‹ Conversations religieuses de Napoléon, avec des documents inédits de la plus haute importance ou il révèle lui-même sa pensée intime sur le christianisme, et des lettres de mm.le cardinal Fesch, Montholon, Hudson Lowe, Marchant, et un facsimile de l'écriture de l'empereur;Chapitre 39 sur 46 · LETTRE INÉDITE DE M. LE GÉNÉRAL COMTÉ DE MONTHOLON · texte numérisé non relu

LETTRE INÉDITE DE M. LE GÉNÉRAL COMTÉ DE MONTHOLON

A. 26. le chevalier Antoine de Boanterne.

Mons,

© Vous m'avez à plusieurs reprises demandé sien opinion sur Îles croyances religieuses da grand homme auquel j'ai fermé les yeux. Je n'ai pas eru devoir répondre ; vous connaissez les motfs de mon silônce. Votre lettre du 6 décembre m'oblige à regret ä me départir de ce système, et à redresser des erreurs auxquelles votre position d'écrivain consciencieux pourroit donner de la valeur.

Comme homme, Napoléon croyoit. Gomme roi, il jageoit la religion une nécessité, un moyen puissant pour gouverner, |

L'un des premiers actes de son avénement au pouvoir suprême , fut de relever les autels renversés par la tempête de 95, de rappeler les prêtres au milieu de leurs ouailles, et de les placer sous l'égide protectrice d’ane loi fondamentale de l’État, le concordat de Bo. réJijf is GE Ci Il n’a jamais dit : le concordat fut la plus grande faute de mon règne. |

Il n’a jamais-demandé ju Saint-Siége d'autoriser en France ou en Italie la suppression des couvents, ou la vente de leurs biens. Les couvents étoient supprimés, et leurs biens vendus en France et dans la république Gisalpine, long-temps avant qu'il, ne revtat. d'Égynte.

e mariage des prêtres m'a jamais été l’objet d’une négociation entre son cabinet et le Saint-Siége. Le célèbre Fox ttt-+epréthint-dé n’éh'avdir" bal fait une condition du concordat, il lui répondit : « J'avais et J'ai besoin de pacifier , c'est avec de l’eau bénite, et non avec de l'huile bouillante que l’on calme les plaies Séologiques. »

L'enlèvement du.pape est le fait personnel du général Mioli; fl n'a jamais été prévu ni ordonné par Pemperëur. # .

Üne partie notable de la corresporidance entre Napoléon et Pie VIT, depuis 1805 jusqu’en 1809 , sat restée secrète. Je le regrette; ces lettres témpigneroient des opinions religieuses de l’empereur, et de $cs vues, comme chef de l'empire d’occident, pour la gloire et la prospérité de l'Église catholique,

. Les querelles entre le cabinet des Tuileries et le Saint-Siége n’eurent jamais pour cause une question

— Go — religieuse, elles furent toutes politiques elles: datent: de 1805, époque à laquellb leh escadren de la troitibere cealition menaçoiéné les-côtes d’Itkiie d’un débsrquéwent Anglo-Ruise, . | |

L'armement d’Ancône entroit dats l plan générä? de défomsé dé l'Italie, L’émpereut chatgen soû ambassadeur à Rome de ls demander an gbuveineitient da papes il offrit an traité d'alliance offensive ët défénsive entre le roi d'Îtalië et la cout de Rüitie. LÉ pape rélusa; il répondit que : + Pètv dés fidèles, il ñé pouvoitentrer s dans aodunt Kgue tôntre ses enfanis , et ne pouvoit »s nine voulüit fairé la guerre à personne. » L’emperèur répliqua : « L'histoire des papes est pleine de ï leurs liguès avec les ernpcreurs, les rois d'Espagne

ou les rois de France. Jules II a commandé des sr- ‘théeé ; en 1797, moi général Bonaparte, j'ai battu l’ärrnée de Pie VI combattant dans les rangs des Autrichiens la République française, et, puisque de hos jours, les bannières de Saint-Pierre ont pu flotter saintemént à côté des aigles d'Autriche, elles. peuvent bien flotter sur les murs d'Ancône, cemme alliées de l’aigle de France, Cependant, par respect pour lés scrupules du Saint Père, je consens que le x traité d'alliance soit restreint au cas d'attaque de la » part des infidèles où des hérétiques, »

