ce discours, Napoléon s’humilia profondément. Il parut aussi un autre trône qui sembloit sortir du premier. Sur ce trône, étoit une femme brillante comme le soleil, ayant la la lune sous ses pieds, et la tête couronnée d'une couronne de douze étoiles. Cette apparition nouvelle fut une joie sensible qui consola également l'ange gardien et Napoléon. Le démon qui est le père et le prince de toutes les
réalités du royaume du mal, est aussi le père
ct le prince des folles illusions. Bercé de je ne sais quelle chimérique espérance de mettre dans ses intérêts le nouveau trône, il osa bien pcrsister dansses accusations; et d’abord, adoucissant sa voix, armé d’une éloquence pleine de fiel, de sophisme et de perfidie, il dit :
« C’est justice d’absoudre ou de condamner l'homme d’après sa foi, car la foi est la génération nécessaire de l'âme, sa vapeur, sa vertu,
sa forme éminemment spirituelle, un sym-
bole et l'exercicæ de la liberté. Mais telle est limbécilité de l'homme, qu'il agit souvent contrairement à ses pensées, à sa conviction, à sa volante ; il faut donc aussi le juger sur ses œuvres. J'admire ici l'audace de Napoléon, de se réclamer de la religion de Jésus-Christ, lui, le plus inique, le plus fourbe et le plus manguinaire des hommes, Je vais. mettre à nu sa scélératesse, puisqu'il m'y contraint. Par " son caractère et sa politique comme par sa naissance , il appartient à l’école de Machiavel. Si le livre du prince n'eut existé, Bonaparte l’eut inventé ! Toujours l'Italien perfide qui sut vouloir, en se dominant lui-même, domina le Frangais étourdi et léger. L'élévation fabuleuse et Ja fin tragique des époux Concini, en est une preuve (1). Bonaparte suivit les traces des Borgi, des Catherine de Médicis, des Henri VIII et des Élisabeth d’Angleterre. Comme eux, eslave sensuel de l'ambition, volontaire, tenace et cupide, il visa le but de la toute puissance et y parvint, Son union avec la France fut un
(4) Concini, maréchal d’Ancre, favori de Marie de Médicis, tué par ordre de Louis XIII, et dont l'épouse, Éléonora Galigaï, fut décapitée et brûlée en place de Grève. (Note de l'Auteur.)
bymen si l'on vent, risisl'hymen detatyrannie: car uné soulewolonté étoit parfaitement Kbre et consciencieuse, ceMe qui s'imposoit plus qu'elle ne se fit 'acoepter. Les François assässinérent Eouis ‘XVI, prince honnête, loya, qui vouloit le bien du peuple. On luiimputoit le crime d’avoir tiré sur Je peuple , crime atroce dont Bonaparte seul fut coupable , lui qui mitrailla le peuple révolté contre la représentation nationale, et qui signala son début politique en se débarrassant par Ja violence de cette même représentation, révoltée à son tour contrele glaive d'un soldat insolent. Si Louis XVI perdit le trône parce qu'il aimoit la France, parce qu'il étoit humain et débonnaire, Bonaparte fat empereur parve qu'il étoit un scélérat plein de mépris pour les François. Il réussit don par ses victoires, mais par ses crimes et-par la crainte qu'il sut inspirer ! tant il ost vrai que la crainte est une passion universelle, et la voie la plus sûre pour arriver au pouvoir suprême et pour s'y maintenir. Quelle estime on fait de la polique de Louis XI, et l'en parle à peine de Saint-Louis ! La vraie grandeur de Louis XIV west plus appréciée que par un pétit npmbre.
