u * cy
Caroline.
Il n’y a pas besoin ^’explication , pour prouver que les sens du toucher et du gout ont lieu par le contact. .
Mad./B.
Et j’espère vous convaincre qu’il en est de même du sens de la vue. Les nerfs qui constituent ce sens ne sont pas differ eus dans leur nature de ceux des autres organes ; ce ne sont que des idstrumens qui portent les idées à Pâme et qui ne peuvent être affectés que par iè contact. Or , puisquè Pon ne peut pas faire toucher le nerf optique à des objets réels, l’image de ces objets y est portée par les rayons de lumière*: qui en émanent j ees rayons frappent if^
4s4 OPTIQUE.
xjerf optique, el forment le tableau que Fame
perçoit.
Caroline.
Pendant quë j’écoute votre raisonnement* je me sens convaincue; mais quand je re* garde les objets autour de moi , et que }© pense que je ne les vois pas eux-mêmes, mais simplement leur image qui se peint dans mes yeux, ma croyance est ébranlée de nouveau. Je ne puis m’accoutumer à l’idée que je n© vois pas réellement ce livre que je liens à la main, ni les mots que j'y lis.
Mad. R
Ne Vous êtes-vous pas étonnée quelquefois, de ne pouvoir jamais voir votre propre visage?
Caroline.
Non ; parce que j’en ai vu souvent une représentation exacte dans le miroir*
Mad. B.
Tous voyez une représentation beaucoup plus exacte des objets sur la rétine de votre
OPTIQUE
ceil , c’est un miroir beaucoup plus parfait qu’aucun de ceux que l’art peut executer.
Emilie.
Mais est-il possible que la vue étendue, que je contemple par la fenêtre , puisse se représenter sur un si petit espace que la reiioe?
Il seroit impossible de faire une représentation en miniature si petite et si distincte , mais la nature opère d’une main sûre et avec un pinceau délicat. La toute puissance , qui forme les plumes du papillon et les fleurons de la pâquerette , peut seule tracer une miniature aussi parfaite et aussi admirable que celle qui se fait sur la rétine.
Caroline.
Mais , Mad. B. , si nous ne voyons que l’image des objets , pourquoi ne les voyonsnous pas renversés , comme vous nous montriez qu’ils étoient dans la chambre obscure? N’est-ce pas un fort argument contre votre
théorie ?
OPTIQUE
Mad. B.
J’espère que cet argument n’est pas sans i eplique. Il est vrai que l’image sur la ré— Une, est renversee comme celle de la chambre obscure ; vu que les rayons , à moins qu’ils ne partent d un très-petit objet, s’entre-coupent en entrant dans la pupille , de la même manière qu’ils le font en entrant dans la chambre obscure. Le tableau néanmoins ne nous paroît pas renversé , parce que nous voyons toujoui s un objet dans la direction des rayons qu’il nous envoie.
Emilie.
J’avoue que je ne comprends pas cela.
Mad, B. t
Je crois que c’est un point difficile à expliquer clairement. Un rayon qui vient du haut d’un objet, fait son image sur le bas de la rétine; mais i’expérience nous ayant appris que la direction de ce rayon est de haut en bas , nous considérons cette partie de l’objet comme îepresenlant le haut. Les rayons qui viennent du bas de l’objet tombent sur le haut de la rétine , mais comme nous savons
OPTIQUE
que leur direction est de bas en haut , nous voyons que la partie de l’objet qu’tls peignent
est le bas.
Caroline.
Quand je veux voir un objet au - dessus de moi , je regarde en haut ; quand je veux "en voir un au-dessous de moi, je regarde eu bas ; cela ne prouve-t-il pas que je vois les objets eux-mêmes , car si je ne sentois que l’impression de leur image , il n’y auroit pas besoin de regarder en haut ou en bas, suivant que l’objet seroit plus haut ou plus bas
que moi- rue me.
Mad. B.
^ Je vous demande pardon. Quand vous regardez en haut un objet élevé , c est afin que les rayons qu’il réfléchit puissent tomber sur votre rétine ; mais l’acte de ri.er vos yeux en liant vous prouve que l’objet est élevé , et vous apprend a constater comme supérieure l’image qu’,1 forme sur la rétine, quoique dans le fait elle en occupe la partie inférieure. Quand vous regardez en bas, vous faites un raisonnement sem-
OPTIQUE
Liable • c’est ainsi que nous voyons tous les objets dans ia direction des rayoüs qui viennent à nos yeux (i),
M us j ai une preuve ultérieure en faveur de ce que j’ai avancé , et j’espère qu elle dissipera les doutes qui vous restent ; j’en
ïom en ai 2 explication a notre prochain entretien.
(0 L’ame ne voit pas sa rétine; elle ignore ou’» y au un tableau et que ce tableau soit renversé. Lorsque cet organe est affecté par des rayons venu, d un point de l’espace, l’ame projette ce point selon une loi que les philosophes ont étudiée. Cette loi pareil primitive et toul-à-fait indépendante de l’expérience. Elle répond à la question du Renversement des objets et à d’autres de même genre. - Mais pcut-etie, en exposant une doctrine si simple, n’auroi t - on pas réussi à satisfaire les jeunes éleves et à piquer leur curiosité. Il faut dire aussi que le sujet est tout psychologique et n’est traité ans la physique qu’occasionnel lemeat.
( Note du Traducteur,