Les ‘événements marcheient rapidement dans ces temps de lutte à mort entre l'Angleterre et la France. - I fallait qu'Ancône fût occupé à tont prix. L'empereur, n’espéraht plus rien de ses. instances auprès du Saint Siége, et dominé qu’il était par d'intérêt du salut de ses états d'Italie, ordonna à1n &irision Miolis

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de mettre garnison dans Ancône, et d'occuper militai- rement les marches et les légations. Le nonce quitta Paris sur l'heure , et, ministre de la plus petite des puissances temporelles, il déclara sans hésiter la guerre au colosse de l'Empire français. Napoléon ordonna à son ambassadeur de rester à Rome, et d’affecter qué. rien ne fût changé dans les relations diplomatiques.

La bataille d'Essling rendit un instant l'espérance aux ennemis de l’empereur. En Italie, l’exaspération populaire se manifesta avec violence; le cri : Mort. aux Français ! retentissoit de tous côtés. Le général Miolis avoit à peine quelques mille bayonnettes dissiminées sur une étendue de plus de soixante lieues, il gardoit Rome avec moins de quinze cents hommes. Sa position étoit bien critique; il ne vit de salut que dans la désobéissance à ses instructions, et ne recula pas devant l’effroyable responsabilité de violer la sainteté du vicaire de Jésus-Christ ; il enleva le pape au milieu de la puit et le fit conduire à Florence. La foudre n’a point d'effet plus subit; la stupeur la plus profonde remplaça sur les places publiques et dans les montagues, l’effervescence si menaçante de la veille.

La grande-duchesse de Toscane ne fut pas plus étonnée qu’un général eût osé désobéir à son frère, qu'elle ne fut effrayée de la responsabilité qui pèseroit

. sur elle si le pape restoit en Toscane; elle expédia

courrier sur courrier au quarlier-général impérial, et demanda avec instance au général Miolis de diriger le cortége par le littoral sur les états de Gènes. Le général Miolis y consentit. Le pape fui conduit à Savone.

Rien n’égala le mécontentement de l’empereur ; sa pensée profénde comprit instantanément tous les em-

barras qui naîtroient pour lui de l'enlèvement da pape; ses convictions religieuses ne furent pas moins froissées, et son premier mouvement fut d’ordonner de ramener sur l'heure le pape à Rome, Mais tout à-1n fois les rêves du général Bonaparte , les projets de l'empereur recevoient , de l'enlèvement du pape, la possibilité d'être réalisés. Des trois obstacles qui s’6: toient opposés à l’unité italique, deux avoient été: levés par la volonté de l’empereur ; le troisième , celui devant lequel cette volonté presque magique se croyoit . impuissante, la résidence des papes à Rome, venoit de tomber. Une de ces combinaisons inexplicables du destin transportoit la chaire de Saint-Pierre des berds da Tibre à ceux de la Seine. Paris seroit la capitale du grand empire, et la résidence du souverain pontife de 80 millions de catholiques. La puissance spirituelle des papes s’accrottroit naturellement de l’ap; pui de la toute-puissance temporelle de l’empsreur; les beaux temps de l’Église renattroient, Le déplace ment du pape étoit un fait acquis à la fortune. de l'empire ; Napoléon l’accepta, ileuttort, mais du moins est-il certain qu'il ne fut point dans sa volonté de porter atteinte à la sainteté du chef de l’Église. La lettre qu’il écrivit en cette occasion à l’évêque de Nantes, en seroit une preuve au besoin : « Monsieur l’évêque, soyez sans inquiétude, la politique de mes états est intimement liée avec le maintien et la puissance du pape. Il me faut qu’il soit plus puissant. que jamais. Il n'aura jamais autant de pouvoir que ma politique me porte à lui en donner. » oo .