Le peuple adore le nom de Bonaparte, il a des partisans; mais Danton, Saint-Just, Robespierre ont aussi les leurs, autrement nombreux, vivants , énergiques ! Après oeja comment .les hommes sont-ils excusables d'ambitionner la popularité. Le vice et le crime sont infinis comme le ciel. Il ne s’agit que de vouloir et de frapper fort pour captiver l'imagination et.s'assurer l'immortalité. Que Bonaparte ne se glorife donc pas de son renom , qui le cède évidemment à celui de plusieurs scélérats ! Marat est plus illustre, plus fameux quelui! La politique de Bonapate fut peut-être plus habile pour le temps, mais celle de Marat plus profonde pour | l'éternité! |
- Bonaparte est un composé. de tous les:tyrane qui ont avili humanité. Les révolutionnaires le détestent à cause de-son .despatisme :et.scutent de l'attrait. pour son argueïl , sa cruauté et ses autres vices qui excitent:leur. sympatkrie ; forment entre eux et lui.un lise commun; .À force de mépris, il dominales Français ; à force de corruption, il crut les attacher à lui, l'inseusé! it bâtissoit sur de la boue. Et ilose. parler de sa foi! On peut la résumer dans ces deux mots : mé-
priser ‘et corrompre les hommes; ces‘deux mots sont aussi toutes ses œuvres." Est-ce là croiré au ciel et à Jésus? N'est-ce pas plutôt croire à Satan et à l'enfer ? Il ose se vanter d'avoir -ravi les François à l'enfer, vanterie qui ne m'émeut guère , moi qui sais que la France ne m'a pas été ravie, puisque toute entière elle m’appartient , à moi, qui la fais descendre doucement par une pente insensible vers l’apostasie et dans le puits de mon abîime. Il est vrai, j'ai besoia de dissimuler pour mieux atteindre mon but. Semblable à un être foible ét dégradé, qui n'ose faire ün retour'sur soi-même pour se poudre compte de son état réel , la France a peur de se voir telle qu'elle est; mais l'habe.
tude est trop envaciaée, la corruption trop __ sieille; pour qu’on puisse en revenir et la sur monter; ce serait folie d'y penser. Que in'importe:à moi cette pusillanimité? En se fuyant soi-msérhe, ‘l'homme fuit là vérité et assure mon triomphe. :
Quañdle sentiment religieuxest mort chez une nation, c’est que la nation ellemémeest morte. Eh bien! le prêtre, cette personnification de la divinité, n’est plus regardé par I5s François, qui
- l'ont rejeté hors de l'État, que comme un ètre insignifint-et inutile, s’il n'est dangereux. Leur unique croyance est oelle du jourrialismé, now veille idolé de mon inventioh, forrnée à moù image et ressemblante, qui-h pour originé l'as mour de soi, l’orgueil, et dont d'essence .est un droit absurde et absolu: de parler, toyjours par ler, à propos de tout et à propos de-rien, sans tègle, sans but, sans dépendance, partant sam amour, mais nbn sas haine; pluie battantd, délnge qui s’infiltre dans l'oéprit, surprend k cœur avec l'attention, :ébranke et dissout à Id longue Jes convictions.et les principes les: plus fermes, tue la consbience; déminp, absorbe; dévore l’Ânse par-un broit aisourdissant auquel on cède par fatigue plue'que par-persuasibn; enfin un-ménsonge aîilé, qui volë incessamiient dans tout j'univers pour ruiner tout nom qui n'est pas celui de Satan at pour fonder sur une base inébranlable cet empire universel que je dois posséder un jour, et qui aura danÿ sa sim jétion l'espèce humaine tout entière, vile esclave des plus vils. bavards et apostate du chris? tianisrae, ou
C'est un fait avéré qui frappe tous lei
veux, que.les vices de toutes sortes, Îles .