, L’enlèvement du pape ne fut donc point un acte de la volonté de l’empereur. C’est un de ces funestes ac-

cidents qui trop souvent adviennent en politique, comme dans le cours de la vie,

Napoléon comprenoit les intérêts de l’Église, il les adjoignit constamment à ceux de la couronne, dans les méditations de son génie. Tout ce que l'Église catholique a‘retrouvé de puissance en France depuis quarante ans, elle le lui doit.

Napoléon est mort comme il a vécu, comme il a régné. Son testament l’atteste à l'histoire, ileommence per ces lignes : Je meurs dans la religion catholique, épostelique et romaine, dans laquelle je suis né, ily a plus de cinquante ans. |

J'avois déjà passé trente-neuf nuits an chevet de son lit, sans qu'il eût voulu permettre même à mon vénérable compagnon de chaîne, le général Bertrand, de me remplacer dans ce pieux et filial service, lorsque dans la nuit du 29 au 50 avril, il affecta d’être effrayé de ma fatigue, et m'engagea à faire venir à ma place l'abbé Vignali. L'insistance que mit l’empereur me prouva qu'il parloit sous l'empire d’une préoccupation étrangère à la pensée qu'il m’exprimoit; il me permettoit de lui parler comme à mon père, j'osai lui dire ce que je comprenois de son insistance, Il me répondit sans hésiter : « Oui, c'est le prêtre, et non le montagnard corse que Je demande. Weillez à ce qu'on me laisse seul avec lui, et ne dites rien. » J’obéis, et lui amenai immédiatement l'abbé Vignali, que je prévins du saint ministère qu'il allait remplir. Vers quatre heures l’aumônier sortit, et j’entrai.

Vous n’attendez sûrement pas de moi, monsieur, le récit de l'entretien que j’eus alors avec l'empereur, et vous trouverez simple que je me borne à vous dire

ma conviction. Les méditations du génie prodigienx de Napoléon n’avoient/point effacé chez lui les impressions religieuses de son enfance italienne; loin de Jà, elles les avoient développées comme croyance, et ei quelques actes de son règne semblent être an contradiction avec cette vérité, c'est qu'hahitué qu'il étoit à tout soumettre aux exigences de son ambition royale, il commandoit dans ce cas à la religion, comme jaurnellement il expospit sa vie ou commandait à ses passions.

C’est par l’ordre de l’empereur que l'abbé Viguali a dit dans la chapelle de Longwooë les prières des agonisants, et que le service a été célébré avec tour le cérémouial possible à Sainte-Hélène.

Recerez, Monsieur, l’assurance de la considération très-distinguée avec laquelle j’ai l'honneur d’être,

Yotre très-humble et très-obéissant serviteur.

F. Monraozon.

. Cette lettre d’un style si élégant et si rapide est un document bien précieux pour l'histoire. Le fait le plus grave, constamment cité contre l'empereur , et qui est en effet une tache dans sa croyance, ce fait s’y trouve sinon justifé, du moins éclairci et considérablement attenué par un désaveu formel, dont je réunis

ici les éléments principaux :

« L'empereur n’a pas donné l’ordre de l'eniè-

ne en ce e

» vement du pape. Ses convictions religieuses en » furent froissées ; son premier mouvement fut de » ramener sur l'heure le pape à Rome; mais le » pape étoit un obstacle à l'unité italique. Cet ob- » stacle venoit de tomber par une de ces combinati= » sons inexplicables du destin ; Napoléon accepta » le déplacement comme un fait acquis à sa for-

» tune; él eut tort. »