mensonges et les illusions, tous les crimes, toutes les folies, toutes les dépravations, ont des autels et des adorateurs zélés; Dieu seul n’a que des autels déserts et des amants sans ferveur, qui croyent faire beaucoup de garder le nom de leur baptême, avec quelque dehors d’une pratique extérieure. Voilà le bel œuvre dé Bonaparte ! voilà le christianisme tout matériel qu'il a rétabli, parfaitement semblable à celui qui l’animoit et qu’il pratiqua lui-même, mais si différent du christianisme de Saïnt- Louis et de Louis XIV. On ne se sauve ni on ne se damne tout seul, vérité proverbiale. Où sont les imitateurs des exemples de Bonaparte? armé detant de puissance et d’unesi grandeinfluence, qu’il me montrè une âme, une seule âme qu'il ait gagnée à Dieu, et je m’avoue vaincu. Quel est l'œil de Iynx qui apercevra les vertus et la piété de Napoléon ? « Napoléon chrétien, Napoléon religieux », quelle plaisanterie dont l’idée ne vint à personne de son vivant ! Est-ce après sa mort qu'on inventera ce dernier sophisme? Il y a en France un culte officiel rétabli par Napoléon, je le réconnois; mais où sont les chrétiens ? Il y
à aussi un clergé salarié; mais où sont les prêtres. qui ont converti le monde à l'Évangile? Ensuite on compte trois grands partis politiques, qui tôt ou tard se feront une guerre intestine, dans laquelle cette nation périra victime de sa propre fureur, si elle ne succombe sous les armes de l'étranger qui la convoite comme une proie ; mais où sont les disciples du Christ, où sontils ? Est-ce cette sorte de bête, prudente d’une prudence animale, qui mange et qui boit, qui fait consister toute sa religion dans son ventre et dans ses intérêts matériels? Ou bien, cette : autre bête étourdie et présomptueuse, braillarde et féroce, qui fomente des trahisons et des émeutes par habitude, sans. autre vertu qu'ua instinct sauvage de destruction, qui lui fait diviniser l'assassinat? Qu'est-ce que le reste des Francois ? des gens qui mettent toute leur religion dans leur fidélité à un jeune homme qui peut mourir demain, et qui d'ailleurs dorment la grasse matinée. Est-ce là un peuple de chrétiens ? Voilà l’œuvre de Bonaparte!
voilà tout lefruit de son concordat! Il a rétabli la religion, mais sans la pratiquer; il a fait venir de Rome à Paris un pape tout exprès, ct à
peine la cérémonie du sacre étoit achevée, qu'il complotoit de le retenir prisonnier. Lui, l'instrument de Dieu, l’hypocrite ! qui ne le fut que de son ambition, puisqu'il voulut au contraire se servir de Dieu comme d’une chose à son usage, N'a-t-il pas essayé d’extorquer au pape l'acte de divorce de son frère Jérôme, marié légitimement à miss Patterson ? Cette jeune fille étoit protestante ; « monstruosité, disait-il, dans une cour catholique », quand il ne s'inquiétoit que de l’obscurité d’une naissance honnête, mais bourgeoise. N’avoit-il pas fait un statut spécial pour lui et les siens, à l’effet de bannir le divorce de sa famille, comme un crime qui offensoit les hommes et Dieu ? il opposoit ce statut à son frère Louis, réclamant l'abolition d'un hymen commandé et consenti par la politique; mais sévère pour les autres et indulgent pour lui, n’a-t-il pas sacrifié sa femme Joséphine à son ambition et à sa luxure ? N'eutil pas l’insolence d'envoyer ses ordres au pape comme s’il eût été un préfet ou un général de son empire? « Le pape devoit être l'allié de Bonaparte dans toutes ses guerres, » et quand le pape refusa, l'hypocrite n'écrivit-il pas une
lettre qui contient ce sophisme : « Si le pape rië croit pus dans sa coniscience devoir faire }à guerre à aucuwe puissance chrétienne, je con: sens que le traité d'alliance soit réduit à êtré une ligue offensive et défensive contre les infidèles et les hérétiques (1. » Vainement le pape refusa d'acoéder à cette proposition, « Ne pouvant accepter et déclarer pour ses ennemis, disoit-il, tous ceux qu’il plaisoit à l'empereur d'avoir pours “ennemis. » L'empereur s'empara des états de l’église ; renouvela tous les attentats de la révolution françoise : Digne fils d'une felle mère, il osa porter la main sur la personne de Dieu'même. Le pape fut son captif ; uh saint et inriocent Vieillard, fut traîné de prisons en prisons, abreuvé d’injures ét d'humiliations! et ce soldat sanguinaire, ce sophiste sacrilége ose demander le ciel! le ciel, pour celui qui a plongé dans l’enfer tant d’hommes qui ne dûürent leur damnation qu'à la licence
(1) Ceci est conforme à l’anecdote de M. le‘comte de Montesquiou sur l’empereur , déniant le titre de chrétiens aux protestans; et fln’y a pas 06 téplique possible, puis que cette asssertion est garantie par une personne si honorable, qui a entendu l’empereur , et par une lettre signée de Napoléon lui-même,
où l'on voif qu'ikmettoit sur ln mêmeligne les kérétiques et les infidèles. ( Note de l'auteur.)
def camps et à une mort, qui Îles serprit sur un éhänip de Bataillé, où l’intérét Seul d'üii despoté 4eb avoit enttainiés! Le ciel, pout 1e Hche meuft trier dti duc d'Enghiet, victime infortunée ‘dû calcul itiférnal d’uï ambitieux qui donndit uñ gage à la faction dés jacobiris, mélänt sa causé avec la leur, Eh inénie temps qu'fi ée débartas soit din rival rendu redoutäble pat ses du Ktés persotmelles unies à un sang ‘illustré ; lé ciel péur cet orguéilleux telleinent épris Wd lithétné, qu'il mettoit ses volôhtés et ses caprices au-dessus des lois et des principes; an-dessus de fa religion méine, qui d’ordinaîte ét un frein pour les plus scélérats des ho!
nes} Eommient atiroit-il une place dans le ciel; séjout del'humilité, où-tout'est amour, dépéni‘ danéé et härmonté? Où sérôit'elle Ia place 48 célui qui tont-ä-l’heure éncore se faisoit gloire de né jamais avoir obét à personné ? Si on Pad! tettoït, ce seroit une chose imoüïé dé toir aved les saints, jouissant de leur inaltérable union, cet ärtisan de la déstinion dés homimés, totitre lequel thus les rois de l’Ünivers se virent coù« t'aints dé faire ‘une ligué pour le dompter et par nîr à l’enchaînet sur un rocher äu milieu
des mers ; là, tant qu’il fut vivant, seul et réduit à lui-même, il menaçoit encore le monde d’an bouleversement général ! non, je ne sais queles cavernes profondes où je tiens captif ensemble et le feu qui alimente tous les vices et toutes les passions, et cet autre feu central terrestre qui doit être leur suppliceéternel, je ne sais quelJ'affreuse demeure de ces cavernes souterraines et enflammées qui puissent contenir et absorber l'activité fébrile et dévorante de ce monstre couronné. Il dit qu’il s'est reconnu sous la main de Dieu, l’imposteur ! non, c’est un mensonge. Son ambition trop vivace ne pouvoit ni mourir, ni même se ralentir ! je n’en veux pour preuve que son équipée de l’île d'Elbe, qui fut vraiment l'entreprise d'une bête féroce, poussée par l'instinct et l'appétit à sortir de sa tanière pour tuer et dévorer. Que de morts dont il fut la causel j'en suis épouvanté moi-mème, moi le roi des homicides, qui reconnois la mort pour ma fille ! |.
Il n'est pas un seul conquérant qui puisse approcher d’une telle destruction; lui tout . seul fait équilibre à tous ! et il seroit avec le Dieu de la paix, avec le Dieu des vivants pour.
l'éternité ! Non, je le réclame, il m'appartient, qu'on me le délivre, il est à moi, le sujet et l'esclave de Satan, pour l'éternité! »
Après ce discours, Satan confessa qu'il n’avoit rien de plus à ajouter. La Vierge mère elle-même, invita l'ange gardien à plaider la cause de Napoléon, il le fit dans ces termes :
« À l'arrogance tamultueuse de son langage, én reconnoît l'oppresseur farouche, l'antique ennemi de l'âme humaine, qui ne la réclame, qui ne la possède jamais que par le droit de la haine et de la tyrannie, Qui donc es-tu, Satan, pour en user ainsi avec l’élue de Dieu, destinée à sa société charmante et libre, si elle ne préfère ton esclavage ? Mais quel aveugiement, quelle fureur est la tienne, d’oser flétrir avec cette qualification d’inique, fourbe et sanguiuaire, qualification:odieuse qui réunitet retrace tous les vices, tous les crimes, une âme dans laquelle resplendit à un degré si rare la majesté des attributs de la nature et de la ressemblance de Dieu, et élue entre mille pour être l'organe de la volonté suprême!