Tous ceux qui liront ces explications, ce désaveu.. avec attention, avec bonne foi, ne pourront s'empêcher de reconnoître un document émané de Napoléon lui-même. Pensée, conception, style, tout est de lui, C’est une confidence, mais aussi la confession d’un ami à son ami, qui se condamnant lui-même se familiarise avec l’idée d’un repentir, d’une absolution nécessaire.; lempereur s'apprête pour une confession plus solemnelle qu'il veut faire un jour au pied du seul juge, qui avoit le droit de la recevoir dans toute sa sincérité. Quelle autre bouche que celle de Napoléon a jamais pu prononcer des mots tels que ceux-ci : « Unité italique, combinaison du destin. » Quel langage gigantesque ! Voilà bien les excuses de l’orgueilleux qui eut la témérité de qualifier son fils

du titre de rot de Rome. Quelle condamnation de l'orgueil que les phrases suivantes : « Le général Miollis n'a pas reculé devant l'effroyable responsabilité d’attenter à la sainteté du vicaire de Jésus-Christ. J'ai eu tort d'en accepter les conséquences. » Si on rapproche ces paroles de celles-ci qu'on trouve à chaque page du mémorial :« Le pape étoit un excellent vieillard, je ne lui ai pas voulu de mal; je ne lui en ai pas fait, je l'ai bien traité. » Qui pourroit ne pas y voir les marques d'une préoccupation religieuse? disons plus : il faut reconnoître dans ce langage le cri de la conscience , le remord d'un chrétien!!! |

LETTRE DE M. LE CHEVALIER DE BEAUTERNE A M. LE GÉNÉRAL COMTE DE MONTHOLON. :

Mon GÉNÉRAL,

Vous persistez à taire au public les phrases suivantes, qui sont si touchantes , si dignes de passer à la postérité | |

« Je suis heureux (vous a dit Napoléon) d’avoir » rempli mes devoirs. Je vous souhaite, général, à » votre mort, le même bonheur, j'en avais besoin. » Voyez-vous, je suis italien, enfant de classe de la » Corse; je n’ai pas pratiqué sur le trône, parce que » la puissance étourdit les hommes, mais j'ai toujours

» eu de la foi. Le son des cloches me fait plaisir, et la % vue d’an prêtre m'ément, »

Pourquoi priveriez-vous, mon général, les vieux compagnons d'armes de Napoléon de ce salnt, aussi sublime que celui de ses harangues militaires qui les transpoñtait sur un champ de bataille, et les faisait voler à là mort, à la victoite. Nous ignorons la coùduite de Dieu : il lai a plu peut-être que le lit funèbre de Sainte-Hélène fût une chaire qui préchôt sa

loire ! et l'écho religieux serait perdu, vous le retien- Aies poûb vous. Si la mort vous frappait, personne Wen saurait lens on n’osvrait affirmer la vérité,

“Môn ouvrage est pour l'éducation. De telles paroles de Napeléon ne sont pas seulement des phrases, mais des sentences et des axiômes de morale. La jeunesse y ÿerra une léçon, un sujet dé réfléchir ét un modèlé à imiter.

Me permettriez-vous du moins, mon général, d’écite c6ë quelques lignes, qué j'ajbatetais à votre récit, sous Ma fesponsabuité.

Des personnes m'ont assuré tenir de madame Bertrand, que non seulement l’empereur avoit reçu les sacrements, mais que la religion l’avoit préoccupé dans ses derniers instants, et que les mots d'armée et de bataille ne furent pronontés par lui que dans lé délire très-court qui précéda sa mort; que son dernier mou- Yèment fut une invocation de ses mains suppliantes, en pronvohçant : Mon Dieu!

Enfin, mon général, je vous prie de m'expliquer comment il se fait que le docteur Antommarchi mette le 5 mai un à-parte religieux de l'empereur, avec

M. l'abbé Vignali, Ci-inekus 15 passage extrait des mé. moires du docteur.

Je vous prie d'agréer les sentiments de respect avec lesquels j'ai l'honneur d’être, mon général, Votre très=-humble et très-obéissant serviteur

De BeauTsane.

LETTRE DE N. LE CHEVALIER DE BAUTERNE A 2, le comte de Montholon,

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