. Mais autant il paroît de violence, de passion et. de désordre dans l'attaque de mon client,
antont je mettrai de alarté, de éalme et de méthode danasa défense, Le jugement de l'hammp doit être rendu sur l'examen de sa foi et'de ses œnyres, j'en coûviens; mais il faut tenir compte du hien comma du mal, il faut surtout peser les intentions : et d'abord, Napoléon renouvelle ici Ja confession de sen indignité: il se ooudamne comme fils d'Adam; mais s'il est vrai que le péché originel est l'origine de toua les crimes , lequel détruisit l'équilibre dé la création et fit prévaloir la volonté de Satan sur'la yalonté divine, la matière sur l'esprit, le coeps sur l'âme, le visible sur l’invisihle, le tempssur l'éternité ; s’il est vrai que ce défaut d'équilibre, se perpétue dans la naissance de tous les mortels, ilest vrai aussi que la damnation éternelle u'est et ne peut être que le châtiment des fautes et de la méchanceté propre des individus , selon le décret dela miséricorde de Dieu! J'opposerai donc avec confiance au tableau hi deux et menteur des vices de Napoléon, j'oppaserai le tableau brillant et pur de ses vertus.
Satan a décrit l'être animal, jédécrirai l'étrespi rituel L'âme de Napoléon, descendue de l'en-
tondement divin comme un rayon de lumière,
dés le prhrvien insiant de son unlowaÿec Je eprps; . ressentitles heureuses influences de la rekigion; elle reçut dans ce cloaque même de Fanima lité, une sorte de prédestinatien par le contact d'une mère chrétienne, qui, tout entière à son devoir, veilloit déjà pour imprimer dans un corps tendre e$ délicat toutes les qualités naturelles, qu'il est au pouvoir d'une mère de donner à son enfant. Aussitôt qu’il parat à la lumière du jour, il fut ondoyé et marqué du signe de la rédemption. Consacré à Dieu, ä alloit croôtre pour lui en sa présence. Rien de puérilou . de frivole n’approcha de son berceau. Pendant son enfance, rien de vague, rien d'incertuin, rien de vicieux où d'impur n'offensa ses yeux , ne. macula son esprit. Grâce à la vigilance de sa mère , si différente des autres mères qui ne sont que niaiserie où tendresse folle, tout étoit précis, positif cher ellei Le moindre geste avoit un sons, unesignification ; sa parole brève avoit quelque chose de l'autorité souveraine, et iaspivoit là crainte à son fils dominé par elle, et qui faisoit ses premiers progrès à la grande école de l’obéissance ! heureuse mère , qui comprimant la nature comprimiez tous les vices!
vous prépariez à Dieu un instrument docile de ses desseins miséricordieux sur un monde égaré !
Aussi l'enfance de Napoléon, est-elle extraordipaire et plus admirable que son âge mür.
Comment les vices auroient-ils trouvé place dans un cœur tout entier occupé, échauflé, maîtrisé par le sentiment de la piété filiale ? Un prêtre, legrand oncle de Napoléon, l’archidiacre d’Ajaccio, ne se reposa point sur un autre que lui, du soin d’instruire son neveu de ses devoirs envers Dieu, et de tout ce qui regarde la science du salut, Ce fut aussi luiquile baptisa avec toute la solennité possible, profitant de cette cérémonie pour imprimer dans un enfant, déjà âgé de deux ans, les idées chrétiennes avec les grandes images de lareligion. Sitôt qu'il putbégayer, la mème prévoyance lui apprit le nom de Dieu, et jamais sa mère n'oublia de lui faire balbutier ses prières . du soir et du matin. Ilassistoitavecrecueillement au divin office , et sitôt que l'heure eut sonné, sa mère le conduisit elle-même et le fit s'agenouiller au sacré tribunal qui lie et délie les fautes. Tel étoit Napoléon, quand il vint en France, pour y recevoir l'éducation militaire et religieuse de l’école de Brienne. C’étoit un en-
faut pour l’âge, mais un homme peur la volonté, pour l’ardeur au travail et à s'ivaneer dans les * sciences, pour l'ardeur à pratiquer la vertu. Un sentiment profond est toujours secret : La piété filiale se transforma en patriotisme. Hélas! il est:trop vrai que l’écueil du cœur se trouve dans sa sensibilité même, d'où naissent les haines, les flammes impures , les envies, les passions. Ici la raison toute seule ne suffit plus : La foi, une foi vive et éclairée préserva le jeune Napoléon de l'écueil du sensualisme contre lequel viennent faire naufrage tant d'enfants vulgaires. Né pour l'empire, ilavoitune haine naturelle pour l'égoisme; aussitôt qu'il commença à penser , il fut chaste, ils’élança dans le ciel pour avoir plus de liberté, pour mieux dominer la terre. Ce fut sous de tels auspices qu'il fit sa premièrecommunion, qui futécrite dans le ciel, comme unsigaa infaillible de. son salut. Furieux de ces- beaux commencements , Satan qui n'avoit pu parvenir à dérègler les sens , tenus en bride par la raison , n'eut plus qu'un espoir, celui de dérégler l’entendement, Napoléon joignoit à un esprit de calcul, à un bon sens rare, au génie Je plus positif, nne.imaginalion trop
vive ét ‘rmème l'amour du merveilleux. Le démén, qhitountoissoit cetté disposition vidieuse, s'eh servit, dt réussit à pervertir par de mauvaises ettures attéë Âme qui jusque-là lui résistoit. En énflétimihnt l'imagination, il enflamma les sens. Quand Fhortime se retire de là contemplätion dès vérité éternelles , il devient fataleent énthotüfiaste des mensonges du temps et des Musiôns du monde. Les convictions religieuses fret ébrañléés, mais ion déracinées d’uneâme, dui àvoit attélht sa croissance vitile : elle étoit êh'état dé sé déféndre contre le monde et l' fer , Faisant de vains-efforts pour la dévorer. Ntanimoïns ce fütla cause de l’adhésion dé Napo- Ion aux déctrines funèstes de la révolution frandoisé ; trompé par les sophismes des philosophes ét des orateurs dés clubs, fl fut vite désabusé par Ièurs forfaîtset leur impiëté. La jeunesse est l’âge dé Y’actiôn ; rnaîs une autre, üné meilleure exéüve, d'est que Dieu a tirésa gloire de cette séduttion, qui fut courte : Napoléon ne tardà pas à prendre de l’aversïon et un dégoût singulier pour le bavardage et Îes’ sophismes sanguinaires dë l'idéclogie moderne.
Le Génie ne peut long-term ps marcher d’at-
| — 290 — cord avet. le crime, et dès ce mande, la probité seule suffit pour nous séparer du méchant. La foi se ranima avec l'énergie d'un triomphe ans l’âme de Napoléon. Chef de l'armée d’Ita. lie, il ne cfuignit pas de s'y détlater outertement, par ses proclamations et par sa conduite, l'ami. des chrétiens et le protecteur du culte c4- -tholique. 11 fit davantagé : veinqueur de luiméme, àl affectoit les dehors du stoicisme, $oué lequel il cachoit son christianisme; car il pratiquoit les vertus qui sont l'indice certdin de la foi, telles que la tempérance, la foreé, là prudènce et Ja justice. Ce fut alors qu'il eut la première étincelle de l'ambition suprême, qui ne fat pas seulement la vaine pensée de son égoïsme, mais une inspiration céleste, une prière qu'il offrit à Dieu ! En môme temps il promit, d jura, si le suc: os couronuoët ses vœux , de rétablir la religion; et qu'il exéouta enswité avec une volonté se- crète et indomptable. Pour marchet sigement, commença par rétablir l’ordre dans le langage, montratit par à que la puissante n'était pas légitinre ; si elle n’avoit pour elle le doit, c'estddire la religion. En s’unissant à lui, lès Fran- L dois 86 séparoïent du mensorgé et revenant au
— 296 — langage, ils revenoient à la nature, à la vérité. Ce n'étoit point assez, s'il n’ordonnoit la politique. Ille fit: ce fut lui qui créa la société, en fondantunehiérarchie, expression incomplète mais assez fidèle des besoins de l'époque. On sait obéir quand on sait commander. Chef de cette hiérarchie, Napoléon reconnut au-dessus de lui, comme un pouvoir supérieur, le pouvoir religieux. Malheureusement il se préoccupa trop de son indépendance temporelle, préoccupation indigne de ce grand homme, mais qui avoit également assiégé l'esprit de tous les rois de France : iloublia qu’ils étoienttombés dansla dépendance du peuple souverain pour éviter celle de Dieu : leur malheur ne l’éclaira point. Nier le droit divin, c'est affirmer le despotisme : grave erreur de Napoléon, qui le précipita de son trône. Malgré ses différends avec le pape, il n'a jamais cessé de protester de sa volonté de ne point se séparer de l'Église, 11 ne faut donc l'acbuser que de s'être exagéré à lui-même l'importance de-sa person nalité, qui fut sitôt fauchée dans sa fleur, Je pe prétends pas excuser davantage son divorce avec l’impératrice Joséphine. Mais qu'ils sont criminels, les prêtres de l'oflicialité servile ‘et
lâche, qui ont aplani le chemin du crime par une dispense qu'on ne pouvoit donner... Un autre sujet bien grave d'accusation, c'est le sang versé à la guerre; mais la paix et la guerre dépendent de la volonté du souverain, ” qui n’a de compte à rendre qu'à Dieu de sa décision : Que l’on persuade aux peuples d'avilir les rois, jusqu'àles priver de Ja conscience et de la liberté, en les abaïssant au-dessous de la brute qui obéit à l'instinct! cette doctrine, qui n'avilitpas seulement lerois mais l'humanité, pe peut avoir de crédit auprès du juge par qui règnent les rois.. et ceci s'applique au jugement de l’infortuné duc d’Enghien. Je soutiens que ’orgueil de Napoléon ne fut point l'amour de soi, mais l'amour de la gloire. Il s’estimoit beaucoup lui-même, mais il estimoit plus haut que lui la vertu modeste, qu’il envioit et recherchoit pour J'honorer. S’il affectoit d’être au-dessus desrois, c'étoit poitique et non impiété de sa part. Son orgueil fut l'erreur dela passion plutôt que la volonté d'un jugement rebelle; jamais, non jamais, ilne prétendit sérieusement se mettre au-dessus de Dieu ou de sa religion; au contraire, dans les rêves de son ambition, c'étoit son idée fixe qu'il
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étoit l'instrument de Dieu et qu'il travailloit pour sa gloire... Bien éloigné de corrampre et de mépriser les hommes, il les aimoit : j'en atteste le dévouement qu'il inspiroït et sut créer pour sa personne, J'en atteste son amour si tendre et d respéctneux pour sa mére. Sa piété filiale toute seule est suffisante pour justifier et glorifier le cœur de ce héros! Deux fois il abdiqua et ses deux abdications furent et demeurent dans l'histoire des monuments de son horreur de la guerre civile et de son amour pour la France. Comme Louis XVI, il préféra mourir et descendre du trône que de se servir de l’armée dans un intérêt personnel. Inaccessible à l'intrigue, avec lui la récompense appartenoit de droit aux services rendus, au mérite réel, et je ne sache aucun prince qui ait pratiqué plus rigoureusement les vertus de justice et de reconnoissance. On objecte qu'il a relevé les autels, mais qu'il ne les a pas honorés par une présence assidue, c'est vrai; mais il consacroit aux affaires de l'état tout son temps, et il en étoit plus avare encore pour ses plaisirs que pour le di- Uün office, qu'il ne manquoit pas d'ailleurs d'entendre les dimanches et fêtes; et jamais,
sous sen règne, l'état ne donna ce scandale dé faive travailler lp dimanche , ce qui est. à noter, Bourquei donc Satan s'étonnmerait-il qu'un tel prince fût admis dans le ciel pour y particie psr au bonheur éternel : il pourroit y avoir droit, alors même qu'il aurait commis tous les forfaits qui lui sont faussement imputés., s'À s’en étoit repenti, s’il ea avait fait pénitfre, s’il en avoit obtenu la réissien. La damnas tion -éternalle no tombe que sur oux qui en out fait choix bien cennseiencieysament pet leur lâchaté ou par leur argueil !
Satan, aveuglé par sa haine, s'y est prié comme dans un piége. Il se confesse vaincu, si je lui montre une seule âme sauvée par Napoléon; eh bien! le ciel s'ouvre : je vois des millions d'élus qui l'attendent comme une cause seconde de leur rédemption ; ce sont les soldats morts sur les champs de bataille, instruits, convertis par l'exemple de cé grand homme, tous les enfants baptisés, grâce au concordat. Eh bien! Satan, te voilà dong vaincu! comment n'espèrerois-je pas dans la .. miséricorde de Dieu, moi, l'ange gardien de eette âme, qui après l'avoir aocempagués eur;
la terre dans son pélerinage, ai fait.avec elle une uaion intime et sacrée et qui viens témoigier pour elle au pied de ce tribunal, dont j'invoque la clémence? » |
‘ Comme l'ange gardien achevoit ce discours, Satan s'étoit enfui, à la vue de mille millions d'élus qui parurent dans le ciel avec des palmes à la main, et qui se prosternèrent au pied du trône de l’hommedieu. La Vierge elle-même ne dédaigaa pas d'implorer son fils pour Napoléon. À peine avoit-elle ouvert sa bouche auguste, qu'elle obtint ce qu'elle vouloit, et se tournant vers Napoléon :
« Héros illustre , qui avez défendu ma cause et celle de mon fils, bénissez-le de vous avoir châtié sur cette terre misérable ! sur le trône même, vous rendîtes à votre mère ce que vous lui deviez, vous fûtes un .bon fils! votre vie courte sur la terre sera longue dans le ciel. Vous avez été purifié au creuset du malheur.
Votre exil, votre dernière maladie, pendant laquelle vous vous êtes humilié et reconnu, l'indulgence plénière du souverain pontife que vous atez. sollicitée et reçae avec l'esprit de fai, votre .pénitence , votre amour pour mes prêtres vous
* ont sauvé. Un héros toujours prèt à verser son: sang pour sa patrie, est prêt aussi tous les jours desa vie à le verser pour son Dieu. La confusion étoit partout, de vils rhéteurs asservissoient la France et la déhonoroient, en prétendant la gouverner : tout était mensonge et bavardage, quand vous apparüûtes avec votre épée. On ose bien disputersur la préséance des rangs : celui qui doit marcher le premier , c'est le prêtre, qui est la plus haute expression du sacrifice, ensuite le guerrier. Le prêtre est la victime religieuse, le guerrier est la victime sociale. Il ne faut avoir que du cœur pour sentir cette vérité, Tous ceux qui la nient sont des imposteurs.
: Les rois de France et les autres rois catholiques, se sont tenus fermes sur leurs trônes, tant qu'ils ont maintenu cette alliance du prêtre et du guerrier. Votre gloire, Napoléon, c'est d'avoir restauré cette politique qui fut celle de Constantin et de Charlemagne. Venez donc, ô ami des prêtres, dans la cour de leur Dieu, pren- dre possession de votre trône pour l'éternité !!! «